‹ Monsieur de Cupidon (volume 2)Chapitre 28 sur 48 · UNE FEUILLE DE ROSE · texte numérisé non relu

UNE FEUILLE DE ROSE

« Chàteaa d'Isernay, 20 septembre.

» Justin, voilà quelque temps que tu ne m'écris plus. — C'est que sans doute lu es bien occupé. Travaille, mon ami, oh ! travaille. Seulement envoie-moi un mot, rien qu'un, pour me montrer que tu penses toujours à moi.

» Tu ne sais pas combien la tristesse m'enveloppe dans cette campagne, si déserte depuis que tu Tas quittée. Je ne te dis pas les larmes répandues silencieusement dans notre allée des saules, au pied des arbres qui nous ont si souvent abrités de leur ombre et qui vont bientôt s'effeuiller. — Tu les devines, ces larmes.

» Depuis trois semaines, mon père est malade, — bien malade. Je ne le quitte presque pas de la journée. Avant-hier, dans l'après-midi, il a voulu un peu sortir. Nous avons été jusqu'à la ferme de Seguin. 11 s'est assis sur le banc qui est devant la porte, et s'est amusé à regarder trois ou quatre petites filles de sept à dix ans. — Oh ! mon ami , pourquoi les

hasards les plus simples nous remuent -ils parfois si profondément? Pendant que mon père regardait danser en souriant ces chères petites, moi je les écoutais chanter en tenant mon cœur à deux mains; — elles disaient une vieille ronde que voici :

Dans l'eau d'im« fontaine Me sais lavé les pieds; D'une feuille de chêne Me les suis essuyés.

— Que ne m'a-t-on donné Gelai que j'ai tant aimé !

J'ai entendu la voix D'un rossignol chanter; Chante, rossignol, cliantc, Tu as le cœur tant gai .

— Que ne m*a-t-on donné Celui que j'ai tant aimé !

Tu as le cœur tant gai, Et moi je l'ai navré; C'est de mon ami Pierre Qui s*en est en allé.

— Que ne m'a-t-on donné Celui que j'ai tant aimé !

» Je ne puis pas t'exprimer la peine que m'ont causée ces paroles si"* naïves. Le soir, je me suîs apperçue qu'elles étaient dans mon souvenir.

» Ne tarde pas à me répondre, mon bon Justin. — Mon âme est triste ! — Songe que personne ici ne me parle de toi. L'autre jour pourtant, en parcourant le journal de mon père, — comme je le fais tous

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les matins, afin de Toir si ta détiens célèbre, — j'ai su que l'on Tenait de représenter une jolie petite pièce signée de ton nom. Pourquoi ne m'en as-tu rien dit?

» Aime-moi toujours et n'aime que moi. J*ai peur de ton Paris. Rassure-moi donc! — Travaille sans cesse, afin de ne Yoir personne et pour ne penser qu'à ta Blonde, à cette pauvre jalouse qui ne vit là-bas que par ton amour et pour ton amour.

Qoe De nra-t-on doBué Celoî qoe j*ai Uut aimé !...

» jP. s. La fièvre de mon père vient de redoubler cette nuit. Je suis dans une vive inquiétude. Le médecin ne le quitte presque plus. »

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