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faWai à Justio el je lui frappai sur Tépaule^^ U me tendit la main en me disant :
— Regardez donc cela, monclierMonselet; cesont des épreuves que je renvoie à rimprtnterie , et je ne sais en conscience si cela est bon ou mauvais.
Je jetai les yeu^ sur les feuilles de papier ; et, après les avoir parcourues, je les tendis à M. de Gupidon.
— Voici, lui dis-je, quelque chose qui vous concerne et qui vous iatéressera sam doute.
M. de Gupidon s'empressa de lire.
C'était un fr^gme«lt d'un grand ouvrage qui n'a pas encore vu te jour.
Il était intitulé:
Oe l'expMtetioM 4e MioiMifi yar Is Ce
PEÉFACE.
Je relisais tranquillement Flnstoire de l*ami Bigre,, par Diderot, ce libertin lyrique, lorsque la jeune personne qui fait s^nablant de m'aimer vint lire par-dessus mon épaule en appuyant sa main sur le coUet de mon habit.
Un pauvre collet — gras et honteux — que M. Mirés ferait mettre incopstablement à la porte de ses soirées — et qui fut cause que la jeune fille retira sa jolie
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main aussitôt, comme si elle eût touché uq parapluie mouillé.
Elle ne savait pas jqu'il y a trois jours, rien ne m'e^t été plus facile que de m'acheter un bel babit neuf, avec un collet sec : — je venais de recevoir le prix d'un feuilleton au Siècle. Mais j'avais mieux aimé lui faire cadeau d'une robe rose, qui, la veille, lui avait donné dans l'œil.
Ce qui ne l'empêchait pas, la mauvaise fille, se voyant ainsi parée, de penser tout bas : — Mon Dieu ! que mon amant est mal mis! — Pour moi, ce fut un coup d'ongle au cœur. Je jetai bourrument Y Histoire ' de Bigre à terre, et je me dis en moi-méipe : — Ah ! misérable, comme je vais me venger de ce que je t'aime tant !
Alors je fis cet ouvrage, — farces et douleurs.
En principe, — Thomme est plus canaille que la femme; mais la femme est plus cruelle que l'homme.
Les femmes des gens de lettres — j'entends aussi leurs maîtresses — sont curieuses à connaître aussi bien que les gens de lettres eux-mêmes.
Molière se complète par la Béjart ; c'est Thérèse Levasseur qui explique Jean-Jacques Rousseau.
Le style, — c'est la femme de l'homme.
La princesse Hennione supplie Oreste de vouloir bien tuer Pyrrhus, et elle xîote sa main à ce prix. Quand Oreste revient pour lui annoncer que Faffairç est faite, Hermione l'accable d'injures à rimes pau vres et s'éloigne de lui avec horreur.
Les femmes entendent le meurtre fort proprement. On va au cœur de certaines d'entre elles comme on irait au bagne.
Combien de femmes ont essayé leur amour sur mon cœur, — de même que Cléopâtre essayait ses poisons sur ses esclaves I
Pourtant il tomba un jour du ciel une grande dame à un feuilletoniste. — Gela fit vacarme, d'autant plus que cette grande dame était une marquise, curiosité littéraire qui doublait la valeur de l'aventure. Jamais homme de plume, si l'on en excepte M. Emile Deschamps, chef de bureau à l'administration du timbre, n'avait encore vu de marquise face à face. — C'était un grand honneur pour les lettres.
Il est vrai de dire qu'au temps où ces choses inouïes se passaient, le feuilletoniste avait de iK)mbreux cheveux noirs qui lui vagabondaient sur les épaules ; une
cravate de satin noir ceignait son con, ses bottes pointues semblaient deux lumières noires; — temps bienheureux, où rien ne lui était comparable sur toute la ligne des boulevards jusqu'au théâtre des Nouveautés. Un soir, en rentrant chez lui, le feuilletonifte trouva la dernière marquise assise sur le dernier sofa, dans le dernier boudoir. Il poussa une exclamation en latin. La marquise lui donna un baiser en français.
De ce moment il n'eut point' de cesse qu'il n'eût montré sa belle marquise d^amour à tous SQS aoiis. 11 amena un matin M. Léon Gozlan déguisé eu gardefrançaise, et M. Ricourt en berger Sylvandre, avec une veste caca dauphin et un nid de ramiers dans la paume de la main droite. Tous les trois se hissèrent à la hauteur de la situation ; on récita le madrigal de Saint-Aulaire, et on mangea du biscuit — de Sèvres.
Ce que voulait cette grande dame, on l'a toujours ignoré. Était-elle mue par un amour frénétique des loges du Gymnase et des bott^ pointues? Ce n'est guère probable. D'un autre côté, le feuilletoniste n'avait pas de domestique dont elle eût pu s'éprendre sérieusemenL — Peut-être donc ne saura-t-on que fort taj*d le gaire d'exjdoitation auquel il fut soumis par cette femme myst&ieuse.
A ne pas assez connaître les femmes , on souffre trop ; à les connaître trop, on ne souffre pas assez.
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VU
L'adultère, — c/est rexploîtalion poussée à la dernière limite. Beaucoup de créatures insignifiantes la veille se sont brillamment enchâssées dans un flagrant délit, comme un caillou du Médoc dans une monture de riche valeur ; par exemple , telle veuve qui aura pris ses inscriptions dans la Gazette des Tribunaux n*aura que l'embarras du choix pour convoler en secondes noces.
On rencontre de pauvres gens qui ont une assez gracieuse tournure sous leur habit jaune ; ce sont ceux à qui leurs moitiés ont fait comprendre la vraie philosophie de l'adultère. Dans le fait, peut-être ontils raison. — « Tant pis pour les hommes, disait Ninon de l'Enclos; où diable voat-ils placer leur lionneuT I »
De même , — les chenapans qui ne voient dans l'adultère qu'un prétexte à réclame n'ont-ils pas tout à fait tort ; mais alors faut-il que ce soit une réclame furieuse, une réclame sur fond noir, traînant la femme par les cheveux et caressant du regard une botte de pistolets posée sur un secrétaire ouvert. Les vignettes des romans de M. Jules Lacroix sont bonnes à consulter en pareil cas; on y trouve d'excellentes indications à suivre, une façon de boutonner son habit par le haut et de faire plisser son pantalon sur de
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maigres jambes en acier , d'après le procédé de feu Tony Johannot. '
Le concile de Mâcon a sérieusement agité la question de savoir si la femme a une âme. Moi, je crois qu'elle en a plusieurs.
Plusieurs jolies femmes ont passé sur mon cœur, pour arriver à celui de mon ami intime. Une seule a essayé de s'en revenir par le même rihemin.
Tout Paris connaît M"»® Delbène, une petite femme toute gracieuse, toute jolie, toute spirituelle, — mais aussi toute mariée. Comme toutes les femmes, et surtout comme toutes les femmcîs coquettes, M™« Delbène adore le bal ; elle en raffole, c'est sa passion. Comme tous les maris, et surtout comme tous les maris jaloux, M. Delbène ne peut le souffrir, il l'exècre : c'est dans sa nature. Force lui est cependant de produire sa femme dans le monde, à moins de passer pour un Arnolphe ou un Bartholo. Mais, au commencement de ce mois, il lui revint enfin \mt de bruits scandaleux, tant de railleries, tant d'é-
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pigrammes, tant de ooupd de poignard à tète d'épingle, qu'un matin, en sortant d'un bal au profit des inondés, il se posa devant sa femme, les bras croisés, dans l'attitude d'un mari-Gavami, et lui parla en ces termes :
— Madame, je suis souffrant, malade; mon médecin m'a ordonné d'allôr passer quelques jours à R.,. Je pars pourR...
— Ah ! fit tranquillement M«ne Delbène ; eh bien ! faites, mon ami.
— Nous partons ce soir, madame, vous viendrez avec moi.
— Vous plaisantez sans doute, monsieur ?
— Je n'en ai pas la moindre envie, je vous assure. ■ — Mais c'est une infamie, une horreur, un ridicule, etc., etc.
M, Delbène laissa couler le torrent. Depuis longtemps il était blasé sur le spectacle des chutes, cascades et cataractes du sentiment. Ce fut d'abord une série d'exclamations et de désolations :
— Au commencement de l'hiver, avant le carnaval! Puis la scène se changea et le théâtre représenta des pleurs, des supplications, des prières. Othello fut impassible. Il laissa sa femme robinet ter ses élégies tout à son aise, suivant l'expression de M. de Balzac, et sortit en répétant son injonction impérieuse :
— A ce soir.
M»c Belbène resta longtemps sans pouvoir revenir
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de sa surprise et de sa eolère. Elle ne voulut recevoir personne, et, tout entière à ses réflexions, c'est à peine si on l'entendit sonner une fois ou deux sa femme de chambre.
' Le soir, en effet, une chaise de poste l'attendait dans la cour ; elle descendit la première, et n'attendit pas la main de son tyran pour se blottir au fond de la voiture. Elle avait un grand voile noir, et de nombreux sanglots coupaient sa respiration. Au premier relais, M. Delbène tenta de lui adresser la parole. Elle ne répondit point; il comprit qu'elle était violemment piquée ; il se tut. — Au second relais, même tentative, même silence. — Au troisième, on était arrivé. M™« Delbène s'enfuit dans son appartement et s'y renferma à double tour. — Bah! se dit M. Delbène, cela se passera.
Le lendemain, monsieur fit dentander à madame si elle voulait descendre pour déjeuner. Madame fil répondre qu'elle déjeunerait chez elle. Même jeu pour le dîner. M. Delbène prit son fusil et s"en alla faire un tour de chasse ; il ne révint que le soir, moulu, brisé, transi, ne rapportant qu'une foulure qui l'obligea à garder le lit toute la matinée. 11 fit prévenir sa femme qu'il était dangereusement malade, sa femme ne se dérangea pas. Il lui fit dire qu'il se mourait, — elle lui envoya le notaire.
Le troisième jour, M. Delbène parvint à se lever assez difficilement et à se diriger non sans peine vers l'appartement de M"»« Delbène. Il était fermé. A tra-
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vers le trou de la serrure, il Taperçut, le dos touroé» qui brodfth une paire de bretelle».
— Drôle d'occupation ! dit-il en s'en retournant à pas lents. C'est sans doute une surprise qu'elle me ménage: Patientons.
Le quatrième jour^ nouvelle visite à l'appartement conjugal, nouvelle déception. 11 allait enfin se décider à entamer les négociations à travers la serrure^ lorsqu'une voix assez pauvrement organisée lui fit entendre quelque chose comme Ma Normandie ou le Lilaé blanc.
— Pour le coup, c'est trop fort I s*écria-t-il. Ma femme n'a jamais eu un tel mezzo-soprano.
Et en deux coups de pincette il eut fait sauter la serrure de la porte.
Sur le seuil, il s'arrêta, stupéfait.
V M. Ddbène avait emmené sa femme de chambré.
Une Pierrette philosophique était assise sur le bord? d!une loge, au bal de l'Opéra* et laissait pendre mélancoliquement ses belles ja^^lDes sur la foule qui dansait. EHe était démasquée, et pâle comme Hamlet. Les tuyaux d'une fraise élégante n'empêchaient point sa tête de s'incliner sur son épaule, à la manière desrêveurs célèbres et des poitrinaires inédits. D'énormes boutoQs couraient de distance en distance sur sa souquenille, aussi gros que des boules d'escamoteur et
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de couleurs diverses : le moindre mouvement suffisait à les mettre en branle. Son feutre pointu, légèrement avarié dans la perpendiculaire de sa pyramide, avait les tristesses de la tour de Pise. Pour ses rubans, quoiqu'ils fussent de la veillé et du goût le meilleur, on eût dit qu'ils avaient traîné depuis une semaine environ du bal des Variétés à 'celui de rOpéra-Gomique, tant ils étalaient un air diagrin et une allure peu flottante. Les bouts de ses souliers eux-mêmes regardaient avec une insouciance vague le sol de tètes qui se renouvelait sous eux. Ses gants avaient le spleen. — Pauvre pierrettè ! — Sans doute un dédain profond Vanimait pour toute cette turbulence et tout cet éclat ; quelque drame déroulait silencieusement ses anneaux de couleuvre au fond de son cœur. C'était l'ironie qui l'avait prise par la main et qui l'avait conduite justement à cet endroit et à cette place, d^oii elle embrassait le bal d'un seul regard, qui était une longue réflexion; De près, elle figurait quelque chose comme une moralité sculptée. ^— Après un galop, sur lequel avait toujours plané son immobilité solennelle, la Pierrette sentit *une main se poser sur son épaule. Elle leva lentement la tète. C'était un jeune homme» un artiste, que sa beauté et son attitude avaient frappé.
— A quoi penses-tu î lui demanda-t-il.
*La Pierrette répondit :
— Je ne pense pas ; j'ai une indigestion.
Les jeunes filles yraiment vertueuses sont celles ddnt on voit trembler les joues, h chaque pas, comme des œufs au lait.
a J'ai bien besoin d'avoir celte femme, pour me sauver du ridicule d'en être amoureux, » écrit le vicomte de Valmont, dans les Liaisatts dangereuses ^ ce . livre intéressant, et qu'on a tant calomnié.
Le fragment s'arrêtait là.
— Vous avez l'amour triste, dit M. de Cupidon à l'auteur ; — de la même façon qu'il aurait dit : Vous avez le vin triste.
— C'est, répondit Justin Ronan, que je n'ai jamais été ni longtemps ni complètement heureux par le cœur. D'ailleurs, ajoutait-il en souriant, je ne demande pas mieux que de changer de ton ; vienne la femme idéale, et elle me trouvera certainement prêt à clianter ses perfections sur les meilleurs modes connus! ^
— ^ En serait-il de tous vos confrères comme do vous-même? demanda avec intérêt M. de Cupidon.
— ^ Mes confrères ? Oh I en amour, ce sont les pires bourgeois. %
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— Ha raison, ajoulai-je.
— Gela est difficile à croire, objecta le dieu, avec politesse.
— S'il ne faut que des exemples pour vous convaincre, coBtinuai-je, je ne demande pas mieux que de vous raconter certaine histoire du genre comique, laquelle aura, en outre, l'avantage de vous initier aux difficultés actuelles du métier littéraire.
— Racontez, fitM.de Cupidon avec empressement; je suis très-friand de révélations.