‹ Monsieur de Cupidon (volume 2)Chapitre 38 sur 48 · CHAPITRE XXVllU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVllU

Monologue suivi d'aneéglogiie. ~ La chanson de Gaatier-GarfaiUe. —M. de

Cnpidon part poor on village. ~ Q y chercbe des bergères et n'y trouve

qoe des paysannes. ~ Snzon et son chevreaa.^ Mauvaise fille. ~ EDese

sauve. ~ L*édielle du grenier. — Un drame dans une neole de fois.

— CipidoOyVole! vole!

Le cinquième jour de son arrivée à Paris, — en s'éveillant — M. de Cupidon se tint à peu près ce discours, pendant qu'il se faisait habiller par son valet de chambre :

— Parbleu ! voilà un voyage qui me coûtera infiniment moins de temps que je me l'étais imaginé. D s'en faut peu de chose, je crois, pour que mes éludés soient complètes et que je sache de l'amour autant qu'homme en France. En moins d'une semaine, j'ai fait connaissance avec la fille d'Opéra, avec M™« Trois- Êtoiles, avec Penserosa, avec la bourgeoise du bou-

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\^^vard*et la baronne de la rue de Lille; j'ai vu les dstmes dû jardin Mabille» Il ne me reste donc plus qxi'à dénicher une Suzon en bavolet et en jupon court, ig>our terminer entièrement mon éducation. Justement, le soleil est beau, et le zéphyr agite doucement son éventail sur la face du soleil. Allons donc au village, au village où j'ai coulé jadis de si heureux jours au sein des près fleuris et sur le bord des étangs, en compagnie de mes agneaux et de mon chien Fidèle...

11 partit pour le village.

Chemin faisant, — M. de Cupidon regretta de n'avoir pas commencé par là, car il se souvint que de temps immémorial l'amour avait toujours habité les champs, — et que la douce paix des hameaux, l'ombre des vallons ont plus d'empire sur les imaginations sentimentales que le bruit et l'éclat des cités. — 11 se rappela à ce sujet les pastorales de Bernis et les idylles de Léonard. Le tambourin de Lycaslui revint aussi en tète, et peu s'en fallut qu'il ne se prît à danser au milieu de la grande route, en croyant entrevoir des rondes à travers l'épaisseur des feuillages. Il grava deux cœurs entrelacés sur l'écorce d'un hêtre.

Il trempa ses lèvres dans Yeau salutaire de la fontaine.

Il mit un bouquet de fleurs à son chapeau. U écouta léchant d'un bouvreuil dans les verts noisetiers.

33B HONSIBUK DB CCMDON

H chanta lui^^méme la cfiansoti du bel ÂucassîQ h Nlcbletle, et celle de Gautfer-Gàirgutlïe*, si belle de nrfïveté : ' '

Je m'en allai à Bagnolet, 0h i« refioomr*! qa mtflet Qm plantait des carottes.

Ma Madelon, je l'aime tant, Qae qoasi je radote.

Je ' *6tt àibi HA peu plus loin ; Je y\$ &ne botte de foin ' Qai dansait la gavotte.

Ma Madelonje Tairae tant, Qnè qaaâi je radote.

Je rentrai dan$ notre jardin; Je vis an chat incaniadiii Ou! dècrâttait seè bottés.

Ma Madetott, je ïtUm tant»

Qae qnasi je radote.

' En passant devant la grille d'un parc, — il aperçut au fond d'une charmille une jeune fille ea robe hlandie et un jeune homme en habit de Ij'céen, qui se promenaient à pas lents sous la même ombrelle«

M. de Cupidoti ne demanda pas d'antre explication.

Il reconnut de snite le t>oëÉtie éternel des dix-huit

atls et du preiBileT rendez-i^)Oiifr^ de là fleur tombée

du coTsage. et -de l'aveu rougissant, cette fraîche his*

toire du cœur qui s'éveille et qui marie toutes les

cbo3es de la n(9tture à sçs,nouYQ}las. sensations, depuis

l^s baisers , de^ raioiers . jusqu'aux ^prédictions des

xaarguerites et aux;pâr(^les de la b^ise nocturne. Il

soun^t eti pensant, aux Jet ti^s jetées par-dessus lemur^

aux pieds pressés par-dessous lafdble dejeu, aux

quadrilles de Bohlman - Sauzeau Joués à quatre

mains, peut-être aux prpmenades en bateletàTlle

voisine, — ^eU.e Jle qui se» trouye partout et dont les

gazons émaillés de boutons, d'çr semblent invitera

l'amour, ,

- Mais ce n'était pas cela qu'il cherchait, — c'était

Suzon, la naïve bergère, qui porte un chapeau de

paille à l'oreille, et, la houlette à la main, mène paître

ses moutons.

Û^ il avait fait trois fois le tour du village, et, déconragë du peu de succès de ses recherches, il s'était assis sur le banc d'un bosquet de chèvrefeuille, — îorsqu*il ftrf tî¥é de ses Téveries pat wn éclat de rire q# partit soudain i smi côté. Il' se retourna et crut ft'dSord qtié c^étiail^ un viètix faune qui sie moquait sous la feuillée. Mais aussitôt une jeune fille passa rapidement devàBt' hit, suiirie'd^uQ die^vreau, qu'elle agaçait par ses bonds joyeux, -f*' gœon { Sùzon V fe'écïia-t^l .

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La jeune fille et le chevreau se cabrèrent à la fois, et celle-là tirant une belle révérence :

— Gomment savez-vous mon nom ? demanda-t-eUe en montrant un sourire épanoui sur ses lèvres et dans ses yeux.

Ce n'était pas tout à fait le rêve de WT. de Cupidon ; la houlette avait disparu ainsi que le corset semblable à un rosier ; le fichu était un tantinet posé de travers et les cheveux se dénouaient sur les épaules. Évidemment celte Suzon-là n'aurait eu que faire parmi les Églé et les Sylvanire du val de Tempe; mais elle n'en avait pas moins sa poésie, aussi elle, — poésie chaude et sauvage, comme le parfum des mûres saignantes sur leurs branches d'épines.

A défaut de mieux, M. de Cupidon dut s'en contenter. 11 lui passa le bras autour de la taille, et, pour réponse à sa question, il lui planta sur la joue un gros baiser.

— Eh ben I ne vous gênez pas, monsieur des Grands- Airs! dit-elle en se débattant. Je vous conseille d'y revenir, et nous aurons beau jeu...

— Fi 1 Suzon, vous êtes revêche conune une infante, répondit-il ; bannissez ces façons-là, ma mie, et aïïoBS ensemble cueillir des noisettes sur la lisière du petit bois.

Siizon avança dédaigneusement les lèvres et formula unnennibiensec, — confirméparunbrusquevir^nent de tête — de gauche à droite et de droite à gauche.

MONSIEUR DE CIPIDON 341

Puis elle tenta de s'échapper, mais M. de CupLdon la relint par la robe.

— Hélas! poursuivit-il, un rival plus heureux, je le vois bien, a su mériter vos faveurs : Palémon sans «loule, qui n'aura pas manqué de vous offrir le miel de ses abeilles, ou Lycoris, pour avoir furtivement déposé dans votre chambre le nid de colombes qui fqj^ait votre envie. Ah! volage beauté, pourquoi prêter l'oreille aux discours frivoles des bergers d'alentour ?

— Bon ! s'écria la Suzon, parions que ce Palémon dont vous parlez est ce monsieur qui dînait tout à rheure sur l'herbe avec sa femme,

M. de Cupidon fit une légère grimace.

— Après tout, ce ne sont pas mes affaires, repritelle, et je vous prie une fois pour toutes de me laisser retourner à la ferme, où l'on m'attend pour traire les vaches.

Disant cela , elle tira violemment sa robe à elle, et s'enfuit en riant à gorge déployée.

Mais M. de Cupidon était l'entreprenance même. Avec la meilleure grâce du monde, il se mit à sauter les haies et les fossés, courant à perdre haleine après Suzon et son chevreau, jusqu'à ce que Tune et l'autre fussent arrivés dans la cour d'une ferme, où gloussaient cinq ou six poules.

— Ah ! pour le coup, ma pauvrette, on vous tient ! (lit-il d'un air -triomphant, en venant s'abattre au milieu des volatiles.

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Suzon poussa un cri d'effroi, et n'eut que le temps de monter à une échelle qui conduisait aji grenier...

n n'hésita pas à la suivre dans ce nouveau chemin, — et, parvenu au dernier échelon , il passa bravement la tête — et puis le corps, par la lucarne étroite où elle avait disparu.

Suzon s'était blottie dans une meule de foin, où il ne l'aperçut pas d'abord, — mais il tâtonna si be^el si bien , que de tâtonnements en tâtonnements il eo vint à découvrir son pied — puis sa jambe — - et puis le reste — et que, ma foi, de fil eu aiguille, Suzon allait peut-être payer cher sa résistance , — lorsqu'une voix brutale vint changer le dénomment.

Une sorte de rustre était devant lui et le menaçait d*un gourdin.

— Sacrebleu * I criait-il furieux , nous all<ms en dégoiser, monsieur l'enjôleur de filles! Attends, gringalet 1 faisait-il en retroussant ses manches; pare celui-là, mon beau gars !

M. de Cupidon comprit que le danger était pressant ; il se mit à tourner autour de la meule, dont il se fit un rempart. Mais, après quelques instants de ce manège, le paysan, impatienté, fendit la meule d'un coup de pied , et marcha sur lui en levant son bâton.

i Autrefois il eût dit : — Ventregw! morgue! ou tatiguoi! jarni I jarnonhiUel jamicoton ! (note de l'éditeur )

A ce moment, M. de Gupidon se ressouvint qu'il était dieu -^ et, filant à point entre les jambes de son adversaire, il s'envola par la lucarne, sous la forme d'un bel ange ailé, — et remonta vers le ciel, où on le vit peu à peu disparaitre..... disparaître disparaître

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