‹ Monsieur de Roberville (volume 2)Chapitre 20 sur 24 · IL · texte numérisé non relu

IL

et je donnerais ce qui me reste pour culbuter ce Merlicourt qui fait l'in-* soient avec le mari de sa maîtresse.

Roberville se rçnd à l'hôtel de madame d'Atys. Il lui raconte ce qui s'est passé ; il lui fait part de ses pro- . jets pour le lendemain. Madame d'»

tys est enchantée de paraître à la cour : plus d'une femme honnête eût accepté la proposition avec le même plaisir. Madame d'Atys n'a plus d'au* tre pensée que de briller dans une em^ brasure de fenêtre , d'y être remerqué^, et d'entendre chuchoter au** tour d'pUe : Qu'ellç est bien ! c'est encore ce qu'uf!^ femme honnête écoute très-Yolontierâ,

On fait des châteaux en Espagne j)endant le reste de la journéct On se couche tard^ on dort peu , on se lève matin* L'embrasure de croisée, les cordons bleus , le roi, tout cela fa* tigue , obsède l'imagination , qui ce-

^end^iU repr.Qf}uit s|ii(^ çe$se ; le$ .m4* mes idë$s. Z\iliiiie. :épuise tout son art pour embellir un des. plus Séduisans Qbjetsqu'eiit formés la natpre. La soie,) For, 1^^ diaijnans couvrent, madame, d'AtySy.^san^ rieii dérober dç^esgra^ ces« Eob^villB s'e§t mis aussi av^c lôr plus grand soin. Il prend de l'or dans, ses poches* La. voiture neuve , les chevaux seupe-deJaity les harnais piqués en argent y tout est prét« On part^ on brûle le chemin : on. est arrivé.

Il, était temps, Mer)icourt n'était Vengé qu'à demi. Il lui restait à punir celle qui lui refusait des Ifaveurs qu'il ^ avait dédaignées un moment. Medi'* court était allé chez le lieutenant de. police. U lui avait peint ses erreursavec toutes les apparences du repen«tir. Il sen^blait gémir sur des prodigalités qui finiraient par le metti^e audessous de ses affaires. U suppliait le magistrat de le sauver de sa pro-

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-ppe Cûblesse ,- en le sépai'ànt d'an obi jet trop dangereui^. il distribua de Vor clans les bureaux 9 et on ne résistait pas alors à ce mobile*là. On trouva des notes qui rapplE^lèrent quela petite dame 'avait déjà été enfermée; on y ^it que depuis sa sortie du couvent, sa conduite avait toujours été équiyo^ que i et comme il n'y a pas à balancer entre une fille entretenue et un liomme qui sert bien l'état^ et (|ui ne tient pas àquelques rquleaus^ For^ dre d'arrêter madame: 'd^Atys fut expédié,

n n'est pas agréable de descendre d'un équipage galant à la porte d'an traiteur. Mais puisqu'il fallait y arriver à pied ou en . carrosse ^Rî^bérville jugea qu'il valait mieux fiaire filer la voiture . jusque-là. Il descend seul y il entre; il trouve son homme ^ au moins pussi impatient que lui , qui le regarde d'im air de satisfaction > et qui luLder

DE ROBEUVlJiliÉ. IsS

mande OÙ est madame, ce Dam mon

j> cari-o^se-T-ïl |\mt jel^^^ypiiç.-^

3) ^enez. ». • . ' i ' . -

I LCj négociateur s'étopne çn vqya^t

;la richesse, dç réqpipage €t lç&, ehar-

mes de madanf^. % Elle est fi^rt au-

jo dessus ile ridée ^que je lùten étaits

j^jfaitfj.Iie succès dé votre aff4it'e ^t

>> sue jj.çaai? je,^jai^;^c4 de.cfe/inger

,» . q^dque chose aux condition^ 4^ no-

^)>tre^lraité.— ^Comment donc, B^f)n-

.3^, çie^ir?— Oui ,- monsieur j.^e vous ai

» pris hier pour v.n petit particuiien,

OD et vous 4tesun:h^^meopuIeBl« j'ai

jD jJTU qi4'i).neâV)gj§S('^itqfue d'unç|QU|3

T> fepime,.etv9ufi<9i'ft}nçne?5 yépqs, to

» hahft de cour.' ftjpi) Jfir if variée §€|k)n

» les gens à qui fai,;^flEijkir;B. Quiiitor

.» plons-1^ somme <îpnv^nue > et agish

» sonjs; à rin§ta»t.VMi8iift,ïxbon^ieur;ï.

> — ^Le succès e^^ùrj^^xo^ikdis-îe.'^

^» Mais ce^t ..yingtr^çib^tï; J<nûs..% -»■ J?îè

n sont rien çouif^wQ. b&waaç éomtttfc

\^6 Moirsiï:uii .

7> vous.-^J^ conviens que je suis au- V destos dd ctela.— i Dorincz-le» donc.

y> — Diable; diable ! — Allons, vous )V -ftfftfes^'éttfant. ..; Ab , mon Dieu! >> quevbti^ êtes lent à dénouer lesco^ w dons- dé cette bourse ! — C'est que }!> cent vingt-cinq louis.... — ^Font trois M mille* francs > ye le «ais. Allez donc, y> quinze' loHÎsrehcôre, s^il vous plaît. » Voilà qui est bien. Allez noi'ûttendre »• ati Tapis Vert. Dans un quart- D d'heure y vous aurez de mes nou* w velles. ♦>.

Si cethotnme était un escroc , disait xnàdaine d^Âtys éh prensmt le bras de son mari , et en recueillant soi* gneusement les œillades qu'on lui adressait déjà de tous les^cètes.— Si cet bomme est uH escroc, nous aurons'<perdUcHiille éeus. Mais é'il est de bos^é iPoî , Aoùs isômmes ' vengés de •Merlicdiitt$ j|\lbliei)s ia place, je la •fais faire l^tti'^Dutocber ^ je vole peu ,

>E ROfilÎRVïLliE. 13^

je passe pour un très-honnête Lonmie^ et je jouis de la vie.

Le Tapis ^Vert est , cbmme chacun le sait , une grande* et magnifique pièce de ga2on , bordées d'allées d'arbres et de bosquets charmans. Cest là que les femmes à prétention al^ laient se faire voir , et il y avait tou« jours beaucoup de femmes. C'est là que se rassemblaient tous les amateurs , et il y avait toujours beaucoup d'hommes. Dès que madame d'Aty a parut ^ les amateurs se réunirent autour d'elle. Dès que les autres femmes «e virent abandonnées^ elles lui cherchèrent des imperfections; elles lui en trouvèrent mille. Les regards passionnés des hommes la vengèrent , et elle disait y de manière à être enten-» due ^ que les hommes de cour sont des êtres charmans ! ' . >

A ces mots un cordon bleu , qui épiait l'occasion de parler à YénUt

§1^8 MONSIBUR

en Ixabit de cour , lui proposa son bras , et offrit de lui faire voir Versailles. Le bras d'un cordon bleu donne de la considération à une femme quel* conque , et le bras fut accepté. Un cavalier brillant de parure j dé jeunesse et de santé , vint se placer devant RobervîUe, et l'obligea à s'arrêter» {1 ne proposa rien : il prit le bras que le bon mari venait d'abandonner.

Il était clair qu'un^homme qui se met familièrement à coté d'nu cordon bleu j doit être d'une naissance distinguée y et madame d'Atys n'eut garde de retirer son bras. £lie entendait à droite et à gaucbe des propos galans , de ces jolis. ri^/za que savaient prodiguer les Français d'alors et qui tournaient si Êicilement la tête à toutes les femmes. Madame d'Atjs ne trouvait pas le temps de. répondre, et eye n'y perdait pas; mais un sourire

pncbqinteur était le prix de chaque

DE HoSÉRYllliE. 129

riliot agréable. EUe' iie cessait de s6u» .cire ; elle était ivt^e d'orà[Qiiil y et Ro^ .berville-; dcmt on ne daignait pas ^od« cuper , marchait derrière ; en se ^graN tant .Forealle. ....

:. Tout-^à-conp, onienteûd murmii^ rer- : Voilà M; BJ>iltenis. Toutes ïea femmes connaissaient M» Botatems; 4;oute8 cberchâienil; à fixer l'àtteiitioA "de M. Bontenïs; toutes savaiigit à quoi jpQuenaitsa pix^teotiouv - M- BontesBSinfe i\it pas' ineer^îll asiirridénititédei^èb^et «[u'il chercliailf. D'Atys brillait au^d«ssus^ès -autres > ^comme Diane •-' efibçàit ses^ nymphes , tm plutôt cozbiiie Calypso, qui n'était ^ast teut^à-fait < av^si ' bhaste.' M . Bon-^ •temas'approthî^Viii salue ài^ez légère^ •meJOttf.l'Jli^dmint^iad 'ccrrdoh^'bFeii ; i( lui «i^miath» ÎEi^tu'à l'oreille, et éëliit^tl -«8i<MjU*çHLiecaVaii>èr»ë{égant,'^ui te^ oJait^Uatttre bras , n'd rien entendu $ 91^ i^ «6^ aâ ôAÛirttfitlI^s a{&ir«s. Il

l3o -M'OîfSIElhH. r

fait àJDâdame d'Atys^ anê profondi jcévérevicej et se perd dans la foale.

JlofberYiile se dispose à réprendre la .place qu'on lui ji enlevée. Bontems devine d'abord un mari. U lui demande An^adikmè a son ménjoire; Koberville •répond qu'oui, a. JEIn ce cas , a^^tendes }i>, içi^ Je jais introduire madame dans » Iq cabinet du roi. » Roberviile supplie hu|pblement M. Bontems de le protéger. « YoiU , lui dit le Bànneau, jf. , du io^r y la plus puissante des pro- 7^ tection^. » lî^eai^iiit madame ^^ et il dîsparatt avec elle; • î

Us s'enfoncent dans des corridors obscurs 'j ils montônt^ ils descendent' des escaliers dérpbés^itfi arrivent à im peiitlog^ipeht fori^Qinfarjeifmais éléganimept (^ ^pcfr é.: Mad^met d^ At ^es de« ^n^is^î^lIiÇ:^^ chéji.lrroi«^¥liti3ête8 3» chezinoi, lui dit Bontems. H^tpour- -9 quoi chez vous^mpnsieur?^-41 est de 7> règle absolae,.i»a4ame,qutiesac&e

>ce que je présente à mon maître» Je D suis très*-sati$fait de ce qjie je Tois; » il me reste maintenant...— p- Je no 3» TOUS entends pas , monsieur. J> Bon-? tems jugea inutile d'en dire davantage a une femme qui n'eatendait rien} mais ses procèdes devinrent $i clairs j^ si yifs, que madame d^Alys s'écria:

«Je ne vous permettrai pas cela^ mon-»

7> sieur. )i C'était la première fois qu'elle disait non. Mais Bontems n'était pa$ beau.

. U invoquait la règle absolue 9 inva* riable. Madame d'Atjs se défendait toujours. <c Voulez-vous , lui dit-il en* y> fin p parler au l'oi y et jouir des bon- }t>neurs de sa couche? vous n'avez j> que ce moyen d'y parvenir. t> A ces motSj lai tête de madame d'Atys se monte. Déjà elle, se voit sur les marcbes du trône j elle distribue les grâ^ ce s ; elle dispose des era plois, des bonne urs } les grand de l'état sont h ses

i5a • MosrsisuK

pieds. Elle cède^ en pensant que le chemin qui Conduisait jusqu'au roi; était mrpeu détourné. '

Bontetns sortit^et envoya une femme de chambre; qui arait le talent et llia- Bitude de mettre celle' qui devait être présentée , en état d'élre déshabillée , en un toûr de main. Une heure* après, tl Vitlt prendre madame d'Atys , el là conduisit avec autant d'égards et de marques de déférence^ que s'il ne se fût rien passé entre'ejax : l'étiquette rbrdbnnait, elM. Bonlemps ne voulait pas qu'on pût soupçonner qu'il était le huila de son maître.

Les charmes dé notre Belle firent sur le prince l'impression qu'ils produisaient sur tous ceux qui la voyaient Elle fut accueillie de manière à justi-* jRer ses espérances. ^Jlle présenta son mémoire. Le monarque prétendait s'occuper de tout autr^ç chose que de lecture. Une sujette n'a rien à refuser

DE ROBiSRTlLLE. ï55

k $ori sotiTerain'y tout le tnonde sait xel^ J mais l'expmence'avait appris à madame d^Atys.que les conquêtes fa-« .ciles sont cêUés qui flattent le moins. Elle i^ésista précisément autant qu^il le fallait, poxir donner une certaine idée de sa pudeur ; et elle mit dans sa ré<^ distance la coquetterie propre à ranimer des sens presqu'éteints.

Un. amant de cet âge, tranchons le mot^ un vieux libertin, éprouVe lé besoin des longs intervalles, et il est bien aise de les remplir d'une façon qui empêche sa belle d'en calculer là durée. Or, quel moyen plus sdr de distraire une femme de certaines cho* ses, que de Tôccupér de ses intérêts?

Le roi prit le mémoire , et le lut fort bien. Si de honteilses faiblesses déshonoraient le prince, il n'en était pas moins éclairé et judicieux, quand se!| passions satisfaites le rendaient à luimêââé. hes friponneries de toute çs^

l54 MONSIEUR

pèce^ dont il tenait^ la prenTe^ le mirent en fureur. II jura qu^il ferait pendre Merlicourt et ses principaux ages^i et il envoya chercher M. le chancelier.

Il paraîtra un peu extraordinaire quUl choisit ce moment pour parler d'affaires sérieuses. Lia gravité du .premier magistrat du royaume ne de« Tait pas s'accorder avec le désordre de toilette de madame d'Atys. Mais l'étonnement cessera , si l'on se rappelle que la favorite en titre jouait avec la perruque de M. le chancelier , et que celui-ci oubliait il ses pieds la dignité de son rang. Oh! le hon temps ^ le bon temps 1

Le mémoire de R oberville , celui de M* de la Galissonnière sont remis au chancelier , avec l'ordre de fisiii^e arrêter Merlicourt et ses complices^ et de nommer des commissaires pour ins<- Iruife leur procès. Un coup d'oeil suppliant et enchanteur à la foiS) yaut à

Bïî ROfiE&Vl£LE. l3S

kuadams d' Aty s k promesse de la place de directeur gétiëral des vivres. Tout le liionde est content, et chacun agit d'après l'impulsion qu'il vient de rece* ▼oir^ Madame d'Alys est plus compla^^ s^jxte que jamais ; son auguste amant

oublié de nouveau son âge; léchant xielier relève sur le lirémoire les npmS des délinquans; des ordres sont ex« pédiés pour les différens ports.

' Déjà des agens de la police s'étaient (poités à l'hôtel de madame d'Atys; • déjà Merlicourt s'était placé à une 'Croisée ^d^un café voisin, pour la voir monter en voiture , et jouir de sa peine et de sa confusion. M. Marais arrive lau^randtcot d'un cheval noir boiteux ^t d'un blaiic aveugle^ qui les traînaient .;dans>un. fiacre jaune à moulures rou^ ■ges^doicbléd'un vieux point de Hon^ ffd^M On avait jugé dans les^ureaux ^ jque puisque Mer li court était condamné^, on ne lui devait plus d'égard&j

l36 MONSIÊTTR

que la lettre de cacket lancée centre lui ppuTait avoir été sollicitée par quelque jolie femme; que celte jolie femme pouvait être madame d'Atys comme une autre y et qu'il était au moins prudent de susf>en4re , afin de ne pas se mettre mal avec quelqu'un qui avait iBCQpteslabJlement de puis»

santés protections à la cour«

En conséqueiice , 31. Marais ap- |)ortait à spn cqnfrèra l'ordre dé. ne' point agir^ s'il en. était teni|)s enoorej ou du moina de se retirer sans bruit, s'il avait parlé. 11 apprend <^e Zulime a déclaré de bonne foi que Robervillc et sa femme sont allés à Versailles) et que madame devait être ;présentée pa^t M., BonlemSv^^C'^împlefcon^ jiQCture. .se convertît en . céi^titude^ et .l^^rais, s'écrie aussitôt, que soni^ çOûr frère a mai conçu la missioi» doM il est chargé^j que.sos. erreur qllâit jcofçjpropettr^, la iré{]iuUt&>h d'smet&iDQiiaie

DE ROBERYIIiLE. l37

respectable; qu'il s'agissait d'arrêter Merlicourt , et qu'a la vérité on arait

.ajouté Terbalement qu^on pourrait le trouver chez madame d-Atys; qu'enlÎD... a Voilà votre homme, dit Zu- » lime en interrompant Marais. Le » voyez- vous, là^ au café de Flore? » Marais s'élance, il part comme un

.trait, il entre, il prononce le fatal de par le Roi.

Merlicourt pâlit et monte dans le fiacre doublé de point de Hongrie.

On le mène à la Bastille , et l!ex»directeur général disait en se promenant circulairement dans une cham^

: bre ronde de trois pieds de diamètre : <c 11 est bien singulier que je me trouve )» en prison , au moment où je comp- » tais y faire mettre mon infidèle I % J^anitae vanitatum !

Il était sept heures du soir, et Roberville attendait toujout^s M. Bo^ntems au Tapis Yert. Il se promenait |

i58 lioNsiEtJït

* il s'asseyait 9 il marchait^ il bâillait, il tempêtait. Si les amateurs d'un seie charmant démêlaient d^un coup d^œil une jolie femme au milieu de cent autres, les femmes de ce temps-là»

plus modestes > plus timides en apparence > étaient aussi très-justes ^appréciatrices du mérite extérieur^ el^ sans sortir de la réserve que leur im-^ pose l'usage, elles savaient regarder un bel homme de manière a l'encoiirager. RoberTÎlle^ occupé de ses projets d'élévation^ ne s'apercevait pas

" qu'il fixait l'attention de la plupart de ces dames. Deux d'entr'elles vinrent enfin s'asseoir sur un banc de marbre, dont notre héros occupait un bout. Il est tout naturel que des femmes fatiguées s'asseoient , et deux femmes qui causent n'ont rien àcrain-^ dre de la médisance. Il est vrai que celles-ci auraient pu prendre un autre banc que celui où venait de se

ll£ ROBEILVILLX:. iSg

placer un trèa-joli homme. Mais elles en étaient éloign^ de deux pieds et demi au moins ; elles ne daignaient pas le regarder ^ qu'avait--on k dire?

. Cependant un intervalle de deul pieds et demi n'est pas impossil>le à franchir. La conversationde cesdames était Irès-animée , et on ne parle pas vivement , sans que le corps s'agite un peu. Sans le vouloir ^ sans même y penser, et surtout s^ns s'en aperce** voir^ elles se trouvèrent assez près de Boherville^ pour que l'une d'elles le louch&t de son éventâiL Quand on a donné un coup d'éventail à un inconnu , on ne peut ^ se dispenser de lui adresser quelques mots d'excuses. Un hommç qui sait vivre, ou qui a seulement des yeuxj répond toujours à une jolie femme, et lorsqu'on a commencé a se pa^rler, on continue ordinaire- 4nent, quand on se convient.

ftober ville , qui était d'abord à uli

l4o MONâ^IEUR

bout du banc, se trouva bientôt, je ne sais comment, en||pe les deux petites causeuses. Le temps lui parraissait moins long, avec elles; elles le trou^ vaient rapide auprès de lui; tout allait à merveille*

Déjà elles savaient que madame de vRoberville avait été présentée par M. Bontems* Déjà Roberville avait ap- ^ pris que les maris jouent à la commun rôle un peu plus sot qu^ailleurs; qu'on ne s'y occupe pas d'eux; que leurs femmes 9 fier es des bonnes grâces du maigre , les regardent comm^ leurs très-l^umbles serviteurs ,, et qu'il ne devait pas s'étonner que M. Bop^eiav^ le fit atsendre. Mais comm^ la chosie la plus désagréaUe a toujours son beau côté, on ajoutait que ces in£u*is-là avaient le bon esprit d'oublier qu'ils étaient mariés, et qu'ils trouvaient mille occ(|sioi|s séduisantes , ^uand ils étaient jeunes et bjien faits. Ces der-

n^ers n^ots étaient accoiïipagnés d'un regard telleiaent expressif^ qu'il était impossible que Roberville ne Fentendit paSk IX oublia unDûLoment IVf . Boa* tems et $es espérances de fortune.

Il était huit heures. Roberville de« vait se croire tout-à-fait oublié. Il n'a«« vait rien prîs depuis neuf heures du matin: et comme rien n'est aussi triste que l'amour quand il a faim , notre lié r^s pria ces dames de lui faire l'hoh* neur de dîner avec lui. On lui fit sensir avec ménagement que des femmes d'un certain ton n'entrent pas chez un traiteur. On ne donna son adre'isse qu'après s'être fait prier autant qu'il Ifi fallait paur la faire désii*er davantage. On convint d'un signal^ et on' se sépara très^em pressé de se revoie.

Un homme à bonnes fortunes ne reste pas longrtemps à table; mais un homme à bonnes fortunes^ (]fui n'eafc pas amoureux ; sait accordeir ses plai*-

i4a MONSIEUR

sirs et ses affaires. Robervîlle | en sortant de chez le traiteur, retourna au Tapis Vert, et n'y trouvant ni M, Bontems, ni son Talet de chambre coiffeur , ni le valet de chambre du valet de chambre, il courut s'oublier au sein

de la volupté.

Le signal convenu était un peu bruyant; mais la maison était isolée; elle était tout-à-fait à l'extrémité de Yersailles ; les rues adjacentes. étaj[ent habitées par des artisans , plus amateurs de repos que d'intrigiies ; ainsi ^ il n'y avait à craindre que les suites du gare-Veau , auxquelles on est exposé partout.

Robervîlle fait résonner ses mains Qomme un homme qui ;a reçu un billet d^ parterre pour Caire réussir une mauvaise pièce. Un petit laquais se présente à une porte qui ouvre sur un vaste jardin en assez mauvais état.

Robervîlle ne conçoit pas que des

S>E B.OBSEVILX'S l4^

femmes d^un certain genre né fassent pas au moins ratisser leurs allées* Le petit laquais le conduit sous quelques arbres où régnait une obscurité pro* fonde.' Il lui prend la main; il le guide à travers de hautes herbes de toute espèce. Roberville se pique les jam* bes.^ et s'écrie que lorsqu'on donne un rendez-vous à un homme qui ne connatt pas les lieux , on fait au mcfins arracher les chardons et les orties. Le petit laquais lui met la main sur la bouche; il lui, recommande le silence, parce que M. le comte n'est pas cou^ ché encore > et qu'il est aussi jaloux de sa sœur que de sa femme» Rober* ville apprend avec plaisir^qu'il vacoif* fer un comtCr ïl n'a pas encore fait de cocu de cette importance , et il es* père bien s'allier doublement avec celui-ci y car les deux dames lui ont paru également prévenues en sa fa-« veur, Pen4ant qu'il se livre h ces dou-»

i44 * Moir siEuA

ces idées, son guide lui fait descendre un escalier délabré, et, toujours prompt à accorder les circonstances et ses projets, il trouve tout simple qu'on le cache à la cave^ en attendant le moment fortuné-

Tout-à-€oup il entend derrière lui la porte de cette cave se fermer avec un certain bruit. Roberville n'est pas brave , et ce petit incident dissipé aussitôt les fumées d'amour qui l'enivraient déjà. Que devint-il, lorsque des flambeaux éclairèrent le lieu de la scène... une cave infecte et ruinéej des mûrs chargés de limaçons; un fond humide et glissant, et ce qui était plus effrayant encore , quatre hommes, à la mine rébarbative, sor* tis d'un caveau colitigu, armés jusqu'aux dents, et dont les intentions ne pouvaient paraître équivoques.

.t< Ah ! mon petit monsieur!, lui dit ivl'und'eux, vous croy^ les jolies femmes!

D£ ROB£RVlX.Ii£. l49

•D mes! Ah! vous croyez n'avpîr qu'à » vous montrer pour leur tourner la 7» tête! Ah! Vous êtes assez borné pour y> croire que des femmes, qui annon- ». cent de la naissance et de Féduca* » lion, donnent des rendez-vous dans » une cassîne abandonnée ! Mon cber » ami, duper un sot et un fat, est œu- » vre pie, et nous pouvons faire no- » tre métier avec vous en sûreté de w conscience. Permettez que nous pro- ^) cédions à votre inventaire... Une » montre à répétition , enrichie de y) brillans ?.,. confisquée à notre proj> fît. Un beau solitaire ?... cela nous )• convient encore. Une botte d*or?,..

« nous aîmons la vaîsséUe. Vous avez v saiys doute quelques louis dans vo- » tre poché.... Non, ne vous donnez ^ #> pas la peine. Je vais y fouiller pour » vous.... Deux, cinq, sept, neuf....

*> c'est modique 5 mais il faut s'en m- contenter, puisqu'il n'y en a pas

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