‹ Monsieur de Roberville (volume 2)Chapitre 11 sur 24 · I:5n MONSIXÛM · texte numérisé non relu

I:5n MONSIXÛM

du freiin partout^ MerKdOârt était déduit à Gallet, à Panard A à quel* ques autres , qui , pour n'être pas a^adémkieos « n'en étaient pas imnns des gens de mérite ^ et swtout' de bons compagnons.

RokervîUe) prdté^^, ptéseAlé par de rOseraie » était invité à toutéii' tes fêtes que donnait Meriicoan, d c'esr par des fêtes brillantes q^on M sotKenait alors. Cooimenf des stipérienrs éclaireraient-^ils la conduked'un^hom* me qui les traite sootent magnifiqueneni^ et qlii leur fait cbanfei^ par Çrallet et Lattaignant, des- cou]dets pleins de délicatesse <pi'ils ne saisissent pas , et des louanges qu'ils ne lûfan^* qpent pas de s'appliquer? C'est à l'une de ces fêtes que Roberville se recroûva a?ec Gallet; et Gallet^ ^otfS Vo^ en souvenez peut-être, érak un^ dés auteurs de là mystificatibn qne kl Mo-raie par Alpliahei valut à son auteur.

Gallat n'était pas homme k Waser éehiifjper me aussi belle occasion 4V muser les coiMYes^ Ilraconiala soèue de FAcadémie ; il orna son. réeiti de iraitS'piquanS', d'inddena comrôuvéa^ ^tifms d*wie itnagiDafiioxi féconde ; ij £iÉa Fattentioa générale : on est sàr dâ è& feÎÉre écouler , quand on veuC erre méchant , ^t qu^on Test avec es^ prit. L'historiette* parut chafmwnte à cMâl i{ui ne la connaispaient pas. Ceux ^i l'avaiei»! lue dsns ï^ênnés Lltié* HiirB W la Gaaeite Marin, la tvoa«- ^èrém «outelle. On craignait que le coËrteur n'atiîf^Ât à la fis de sa narra^ lion. Roberville seul trouf ail )e féetc trop long^; et quoique Crellei ne le désignât par aucune apostrophe , par aucun digne, il se décela par sa rougeur , par son embarras. Tous les yeux se fixèrent sur lui.

Nous n'aimons pas qu'on humilie ceux qui ont des rapports directs avec

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ïiouis ; nous prévoyons qne la plaisaoierie nous atteindra tôt ou tard ; au moins par ricochet. En effet , celui qui avait donné un emploi important k un inconnu, à l'auteur delà Morale, par Alphabet , à un auteur berjié. , pouvait craindre les plaisans partout. • .

excepté chez lui.lMerlicourtse récria sur l'inconvenance du procédé de Gailet. II prit Je ton tranchant d'un homme qui traite splendiden^ent , et qui , par conséquent , a le droit de tenir le thermomètre de la galté. Il apprit à la société que Roberville était un de $es premiers commis, un aùtf e lui*méme , et qu'il était absurde de ne pas distinguer le littérateur de l'homme ti'affoi* res. Aussitôt la scène changea. Gallet, qui aimait la bonpe chère , se mordit les lèvres ., et se tut. Un des rieurs observa qu'il n'y a rien de neuf sous le soleil , que les modernes ne peuvent que rhabiller les idces des anciens , et

BX BOBERTILLK. l55

que M. de Roberville aurait dû jouir de dette prérogative comme un antre.

Un second ajouta qu'il avait pu , sans ridicule , se mettre au nombre des ^candidats , lorsqu'il avait vu TAcâdémîe admettre de grands seigneurs qui ne savent pas l'orthographe. Un troisième dît que cette ambition étaic louable , en ce qu'elle annonçait une âme au-dessus du vulgaire. Merlicourt termina la séance en déclarant qde l'bo'mme qui brille dans une partie utile , est très-supérieur à un bel-esprit, et que la manie de tourner des vers n'annonce que de la niaiserie , de la paresse , et ne 'mène jamais à la fortune. Tous les convives , ceux même qui né l'avaient pas entendu j protestèrent qu'il avait raison , en sablant sa liqueur des lies. Gallet adressa trente révérences k Roberville , eu arrangeant une épigramme contre lui. Enfin Merlicourt roula son grand

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ffttttcuil €to arrière , et elMQn s'eoH pressa de se let er ei de el^rcher dans K$ yeux ce qu'on poarrak faire ois dire qui lui fut agrëaUe.

Au nombre des conrives éiaît ua petit monsieur, bien gi*oS^ bien eourt, et qui paraissait très - content de lui. n écoutait d'un air stiffisattff ; il ûf^ prourait ou i^iprouvak d^ua ski^le motttemeni de tête. Il riati »m cou* fiftnce de ce qu'il avuîl dit ^ et il fiait seul , parce qu'il parlait mal et qù'3 ne donnait pas à dîner. Il louait chaifrdément les auteurs mért» ^ afin de pouvoir dénigrer lé$ Gitans. B hfur trouvait à tous des dé&uis essentiels i il gli^ait sur ce qu'ils avaieM de h&û , et' il se itd' placé à la t^ de ki liiiérature fiHinçaise , s'il n'eût craint de se faire siflft^r. Ce monstear^là n'avait encore travaillé que pour TÀlmanach des Muses.

Il tif a Robervillc à part , pendant

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que les antres admiraieat les jarâûs «t les serres ckodies de MerlicQUrt ^ 'quf fls se réeriaieitt sur k beauté d^itne petite fleur , d'im brin d'herbe , apposées du Pérou wk du Séoé^ i et dont J# propt îét£f e île parlai, qu'avec en?cthousiasine f parce qu'ils lui coûtaieitt GÉtréfneaiem cher , quoiqu'ils &e iusscM bons àrien. r Monsieuf» ditle petit •^ homme ^ auriez-vous la faiblesse de F droîre que tous les gêna de mérite jt soieikt de l'Acadâsne 7 -^ Gommeut » le Gtoiraîs^jie , monsieur » p^âsque )e ji n'en sais pias ? -^ Observez > mour ;r fiîeur y que j'y aurais des droits •iê aTttni*VouS, car vous i^éles qu'un # pi^sateur y et j'ai rhotineur d'ôtre » poète. -^-Monsieur , je suis loin de 41 VOUS contester la prééminence. -*- » J'aime qu'on se mettre à sa place , c;t ji )e vous vengerai de totis ceux qui 9 VOUS ont persiflé. Soy^z persuadé.»

» monsieur ^ que Galkt» Paitard, Lat-

l58 MONSIEUR

M taignani et Piron lui-même , qui M n'est pourtant pas sans quelque mé- B rite, n'auront jamais rien de com- M mun avec moi , ni avec vous. — 9 Comment, monsieur, vous mepla- » cerez au-dessus de ce^* gens-là ! — • ji Écoutez - moi , monsieur. —Je ne ;i perds pas un mot. — Une société , 9 qui rivalisera bientôt avec TAcadé- ;i mie , et qui finira par Técraser , se X forme au sein du mystère. — Bon.

» -—Nous sommes déjà réunis au nom- 3i bre de cinquante. — Bravo , bravo!

M Us ne sont que quarante là-bas. . .

M — Et qui ont de l'esprit comme qua-

* tre. — Oh! ce mot -là n'est pas* de ji vous. -~ Rien de nouveau soys le » soleil , monsieur, on l'a dit à table. » Nous avons rédigé nos statuts. — •

* Et vous en êtes content ? — Cest 9 moi qui les ai faits. Nous ne som- » mes plus incertains que sur le titre » que nous prendrons. — Hé ! qu'im-

DE I^OBEAVILLE« iSç

porte te titre 7 — Pardonnez - moi , pardonnez - moi , il nous faut un mot composé du grec et qui signifie beaucoup. Rien de beau comme le grec , rien d'aussi répandu. Ma cuir sinière le parle tous les jours. Litr elle la Gazette de Santé , c'est . dii grec ; va -t- elle cbez l'apothicaire ^ encore du grec ; chez l'herboriste , toujours du grec, ^'ous finirons paf çtre dispensés de savoir le. français^ -:— J'en ,sçrai$ très * fâché ^ moi qui ne parle; qu[eœtte.laugiie-là. — Paijjbleu , je n'en connais. pas d'autre , et,.mç;i nouveaux confréries ne sont pas plus savans. Mais nous avons des traductions grecques et latines , et cela. suffit pour citer à l'occasion. Un de nos membres a même fait , sur une. traduction de Théocrite , une traduction nouvelle , et il se » dispose à coinmeaier Racine d'après i Luneau - de - Boisgermain et M. de

l6é iroi^8i£Yii

• H Harpe. «^ Il nre sewbte , lâQi»' j» sieur , cpe vous irt^n§ i^^rym ua » peu de votre ôblerc. ^-^ J'y re%4éfis^

j> Nottd nota» proposons é'àdMtiûre » encore parmi boqs quellfaes gnos A d'esprit. — Et je serai d* noâibre?-^ » PTen doutez paâ; Je vdus pmpôie^

• rat ; on* nommera nne^ côtnmissiDû

• ponr examiner vos litres. •• — Et si » son rapport m'est défavorable ? — » Kéeraigiiéz rien : le rapporteur sera n bieti aisé que je sèrte* à moir tour » les' candidats dont â .dÂtianderà

• l'admission. Ce sttnt de* ces servite!} » que nous nous rendes âratuellé'- 3r inent. — Et qui toumenif à l'âvan- » tage de la société. — Certainement , )t parce qu'il e%t reconnu que nous » avons trop de mérite jionr nous » tromper sur les sujets que nous pro-

• posxïns. »

Lorsqu'on ne peut figurer an premier rang , ou est bien aise de bril-

DE ROBBRVIZtLI. l6l

1er au second. Roberville adopta avec plaisir les vues de sou protecteur , et il far mis au rang des candidats à la séance suivante, composée de sept iHembres , nombre compétent pour déBbérer. La commission nommée ^ l'un de messieurs les commissaire^ dit à l'oreille du présentateur qu'il atait le malheur de ne pas connaître la Morale par Alphabet le Ma foi» ja n ne la connais pas plus que vous , j^ r^Mmdit le petit monsieur; mais 9^ nous ressemblons aux moines , il « nous faut des recrues, et il doit » TOUS suffire du titre d'un oUvrage » pour ea faire Textrait. -^ Chargez* » vous-en , mon confrère , car jie suis » accablé de travail. Je finis ifta sa- M tire contre le gc^.«*-^ Et* vous de» » vez la lire en séance publique. Dia« 3» ble, c'est un. beau morceau! *~Je m m'estimerais fort heureux qu'il va* » lût les trois n^drigaux et les deux

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n fables dont tous rcgalerëa& notre au- » ditoirc. —Vous êtes trop modeste , » mon confrère. -*— La modestie est 9 le cachet du vrai talent, n

Après avoir épuisé ce que la louange a de (in et de délicat , ces deux messieurs convinrent que Roberville fe- ' rait luiméme Féloge de son ouvr^age , et que le rapporteur n'aurait que la peine de le lire, après l'avoir copié, pourvu toutefois qu'il ne fût pas trop long. Or , comme un bon office se paye par un autre , il fut arrêté que le petit monsieur se ferait nommer commissaire lorsque son confrère proposerait le poète Fardeau , très-connu dans la rue des Lombards.

Roberville se fit un peu prier pour se louer lui-même. 11 lui en coûterait beaucoup pour répéter ce que des connaisseurs avaient dit de 'son ou* vrage. 11 craignait que leurs éloges fussent exagérés. Il sentait le besoin

DE ROBXRVXLLE. l63

qu'il avait d'indulgence, et il débitait c^s lieux communs avec des révérences et des roulemens d'yeux usités en pareille circonstance.

A la séance d'après, le président fit rcsoiiuer sa petite sonneite et dit trqs-gravement : Vous avez à entendre le rapport de votre commission sur le candidat qui vous a été prpr posé. Chut! chût I chut! fit-onde tou9 cdiés.ILie rapporteur se leva , tira de^a poche un aubier orné de jolie faveur couleur de rose , et il lut : .,

. . «* 11 m'est bien doux , messieurs , » d'avoir à. vous rendre compte d'uu » ouvrage aussi distingué que celui » de M. de Roberville. On y trouve 9 tout ce qui est utile et agréable.

\ Chaque article est traité dans le 9 Style qui lui est propre Le lecteur » es( firappé de la profonde connais-^ » .sancedu cœur humain^ développée » dans cet ouvrage, et unie aux idées

i($4 ifêif^tstf*

» les plus philamropiqtfes. C^esfl IVlon^^ 9 taigne paré des bda«i(és de kt^ latw ir gti« tâoderne; c'esi la Roctiéfofi^ M cault vaincu. Ua des a^elArlaigë^ ]^ ikiappi^^ctablesde cet ouvmga, est i le cla^émem d^enicitières par ordre )i alpbabélkpie; La cobversuiioA rùnkH i t«e)ië s«u^ )e vice du k v^irto, M iût VkkàépeÈtdaUtte ou P^Sfclav^g<^ i i hp^pviéiBLÎtt àthhtùchnte htàr^

# de 5ft pocbe k là dérobée; ircfWé il aiifsslit^ la déâmtk>â ift)^ chétékm

> les interlôcfcrfeùrâr ;^ û^lk ifépitt& ié » méÉidre; éi cèa^aii afdtoiihe' ef se i tait/ Qti^ livre, nlessieùi^ , <|dè ée^

* lli;} ^ui ctbttM de Tè^t i (âW lé » mondé et quine se vend €{ue quinze w sousl Je cûriehis à ce^qi^e^sott tîa^ » téuf Boit adniis paihœri v6uâ^. ^— '^

31 Qué^tatènrdsitii ëe tttpféti , cU^if

> Yuttl Quelle chrtfé'! itjmitiEiit' I^âu^^ à Cre I Quelle i^récisioifr! s^^criak tiif n troisième; jt et des apptauâisseoMUS

DE aOB'BRYlLLE. l65

prolonges apnonccrenl la saiisfacûoa de l'assemblée et ses dispositions eu f^epr du candidat. Monsieur le se<* jùs^Bkf.e pr^nd un petit panier de cbaw gue main. I>^a^ Vwa aoni les boules ^U9f.*hes et d^tts i'amre les noires* ^Sipsipiefs. oiroutent euAoariiu tapis vert. Ch%c«n 4^$tmembnes:pnend une }è0^lfi blapicbe et dédêigae.de regaiv j4^r les jBtutnes :. iWmission kle iM. de ^be^viU^ ne peut étiie douteuse* £a .^ t^ ,\^i p^ideni Je ^proclaipie f eç« À r«iB^9:ioliic.

IJa iiien^re tire «o rouleau de papier de M, poche* Il va commencer /la «J^mre 'AVn Essai sur l'égalité des kii^mm^^l premvée par légalité dqs ^eDi^» Son regard bénin s'étend au* 'I^M^4eta.table let. sollicite l'attention. \Ç) ^^fil^uril . • . Monsieur le secrétaine Ml 9m fXkW ]ii foneille dé Monsieur )e cpresiéem ; monsieur le président ré- IMod pfirvUU^igne de la main. La

11 fallait surtout entendre les rapports sur les ouvrages Bouvellemeut publiés par quelques-uns des intmï^res. Quels détails ! quçUe prolixité ! Xe rapporteur iroave tout beau, ad- ^ràble^ Pas uu défiiut , pas une tache ^ remarquer. Si l'auteur n'était pas nommé , voos croiriez qu'il s'agit ^ -Alonlesquieu , de :VallaJre ou d^ Jeau- Jaoqiies. En sortant de la séance pu- J^liqoe I l'auditoire émerveillé doit courir en masse à la boutique du Uibn^ire ; sa fortune et la réputation de J'^auieur sont faites. Fa l'en voir s'tis .viennent j Jeim..

Vous oroyej; peut-être que tout était lâuj ,:(^nd ou avait une collection de ^pièces dont la lecture devait dunsr .troi^ grandes beures : vous n'y étfs jpas. Dans quel ordre les lira* t* on ? !>Qu^siion imporiAnte , et impassible i résoudre au gré de tous. .« Vovs n sentez 9 monsieur le président , que

je

DE ROBEEVILLE. 169

y> je ne peux pas lire une dissertation D sur le sphynx après un poëme éroy> tique : je ne serais pas écouté. «- » Permettez - moi de vous observer , n monsieur le président; que ma fable » ne fera aucun effet après une des- 7> crîption de l'intérieur de l'Afrique » qui aura épuisé Tattention. — Mon*- » sieur le président , je demande la y> priorité pour mon idylle. Elle n'est j> pas assez longue pour nuire à ceux j> qui liront après moi.

M^ le Président.

» Silence , messieurs y silence. Ceci )» est assez sérieux pour être discuté » ave^ calme et méthode. La société » veut- elle me charger de la rédac- » tion du jprogramme ?

» NoU; disent les uns. Oui; disent » les autres. « Ceux-ci sont les menins du président.

M* le Président.

» Je vais mettre la question au:i^ y> voix. ))

11 résulte des bras en Pair et des, bi^as pendans , bien et dûment comp tés , que le président ne se mêlera pas de cette afTaire* Chacun alors ouvre un avis , et c'est celui dont Pâdoption Tarrangera le mieux. Tous parlent à la fois. C'est un bruit à pe plus s'entendre.

» Je demande la parole, je demande » la parole, » crie en beuglante un homme qui n'avait rien dit encore, et dont les poumons frais et vigoureux couvrent toutes les voix, et même la sonnette.

M. le Président.

% Vous avez la parole.

» Messieurs, il est neuf heures , et » vous vous y prenez de manière à » n'avoir rien décidé a minuit* Je

ï>iî RofiERVlLLE. 171

repose qu'on s'en remette au sort e Pordre des lectures. Appuyé, ppuy é , s'écrie-t-on de toutes parts.»

l'est personne qui ne compte sur bonne fortune; celui même qui te ses trente sous à un bureau de erie , croît tenir te terne .dans sa îhe^ La proposition fi^t unaniment adoptée , et celui qiue le hasard .

it le plus mal traité, disait trustent en sortant : « Il vaut mieux lire 3 dernier que ue pas lire du tout, »

je soleil éclaire en6n ce jour , dont souvenir se perpétuera à jamais.

is les fastes dej la société. Chacun membres a reçu six billets d'ene y qui sont distribués , comme de >on , aux plus proches parens, ou e.s amis sûrs. Chacun des membres paré comme un. tripmp^ateur. Ils montrent les uns aux autres leurs wxeSy leurs sœurs, leurs maîtresses, rs frères^ leurs iîls , leurs neveux :

179 MONsmuR

le succès n'est pas incertain» La séance est ouverte.

La lecture du premier morceau est commencée. C'est la longue histoire de deux membres morts y que personne n'a connu de leur vivant. On écoute d'abord avec attention^ on bâille ensuite , on applaudit en bail* lant , parce qu'il faut être civil ; on fi^endort^ et les coups de coude font 'imperceptiblement le tour de la salle.

» Réveillez - vous donc , maman. — » Vous dorme?^ mon frère. — Un peu )) de complaisance^ mon oncle. Pen-- » sez donc que ces messieurs sont les » confrères de papa , de mon cousin, H de votre ami ; que par cette raison y> seule ils doivent avoir du mérite , et y^ que nous leur devons des égards. »

On se fait violei^ce , on se réveille ; de faibles ^pplaudissemens se font enten»

dre dans ce coinr-ci, dans celui-là. £# lecteur s'attendait à être plus fayora^

DE HOfiEKtlLLlS^ I^S

blement traité. Le confrère^ son toi* sin ) lui observe que le succès d'estime est le prix le plus flatteur d'un ouvrage sérieux , et que Testime y toujours ré« fléchie^ dédaigne ces éclats bruyalis que produisent Tengouement et Vé-^ tourderie.

On passe à une seconde ^ à une troisième lecture. L'un des auteurs si la voix nasillarde, Vautre parle en fausset y et l'auditoire ne s'écarte pas trop encore de la marche qui lui a été tracée. Mais cette dissertation sur le sphynx est si longue^ si vague y si dépourvue de ce qui intéresse y de ce qui attache quelq^fois dans un ou«»

vrage de cegenre , que les bénévole»

auditeurs ne peuvent s'empêcher d'en désirer vivement la fin. Quelques-uns donnent déjà des marques d'impatience. C'est en vain que quelques autres^ plus directement intéressés ad

17^ MONSIEt^R

succèsj, font de cdïitiouels efforts pour relever les applaudissemens*

» Madame^ s'écrie enfin une petite T> vieille en s'adressant à sa voisine ^ w je trouve fort inconvenant , très- » déplacé , que vous n'applaudissiez » pas mon fîls. Ce n'est pas là ce dont » nous sommes conveques, et je voua » proteste que je n^accorderaî pas la » moindre marque de satisfaction aux » madrigaux de votre mari. — Ma- » dame , le vrai talent n'a pas besoin i> de l'appui d*une cabale , et moB » mari est assezavanlageusetilent con* » iiu...— -De vous^ peut-être, Biay> dame. Mais je cyù\$ que sans le

* 7) programme , le public ignorerait ' » jusqu'à son nom. -^ Hé bien , ma-

» dame, tant pis pour le public— u Mais, madame, nous nous sommes

• y> engagés à soutenir réciproquement y> ceux qui nous intéressent.— Mais , }) madame, pouvais- je gr-évoir que

BE ROBERVILLE. l'JJr

>!> votre fils nous parlerait aussi Iony> guement d'un vieux monstre qui y> n'intéresse plus y et dont on ne se' » souvient que par la sottise qu'il a y> fait faire à Jocaste ? »

Ce dialogue fut vingt fois interrompu par le président ^ qui pâlissait, qui rougissait de colère et de honte. Les confrères étaient furieux qu'on rêvé-lât aussi publiquement le secret de la société. L'auditoire balançait entre l'engagement partiellement contracté avec tel ou tel membre > et le besoin; de rire du ridicule de cette scène.

Gonnaissez-vous un Français qui ait résisté une fois à Tenvie de rire, et n'avez -vous jamais remarqué âvéô quelle facilité cette envie se communique? Elle prévalut sur les procédés^ sur les principes , surjes elauses du traité clandestin. Le rire, d'abord «contenu, étouffé ^ gagne bientôt dû •proche en proche ^ et quand tout.lô

monde rît ^ personne ne se oontienl plus.

M. de Merlicourt , à qui Roberville n'ayait pas manqué d'envoyer un billet, trouva très-mauvais qu'on se conduisit avec cette indécence devant un directeur général des vivres de la marine. Il vonlut s'en éicpliquer hautement^ et crut que la déférence qu'on lui marquait partout, contribuerait ici au rétablissement de l'ordre. Il se leva , il parla ; on l'écouta et on le berna« Un plaisant lui dit qu'il avait incontestablement le droit de donner le ton à sa table ; mais que là , où il jxe traitait point, il n'avait qu'à choi« sir entre deux partis : rire comme les autres, ou se retirer. Un autre ajouta qu'on peut-être un très-mauvais écrivain et un très-honnête homme; qu'il estimait messieurs de la société en leur qualité de citoyens ; mais que c^était leur rendre un service essentiel

'que les guérir de la manie d' écrire y. et queles petits Mécènes de Paris feraient^ fort bien' aussi de renoncer au râle ridicule de protecteurs subalternes* Qh ! à ce dernier trait Merlicourt ne se possède plus. Il appelle ses gens.

Ses gens ne l'entendirent pas ^ parce qu'ils étaient dans la rue. Mais ce mot n'en fut pas moins un signal de guerre. La perruque de Merlicourt vole au nez du président. Merlicourt veut ti-* Fer son épée : elle a passé çle main en main à l'aul^re bout de la salle. .Uix des rieurs monte sur un banc et fait tourner son chapeau sur la po^inte de la pacifique épée , comme tous a^ez yu un faiseur d'équilibres faire tourner un plat d'étain au bout d'une broche. Roberville est furieux à $oa tour» Il vole d'une chaise rembourrée à une banquette ; de la banquette au tabouret ; il écarte à droite et à gauiphe ce qui s'oppose à son passage; il

pénètre jusqu'à son protecteur. II assène un coup de poing sur l^oreille du plus irrévérent. Celui-ci riposte par un autre. « Ne souffrons pas , s'èy crie le président^ que d^s prèfa- D nés portent impunément la tnain >.sur un niLenrbre d'une société res- > pectable.» il s'avance à la tête de la troupe sacrée. U a Tengé Rober- TîUej mais le combat s'engage. Cba-> cun est obligé d'y prendre part y l'un poiir punir un insolent adversaire ^ l'Autre pour le prévenir.

La victoire est quelque teinps indé* èise. Apollon et les Muses 4'un côté^ lia fière Pallas d^ l'autre, saiisissent,. perdent et rèpt^ennent l'avantage. O infortuné ! è douleur l la personne ^trée du président est renveirsée sur ie^ dos d'une grosse maman qui a déj4 perdu soh bonnet et sont ourde gorge.

La tête du président entre par lâ fetitè de M robe j son corps cntiel^

DE ROBERVÏLLE. I79

passe dans un panier volumineux^ dont les deu^ côtés reposaient n'aguère sur les genoux de deux voisins galans; et qui est tout-à-coup changé en place forte. Cest de là que le président fait une défense d'autant plus belle qu'il n'y voit plus , et qu'il est peut-être Je premier général aveugle dontparle rhistoire.La tête en bas, les deux mains fixées sur le parquet , le buste soutenu par les cuisses de la grosse maman y ce grand homme joue des jambes j il allonge des coups de pied autour de lui ,• il en donne tant et tant , qu'il frappe enfin sa dondon entre les dçux épaules , et la jette sur le nez. fis tombent ensemble j ils n'of ^ frent plus qu'une masse informe , sem-* blable aux débris d'un bastion qu<^ vient de faire sauter une mine.^

Ainsi que dans Homère et dans Tite-Lîve, la chute du chef est toujours suivie de la défaite de l'armée^

IlSo MONSIStJR

ainsi les membres de la société , ppt^ vés de leur président, ne pensent plus qu'à la retraite. Elle se. fit plus aisément qu'ils n'osaient l'espérer. Un cocher de fiacre attendait à la porte une dame qui n'avait pas payé sa première course, et qu'il lui importait qu'on n'étouffât point. Il avertit le comman<|ant du poste voisin. Dix soldats du guet suivirent le sergent et arrivèrent la baïonnette haute. Us séparèrent les çombattans, qui ne demandaient pas mieux, parce qu'on se lasse plutôt de recevoir des coups, que de rire.

Combien de jeunes femmes rougi* rent de plaisir ou d'orgueil, en gagnant leur voiture à travers une doublé haie de curieux > dont les regards avir des dévoraient des charmes qu'il n'était plus possible de leur dérober !Que de vieilles outrées des ris insultam qu^çxcitèrent des ruines qui ne de-

jy-E iioB£iiyiLL£. 181

raient plus être exposées au grand jour! Que d'hommes au nez xassé, à l'œil poché ! Que de côtes meurtries I Que d'entorses et que de hoiteux!

Quelle journée pour le concierge delà société! Là^ il trouve une breloque de montre, et plus loin la montre elle^ même. Ici, il ramasse de fausses hanches y et là-bas un faux cul ; dans un coin, un bonnet de dentelles; dans un autre,le tronçonsupérieur d'une canne à pomme d'or , une boucle d'oreille, un solitaire. Trois ou quatre séances semblable»^ et sa fortune est faite; car TOUS devinez que ces objets passent promptement dans sa poche , et de sa poche dans son armoire. On réclame le lendemain. Il cherche soigneusement, avec ceux qui ont perdu , ce qu'il sait ne pas trouver.

filais, hélas! et quatre fois hélas!

cette première séance devait être la dernière. M. de Merlicourt, après

l82 MONSIEUR

avoir été vivement houspillé , avait en le chagrin y la honte de rentrer chez lui sans perruque et sans un. des pam de son habit. Dans son indication ^ il avait instruit la ville et la cour de$ cir* constances de la scène sôandaleuse dont un homme comme lui avaU été forcé d'être acteur. Les compagnons de sa mésaventure ne furent pas plus discrets. Les beaux esprits'de la capitale s'égayèrent , l'un dans une chan* son, l'autre dans un poëme burlesque; celui-ci dans un madrigal^ celui-là dans une élégie. Monsieur le lieutenant de police voulait bien qu'on eut de l'esprit, et même qu'on prétendit en avoir j mais il n'entendait pas que cette prétention amenât une guerre civile. Il défendit h messieurs les membres d'avoir de l'esprit collectivement ; et comme un homme adroit tire parti de tout, il fit hommage à madame.de Fompadour de la prompte et écla-

D£ ROBERViLLE. l85

iaJïïQ justice qu'il avait rendue à son protégé. Madame de Pompadour lui présenta sa main à baiser, et le lieutenant de police visa dès ce moment au ministère de la^marine»

Ainsi s'éteignit une société , qui naguère se croyait immortelle. Vanita9^ vanitatum, et omnia vanitas !

l84 MONSIKUK

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