‹ Monsieur de Roberville (volume 2)Chapitre 21 sur 24 · II. f · texte numérisé non relu

II. f

» davantage... Une épée d'acier ? cela )) n'a de prix que chez le fourhisseur. » Un Babit brodé en soie , c'est une j> misère que cela. Allons, mon cher, » nous allons tous bander les yeux, » et vous mettre dans un endi'oit, » d'où vous ne suivrez pas nos traces. y) Nous irons ensuite nous réjouir à y> vos dépens avec madame la com- » tesse et sa belle-soeur. »

On le mène les yeux bandés^ il ne sait où. On l'attache à un arbre j on lui donne trois ou quatre petites-tapes sur les joues, et on s'éloigne en se moquant de lui.

,Lp premier soin de Rober ville fut de. chercher à recouvi'er l'usage de ses mains. Les messieurs qui l'avaient mis là , avaient probablçmeiit passé par les mains de la maréchaussée : ils savaient faire des nœuds. Ceux qui reteiiaient Rober ville; se serraient en proportion des efforts qu'il faisait

Il jugea qu'il n'avait d'au trfe parti. à, prendre que d'appeler à son secourt, si toutefois il était dans un lieu d^où , il pût être entepduJl cria longplemps , et il commençait h dëse^pfsrer de se .

tirer de là , lojrsqièV^^ ^^\}^ glapissante sp fit entendi;e dai;k;s l'élaigDçment : cc.Qui appelle? que voulez-vous?

y> où êtes-vous? » A ces mots , Rober- . ville double ses cris. Il prie, il conjure, i\ supplie. La bonne vieille s'a ppro-.

che, prend ses ciseaux^ coupe les, cordes et détache Iq laoïjchoir, en poussant des exclamations, et en pressant ses questions de manière que Roberville ne savait à la .quelle rçjyondre.

Lorsqu'il etit satisfait la curiosité de sa vieille , il apprirl qu'il était au Tîout de l'avenue de Sceaux. Revenu des charmes d'un sexe qu'il appelait perfide., rendu à lui-même par sa H:'iste aventui e, il reprit le chemin du

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cliâleau. Il était temps de savoir ce qu'était devenue sa femme^ ce qu'elle avait fait pour lui , ou du moins ce qu'elle pourrait faire, a Parbleu^ di- J> sait-il en marchant , ces voleurs sont yr d'assez bons diaMes;»car enfin y où Ti en serais-je s'ils m'eussent désha- I) bille ? L'orateur de la troupe est un h homme de très-bon sens : il m'a dit j> des choses un peu dures^ mais d'ane 7> grande vérité. Je me suis conduit 2> comme un enfant qu'un papillon , y> une mouche^ distraient de l!objet >) qu'il poursuit. Quand réfléchiraiy> je donc^ avant d'entreprendre ? Ali) Ions y Roberville^ renoncez aux y> aventures galantes^ et occupe2«vous 30 exclusivement de votre fortune. »

£n raisonnant ainsi , il voit à ses pieds un papier roulé. Ce n'était pas un billet de banque : il n'y en avait pas alors eh France. Ce n'était pas son plus un eS^t de la caisse d'£$*^

DB ftOBERVILLB. l4g

compte 5 elle n'était pas encore éta-^ blie. Cependant RoberviUe ramasse ' le papier , par un mouvement machi- .Dal de curiosité. Il s'approche des croisées d'un café : il ne pense pas^ à y entrer y il ne lui reste pas d'C quoi prendre une limonade. Il déroule son papier . . . c'est un billet d'entrée au spectacle dé^ la cour. On donnait ce )our-là Alzirey très-mauvaise tragé*die^ comme tout le monde le sait^ mais qui charmait la cour et la ville ^ également dépourvues de goût et d0 j ugement.

Dans toute autre circonstance y un 'liillet de comédie eût été la trouvaille la plus insignifiante pour un homme qui venait d'être volé. Elle était précieuse pour RoberviUe, qui pouvait rencontrer là sa femme , ou JVf. Bontems y qui pouvait se flatter au moins d^obtenir des indications propres à trouver l'une ou l'autre.

l5o MONSIEUR

Il seprésentQ ; il entre. Il est frappé de la richesse de U snile et de la< magnificeneedes spectateurs. II est ébloui de la lieauté d'une femme sur laquelle sont fixés les yeux du roi et de toute la cour. H la regarde plus attentivement... 11 reconnaît madame de Roberville. M (>h! oh ! dît-il, &i- je m'en y> rapporte aux oppai^nces , mes af- » faires sont en bon train. Allons sa- )) voir précisément où elles en sont. »

Madame de Roberville était fort * olie; mais elle ne justifiait pas l'engouement général qui avait frappé son mari : aussi n'existait-il pas. Un seigneur avait dit à l'oreille d'un autre qu'elle avait été introduite dans les petits appartemens ; le mot avait passé d'oreilîe en oreille. Le roi regardait la jpune femme avec complaisance. Les uns observaient jusqu'à quel point elle était digne de la prë* férence que le maltrje semblait lui

Ï)E ROBPtlVrLLE. l5t

accorder; d'autres calculaient déjà, sur les regards qu'il lui adressait, la mesure des égards qu'ils auraient pour elle. Vive les gens de cour pour tirer parti de tout!

Roberville arrive à la porte de la loge qu'occupait madame. On lui signifie qu'il ne peut y entrer. Roberville trouve fort exlraordinai^^e qu'un mari ne puisse aborder sa femme par* tout. Il élève la voix ; un homme accourt, c'est Bontems. « Ah! vous voilrr^ » mon cherj je suis fort aise de vous » rencontrer. — Il vous eût été facile » de me voir plutôt , et vous m^eus.^icz » épargné une algaradefort désagréa- » ble. — Parlez bas. — A la bonne » heure. Je vous ai attendu quatre » heures au Tapis Vert^ j'ai voulu me )) disi3iper un peu ^ j'ai été volé., . .— ^ )) Bien, bien. Ce n'est pas de tout » cela qu'il s'agit. — Ah! cela ne vaut > pas la peine que j'en parle. -^Fini«-

i5a ikfONSiEU*

» sons^ que venez-vous faire ici? — » Parbleu ! je viens causer avec ma » femme. — Votre femme! Celles que ^ sa majesté honore de ses faveurs, » n'ont plus de mari. — Âh! le roi a » honoré ma femme de ses faveurs!

» au moins ce cocuage-là n*est pas dés- » hoiK>rant^ et peut avoir son côté » avantageux. Que m.e donne sa ma- » jesté, en échange de ce qu'elle m'ôtc? » — La place de Merlicourt. Vous » êtes nommé. — Je suis nommé! je » suis nommé ! Dites bien à sa majesté *» que je suis le plus humble de ses » serviteurs. — Bon, allez- vous- en.— if> Je ne demande pas mieux. Mais je >) vous dis qu'on m'a volé. — Eh bien, » lous volerez à votre tour.— A la y> bonne heure. Mais en attendant, il y> faut que je retourne à Paris , et je 3) n'ai pas le sou. — Je n'ai pas le son, » je n'ai pas le sou! Expression ca* * naûlle.— Oh ! ma foi , qu'on s'ex*

B£ ftOBERYIIiLE. l5S

3B prime comme on voudra y on passe » toujours pour çaaaille^ quand on n'd » rien.— Partez, vous dis-je. Votre y> voiture vous attend où vous Tave^ » laissée.— Je le sais; mais madame...* )» -^Madame aura les carrosses de la 9 cour. Où donc avez J- vous vécu?— >f Allons, je. soiiperai une heure ph»

7> tard , voilà tout. Dites à ma femme. *• » — Oh ! Tennuy eux personnage qu'un » mari ! Je ne m'étonne pas que les » accidens soient si communs.» Et Bontems prend Rober ville par- le»

épaules. Il le pousse au milieu de cinq à six pages y qui le poussent à trav:ers une double file de valets de pied, qui le poussent à leur tour jusque dans la |;ue^ où ilàrrinle sans savo^ir commexit.: ..Madame de RobervUlé s'occupait fort peu de si^^inari. Le retour de ten-^ dressé qui TavaH surpriâe y était dé^à . très-cabné; et ce qu'il en restait venait . de s'évjlQOuir devant le$ idées de gran^

l54 MONSIBUà

deur q«i loccupaient uniquement Son sort allait être brillant, sans doute. Mais elle attendait avec impatience la fin du spectacle, et M. Bontems^ pour •avoir quelle terre on lui donnerait, si elle serait éi igée>en marquisat eu en duché , quand elle serait publiquement présentée y si elle aurait le ta*^ bouret, etc. .

La toile baissée, Bontems.vint la prendre mystéHeusemeat, et kii annoncera roreitieiqu'elle aurakPhtm* Beiir de coucher avec le roi. Tant de bonheur parut it la petite fi^mne un présagé certain' des^n élé^^tion. Les questions se muitipliêreM tellement, elles étsâcnt <df un genre si ie^traordi* I2àire> que Bôntems, qui<ne&4i§«it rien:

que i&éth(»(liqiienient^ ne put s'empêcher de rire ctoteme «tfi* £cHi. Madame d^Atys, très-cfe<Hjtiée de celte liberté, lui dit sèchement qufil ne lui convenait pas de s'oublier ainsi auprès de la

DIT ROBERVII-LE. l55

•maîtressede son roi. Bontems lai rappela qii^elle avait été un moment la sienne. Madame d'Atys lui donna un soufflet. Bontems l'embrassa , en riant plus fort que jamais^ et il la conduisit jusqu'au lit du roi 9 en l'accablant de quolibets.

Madame d'Atys conclut de ces privautés y que son exaltation n'était pas prononcée encore, et ce n'était pas mal juger pour une femme sans esprit.

Mais elle prévit quels avantages une nuit royale pouvait lui donner^ et elle se promit bien d'user du double ascendant qu^allaient lui assurer sur le prince sa beauté et le plaisir.

Personne ne voit aussi prompt ement ni aussi ju^e qu'une femme qui craint ^e perdre son amant, et àcet égard, ^la maîtresse en litre d'un roi est plus •femme qu'une autre. L'attention que sa majesté avait donnée à madame d^4tys pendant le spectacle; certai'ns

C56 MpNSIEt^A

coups d'oeil d'intelligence qui leur étaient échappés ^ avaient été remarqués de la favorite , qui ne pouvait se coucher sans savoir qui était la noa- Tette débarquée^ quels étaient ses projets, et quels seraient les moyens de la renvoyer dans sa province, s'il y avait lieu.

Elle assembla aussitôt son conseil privé, composé dequelques^eigneurs sans talens , sans qualités , mais qui s'élevaient à forée de ramper. Ils jouèrent d'abord d'indignation ; ils ne concevaient pas qu'une petite provinciale osâl^ se déclarer la rivale d'une femme accomplie, d'une femme qui méritait de voir l'univers à ses genoux. Cette audace devait être punie ; mais il fallait d'abord connaître la téméraire.

Ces messieurs courent déposer chçz ^uxles décorations qu'ilsdéshonorent.

Ils se partagent les différens quartiers d^ la ville. Us ne rougissent pas df

DE ROBEKVILLE. iBj

^^adjofndre ceux de leurs valets en qui ils reeonnaissent quelque intelligence.

A leur inquiétude, à leur activité, on eût cru que l'ennemi était aux portes de la capitale.

Il est des momens où la toute-puissance aime à se dépouiller de sa splendeur, et à jouir des charmes^ d'une douce égalité. Ces courts instans sont favorables à la beauté qui sollicite; l'amour , d'ailleurs , sait-il rien refuser ? Madame d'Atys demanda beaucoup j et obtint tout ce qu'elle avait demandé : mais une nuit fatigante , à la suite d'une^soirée assez bien employée y ramène chez un vieillard la raison avec l'impuissance. Le roi sentit l'inconvenance de ses promesses, et lé ridicule dont il se couvrirait en les tenant. Il passa avec Bontems dans son cabinet. Il fut convenu qu'on mettrait madame d'Atys au Parc-aux-Cerfs ^ et ^u'on l'awuserait^sous difféi^ens pr é^

l58 MONSIEUR

textes^ tant que la fantaisie de'sa majesté durerait.

En conséquence de cet arrangement, le fidèle Bontems proposa à madame la marquise d'écrire à sa femme de confiance à Paris, et d'en faire venii: les objets irécessaires à la représentation et à la volupté* Madame la marquise > enchantée de s'entendre donner ce titre, eût écrit à toute la terre« Elle fit une longue liste de ce qu'il lui fallait; et elle ordonna à Zulinùbe de suivre les paquets et les cartons , pt de venir reprendre son service auprès d'elle. Elle finissait par quelques mots de bienveillance. EUe disait que de quelque pompe qu'elle fût environnée ^ elle n'oublierait jamais ses anciens serviteurs ^et queZulime occuperait tou-»

jours une place dist inguée dans son pa» lais et dans ses affections.

La petite tête de Zulime tourna aussi a la lecture de cette lettre. Elle prit le

DE ROBERVILliE. iSg

clefs de Thôtel, et se mit en chemin pour Versailles , en faisant ausi ses rêves de grandeur. Elle pensait qu'on n'approche la maîtresse du roi que f^ar l'intervention de sa femme de confiance; que tous les hommes^ amans ou solliciteurs, doivent payer une audience en proportion de leur amour, ou de l'importance de l'ohjet qu'ils poursuivent. Ainsr, cadeaux du roi, Cadeaux des courtisans de madame, cadeaux des grands qui yeuleiU grandir encore, cadçaux des petits bourgeois qui veulent devenir quelque chose i et avec tant de cadeaux, quatre ans doivent suffire à une femme de chambre adroite , pour avoir aussi ' une fortune, un hôtel, et trouver un ^lari qui lui donne une certaine consistance dans. le monde. Mademoiselle Zulime prenait les grands airs dans sa vinaigrette, comme si elle eût été dans son carrosse^ et elle regardait ses

iCo MONSIEtrU

compagnons de route comme ses laquais.

Cependant le conseiller Bonneaa insinuait adroitement à madancie la mar< qnise que le roi avait des méiiagemeBS à garder avec ia favorite qu'elle allait remplacer; qu'il ne pouvoit la renvoyer brusquement; qu'il lui fallait quelques jours pour préparer une rupture, et qu'il jugeait à propos de couvrir ses nouvelles amours du voile du mystère.

n ajoutait que madame la marquise) qui sans doute aimait le roi pour luimême , ne balancerait pas à lui sacrifier, pendant une semaine ou deui, ^l'ëclat auquel elle était destinée, et ,. dont elle jouirait ensuite avec plus d< sécurité. Madame la marquise ue trouvait pas ces raisons excellentes. Elle eût voulu régner à l'instant même sur le monarque et sur ses états« Mais comment se refuser à ses désirs^ san^ craindre de lui déplaire^ et de perdra

DE KOBKRVILLE. r6i

nne fortune assurée ? Madame d'Atys se laissa conduire.

Elle daigna prendre le bras de Bon« tems ; elle Tassura de sa constante protection ; elle lui promit un régiment pour son fils , et elle s'engagea à mari er sa fille. Bontems répondait à ces promesses par des protestation de respect et de dévouement absolu. La scène méritait d'être écrite ; elle ne le fut pas; et je me garderai bien de la faire d'ima« gination, de peur de lui ôter de son originalité.

Madame la marquise fronça le sour« cil en entrant dans le jardin^ et en y Tojant folâtrer douze a quinze jeunes filles, peut-être aussi jolies qu'elle.

a Où m'avez- vous menée, mon cher?

y> C'est encore un couvent que cette M maison. — Madame la marquise se » trompe. C'est l'asile des amours; » c'est un temple que lui a élevé notre y) maître, et où il vient quelquefois

l62 MONSIEUR

» oublier le poids de sa grandeur. — y> Que dites-vous, Bontems? Cestdonc » un sérail que ceci? — Précisément, N madame la marquise. Mais.^M — y> Mais, mais.... Je vous trouve bien . )) impertinentd'y conduire une femme » comme moi. —.Permettez, madame ' » la marquise... — Je ne permets rien. Il Je me plaindrai y et je vous ferai » chasser. — J'espère que madame .x> n'aura pas la dureté de m'ôter ma » place. Si elle veut réfléchir un moy> ment, elle sentira qu'elle ne jouirait ^3> nulle part d'un au^sientjer incognito. y> Destinée pour la cour , elle apprea- » dra ici à commander avec aisance, à » accorder avec dignité, à refuser » avec grâce. — Qu'est-ce que c'est, » mon ami , qu'est-ce que c'est ? xii-je . » quelque chose à apprendre ? Votre y> maître ne me trouve- t-il pas parfaite? y> Ne me l'a-t-il pas juré devant vous? y> Ramenez-moichezleroi:je vous l'or*

t)E ROBERVILLE . l65

^» donne. — Je m'empresserai toujours » d'obéirauxordresde madame lamar- » quise.Mais j'ai l'honneur de lui repré-r » senter que je ne fais et ne di s rien que » par ordre exprès de sa majesté. — Le

^ » roi veut me confondre avec ces peti-

. y> tes fiUes-làl — II veut qu'elles forment » votre cœur , qu'elles vous obéissent,

. » qu'elles s'empressent à vous plaire. » —Ah ! voilà qui devient différent.

» — Il exige que vpus soyez connue » dans cette maison sous le nom de » mademoiselle de Cour ville. — A quoi » bon? — Toutes les demoiselles que » vous voyez, sont de qualité , ou no- » bips, et vous prendrez ici vos pre- » raiiers degrés de noblesse. — Ah!

» j'entends, on ne peut être marquise » sans être noble.— Cela arrive quel- » quefois , et n'en est pas mieux. Vous ^) ne voudriez pas avoir l'air d'une par- » tenue. — Mais on dit que celle que »je vais remplacer.... — J'avoue que

l64 MONSI£tJli

]DSon origine est ub peu obscure | lot a^ 3E) aussi son élévations fait étrangement m à » clabauder. — Fort bien* Je sortimlRaî^ y> d'ici comme demoiselle de qaalilé. « 1' 7> —Oui. Le roi veut que son nouveau 3) choix soit généraleiment appromé, j> et que les hommages que vous ren- » dront ses courtisans soient sincères.

» — Je n'ai rien à répliquer à cela, d Il était inutile que Bontems fit 1â leçon à ces demoiselles. L'expérience leur avait appris que la dernière arrivée était l'objet des empressemens du prince et le canal de ses grâces. Les délaissées n'étaient pas fâchées de sortir d'un lieu où elles ne respiraient plus que l'ennui et le dégoût. Mais elles aspiraient toutes à une retraite décente et avantageuse. Le prix de leurs bons et loyaux services était fixé à cinquante mille livres. Cependant celles qui étaient protégées doublaient la somme et la portaient en

»JB ROBERYIli LB* lC5

î>t avec leur expérience et leurs ap- ^s à un gentilhomme dont elles re- -vaient la chaumière , a un commis ^e la^ guerre, à un major de place, lui, en reconnaissance , leur donnaient un état.

En conséquence , tous les égards , 'Outes les attentions qui pouvaient iatter mademoiselle de Courville, lui iirent prodigués. Elle se crut vraîaent reine du grand boudoir. Elle irolmit des commis et des majors à [ui en voulut , et le but de Bontems ut rempli.

Pendant qu'on intriguait au Pareil x-Cerfs et ailleurs, les intimes de a favorite couraient les rues , les ripots et les auberges de Versailles. . -l'un d'eux, plus adroit et plus actif {ue les autres, fatigué de recherches nutiles, était retourne chez lui, avait t'épris son habit brodé, avait envoyé , chercher d^s chevaux, de poste, at

lB6 M.ONSIBUR

était allé descendre chee Marais , qaî lui devait sa place. Si le duc de^ n'avait pas été retenu chez lui par la goutte y il eût épargné bien des démarches à ces petits grands seigneurs; il n'eût pas manqué d'aller au spectacle de la cour; il eût infsiilliblemeiit reconnu madame d'Atys et déchiréie voile dont elle s'enveloppait.

M. Marais, qui se croyait un personnage, ne^ se levait pas aisément à u^e b,eure do matin, et il murniura, bien qu'ooi lui eut finnoncé son protecteur. Madame Marais, qui couchait avec son mari , quoiqmç déjà ce n^ fût plus l'usage , lui représenta qui pourrait avoir besoin ,eiH>oi«e de monsieur le comte,, eti^iie les gens qui nous çont utiles d:oivent tpujjQiarsnoûs trouver une physionomie ouverte.

D'après ce raisonnement, Marais passa sa robe de chambre, alla au-devai^t de monsieur le comte, l'aborda

©E ROBBRVILI.E* 167

d'un air riant, et lui protesta qu'il ; s'estimerait trop heureux de lui être bon à quelque chose.

Il n'y avait pas d'apparence que '- Marais pût rien découvrir cette nuit.

Aussi le coml^ se borna à lui deman<der ses bons offices pour le lenderuain^ Il lui raconta ,^ dans le plus grand détail, ce qui s'était passé au spectacle d^ la cour 5 ce qui s'était fait et dit chez la favorite. Il parla des ÎBquiétudes. fondées- de la dame , et

de la ma^^^ifi^^^c^ avec laquelle elle^ récompensait un service. Le hasard avait mis Marais au courant de toute l'affaire. Vous vous rappelez que Zulime lui avait appris que madaïi^e d' Atys étak aU ée à Versailles, et qu'elle devait être introduite par Bontems;""

Cependant, comme les hommes n'estiment les choses qu'en proporiron des difficultés qu'ils éprouvent pour les obtenip^ Mar^s jugeai à pro-'

A68 MONsiBtrit

po$ de faire acheter à mousiear le comte les éclaircissemens qu'il pouvait lui donner à la minute. Il se )eta dans on fauteuil y se frappa le front ^ fixa ses yeux sur le parjquet , les reporta au plafond , se leva , ouvrit un carton, retourna quelques paperasses, et Tint se rasseoir en disant : (c II est impos- » sible que je ne trouve pas quelque » notice sur cette femme ^. moi qui » sais ce qui se passe à Versailles ^) comme à Pafis.— Voyez , mon cher )t> Marais^ cherchez , secondez mon % impatience. »

Marais ouvre un autre carton. Il en tire une note... « Madame de Ro- »'berville conduite aux Repenties...

» — £h ! ce n'est pas cela y monsieur. > — - Un moment , monsieur le comte.

)) Madame de RoberviUe, sortie du T^ couvent y devient maîtresse du duc » de***, à qui elle est enlevée par »^le directeur général des vivres de

la

1>K ROBtRYIl^LË. tÙQ

^ la marine. — Ce n'est pas cela ,

» vous dis- je , ce n'est pas cela. -^

» Peut-être 9 monsieur le comte. Voyez-

» vous ce numéro qui me renvoie à ce

» car ton- ci?.».. Son mari , premier

,» commis aux vivres de \x marine , se

» brouille avec Merlicourt. . . --^ £h ,

,» qu^ont (de.coïK^mun ce mari et ce

ji Merlicourt,., --^.Attendez. . .Voyons

» le n« 33... Âb ! ce mari adresse au

» roi un mémoire appuyé d'une lettre

M fulipinante de M. ^de la Galissonière ;

» il ne peut pénétrer jusqu'au souve-

» rain.;.. Dubourg, valet de chambre

^ de IML Le Bel , se charge de sou

» affaire ; M. Le Bel consent à pré*

jè senter la dame.... — • Nous y voilà !

p» nous^ y voilà ! Le Bel lui a parlé

;• dans les corridors , à la sortie du

» spectacle, et l'a menée on ne sai^

M OÙ. Mon cher Marais , je n'oublie-

» rai jamais le service que Vous me

B rendez. Quelle clarté dans les indi*

9 cations ! quelle exactitade , qnelie » méthode dans la teirâe de vw pa- > piersl Voas'êtes un faoïntne unique » dans votre genre. » Or , tous saurez que sur ces papiers si bien tenus , il n j avait pas un mot de'ce que Marais Tenait de lire.

«f Monsieur le comte ^ ^vez - vous

» votre voiture à la porte? — J'ai tna

'» chaise de posté. — • Prenez cette

X adresse : c'est celle de madame de

» Robervîllé où 'de madame -d'Atys.

» 'Sachez si elle est ou uoiil •& Versailles.

"* —J'y cours, mon ami... Je suîsi

» vous , tout à vous. Je li'attends que

*» ToOcasion de vous le prouver. »

Le comte fait voler les chevaux. Un iouis "fait lever le* portier , un autre ^louis fait descendre Laflèur. Madame •*est a Vers'ailles ; sa femme de chambre lui a porté vingt paquets. Elle va donc y rester; c'est donc elle qu'on' a vue au spectacle; c'est -donc une fille eu-

iret^Uue que Le Bel a mise dans les bras de son maître : elle n^est plus à redouter, et la favorite va retrouver le caloue et le sommeil.

Le comte repart. Il cowt à crever les chevaux i il arrive , il se fait An^ noncer, il est introduit. La mattPôsse en titre est désolée. Elle n'a pas vu te roi avant son coucher. La nouvelle faivoriteva lui ravir sans doute 'sa personne et son coeur, la dépouiller de son influence , de sa considératioii.

Il faut mourir quand on a été tout €ft qu'on n'est plus rien. «Il faut vivre » m madame , et plus heureuse que jà^ » mais f s'écrie le comte. » Il entre «n matière , et à mesure ^u'il débite ce qu'il a appris de Marais , la figure de madame s'épanouit et devient enfin rayonnante. Elle jette ses bras au cou :du comte ; elle le presse contre son ■cœur j elle lui jure qu'à la première promotion il aura le cordon bleu ;

17a MONSIKUR

elle luiremel deux cents louis pour Marais.

Un donx sommeil rafratchit ses attraits , ranime son imagination , et lui rend tons ses moyens de plaire et de persuader. A peine est-elle éveillée*! qu^elle s'occupe des mesu^res propres à lui ramener un prince dont elle est forcée de tolérer les £gintaisies , mais quelle veut empêcher d'avoir un goût prononcé. Elle envoie chercher Le Bel. Elle lui reproche d'avoir donné au roi une femme publique , et elle oublie qu'elle a passé de la £3inge au trône : nous oublions si aisé* ment ce qui nous humilie !

Le Bel , interdit , efirajé , proteste que madame de Roberville est mariée , et qu'il connaît son mari. La favorite lui répète que madame de Roberville est une fille , et elle ajoute qu'en pareille circonstance toute erreur est crime de lèse-majesté. Elle

Dt liOBKRTXLLK. 17^

entre dans tous les détails qu'elle tient du comte . Elle terrifie Le Bel , elle Faccable, elle le réduit à n'être plus que l'instrument de ses volontés .

Elle l'interroge avec la sévérité d'un juge et l'orgueil d'une reine.

Elle apprend que Merlicourt est à la Bastille , que le chancelier a reçu Tordre de lui faire son procès , que sa place est accordée à Roberville , que sa femme a la promesse d'une terre érigée en marquisat ; mais qu'à ce dernier égard le roi est décidé à so rétracter. La comtesse sent que ces mesures de rigueur , que ces grâces accordées annoncent plus qu'un simple goût. Elle prévoit qu'un moment de séduction peut suffire pour enga-»

ger sérieusement le roi et le faire aller au delà de ses promesses. Elle exige de Le Bel le serment solennel de tout faire pour perdre madame de Jloberville dans l'esprit de son maître.

174 MOvsiKirii

Le Bel promet tout ; il co&vîeut de la nécessité d'agir sans le moindre délai, et il sort . canvaincii qne la comtesse peut le renrerser^ en édairant son amani sur la conduite premiërô de sa nouvelle conquête.

Les fripons ont entre eux certaines vh^tSi qu'ils appellent principes , pro« liHéy et donc leur intérêt mutuel ne leur permet pas de s'écarter. La favorite pensa que si elle abandonnait ceux h qai elle vendait tes emplois »

elle perdrait la confiance des aspirans et une branche considérable de soi!

revenu. Elle Ri prier le chancelier de se rendre cbez elle.

Elle se plaignk^ av^c amertume qu'il lui eâbt eadié tes mesures pris^ contre Merlicourt. Le chancelier s^empressa de Fassurer q« it n'avait reçu les ordre» que la veille au soir , et qu'il n'attendait que l'heure du lever de madame la comtesse pour venir les

DE ROBERVIULE. 1^5

lui cammuniquer. La favorite ae raidit garant de l'içaocence de Merli-v court. £Ue fit entendre qu'elle n^ dou? tak pas que moBsieur le chancelier ne ckai&it des comoiissaires disposés à la j^ire éclatera EUe demanda qp'ilsr fus^^mommésa Tinstant, qu'il leur.

££it ordonné de se t>rausporlec aussitôt à la Bastille, et de solliciter , d'après leu^ premier interrogatoire , la. mise en liberté de IViccusé, Le chancelier ^ homme ambitieux , et par cela même courtisan ^ était né avec de grande moyens , un coup d'oeil sur , un rsrct fin. Il aimait l'équité , et il était juste ^ qoatid Ort lui permeHiail de rétre. Il osa résister. I^ comtesse lui fei^ma la? b^ufche- avec ces quatre mois : <f Sî <- >r<!Kis ne Védea , je» nie brouille avec w vous. »* Ot-^Jeme hrouilte avec vou^ vonfâit dire î dans^ htnt jours vous nVurer plus les sce^x. Les commis-:

saires lurent nommés.

1^6 M0NSIET7R

Le conlrdlear généra fut mandé ensuite , el poussé à déclarer au roi qu'on ne pouvait destituer subitement un homme à la tête d'une administration importante , sans interrompre les opérations; que la reddition de ses comptes demandait au moins trois mois,, et qu'il fallait quil fût libre pour s'en occuper. .Enfin le ministre de la marine, qui avait un parti puissant contre lui , et qui ne se soutenait que par la favorite j consentit à ôter le commandement de la flotte de Brest i M;de la Galissonière.

Ces mesures n'étaient qu'un Iiom« çiage rendu à cette probité de corsairesdont.je vous parlais tout à l'heure.

Le point essentiel était de faiiie chasser avec éclat celle qui osah prétendre au cœur du souverain , et de la punir jusque dans sou mari ^ en Tcloignanl de tûtes les places.

DE ROBERVILLE. l']^

Il n'est pas de femme qui .né sente qu'il est plas facile d'écarter une rivale que de ramener un ioconstant.

Toutes celles qui ont un peu d'expérience savent que l'amour n'allume pas deux fois son flambeau au même autel. La comtesse jugea qu'il fallait devenir une femme nouvelle ^ aban* donner la délicatesse , la décence , les soins tendres et toucbans qui avaient assuré Tempire à celles qvii l'avaient, précédée , et qui ji^squ'alors ayai^nt soutenu le sien. Quoi de plus forcila à la comtesse que de. prendre une route opposée , qui pourrait p^raitr^ piquante dans sa nouveaijL.lé? JJ^suflU; sait pour cela qu'elle revint (^^sq^jpfer raiëres habitudes. ^ ;i Vr •»

Son conseil entend^^ , elle arrêta que Bacchus userait désormais associé À l'Amour; que la licence serait substituée aux grâces, et la débauche: à la volupté. On disposa enfin de }^hou«

xij8 monsiwan

iicnr da prince et de Tctat , e! nn mot 5iiffil pour rappeler celte époque fatales La France j ton caféf. . . le camp.

Le Bel avait promis de b<innc foi d'inspirer à son maître de Téloignetnent pour madame de Roberville. Il réfléchit cependant que madame la comtesse jouissait de la faveur depuis quelques années ; que le roi n'était plus capable de constance ; qu'il serait facile de le détacher entièrement ; qu'une- fuvorite nouvelle , qui lui devrait son çlévaiioti ^.selalsserait guider J^r lui i et deviendrais indtibîtablettlèliftï^nn'strùhient de sa' fortune. Un sik'i^'Sti mois , tuî suffiraient pour la TftHflfe'-considérable et indépendante»

Ces réflexions remportèrent snr ses feermensv il ^ sfe rendit au Parc- aux- Gerfs. H etrf àVèîc. madame de Roberville une longue conversation. Il se garda' bien de lui parler de ses vues persotmelle^} niaisiLvouKii coimaîire

DE BTOIFZIBTrBLE. '79

qtidlfearMraâéiit^ tes ifessourcesde cctie femme, pour fixer quelques instansi un bomme diM% lés*èens étakiiii émous-*séisi 11^ ehepcba rcs|>rîl? , les taleias , les ci[lftDa4Sflan«es> , r^ménlté. h paela dé' tout ; on ne lui répondit rien , ou an: 1 é^MuncUo malv II vn avec douJ^ar qu'il f'aHoii renoncer k ses espérances. IL réifoiui! de'fânire reilroj^oir pàdamede B^hûimUer i €i de^ s'em fairôiua mérite» anipi*ès de la comtesse.

Biobeirvîllè , (^e retour iuParîs/^'erait prcsettlé doubles bureaux diesé^n ad* m4i^9t^fl»tioi^ ^ a^vec b'assuDaxiG» d'uiiu bonsme qui vient de triomfdDér de son) concurrent. H'avaib assemblé lesdiéfs ,/ el annoncé sa noniiuation ' d'un air vain et saiisfaii, Pou/vail-on douter uui moment? Le roi avak parlée Tenait- OU' aloi^s àun chef, à un ami dis^ucié? Sicdevouisment de Pélibson à Fouqueti ti'éiait plus qu'un ridicule digne d'étrer chansoimé. On vénéra , on iBvoquai

l8o HORSIEUR

^dole nouvelle. Quelques pauvres liôti* nétes gens , car dans lous les temps il y en a partout , .gémirent intérieure^ memt sur le son de la France , et gardèrent leurs places^ parce quils en avaient besoin.

Durocher fut embarrassé un moment. Il est une pudeur naturelle dont rhorame le plus vil ne se défait jamais entièrement. -Celui-ci se présenta avec une sorte de timidité. Roberville dai^ gha lui sourire et lui prendre la main. Durochersenti t que sa démarche auprès de Merlicourt , que ses .déclamations contre Roberville étaient ignorées »

et passant de l'incertitude à l'audace , il loua la justice et le discernement d^ roi. 11 s'applaudit de travailler sous un cbef dont les lumières et la pro-* bité allaient épurer une administra^ tion corrompue. 11 parla tant , il mit tant de chaleur et de vérité dans soji débit f que Roberville^ pour commen^

SE ROBERVILLE. l8t

cer répuràtion , le nooima premier commis, en remplacement d'unhomme habile , accusé d'aimer Merlicourt , quoiqu'il fût incapable d'aimer personne.

. Un directeur général ne pçut vivre comme un simple particulier. On doit quelque eho^e à l'importance de sa place , au public. et à >$oi*i3i|me , el il fetVLl que l'ouy rier< ti ve du SPu.per,flu d^ l'homme opulent.. Qe.i^aisQiinQipeii!; doit se traduire çdo^i ; ^'ai t.écu dm^, Tobscurité, ei}'en.àiété humilié. Une circonstance imprévue me lance sur le théâtre du rnond^ « et. ie veux éblouir à mon tour cem^ -que je jais^e der-^ rièremoi. J'ai Vu prodiguer à . la ricbesse^ , l'estime , la considération , le respect , et je veux être ^ comme uu autre , estimé , considéré , respecté.

En conséquence , Robei;viIle 4o^a un hôtel magnifique dans le faubourg Saint-Germain. U n'avait pas. ettcorct

ces rie^ssiss* qui deiMaiear &ii tmik^lm de comiaitssttBee» , de lateivs adWitai»^ Iratife 6t de ^peiâliiés. Maîf un pro«' priétakn tté diemafidlsi pâs d^di^nr d'ayance , pourvu qu'on nieubh^ fe$ liénx de manière à g^anniîr tes loyers. JSn taprssier' vend à- oré^v^ pourra qu'dn ue cMieaue pas s«ir Ib prix d«9 drUeleSyet^^Oâ astoipeiliss p»feimm, B'i-edtait à^Rôtterviife neuf mille livrer de reu(e , et %tve^ uA^ cai^i^^ de papier itlQi'qué itse pi»ocnÉi:« ufisoperbe mo' bfJi^r. Un carVo^ie» , un- morchaudl do ebi^vAux V ne soDt .pas n[M>ins tran fa^bte^^^u^uu lapij^gier^ et quand onvoàl hjf^c'hoseseil grand , ou ]^€ tient pa$ k une hypovhëquede plu» <^u de moins.

En- qua^'anie-buit heures* Iuf ncu^isott die Robervi^le fut mciHée;

Ce n'est rîeneneore que^ d'avoir Bite rtiWsofli' IL fout* égarer le ]ux<e'de son prédécesseur. 14 £aui , commie luî , rre^^irduniondei Ibire ^mirer ta fr^

DE R O BiKK VIX L r. lÔ3

cBciïri rëïégriTice dte Parmenblement , avoir ses complaisams- k Vàhie^ ci payer h?nrs égards en perdant au jeu. Tont eeki ne se faît qu'avec de Farrgent comptant, et on trouvait alors, comme anjtmrd'hui , toutes les Êrcilités imagi^ fiables de se rainer ; il n'en coûtait même pas si cher : on ne payait en in^ rérêls que cinq pour cent. Oti pouvait âonc tenir quelques mois de phi9. On {iiouvâit mém^e manger au dblà de cef qu'on avait , parce que le codé hypotiiecaire n'existait pas , et qu*orî preiltail dans Vingt bourses cinq cent initté francs sur un bien qui valait cent miilé écus. D'après ceik Roberville' lie devait nrfânqticr de Hén. ïl recevàiV de toutes mains , cl il n'avait pas famoindre inquiétude : les béticfices de sa place devaient roui payer en trois mois.

Ces premières dispositions leirmi- Bces j ii s'aperçut c^xitï lui inauquaif

i84 xoKSiiua

encore quelque chose. OnFayait séparé de sa femme k qui il ne tenait plus que faiblement. Cette séparation , d'ailleurs , était le garant de son opulence future , et il n'y a guëi*e de maris qui ne se consolent en pareille circonstance; et puis il y avait long -temps qu'en ce genre-là Roberville avait appris à ne s'affecter de rien. Cependant, il était du bon ton qu'un homme riche aimât ou parût aimer quelque chose ; et Roberville éprouyait le besoin de suivre un usage assez géné« ralement adopté. Toujours prompt à former des projets, il en fit sur son ^ipour à yeqir . d aussi sages que Its mesures qu'il venait, de porendre en jf^nances. \

. « J'ai eu des femmes , des filles , des n yeuves , toutes d'une classe distin- » guée. Toujours même manière d'ai- » mer, tdujaijtr^ uniformité déplaisirs.

* De l'esprit, des prétentions, fie l'exij gence, voilà ce que j'ai trouvé chea

DE ROBSRYILLK. i85

» ces dames ; et à la longne, cela de- » vient fatigant.

» Je veux une petite fille bien sim- » pie y bien naïve , bien jalie , bien ji faite , dont le babil m'amnse , dont » Tétourderie m'égaie , dont la tenjid resse m'attache.

» Une grande dame, dan« ses atours, » est une idole qu'il faut adorer de » loin. Je ne craindrai pas de chiffon- » ner l'éiamine de ma petite , de dé* » ranger son bdnnel} et quand l'amour » nous égarera l'un et l'autre, je n'au^ » rai qu'une épingle à ôter , qu'un » cordon à défaire.

n Les belles dames doivent beau- 3t coup à leur lacet. Ma petite ne dai- » gne pas en faire usage. Avec ou sans • corset 9 son joli sein est toujours le » même.

» On recherche une femme bien » née } on se presse autour d'elle»

» L'amour-^propre est flatté en pro-

l86 MOKSIBUB

M porlion de 5od rang; mais ranaouc » est à Tamour- propre ce que touiesl M à zéro. Que m'importe à- moi qu'un » joli minois soit de ({ualité , ou bouI n Iraî-)e chercher le b^uheur dans

> ces bureaux. dVsprU oii des bé^ » gueules rendent des oracles, oii il » faut recueiUlr ,. admirer le oftoindre » mot qui leur échappe , oii eties pjD- » nonceni efironlémèiit sur Hélv^* * tÎQS r Mably , Voltaire, Diderot ? Ma » petite ne co&natt seules esbtpaa leur» il noms; mais y sans s'eit douier , ellt « possède Tart de plaire*

» Qu'est l'amant d'une belle dame?

> l'escIaTe de sm Yolomés ,, le martjrr » dîs ses caprices. Ma petite ne yenl » rien , ii^e>^ige rien , et permet ionU

n Une grande dame règile eims d&K

> marches « mes pensées et j«6qa'ib jtf mes plai.^irs. Ma petîie ne calcale

> rien , elle est toujoursr contenta w quâdd j'ai beaucoup de simté^

DT HOBERTtLLE. . 187

» Une grande dame croit m^hono- M rer par des faveurs que dix autres » ont obtenues ayant moi. Ma petite » est reconnaissante du bonheur que » je lui procure, et elle m'invite in- » génument à lui eu procurer en- » core. ».

Roberville navaît pas observé que les femmes en général ont des goûts j des habitudes conformes à leur édur cation et à leur rang ; qn elles se font un caractère d'après les circonstances tni elles sont placées 3 mais qu'elles sont toutes les mêmes au fond. Eu attendre de la reconnaissance , c'est déjà prévoir le moment 011 ou n'ins** pirera plus d'aniour , et alors onn'ob-# tient phds rien d'elles. Cet homme épousa sa cuisinrere avec qui il vivait , mais qui a cessé de l'aimer. Elle proteste de son dévouement , de sa tendresse , en ôtant son tablier pour aller à Téglise. Elle oublie- y en revenant ;

x88 MOHSIEUR

qu'elle Ta porlé , et la semaine n'est pas écoulée , quelle commande impérieusement à son mari et à sa ser- Tante.

Roberville a donc décidé qu'il aura une petite fille, bien jeune , bien jolie, bien^neuye , qui ne verra que par ses yeux, qui n'aura d'idées que celles qu'ail lui communiquera , qui le caressera , le fêtera , le respectera. 11 ne sait encore où la trouver. Mais Uy a dix mille petites ouvrières à Paris. Oa les rencontre le matin , le panier an bras, portant leur modeste dîner ^ et allant commencer leur journée. Dès le lendemain, il sortira en redingete; il se tiendra sur le Pont-Neuf j il arrêtera celle qui lui paraîtra pouvoir remplir les conditions qu'il exige. U lui parlera , il la reverra , il parlera encore , il persuadera. En attendant , il se fait habiller , et il fait mettre ses chevaux pour aller faire i'importaat

^E R06BKYILLC. i9q

dans ses bureaux, f^anitas vanitatum !

Il moule en se balançant. Il caresse d'une main le pommeau de son épée ; il joue de l'autre avec une superbe boite qui a remplacé celle qu'on lui a volée à Versailles. Il chantonne un petit air : c'est en chantonnant qu'il a rhabitude de s'annoncer dans ses bureaux ; c'est à ses fredons que les plus empressés de ses commis accou-^ rent et lui présentent leur hommage.

Il s'étonne d'être dans l'anticbambrë et de n'avoir vu personne. Il chante plus haut , et il est toujours seul. II entre dans le premier bureau : k peine lève*t-on les yeux sur lui. Il s'arrête*^ il fronce le sourcil ; il voit sur toutes les bouches un rire sardonique , qui ajoute à son indignation. Il auvre une seconde porte ^ il la pousse avec violence , il ne se possède plus , il va éclater... Il est frappé d'étonnement et de crainte... Merlicourt est devant

lui. Les deux adversaires se regardent, se mesurent. Ils s'écraseraient si la foudre était dans leurs mains. Bientôt les deux visages se composent; ils affectent un air serein ; ils se couvrent de ce verais du grand mondes qui.nW que le masque des passions basses et haineuses. Merlicourt tire enfin un papier de sa poche et le présente à Roberville.

V Le roi , vn le rapport des com* ». missaires nommés pour instruire le » procès de M. de Merlicourt , coa* » vaincu que les accusations portées ji contre lui sont calomnieuses , o^ » douane à son contrôleur général et » k son ministre de la marine de le # rétablir dans ses fonctioas , et dé* » clarer l'accusateur incapable d'être M jamais employé à son service diree- ^ tement ni indirectennent»

» Pour copie coi^orme , etc. »

On reconnaît ici la suite des ma* HitBuvres do h, comtesse. Les ministres, fétis du rapport des commissaires , avaient facilement persuadé le roi.

Merlicourt était la victime des in* trigues d'an tracassier, d'autant plus ilangereux .qu'il savait trouver des appuis en apparence tTOS-recommam tables. Si cependant il plaisait à sa xnajesté d'examiner la conduite de M. de la Galissonière , elle reconnais trait la justesse des observations qu'on a déjà eu rhotineur de lui soumettre»

Elle.déméleraitaû premier coup -d'oeil l'ambition d'uù homme qui depuis iong^temps vise au - mimstère , à qui tous l€s* moyens d'y parvenir parais* sent Jégttlm'es j et qui ti'a voulu ren- Verser Mèrlicôun <ïu'afîn de pouvoir ensuite inculper le ministre. Ces dé^ clàmations "étaient ajs^uyées par les caresses, les séductioi^s , les insinua» lions perfide^ de la favorite. Le Bel

avait agi de son coté. II avait repré^ sente à son maître que la persécution qu'avait essuyée Thonnéie Merlicourt, était l'ouvrage de madame de Robervillej qu'une femme qui ne balançait pas à compromettre ainsi son souverain dans l'opinion publique , ne Faimait pas , et était par conséquent indigne de lui. 11 ajoutait que cette femme > jolie à la vérité , n'avait aucune ressource dans l'esprit , et le roi commençait à s'en apercevoir. Pressé de toutes parts , attaqué dans tous les sens, il céda aux impulsions qu'on voulut lui donner. Ce fnt au milien d'une orgie qu'il signa l'exil du meilleur officier de notre marine , la réintégration de Merlicourt , et qu'il ordonna de renvoyer madame de RoberviUe.

Elle revint à Paris » accablée du coup qui la frappait , ulcérée des plaisauteriez amères de Lç Bel Elle ne

réfléchissait

DE ROBERViLLEv I9S

réfléchissait pas qu'elle avait gagné, •eu quatre jours, 5o,ooo fr. et du plaisir; que rhofiueur d'avoir passé par le Parc-aux-Cerfs allalt'ia mettre à la mode, et qu'où se disputerait la gloire dé se ruiner pour elle. Ces calculs isont d^une fille, et une femtne qui croit tomber du trône, qui est encore ivre de ses grandeurs et étourdie de sa chute, a besoin de vingt-quatre heures au moins pour se dépouiller tout-à-fait de son auréole, et re-^ prendre ses premièrefs habitudes. La situation de Roberville était réelle* ment déplorable. Forcé de ployer, avec les apparences du respect, ^ous ies ordres du roi', et de s'interdire jusqu'à la plainte, il restais chargé d^un loyerénerme et de dettes de tout genre. 11 était clair que ses créanciers, instruits de sa disgrâce, allaient l'at^ laquer dans ses biens et dans sa per< sonne. Il ne voyait plus que huissiera^ procureurs ^ contraintes par corpSj, //. 9

194 M01VSIE,UR

geôliers^ verroux. .C'était le moment de }ire le chapitre de Scnëque : Du mépris des richesses. Roberville, en i^ortant de ses bureaux , d'où on le cbassait sans retour, ue pensa quà sauver les débris de sa fortune.

. En efiet, quoi de commode, et par conséquent de naturel j comme une banqueroute ? « Je dois , à I9 Ji bonne heure; mais je tombe de h «manière la plias imprévue : naquis* » je pas a^eat à plaindre? Faut*il enacore que je -m^e dépouille, de tout »en faveur de, mes çréancji^s? Ne 9 m'ont- ils. pas traité en. juifs? N'estdU pas jusie que je les eu pi^nisse?»

. C'est d'après ce rai$ounemenx, 011 tel autre à-peu-près scmbl^b^e^ par lequel on cherche à s'arraingcr ^veç M conscience ^ ce q/ni prauve l'homma;ge ftnvolotibi^ii'e que V^ire leplijs oorrontpu eM forcé de r^jofdre a ï^- ^qni té;. c'est d'après, ce i;ai^>iiiieme^t Q^'ou met h^% oaieiUettrs^Afte^i&à çqiii-

DE ROBERTILLE. igS

vert; on étend son passif; on restreint sou actif; on>6 c^che pendant quelques jours ; on f^it assembler ses créaQcie.rs; on pare quinze pour cent; on ^retire ses lettres-dechange; ou reparaît dans ,une certaine aisance , et on. est encore a^sez bien vu

des hpinnies m^ ceux à qui on a

/ait perdre exceptes; mais rien n'oblige à voir ceqxrlà.

Roberville sortait jdonc Avec la résolution bie^H pri$e idenle,yer son argent , ses bijoux , ,et C6 qu'il y avait de plus portatif dans .aon mobilier.

Il trouve aucoin de la rue un homme assis , .et pleurant sur que pierre. Il reconnaît Durocher« «Que?fais tu là?

i> — ^Vous voyez. — On ta donc ç,kassé .3 aussi ? — ^ M. deMerlicourt pi a dit : • Vous m'a vez^ félicilé,Jl y a huit i» jours, d'avoir congédié uu ingrat; «vous avez mis votre attachement H» pour moi. au ïang jde vos. preouers

ji devoirs, cl, avant- hier, vous ayez rassuré Roberville de votre dévoue- Dineiit: vous l'avez invité à porter via lumière dans toutes les branches » d'une administration déprédatrice!

j»Loiu de moi ces hommes qui vont » toujours au soleil levant! — Quoi, lïDurocher, lorsque Merlicourt m'a ))iôlé ma place de premier commis, >)tu lui as dit qu'il avait fait unacte » de j uslice? — Oui , je l'ai dit, — Et lu »ïie rougis pas de l'avouer! -i- Pour- »quoi n'eu conviendrais -je point?

»Je n'ai plus rien a craindre ni à wespérer de toîi

» Voilà donc les hommes, dîsan «Roberville en s'éloignant, je reste »seul dans ma disgrâce; je suis dé- »laissé par celui même que j'avais ))associé à mes iutrigues. Il est donc 3 vrai que la vertu seule lie les liora- «mes, et que ceux que l«ur intérêt ;)i:*apprpche , ne tienfient les uns auis:

DE BOBEIVVILLE. ig^

))antres'que par la prospérité ! »

Roberville faisait taujoiiris^ les plus beaufx raisannemens du monde quand il tombait dans le malheur^ S'il eût recherché les causes de cette, nouvelle infortune , il eût avoué franchement qu'il la méritait^ et parles •motifs qui Tavaienl décidé à agir contre Merlicourt y et par l'usage qu'il avait fait d'un moment de bonheur, et par les mojrens mêmes qui Tavai^nt préparé. En effet , complice maintenant des déréglemens de sa femme; ne rougissant plus d'en re-> cueillir le pirix; croyant légèrement à une nomination dont il n'a pas de titré; se conduisant comme s'iF eût ' été installé çt reconnu; affichant un

luxe révoltant , et qu'il ne pouvait soutenir qu^à force de déprédations; négligeant ses fonctions j donnant sa confiance à un homme qu'il méprisait; renvoyant , pour l'avancer, un

198 HdM^ÏEUll

sujet instruit et experintenté; voila ce qu'il a fait en quatre purs; elii se plaint des boitimes! et ilparle de vertu ?

En dissimulant des bassesses qui B^étaiènt pas publiques ; en se tèai^ gnant à une honorable indigence; en abandonnant tout à ses créanciers^ il pouvait rendre encore sa chute respectable. Le inonde l'eut attribuée k la versatilité d'utie cour corrompue, il eût plaint la victime ; il sy (ht intéressé , l'estime générale pouvait l'aider à se relever encore. Roberville ne vît que les privations auX' Quelles il se soumettrai! en se comportant en bômme d'honneur. Il frémit à l'idée des besoins dont il serait la proie ; et tnettaht son intérêt du moment avant les principes > qui seuls assurent un l)ien - être constant^ il couriit dépouiller ses eréanciers.

DE ROBERVILL^. IQ^

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