‹ Monsieur de Roberville (volume 2)Chapitre 3 sur 24 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Autres inconvéniens dhin mariage

irréfléchie

Vj'est une terrible chose qu*uii mariage, quel qu'il soit ! A-l-il été fait avec précipitation, on impute au mari certains petits événemens fàclieux^ Tel époux a-t-il étudié sa femme, a-t-il cherché à la bien connaître avant que de se lier^ on se moque de lui y quand on ne peut le blâmer. Cependant tous les mariages possibles se font de l'une ou deTaulre manière : il demeure donc constant qu'Hun mari ne peut échapper au blâme ou au ridicule. On ^voit cela> on sait cela, on se ma-^ rie pourtant, et on fait bien; car^ sans le mariage ^ que deviendrait le xniojidc ? Au restej un puissant mo-

lif de consolation pour un pauvre époux, c'est que tel qui le raille aujourd'hui sera raillé demain; elpùis, sur cent billets, il s'en trouve un bon , et chacun comple sur celui-là.

Revenons.

Pendant que le cabriolet et la carîole roulaient , Roberville s'occupait de la manière dont il^ivrait à Paris. D'abord il logera dans le quartier de l'Estrapade : l'air y est pur, et on ne connaît dans ce pays-là ni les académiciens , ni même l'académie. Ainsi sa femme et sa famille, ignoreront Thumiliation que lui a Talu sa Morale par alphabet Rose sera mise dans le meilleur goût , parce qu'une jeune femme aimecela, et qu'un mari est bien aise que la sienne brille dans son quartier* Elle aura un maître de danse , qui fera disparaître certain air gauche que le cher époux commence à remarquer.

Elle apprendra lsi musiç|[uey parce

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que, lorsqu'on chante^ on qu'on jpup d'un instrument, on ne parle pas ^ et que Rose. .«comme bien d'autres^ gagne beaucoup à se taire. Elle fré« quentera les spectacles , parce qu'ils forment l'esprit, et que de ce côté-là il y a tout à faire. On se liera avec quelques gens aimables , s'il y en a à 1'! strapade , qui feront oublier à Rose ses chouK-fleurset ses dindons , et de qui elle prendra au moins ceS lieux communs qui annonceni l'usage du monde , qui ne sont pas de l'esprit, mais qui en tiennent lieu... aux yeux de ceux qui n'eu n'ont pas. Roberville lira beaucoup ', et il trouvera cent bibliolhèques à un écu par mois. Sa femme prendra insensiblement le goût de la lecture^; etsi elle aie courage d'ouvrir la grammaire de Restaut , il est indubitable que , dans un an ou deux, elle saura l'orihographe, ce qui donne une certaine opinion^ à l'Estrapade surtout , de l'éducatioxi qu'on a reçue.

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La famille Perceval faisait , de son côté, un plan <îe vie assez agréable»

La maman se proposait de loger, *clle, son mari et Félicité , chez son gendre , à qui elle promettrait, pour la forme, une bonne pension, que son desintéressement éprouvé ne lui pcrmettrailpasd'accepter. Elleparlagera ses loisirs entre les Grands daîir^ seurs du Roi et ]e prédicateur en vogue. M. Perceval comptait affermer son bien , et trouver un estanrtnet oit il lirait tous les jours la Gazette de France de feu Marin, ou îe Journal de Bouillon , eu fumant sa pipe et envidant sa pinte detisanne..

Sa tisanne, c^est du vin blanc. Mademoiselle Félicité pensait qu'une jolie fille vieillit ignorée dans unvil-^ lage; que lancée sur un grand théâtre , elle fixera les regards , et que ses parens, qui ont marié sa sœur sans dot, feront sans doute en sa Xaveur i|u sacrifice qui lui proca-

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rera un établissement solide et agréable. Cbacun rêvant de soncâté^ on voyageait 5aus mot dire. Rose ne parlait pas pïus que les autres. Je ne saurais vous dire à quoi elle pensait; peut-être ne pensai t-t-^elle à rien.

Madame Perceval avait bien jugé Roberville; Les femmes , même celles qui ont le moins d'esprit, possèdent un certain tact qui ne les trompe jamais, A la première ouverture d'une pension ,1e gendre se fâcha aussi sérieusement que si on lui eûtesseuticA- }ement manque. Il était enchanté de vivre avec les parens d'une épou«e qu'il aimait tendrement ; mais il était sensiblement blessé qu'on ne rendit pas justice à son cœur, et qu^on doutât de ses moyens. Maman Perceval l'appaisa facilement, en consentant à vivre à ses frais , et en lui protestant qu'il fallait la juste et pro-

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fonde coDsidération qu'elle lui portait , pour imposer silence à sa déli^ catesse.

On se logea donc, et spacieusement^ afiad*évîler les longs tétes-àtéies, dont RoberTÎlle était lout-àfait revenu. Il se meubla élégamment «parce qu'il avait de la vanité ; et comme il acquît le mobilier nécessaire à deux fa milles , que ses déplacemensconlinue^lui coûtaienlbeauçoup , et qu'il ne tira- presque rien des meubles qu il avait laissés à la campagne^ il com^mença à emprun«fsr.

Il aurait pu réfléchir que le train surlequel il montait sa maison nécessiterait de nouveaux cmprunis^j qu'on peut prendre une jolie femme sans dot^ mais qu'on n'est pas obligé d'épouser toute sa famille. Roberville TOUS )e bavez, est un homme à pro^ jets ; et ces gens-là ne réfléchissent jamais qu'après l'iévénement.

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Il était toujours empressé de se réunir le soir à sa petite femme.

Une demi-heure à l'amour , le reste au sommeil , et lesnuits sont courtes.

Les journées s'écoulaient, dans les dissipations de toute espèce, et ne pouvaient paraître longues. Roberville se trouvait passablement heureux. Use plaisait sur-tout auprès de madempiselle Félicité, sa bellesœar ^ presqu aussi jolie que Rose , et qui avait sur elle les avantages de la gaîté^ d^une imagination vive, et des saillies qui en sont la suite natu- Telle. U pensa que de l'Oseraië, qu'il accusait de le contredire tourjours , avait eu raison dans cette cir-* constance comme dans mille autres.

U est cerlain,se disait-il, quesij'eussie attendu huit jours de plus, c'est Félicité que j'eusse choisie. Je ne fais que des sottises. Mais comme il n'y a pas de remède à celle-ci , les réflexions sont inutiles : ne réfléchi!-

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SODS plus. Qui sait d'ailleurs ce que deviendra Rose ? C'est une plante tardive que la culture développera. A propos, cherchons-lu^ des maîtres».

Roberville n'en connaissait pas.

Mais M. Bourguignon , qui avcîl servi un niarquis , était au conr&nt des usages , se piquait d'avoir du goût , et prétendait connaître ce qu'il y avait de mieux parmi ces gens qui vivent du surperflu et de îa.^ollîse des grands, et des petits qui ont Icndicule de les singer. Ce fut donc M.

Bourguignon qu^an chr^rgea 4e choî* tsir les maîtres qui allaient , faire l'éducation de madame. ^

II amena d'abord un danseur, jeune , bien tourné , d'une jolie figure et qui se présentait avec grâce. 11 avait , comme tous ses confrères, la prétention d'être homme essentiel , et, comme la plupart d'entr'eux , il avait tout son esprit dans sesjambes.

DE ROBERVILLIE. 4^^

ce Combien j monsieur, prenez-

» vous par leçon? Six francs, mou-

Ti sieur. — Six francs ! J'aurais pour

» ce prix-là des mai très de mathéma-

n tiques, de grec elàelatin^- -Vous

>) les aurez, sans doute ^ x^onsicur.

» Mais à quoi servent le latin , le

}) grec et les mathématiques ? Moi ,

}i monsieur, j'enseigne l'art déplaire,

» j'anime les grâces , je les embellis,

D je les crée au besoin. Daus un an ,

» Madame sera accomplie. Qu'est*

j» elle à présent? unestUue parfaite ,

» à qui il faut que je commxmique

* la vie )).

Cette manière de définir la danse , de faire valoir des entrechats , n'était pas béte du tout. Ainsi ^ rien d^tout cela n'appartenait à M. Duponceau* Il avait appris ces phrases d'un danseur de Topera^ qui avait persuadé à tout Paris qu'une femme qui ne danse pas cpmme mademoiselle Gttimard ^ n'est bonne à rien.

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Il est tellement dalteui? d^avoif ntxe femme accomplie y un tel avantagé est si réellement impayable, ique Roberyille ne marchanda plus^ M. Duponceau se mit en devoir de donner sa première leçon.

« Que faites-vous donc , monji sieur ? n Vous prenez les mains » de madame ! — Pour la placer., ;i monsieur. -— Vous enleveis «on yr fichu ! vous touchez ses épaules » nues! — ^Pour les lui ouvrir. — Vous j> la irou&sez , morbleu ! — Je rej lève ,. je drape sa jupe. — Ne re- » levez rien , monsieur. — Il faut que » je voie les jambes. — ^ Vousnever- .» rez que les pieds. ;— Il m'est im- » possible de lui rien apprendreiainsi* » — . Pardonnez-moi , pardonnezï> moi. — Je connais mon art ,peut-^ » être. — Votre art ! Voire art ne i> consiste pas à tâtonner une femme )) de la tête aux pieds. « — Je vous » proleste j monsieur.... - Je ne le

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» veux pas, m'eutendez-vous ? — • » Savcz-vous ce qui résultera de vo- » ire opiniâtreté ? — • Qu est-ce ? — )) Dans un .an, madame ne saura )) rien. — Que vous importe, pourvu » que je vous , paye ? — Et ma » gloire , monsieur ? »

Roberville s'étendît, en homme intéressé, sur Tindécence de semblables leçons. Il ne concevait pas comment des pères et des maris souffraient une telle licence. Duponceau lui jurait que c'était un usage généralement reçu; qu! un professeur de danse est unhomme délicat par principes , et qu'en entrant chez une jo* lie femme , il laisse ses sens à la porte. Roberville tint ferme, ei Duponceau fut obligé de composer. On convint que madame aurait une robe à coulisses , qui fermerait sous le menton , mais qui ne descendrait qu'à deux doigts au-dessus de la chcvîUcv du pied, et qu'elle dan-

seraîl avec des gauis. Or, cotnine une robe ne se fait pas en une demiheure , la première leçon fut remise au lendemain.

Le professeur de musique se montra moins exigeant. Il ne demanda h voir ni les jambes , ni les épaulés. Mais il s'étudia à donner à madame une pause romantique: il lui mon-* tra h arrondir son bras sur 5a harpe , à laisser entrevoir ses formes , en se servant des pédales , à pencher mollement la tête, à baisser voluptueusement la paupière dans la romance, àlancerdes regards perçans pendiut un allegro. Roberville prétendait que tout cela n'est pas l'art. ^ M. Sandrin répondait que ces moyens étaient au -dessus de l\irt même , et le faisaient oublier; qu'on n'écoute pas une jolie femme qui déploie tous ces avantages, parce qu'on sVï ' vie du plaisir de la contempler ï qu'il sûJQSt qu'elle pince supportablement quelques variations , pour être

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recherchée, fêtée, adorée , et qn'U fist beau pour un juarl , de trouver dans sa femme Fobjet des désics de; tous , et celui doux il est exclusive* ment aimé.

;> Mais, messieurs les pro/esseurSy » puisque professeur il y a , il semwblerait, à vous entendre, qu'où » ne prend une jolie femme quei » pour les autres. Je ne me soucie. » pas du tout que la mienne plaise )) §1. tput l'univers. L'admiratioa *, ^èné droitaucoçur,et fecœur..*., » — Ne mène à rien, monsieur. TÊ- » cueil que vo^as redoutez , n'est dan- » gereux que pour les femmes sans » vertu ; et toutes celles qui pincent }) de la hg^rpe en ont beaucoup. .^^ 1 Etes- vous marié , monsieur le pro^ » fesseur ? — ISôn , monsieur , et je % n'ai nulle envie de Têtre. — Eh » bien ! monsieur^ si cette envije » vo,us prend ^ vous ne voudrez ni » œilladejs langoureuse^, ni regards

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