‹ Monsieur de Roberville (volume 2)Chapitre 8 sur 24 · M ON SI EU A · texte numérisé non relu

M ON SI EU A

» Au milieu delà traversée, lebâ-- )y liment fui assailli d'une tempête , » dont je vous ferai l'hisloire sî vous )) voulez. — C'eslinutilc , monsieur.

3) — - Il fut jelc sur qn rocher ou il » se brisa. L'équipage se mil dans les j) chaloupes, cl on refusa dy rece- )) voir Hippolylc , parce qu'on ne » voulait pas les surcharger, et que i) si quelqu'un devait cire noyé , il » valaitmieiix que ce fut un mauvais

)) sujet qu'un autre. En conséquence ^) de ce raisonnement; auquel Hîp- » polyte eût répondu d'une manière » victorieuse, si on lui eu eut laissé » le temps , il fui réduit à s'accro- » cher à quelques plantes marines , )) et il resta dans l'eau jusqu'aq cou , )) attendant le moment d'être loul-à- )) fait submergé, ou tiré de-là par «quelqu'un de ces coups du sort qui » tiennent du prodige , et que ce- » pendant on lit partout.

uBicntôt il se trouva les épaules

DEROBER VILLE* 8l

)) hors de Teau j une heure a près , h il n'en avait que jusqu'à la Icein- » lure 5 enfin le roc se découvrit , » et Hippoljle put se promener à )) pied sec. Vous allez me prendre » par mes 'propres paroles , et crier » au miracle. Rien n'est pourtant,

» plus simple que ce que je vous ray» conte: la marée baissait, voilà » tout.

)) En se promeuani sur son rocher, » Hîppolyle pensa que la marée » qui avait baissé remonterait infail- » liblement au bout de six heures.

)) Il ne savait môme pas si elle ue » baissait pas déjà au moment où le » vaisseau périt, auquel cas il aurait ))à la marée prochaine , de l'eau par » dessus la tête, pcTspeclive qui n'é- ' » tait pas faite pour l'égayer.

Eli fii5i!it to utes ces réflexions , » il broncha et tomba , parce qu'il » observait les bornes de l'horizon,

Soi IIÔKSIEtJll

9 au lieu de regarder à ses pieds. Sxi » chute ransena son îmaginaiiôiiva- » gabondc au point qu'it. occupait , » et il se trouva entre un coOret et' )) deux caisses, dont il ne put se ti- » rcr qu'à l'aide d'un ferrement avec ;i lequel il les brisa. Une des caisses ))' était pleine de biscuit, l'autre de » vin de Champagne, et le coflfret » d'or.

:» Hippolyte but etiïiangea y et se » trouva asse^ bien pour tenir à la 3) vie et aux joui$sa9ceSf II regsirda m ses richesses avec complaisance, \ ^» et jugea que s'il pouvait Ie$ porter ;> à terre, il aurait de quqi jouer aux )) des et avec lés filles le re$tc dq ses 3) jours. Il n'y avait quVn obstacle à » surmonter : c^est que la terre était » h quatre ou cinq cents lieues de

» Cependant , comme un grand » ççeur ne désespère de rien, ïtippo- » lyie $e mit à fabriquer , de» débris

DE ROBERTJLLEr 85

f) an bâtiment et de quelques cor-»

. » dages rompus » un mauvais radeau

» sur lequel il chargea ses provisions » et son or. Il s'y plaça ensuite , s'y }) attacha fortement , et s'abandonna

^ » à sa bonne ou à sa mauvaise for* )) tune.

» Bientôt un vaisseau , que la tem-

^ pê e avait aussi écarté de la route, n mais qu'elle n'avait pas brisé, pa- )) rut fort à propos, et recueillit )) Hippoly te, son biscuit 3 son vinde » Champagne et sa cassette. Tout f> cela est arrangé pour le mieux, al- » lez -vous dire. J'en conviens avec » vous ; nîais une preuve certaine » de la vérité de ces faits , c'est que » me voilà, etquejen'existeraîs point }i si mon père se fut noyé alors.

» Hippolyle , arrivé à Saint - Do- » mingue, crut en être quitte pour » payer généreusement sou passage»

w Ce n'hélait pas là le compte du ca- » pitaine/ Presque tous les hommes

» sont fripons , quand ils peuvent » Têtre avec impunité. Celui- ci » avait jeté un dévolu sur la cassette » de mon père, et illui déclara qu^il )x fallailpartager, ou s'attendre à êins » dénoncé et à perdre le tout. Hipn polyte dit au capitaine que le trait » n'était pas délicat. Lé capitaine ré- » pondit qu'on ,fait toujours mal ses )) affaires avec de la délicatesse , et n il persista si vivement dans ses » prétentions^ qu'HippoJyte aima » mieux se tirer de ce pas difficile » avec cent mille écus qu'avec )) rien.

» Il vécu un an comme un petit » seigneur. Un an de celte vie encore, » et il ne lui serait plus rien resté. » L'amour, qui fait au hazard le * bien et le mal . l'amour le sauva.

» Hippolyte rencontra chez le » gouverneur la fille d'un riche ha- » bitant, jeune , jolie et très-évcillée. )) Vous savez qu'il aimai I à jouer

dk roberville. 85.

I) avec les filles; elleaimalià jouer j> avec les garçons ; ils jouèrent tant » qu'au bout de six-mois monsieur » le gouverneur lui notifia que s'il » néppusait mademoi.selle Sophie )> dans les vingt-quatre heures , il » le ferait mettre aux fers à la ré- ;• quisition de son père.

» Comme une femme jèuûe , jo- » lieetrîche, vaut mieux qu'un pro* » cèHrariminél y Hippolyte épousa » mademoiselle Sophie.

» Comme il notait pas très-con- » tent de son pcre , il u'avaît pas jugé » à propos de lui donner de ises nou-* » velles,

» Comme un père Se console aisé- , x> ment delà perte d'un mauvais sujet, • le grand-papa Robert ne s'occupa » plus de son fils.

y) Comme un goût qu'on ne comp bat point devient irrésistible, ma

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v mère joaa tant avec le^ garçou^ ^

» qu'elle en mourut.

}> Comme il est ju^te qu'un père )> meure avai^ison fils, le miens'est ». décidé , il jr a six inoisà me traosn mettre sa fortune.

)) Et (romme on ne jouit bien de » de son opulence qu'à Paris , j'ai yf tout réalisé, je me suisembarqùé^ 9 et je suis ici depuis huit jou^

% Mon premier soin a été de cber- » cher, les Robert, s'il en existait en- » core. Je n'avais reçu dé mon pcre '» quedesreuseignemens très - géné- » raux sur sa famille. Cependaiit , à* -)) l'aide de quelques noies dulieute- » nant de police, et des registres de » votre j5aroisse, je vous ai découvert ,,. » mon.cber cousin , et je m'empresse » de vous ofTrir 'mon amitié, et » voire part de deux millions, si ;) vouç en avez besoin. »

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Celle hisioireétailrun peuexlraordinaire , et le ion da narrateur peu propreà persuader. Mais le moyen de ne vouloir pas être le cousin d'un homme qui a deux* millions , elqui^ •Rous offre sa bourse ! Roberville devait soixante mille livres , ctlea intérêts de cette somme réduisaient son revenu à neuf mille francs. Il forma le projet de se libérer aux dépens, du cousin.

U devaijb craindre que le parent attribuM }e dérangement desesaf fairea à squ inconduite y ce qu! pourait éteindre tout-à-coup cette belle chaleur , ce noble désintéressement.

Eobêrville jugea donc à propos de f^irct précéder la demande des soixante mille francs , du récit des faits qui avaient successivement nécessité les emprunts ; et il conta au cousin les particularités que vous connaissez déjà. Le cousin le plai« gnit , le loua de la fermeté qu'il

opposait aux fantaisies d'une feçi me déraisonnable , s'engagea forniellement à payer ses dettes, et fi,nit par une oflVe qui devait séduire un homme dans sa position.

(( J'ai acquis hier, lui dit-il, à » Épinay^ près Saint -Denis, une j) propriété- charmante. La maisoa » est simple, mais les jardins sont ^délicieux. La nature n'a produit » nulle part de|)aysage aussi piquant )) aussi varié ; nulle part Tordonnaji teur n'a aussi complètement caché j» Fart. Cechef-d'oèùvreest Fouvrage » de ,M. de Nayer , qui s'est fait la » plus haute réputation en ce genre(*). » Vous le connaissez, mon cousin ?

» — Non , mon cou^n. -r- Vous en » avez au moins entendu parler ? —

(*) Ces jardins existent réellement. Ils appartiennent à M. de Nayer , maire d'S^pinay , qui en fait parfaitement les honnetns > et ç[ui passe sa TÎe au «eln des arts «tde l'amitié.

DE ROBERVILLE. Bg

» On en parle partout. — Je vous » prête ma maison. Condufsez-y ma- » dame de Roberville ; et passez-y n quelques mois avec elle. Lesbeau- » tés locales la séduiront, et elléper- )> dra insensiblement à Epinayces » habitudes qui vous blessent si juste-. » ment.. Vous serez arrivé à votrebut » sans avoir, été contraint d'employer Ti Fautorité, moyen que dans notre jD famille on emploie toujours h re- » gret. »

Roberville trouve la proposition sage et naturelle. Il se félicite de raniener,'Sinon l'amour, du moins le* calme dans sa maison. Il accepte avec les protestations de la plus vive' re* connaissance et du dévouement le plus absolu. Il fait appeler madame.

Madame parait ^ et monsieur lui présente le cousin. Elle le fixe, recule et rougit.' (( Quel enfantillage !

n s'écrie Roberville. Approchez ^ ma- » dame/ embrassez un parent gêné-

» renx, qui rétablit nos aflaires. »

Rose héale , ell« balance, elle craint de faire quelque bévue; son mari la pousse dans les bras du cousin. Par quelle fataliié riijmen *donne- 1- il toujours tet^ baissé dans tes pièges que lui tend Famour ?

* Le cousin est le mousquetaire; la maison d^prnay appartient à sa comtesse 5 et il n!aurait pas, un sou , s'il n'avait emprunté la veille cinquante louis à un de ses camarades.

Rob^vîUe Élit part à sa femme de Knteniion où il est de passer quelque temps à Epin£r)r. Sa femme lui répond qu'elle est disposée à faire ce qui lui plaira^ et que la société de son parent lui sera toujours agréable. ** n Voyez-vous 3 disait tout basRober-

» ville au mousquetaire j voyez-vous » les effets heureux de Ténergie que » que j^ai déployée bier ? Les fera- » mes, quoi qu*elles disent, sentent » qu'elles sont faites pour obéir. Elles

DE IlOBE[](nLLE. 01

i> ploient sous un mari ferme^ et «le ré- T> sisleut qu'à uQ sot. — Vous av«B rai- 3) soit, mon cousin. Mais sachezmainte- )} tenant adoucir le joug, à mesure » que ma cousine reviendra à son de- » voir, » —- .Vous sentez bien que je » r^!>giigerai à être toujours plus sou- » mise, en reconnaissant sa docilité 3» par des égards , des altentions, OK! » jesais comment il faut meùer une » feiiime. — Mon caresse est à la » porte- : ne laissez pas refroidir cesfa<» » yorables dispositions. » Les mousquetaires menaient les affaires rapidement^ et celui-ci était plus mous* quetôire qu*uB autre.

<c Allons, ma bonne amie, donnent }i ordre qu^on nous fasse une malle ou })deux pendant quenous déjeuneron.«« )> — J^y cours, mon ami. — Je suis jv'sàr , mon cousin, que vous n'aure»

» plus de ma eousineque delà sâtis- « faction. — Ma foi, je commence, » à le croire, «f

93 MONSlEÛft

M. de Vcçcourt ne manqua poiDÉ d'offrir son hommage à la famillç assemblée. Roberville répéta exactement ce que lui avait dit le CQUsin.

Papa et maman Perceval ouvrirentles .

yeux et les oreilles. Félicité observait

. le jeune homme > et tira son beau* frère à part. « We lui trouvez- vous.

)> pas , dit-elle, un air contraint ? — ^ Bah! voulez-vous.qu'unhommede.

n vingt ans , qui n'a encore vécu qu'a- » vec des nègres, soit à son. aise., au » milieu de quatre à cinq personnes » qu'il voit pour la premièrefois ? Ap- » prenez qu'il me donne soixante » mille francs , et qu'il me prête les »plus beaux jardins des environs de

^ * Paris, — Je n'ai vîen à répondre à )) cela.»

On déjeune. M. de Vercourt est réserve, gai, spirituel avec décence.

Pas un regard qui s'adresse à Rosç ; . toutes ses attentions sont pour Féli* cité. « Il est charmant , disait tout

DE P.OBER.VILLF.. 9.3

i;T)as inaman Pjerceval. Si elle pouvait le fixer, pensait Robervilleî Beaucoup de maris sont de cette fînesse-là.

On laisse la garde des lieux au j.beau-pèreiet à sa femme; on témoî- ■ gne a Félicité de vife regrets de la quitter; on se promet de venir quelquefois passer lin jour avec elle j ou ne manquera pas de lui apiener Taimable cousin • Dn part, on arrive à Epinjay.

r Cette maison , dites - vous , ap- » partieht à la comtesse ? — Et si la » fantaisie d'y venir lui prenait ? — iii Elle est dame d'atours de la Dau-^ » phine, et elle est de service en ce » moment, -^ Et son carosse ? — j) Uii moment donc, vous ne mêlai- ;) sczpaslç lempade respirer. M. de » Vercoûrt a renvoyé Tiéquipage, et )) il a dit àRobervilleîIlfautlui ôier, >)- avec les moyens d'aller à Paris,

^ renvjie d'^ retourner. »

q4 n o n s I £ UA

La jolie cousiue se lance dans les bosquets^ dans la prairie. Elle monte le yacht , elle visite les iles ; partout elle admire , elle s'écrie , elîe pro^ testa quelle passerait sa vie dans ce lieu de délices. Rdbervillé partages son ravissement. U n'^a qu'un regret^ x:^esid€f ne pouvoir acquérir ses jardins enchantés. « Mais le coiïsiû est' » si bon ! il parait tenir si pieu à-ee )) qu'il a ! Je ne lui ai demande cfùJt I) soixante mille francs; il m^eûtég^- » lement donné cent milldécus. Qui » ^ait y lorsqu'il apprendra cotobien ai je liens à cette propriété... *i. »

Vanitas vanitc^um 1

Quand on n'est que trois à la campagne, il est difficile de se ménager des tctes-à^lêtes ; et quand on n'a que cinquante louis à sa disposition , il n'y a pas de temps à perdre. Vercourt avait distribué les logemens de manière à pouvoir s'introduire feciiement la nui t proçhainié che2 mitdame«

Mais il fallait au moins trouver le inojuentdelui dire àroreille: Vauslaiase^ rez votre porte ouverte^ parce qu'elle crie sursesgonds. 11 suivait Rose pas à pas; mais il avait toujours sur ses talons le cher mariplrop reconnaissant • pour ne pa^ faire à son noble parent la cour la plus assidue,. Yetcomt ea** rageait .... et Kose^^u^sl.

Qu dîne , et le repas est fî'ugaL Le mousquetaire assurequ^ane vie sobre est mëre de la santé p qu'il se trouve à merTciUie de ce régime ; et Roberville n'a garde d« le contredire. C'est la femgaie du jardinier qui a fait la cuisine ;. c'est le jardinier qui) apporte les plats et qui se retire. Vercourt pro leste qu'ij ne peut souffrir les dov inesliques, qu'ils oient toute la liberté de la conversation ,cl qu'ils sont souvent lescspions de leurs maîtres. Ro-^ berviilene manque pasd'assurerque pour être bien servi , ij faut seservi».*.

96 MONStEUR.

soi-même. Cependant il regarde sa femme ; il craint qu'un genre de vie aussi nouveau ne lui déplaise exlraordinairement.... Sa femme conserve sa gaîlé franche et son air satisfait.

Il amène la conversation surTobjel quiriutéresseessentiellemeut.allest » inutile mon cousin , de me parler » de cela davantage: c'est paraître » douter de ma sincérité J'ai con- » tracté un engagement; je le tîôn- ;» drai. Mais l'exécution lient à cer- » taios arrangemensque jedo^spren- )) dre avec moli banquier. Jcnepeux 0 terminer avant quinze jours , etj'e»

3) suis bien fâché. — r Que celane vous » chagrine pas^ mon cousin; J'atten- )) drais un mois s'il le faut.»— Je vous )) certifie qu'avant ce temps-là vous )) saurez à quoi vous en tenir. Apro- » pos, savez - vous que vclre belle fi sœur est jolie ^ mais très-jolie! — a Elle a de l'esprit comme un ange ,

uo.

DX ROBERVILLE. QJ

• un caractère doux, et les qualités » les plus rares. — Je crois en eflet »cetl;e jeune personne propre à as- » surer lé bonheur d'un galant hom* 9 me. — ^^El je serai enchaAté.dc la m voir bien 'mariée. JTa vais toujours )) eu de réloîgnement pour le ma- » riage. — Lt notre petite Félicité

Il vous en rappi*oche peut -être. — » Je ne dis pas encore ce que je ferai. il Au reste ^^f assurerai un million à }> celle que j'épouserai. » Roberyille croit déjà- sa belle- sœur millionnaire Heureux de son bonheur fu^ lur , il cherche le pied de sa femme ; il veut lui exprimer et lui faire parta-^ grr un sentiment,- que les convenances ne lui permettent pas délaisser éclater: ce n'est pas le pied de madame qu'il rencontre; c'est celui de quelqu'un bien plus habile, qui 5 sains se déconcerter, répond mollement à la douce pression, et qui caresse en môme temps le pied I- 5

gS MONSIEUK

mignon qu^on lui a abandonné!

rinstant oii Ton s'est placé. Maris i déGez-vous des grandes uapesà tablei des bras à la promenade, et dessacf par ton t«

On se lève ^ on rentre dans les bos« quets ; le cousin s'échappe un mo* ment ; il revient , il offre son bras à madame , et la jolie main , qui pa* laït à peine le toucher ^ le presse amoureusement. Le sac , confident discret , est légèrement suspendu à nn doigt effilé ; il est eutr'ouvert ^ V ila déjà reçu le billet qui prononce fur les destinées du mari. Rose s'é^ loigne à son tour, elle reparait , ici derrière un arbre; plus loin, derrière des loufFcs de lilas; elle joue, elle folâtre; à peine Ta-t-on perdue de vue^ etelle a trouvé une minute pour lire et déchirerlé billet. Oh ! c'est un grand maître que Taniour I on Ta

I^E AOBERTtLLS. ^^

soaventdit, et je pouvais me dispen^ scr de le répéter.

Nos jeunes gens se lassent de courir. Ou veut se reposer sur le bord de l'eau ^ sous les peupliers d'une ile qui semble consacrée à l'amour. On remoutesur le yacht , on vogue , on aborde. On trouve une collation champêtre composée du meilleur lai« tage et des fruits les plusbeaux. Tout cela ne coule rien à Vercourt: c'est la comtesse qui traite 3a rivale.

Avouons 9 messieurs y que s'il y a des femmes adroites 9 il y a deshomnaes qui les valent bien.

« Oh , parbleu , il me vient une « excellente idée. Par ici, par ici, j» ma belle cousine! » Vercourt prend la main de la jeune femme, il l'entraîne, ils sont au milieu du canal.

« Cousin , vous voilà précisément » dans la position de Robinson»

)) Voyons si vous serez aussi indus-*

ffOO MONSIIUR

trieux que lui. II. est charmant ^ pensait Roberyille. Quelle variété piquante il met dans dos plaisirs) Jlose a raison, on passerait ici sa vie... Hé! mais., oui... sans doute, ces jardins sont à moi. Le cousin aime Félicité, Au premier joupil me charr géra des demandes. J'exigerai celte terre en présent de npcjes , et un homme amoureux ne refuse rien.

Pendant qujB le bon mari fait des projets, Vercourt, suit rexéçulion dés siens. Il a conduit sa douce amie sous un bois épais. Un banc de gazorj 66 présente , on s'assied , on débute parles aveux mutuelsquon s^est faiis lavï*illeîi rOpéra , mais que la passion naissante aime tant à répéicr.

Le beau mpusquetaire croitpouvoir tout se permettre : tout autre Veut çrucommelui.(c Finissez, monsieur, » je ne permettrai point cela. — Rcv » fuser à un homme qu'on aime un » baiser $ur ces lèvres de rosp ?

D£ ROBERVILLE. lOI

Ji Ma bouche a promis fidélité. — » Parbleu , c*esl bien le moment d'à- » voir des scrupules , et d'en avoir » d'aussi plaisans! — Jene plaisautô ii pas, monsieur. Ma bouche ne 9 faussera pas son serment. » La mousquetaire insiste ; madame de Hobervîlle se défend avec opiniâtreté.

Vercourt Vafflige , se désole. « Que j> vous êtes enfant ! de quoi vous « plaignez-vous? du refus d'utic'baji gatelle. Maïs ne savez - vous pas )) qu'il n'y a que ma bouche qui ait n juré. »

Vercourt, en tîant aux ruîlats, devint possesseur de milles cbarmes qui n'avaient rien promis ^ et dans l'excès de leur ravissement, cette bouche si cha^e fut infIdMje comme le reste.

Rose , revenant à elle , se plaignit amèrement de l'infraction du traité.

Le mousquetaire promit d'en observer les conditions à l'avenir. Il le

lOa M01ffSI£IT]l

viola cinq minutes après, et la con^ cience timorée de la petite femme était déjà rassurée lorsqu'ils rejoignirent le nouveau Robiiison.

Le pauvre insulaire avait travaillé de son côté 3 non à défricher un coin» >de terre , nia prendre des chèvres sauvages » mais à enlacer les ramiaux d'un saule pleureur dans les branches de quelques peupliers. Il avait ptcparé pour le cher cousin un toit de verdure impénétrable aux rayons da soleil. La boche avait pratiqué mié table de gazaii , et le petit fossé qui l'entourait était destiné à repoiser leurs pieds. La collation était rangée avec goût sur l'herbe verdoyante.

« A mtrveillcj à merveille, cou- » sin ! s''éçrie le mousquetaire. Que » de choses en aussi peu de temps !, » D'honneur, vous clés dignes d'ha- »biter une îledcserlc. — IS'est-il pas » vrai? et vous, h quQiavea - tous

IDE 110B1£RV)LLC. ' 105

^ passez le temps? — J'ai donné à » ma cousine une première leçon de » billard. ËUe manie la queue à ra- * vir. »

Tout le monde était fatigué^ et la collation parut excellente. Au repas cbampélre succéda le plaisir de la pèche-, et Tétang de la comtesse fournit la matelote pour le soir. Le mousquetaire avait trouvé un éclair de bonheur sur le banc de gazon; mais l'amour est insatiable, et Vercourt soupirait après des jouissances commodes , prolongées. 11 observa que pour bien saisir les beautés de là nature , on doit se coucher avec U soleil afin dé se lever avec lui. Ro« berville , excédé des travaux de la journée, lie désirait plus que son lit ; Rose , très-satisfaite de sx>n amant , était impatiente de se retrouver dans £es bras, et quandaout le monde est du môme avis , les choses s'arrangent d'elles - méxnes. Neuf heures

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