‹ Monsieur de Cupidon (volume 2)Chapitre 18 sur 48 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Où rintérèt prend des proportions colossales. — Nuit sombre. — Trois iaconnas. — Embarras de M. de Copido.i. — Une prise de tabac. '— Qoellc heure esl-il? — Les trois hommes l'obligent à monter d^ns nn coopé, maigre son peu de résistance. — Fouette, cocher ! — Le coupé s'arrête. — Certainement il va se passer des choses incroyables.

Le soir de ce même jour, M. de Cupidon sortit de son hôtel de la Boule-Rouge, après avoir fait un excellent repas. 11 allait je ne sais où, Tœil allumé, les lèvres entrouvertes, et contemplant avec recueillement son petit ventre qui marchait devant lui.

Cet état de douce quiétude pesa bientôt à notre héros, qui commença à se créer une foule de passetemps, tels que de fredonner un air que personne n'avait inventé, de sourire aux vieilles femmes, de frapper sur sa tabatière sans l'ouvrir, de regarder l'heure sans la voir.

Mais il se trouva qu'il chantait juste, que les vieilles

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fejumes lui rendaient ses sourires, que sa tabatière résonnait sous son doigt, que sa montre allait bien.

De sorte qu'il rengatna ses chansons, ses sourires, sa montre et sa tabatière.

il songea alors à faire une pirouette; mais rien ne s'y opposait : il ne la fit pas.

Lecteur, je n'étais point, ce jour-là, dans Tbabit de M. de Gupidon, néanmoins, j'ai de fortes raisons de croire que la disposition d'esprit dans laquelle il se trouvait peut se définir par le moiperplexe,\iris dans toute son indétermination.

M. de Cupidon était donc perplexe, quand il lui sembla apercevoir au loin, et devant lui, unemachine agitant une chose, il reconnut bientôt que cette machine était un homme, cette chose un chapeau.

L'homme fit un premier salut. M. de Cupidon dit :

— C'est un mari.

L'homme fit un second salut. M. de Cupidon dit :

— C'est un créancier.

L'homme fit un troisième salut. M. de Cupidon dit:

— C'est un exempt.

Puis, se frottant les yeux, il reconnut qu'il était plus que jamais perplexe. Sur ce, faisant un demitour sur les talons, il prit le pas sur l'inconnu.

Mais il réfléchit qu'il avait dû faire son tour entier, car il vit toujours s'avancer vers lui l'homme el le chapeau, ce dernier toujours saluant. Il fit donc

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un second demi-tour, puis un autre, puis un autre ; — et il comprit que c'étaient deux inconnus.

M. dé Gupidon, deux fois perplexe, prit le milieu, et les laissant derrière lui, l'un à droite, l'autre à gauche, il se dirigea vers une troisième rue.

H ne tarda pas à apercevoir un troi^ème homme et un troisième chapeau.

M. de Gupidon fut persuadé qu'il était très-naturel, je dirai même trè&4irgent, de lever sa canne, — c'est pourquoi il ne fit aucun mouvement.

Le premier homme l'aborda et , s'étant incliné à plusieurs reprises, lui demanda des nouvelles de sa santé.

M. de Gupidon se fouilla, et parvint à gcand'peine à lui offrir sa bourse. — L'inconnu la pesa dans sa main, en considéra la rotondité, et la lui remit d'un air convaincu.

Le deuxième individu l'aborda, jH lui demanda une prise de tabac.

M. de Gupidon lui offrit 3a tabatière à filets d'argent.— L'inconnu l'ouvrit, huma trois grains de ni* cotiane, et, l'ayant hermétiquement refermée, la lui rendit d'un air approbateur.

Le troisième homme l'aborda, et lui demanda l'heure qu'il était.

M. de Gupidon lui offrit sa montre de Genève. — L'inconnu contempla avec une vive attention la marche des deux aiguilles , et la lui remit d'un air reconnaissant.

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Là- dessus, un quadruple salut fut échangé, et notre héros sentit presque aussitôt deui bras passés sous les siens. Le troisième inconnu formait l'arrièregarde, emboîtant tantôt son acolyte, tantôt M. de Gupidon lui-même. — Celui-ci se sentait satisfait ; il était tiré de sa perplexité, il savait enfin où il allait : — c'était, parbleu ! où le condisaient ses compagnons.

M. de Gupidon comprit que la chose du monde la plus simple était de questionner ces gens ; — Il trouva très-drôle de n'en rien faire , tr^s-drôle de se laisser conduire.

Tout à coup, l'un d'eux :

— Si nous prenions une voiture?

— Hum ! dit M. de Gupidon.

A ce mot, il butta contre un petit coupé à la mode, plus petit que le coupé de M"»» Doche, — sans blason, sans armoiries.

— Ah ! ajouta-t-il, comme qui dit : — C'est différent.

Sur un geste réitéré avec infiniment d'instance, il fit un pas en avant ; mais, sur réflexion , il ne put s'empêcher de proférer ces paroles :

— Croyez -vous que...? et, pour compléter sa pensée, il ramassa du regard.ses compagnons, et le reporta sur la banquette exiguë.

— Bah I fit le premier.

— Bahl fit le second.

— Bah ! fit le troisième.

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: — Au fait ! dit M. de Cupidon.

. Alors commença le chapitre des civilités et des après vous, sHl vous plaît \ — ce que voyant, les trois inconnus poussèrent par les épaules M. de Cupidon, qui alla tomber sur le siège avec fracas. Tout aussitôt la porle fut fermée , les rideaux tirés, et le coupé partit avec la rapidité de la flèche : un inconnu devant, — un inconnu derrière, — un inconnu à la portière.

M. de Cupidon eut une violente envie de se fâcher; il essaya même plusieurs objections; mais le gardien de la portière se prit à 'tousser d'une façon tellement assourdissante, qu'il finit par se taire, — nqn sans rouler dans sa gorge deux ou trois jurons en guise de soulagement.

Au bout de quelques minutes, le coupé s'arrêta devant une maison de noble apparence dans la rue de Lille, au faubourg Saint-Germain; — les trois inconnus se rangèrent en haie. 11 descendit bruyamment, respira avec force, et regarda autour de lui. La nuit était sombre et la rue déserte.

— Par la sambleu î dit-il, c'est clair, on m'enlève.

11 mit le pied sur le seuil.

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