‹ Monsieur de l'étincelleChapitre 45 sur 47 · HUITIÈME ET DERNIER EXTRAIT · texte numérisé non relu

HUITIÈME ET DERNIER EXTRAIT

Bohëmond de Tancarvilleà Paul Fentairon,

«Je ne puis, mon cher ami, que vous féliciter et de votre mariage fait sans tambour ni trompette , et de votre subite disparition après la céi'émonie; cela ressemble à un enlèvement. Il fallait cette petite couleur romanesque à une alliance telle que la vôtre, préparée prosaïquement et de longue main, et qui n'a rencontré aucun obstacle. Si j'eusse épousé comme vous une cousine, et il s'en est fallu de peu, vous le savez, je me proposais bien de ne pas me priver de quelque incident imprévu qui fît un peu parler de nous hors du cercle de la famille. Madame Mazade en a décidé autrement, et je l'en remercie, tant je suis heureux avec madame de Tancarville, qui pour me plaire se fait tous les jours un peu plus française, jusqu'à en paraître coquette.

»Le lendemain de votre départ sont arrivés lord et lady Suffolk, bien contrariés de ne pas vous trouver à Paris ; mais ils se rendent eu Italie, et doivent passer à Arles ,où lady Suffolk espère bien que vous l'attendrez. Si madame de Tancarville n'était pas infamily <way (2), comme on dit en Angleterre, nous serions du

(1) Ce journal n'étant pas réalisé encore , la discrétion nous oblige de laisser le titre en blanc, toute l'idée étant dansletitre,

(2) £n c/iemtn d'avoir des enfants % enceinte.

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voyage; mais le plus grand calme lui est recommandé jusqu'à ses couches; elle doit s'abstenir du bal, à plus forte raison des secousses d'une chaise de poste. On ne saurait préparer avec trop de précaution l'heureuse venue de l'héritier des Tancarville, et si ma défunte mère s'était un peu plus ménagée pendant qu'elle portait voti'e serviteur dans son sein, le Bohemond actuel ressemblerait peut-être un peu plus au Bohemond du temps des croisades.

»Je vous annonce, mon cher Paul, la mort du docteur Térence Valésien. C'était un original, comme vous savez, et il a voulu, à ce qu'il semble, en donner une dernière preuve par son testament. Comme quelques uns de ses légataires sont de votre connaissance, je vous transcrirai les principaux articles de ce singulier adieu que le sardonique docteur adresse à ses amis et à ses ennemis :

« Je soussigné, sain de corps et d'esprit^ etc.

» Je reconnais avoir été le plus heureux des maris pendant plus de vingt ans, grâce à la vertu et à l'amabilité d'Héloïse, ma chère et estimable épouse, qui malgré la différence de nos âges et son inclination pour un homme plus jeune que moi, a su me garder une fidélité exemplaire. En retour de tant de sagesse, je nomme pour mon héritier et légataire universel, à condition qu'il épousera ma veuve , M. Théodose d'Armentières, qui depuis plus de vingt ans aime chastement madite veuve et refuse de se marier pour attendre que ma mort lui permette de me remplacer légitimement dans ma maison.

» J'attends de la probité de mou légataire et de la tendi'esse de ma veuve, qu'ils adopteront ma nièce Ccelina *"*, pour lui servir de père et de mère, la doter convenablement, et lui léguer un jour

ou ARLES ET PARIS. 4^3

toute leur fortune comme je leur lègue la mienne.

» J'excepte du don de tout ce que je possède, fait à M. Théodose d'Armentières, sous l.i condition stipulée, ma bibliothèque, mon musée analomique, mes instruments de chirurgie, mes daihias et ceux de mes manuscrits ci-après désignes.

» Je fais don de ma bibliothèque, depuis le rayon n° 1 jusqu'au rayon d" 20, au docteur Goury, à Paris; et depuis le n" 21 jusqu'au n° 41, au docteur Allègre, à Hyères. M. d'Armentières se réservera seulement les ouvrages de belles-lettres, et même parmi les livres de médecine, je le prie de conserver :

» 1° Quilleti callipœdia, seu de pulchrœ prolis liabendœ ratione, poema didacliciim, dédié au cardinal Mazarin avec cette épigraphe : Pulchrâ facial te proie parenlcm, Londoni, impensis J. Bowyer, mdccvui.

» 2° Pasqualicus puerorum emasculator ob musicam quo loco habendus, in-d", Divinto, 1665.

» 3° S\eyo^tj Dissertatio de spadonibus, in-4°,Ienœ,

»4'' Judicia varia de conjugio spadonum , Lugduni,

» 5° Commentaire sur le 28'' aphorisme de la Section FI des aphorismes d' Hippocrate , suivi d'une nouvelle recelte contre la goutte et la calvitie, in-12 1831, ouvrage tiré à 10 exemplaires seulement.

» Je prie mon correspondant de Toulon, le docteur Nestor Ruy, d'accepter mon petit musée anatomique, sauf le squelette n" 5 d'un chien mort de vieillesse , malgré une opération délicate faite par moi audit chien , lequel squelette Théodose d'Armentières conservera en souvenir de mon adresse chirurgicale.

» Je lègue mes instruments au docteur Leroy d'Ë H. * 28

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tioles, espérant qu'un jour ses malades se cotiseront pour lui ériger une fontaine dans une des places de Paris, au lieu de lui témoigner sa reconnaissance à sa porte, de manière à la rendre quelquefois inabordable j mais M. d' Armentières voudra bien se réserver mou trépan, pour accompagner le squelette du chien qui lui est destiné.

» Je serai très flatté si le professeur Marjolin veut bien admettre mes dalhias dans sa belle collection. Je désire lui prouver par là que je n'ai pas oublié la gracieuseté avec laquelle il a donné mon nom à l'un des siens.

» Enfin mes manuscrits seront remis à l'auteur du PERROQUET deWALTER Scott, et si ce legs lui était agréable , je ne serais encore quitte qu'à moitié envers lui après le plaisir que m'a causé son admirable Conte anatomique , avec l'introduction qui le précède dans le tome ii" de cet ouvrage, etc, etc..

» Tels sont, mon cher Paul, les principaux légataires du docteur Terence Valésien. Savez-vous qu'il laisse à M. d' Armentières une fortune de quarante mille livres de rente, et que celui-ci est bien récompensé de sa fidélité platonique à la veuve du défunt. Tl n'est pas à Paris en ce moment , et ses amis attendent avec curiosité sa détermination. »

Ces lettres faisant connaître à peu près tout ce qui pouvait intéresser les lecteurs de cette histoire, relativement aux personnages qui y ont figuré, l'auteur réserve le reste pour la continuation , s'il se décide à en faire une.

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