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sonnaient , et chacun se retirait chez soi.
Apres les derniers complimens , Vercôurt lire sa porte avec fracas > et la repousse aussi- tôt , il s^assure une sortie facile. lia en effetpersuadé le cousin qu'il est bien et dûment renfermé f et qu'il ne pense qu'à dormir, Kose a suivi à la lettre les instruoûons que lui donnait le billet : son appartement est ouvert; elle est dans un lit parsemé de roses , et dans Tétât oii Vénus sortant du sein de ronde ; ^Ue compte les minutes ; elLob tfppelle en secret l'amour elle bou^ heur. ^
Robervîlle, toujours plein d'attentions et de prévenances, avait aussi laissé sa porte ouverte etsa bougieal]uniée:il n'yavailpas dedomcs tique dans la maison. Le cousinpourrait avoir l>csoin de quelque chose ^ et les soins de tous genres ne coûteront rien k un homme qui attend de '
HE ïiOÉKRYTLLt^. ]o5
celui auquel il les rend, soixante mille francs et une propriété charmante.
L'ardent , l'impétueux Velcoiirt prête depuis quelque temps une oreille attentive : le plus profond silence règne autour de lui. H se lève, il sortdesa chambre. La lumière qui frappe sur le mur opposé à la porte du cousin , indique qu'elle est ouverte. Roberville a-t-il quelque soupçon ? L'inclination qu'on feint pour sa bellc^sœur, ne doit- elle pas écar-
.ter toute idée d'intelligence avec sa femme? Lit-il ? que fait il ? C'eslce dont il faut d'abord s'assurer. L'amant.le plus inticpidenese brouille avec le mari qu'à la dernière, extrémité , et Vercourt voulait conserver
eramitié de celui-ci jusqu'à son der-
.nierécu.
Il veut savoir si le cousin veille ou don i il s^^vance sur la pointe du pied^ il tâtonne : le point lumineux
to6 MOKSIËVK I
lui sert de fanal , sans rien cclaîrer autourde lui. Un jardinier, une jardinière ^ connaissent peu les dispositions d'un appartement : ces bonnes gens ont laissé dans un coin du corridor, un guéridon , une cuvette et son pot à Feau, qui devaient être danS/un cabinet de toilette , et que Vercouri ne pouvait s'attendre à rencontrer là. Son pied accroche le meuble léger et sans aplomb. Le guéridon, la porcelaine, roulent à dix pieds de lui , et se brisent avec fracas. Le cousin se réveille en sursaut, saule de son lit, prend sa bougie , et se trouve nez à nez avec Vercourt, u Bon Dieu ! qu^avez-vous , mon » cher cousin ? — Une in(^igestion » épouvantable , et je viens ^ous de« )i) mander du secours. — Dû thé., » mon cousin , force thé. «t — 'Non , I » un verre de rhum ) et l'estomac se » dégagera. — Du thé, vous dis^jé, » duthé^c'est le rcpicde' souverain.ji
BE ROBERTILLE. I07
Roberville ouvre la croisée j il appelle la jardinière à grands cris ; Vercourt se donne au diable; Rose , interdite , profile' cependant de ce moment de tumulte pour s'enfermer à double tour.
La jardinière accourt , un pied chaussé , Fautre nu ; un jupon dans UU6 main, son fichu dans l'autre et ce désordre ne la rend pas plus intéressante. Une bourré, est au feu , lu bouilloire suspendue, la boite aa thé sur la table , la théière essuyée. Vercourt assure qu'il va mieux , et annonce qu'il va s« recoucher. Roberville y consent , mais il déclare qu'il passera le reste de la nuit auprès du cher cousin , et qu'il lui versera de l'eau chaude, jusqu'à parfait soulagement. Vercourt proteste qu'il ne boira pas; Roberville jure qu'il boira Vercourt s'enfuit dans sa chambre , Roberville y entre avec lui. La jar^ diaière monte le thé^ Roberville
verse , Vercourt se caclie sous la couverlure. Roberville prie, supplie, conjure; le mousquelaîre est sourd.
Roberville commence , sur les indigestions, une dissertation aussi prolixe que savante. Lzt jardinière^ femme très-entendue , saisit cette circonstance favorable; elle descend^ elle remonte armée d*unc seringue ; et , pendant que Roberville cherche à découvrir la tête , elle attaqua le postérieur. Un coin de la couverture est levé , et Vercourt , ne sait plus à quel assaillantfaireface.Défend-ille hatit^ il sent le bout de la canule à rorifîce.Echappe-t-il à l'iAStrument, lîl retrouve Roberville la tasse à la jnain. Il se ploie, il s'allonge , il se roule j il s'étend comme un ver.
Dans la rapidité de ses mouvemens il heurte le bras de Roberville; Teau bouillante lui couvre une épaule et le dos ; la douleur le rend immobile j rarnre fatale est appliquée,
DE ROBEBVILLE. I(^
le piston joue , Vercourin'a pas perdu un goutte. Prompt à la rispote , il renvoie à la jardinière l'eau qu'elle a introduite, mais colorée et odo-* rante. Elle jette les hauts-cris: le mousquetaire la regarde; il est vengé. Le visage , le cou , la gorge sont inondés. La bonne femme s'emporte tem-pête ; Vercourl et Roberville rient aux éclats.
Le reste de la nuit est employé à réparer le désordre. Le mousquetaire recouche dans des draps blancs. Roberville s'obstine à rester; le cousin le laisse faire , et s'endost profondément, bien convaincu qu'il ne peut mieux faire. Roberville attribue ce sommeil tranquille à l'évacuation jproduite par le lavement. Rassuré sur rétat du cousin , il rentre dans sa chambre , et se remet au iit.
Rose ne sait à quoi attribuer le carillon infernal qu'elle a entendu.;
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elle croirait que son mari a surpris son amant cherchant à s'introduire chez elle, sans les bruyans éclats de rire qui ont terminé celle scène. Elle se lève au pointdu jour , elle descend ^ dans les jardins, elle cherche, elW trouve le jardinier , elle l'interroge ^ elle apprend queses plaisirs ne sont que diflërés.
Parbleu , se disait Vercourt ens'habillant , je ne craindrai la nuit pro* chaîne « ni tbé, ni graine de lin , ni mari. Celui-ci est le premi^jr qui ail mystifié un mousquetaire; mais je prendrai gloriei sèment ma revanche* En déjeunant , il parle de Félicité, il en parle à la promenade, il en parle au dîner , et toujours avec plus de chaleur. Enfin lorsque le jour va finir , qu'on peut tout au plus arriver à PaHs avant que le soleil se montre à Pékin, Vercourt prie, supplie son bon; son obligeant cousin ^
I>S nOBEKTILLK. lit
de ne pas différer son bonheur^ et d'aller à Tinstant même demander le cœur et la main de sa belle-sœur.
Roberville cède avec empressement à des instances dont le résultat peut x:ombler tous ses vœu^i. Il prend son épée , sa canne à pomme d'or ; il trotte à pied jusqu'à Salui-Dcnis , oii il se jette dans la premiëre cariole qui se présente.
« Ah ! mon ami , disait Rose à son » amant y tu m^as fait connaître com- » bien la vengeance est douce ; mais D jusqu^lci, tu m'as bien peu vengée.
» — Nous avons aujourd'hui un tor^ ;) de plus à punir : une nuit qui de- ;i vait être délicieuse , et qu'on m'a 9 fait passer entre une bouilloire et » une seringue ! — Et les inquiéju- » des mortelles que j'ai eues ? — ^ » Oui^ la vengeance sera sans bornes.
» Une nuit d'Alcmène pourrait à » peine y suffire. — Qu'est-ce qu'une « nuit d'Alcmènie^ mou ami ? ^^
» C'est une nuit double, mon petit » ange. -^ Oh ! ayons une nuit » double. •>*
Quand on ena passé une sans dormir , le lit est bien attrayant. Il a un charme irrésistible , embelli par le désir et la présence de l'objet aimé.
Nos amans soupenl de bonne heure, ifs soupent à la bâte ; Vercourt donne I en se levant, le signal du combat; son intrépide amante se montre digne de lui; il l'enlève , il la porte ^ il la dépose sur Tautcl ; il arrache jusqu'au dernief voile qui couvre la victime , le premier sacrifice est consommé. Cher vengeur , cher vengeur ^disait d'une voix entrecoupée la jeune femme, ivre de la vengeance qu'elle a goûtée , et de •celle que son amant lui promet encore.
Le bon mari cheminait trop lentement au gré de son impatience^^^l était dix heures au moins ^ lorsqu'il
DE ROBERYILLE. I iS
arriva h l'Estrapade. Il craignait de trouver? la famille l^erceval couchée.
Mais Félicité n'avait à se venger de persouue , et dès loDg-temps nianaan Perceval ne trouvait plus de vengeurs. On allait se mettre à table.
Félicité se hâte de donner un cou^ vert , et cet aimable empressement est payé de deux baisers. Aux cares-* ses fraternelles succèdent les félicitations. Il est difficile de s'en réjouir , quand onnen connaitpas l'objet. On attendait, la bouche ouverte, que Robef ville s'eipliquâî : (• ^51 p^rli
qu'il aurait du commencer ; mais il ne Élisait rien comme un autre.
Il débuta par dépeindre son cher cousin de-la tête aux pieds; il ùixsL-^ loir le moindre de ses agrémens personnels, ce qui était fort inutile :
Félicité était (ille , et toulcfilleà marier a jugé en un clind'œil unhomme qui nel'estpas. Roberville vint enfin aux propositions. Des propositions »
Il4 MONSIEUR
il passa aux conditions^ et il nt dit plus un mot qui ne fût ardemment recueilli , et qui ne plût infiniment. En marquant le plus haut intérêt, et un zèle vraiment sincère pour le bien-être futur de la petite personne , M. de Roberville ne s'oubliait pas. « Mon cousin » donne à Félicité un million, dont
> sa charmante habitation d'Epiuay »fait partie pour trois cent mille » livres. Mais comme il a pour moi » beaucoup d^amitié, il entend que I» j'aie la Jouissance à vie de cette mai*
> son^ à la charge par moi deFeu^ }) tretenir dans Tétat où elle est , et » de Yy recevoir avec sa femme 71 quand ils voudront y venir. *
Il n'y avait pas ia moindre X)bjectionà faire contre ces arrangemens.
Il restait à une fille, qu'on mariait «ncore sans dot, sept cent mille francs net, un fort joli homme. Il eût fallu être bien difficile pour déli-
"BS ROBERTILLK* Il5
bérer : aussi répondit-on à l'instant, et de la manière que le désirait Roberville. ''
« Ce cher cousin , de quelle joie S) son tendre cœur sera pénétré t )) avec quelle ivresse il va m'enteu-
» dre ! Eh ! mais pour-
)) quoi retarder la jouissance que Taj) mourlui réserve? Peut-être Tincer- » titude de son sort l'empêche de se ^) livrer au sommeil. Qu'il sache » dans deux heures qu'il iTa plus » qu^à marquer l'instant de sa félicité, j) Qu'on m'aille chercher uxiH^CrQ. »
Roberville repart avec plus dem* pressement encore qu'il n'est venu« 11 anime, il stimule son cocher, et a chaque coup de fouet il ajoute quelque chose au pour-boire promis. Il arrange sa harangue au cousin. Elle est insinuante, flatteuse, et il ne ré* sistcra pas h des phrases si bientour^ nées; cf'^î'l^^ii'S» 1^ jouissance delà maison d'Epioay est le prix de la
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main de Fcliciié. Le cousin ygagne.
Ta encore; pensait- il ; car enfin , j'ai ' estimé ce bien-là au-dessus <le sa valeur. Il n'entrera dans aucune çxplicaliojtl avec les Perccval ; celui qui donne n'a rien à dire , et Félicité esttrop avantagée , pour sepermeilre la plus faible réclamation. Ainsi , il n'est pas probable que ma supercherie soit jamais découverte. D^ailleurs je me mettrai toujours en tiers , jusqu'après la signature du contrat. Ma foi , vive les gens d'esprit! me voilà
propriétaire sans irais.
, Roberville descend à une portée de fusil d'Epinay; car enfin , tout amoureux qu'est le cousin, il pourrait fort bien reposer, et on ne saurait avoir trop de ménagemens pour son bienfaiteur. Sonner à la grille serait inconvenant \ car le logement du jardinier est éloigné , et il faudrait que le cousin vînt lui-même ouvrir ce c^ui ferait beaucoup de peine à
DE ftOBERVILLE. ri7
P.t)bervîlle. Il longe les niursdu parcj il cherche l'endroit d'où sa vue s'esl perdue dans lu vallée de Monlmo^ rcncy , et où, par contéquent, la jnuraille a peu d'élévatiou. il s'acr croche, ilmonle , il parvient au faites le voiU dans Fen^los Pauvre mari !
Il s^avance vers la maison. Il écoule; pas le plus léger bruit. « Il 9 dort, dit-il ; allons altendie soa » réveil dans ma chambre , et qu'il » doute , aux premiers mots qu'il en^ ^ tendra, s'il veille, OM^'il n'est pas » flatte par le plus doux des M>uf>e5.» Toujourj plein des plnsdélicates^'intenlions. Roberyille va chez le janli»
nier ; il frappe , ij dcuiandc lu clef d'une fausse porte des cuisines ; il revient, il allume une bougie, il .qtâite ses .«iouliers au bas de l'escalier, il eutri^chez lui, et la perte de nos amans était au moins retardée, s'il ne lui fut venu dans Pesprit d'al^ 1er éi:outer à la porie du cousin.
ii8 iroKStEtDrn
h Je n entends rieo , c'est a nier« D veille ; mais avec qui causerait-il < A et s il nedortpa&, n'est- il pas juste » que je jouissedela reconnaissance » due k mes succès età la célérité de » mes démarches ? » Idée fatale aux intérêts de tous.
Roberville s'avance sur la pointe du pied j il trouve la porte de Vercourt ouverte, il avance.-... C'est maintenant lui qui doute s'il veille; il ne peut en croire ses yeux;rélonuement, la colèrele rendent immi> bile \ la bougie est prête à s'échapper de sa main.!.... Vercourt n'est pas
dans son lit, il n'y a pas été; il ne peut en partager qu'un , c'est celui...... Et le mari le moins attaché
à sa femme n'aime pas cela.
Quand on est seul à la campagne avec sa maîtresse, qu'on ne craint ni mari /ni fâcheux; qu'on s'est assuré que les jardiniers sont allés ^àTautre extrémité du {>arc, oublier les tra«
BE ROBERTlLtE. II(^
TâuY du jour , enfin , qu'on a fermé la porte ordinaire d'enlrée , on croît n'avoir pas besoin d'autres précautions ; et Vercourt avait négligé de s'enfermer avec madame de Roberv ville. L'époux outragé parait tout*à- <:oap devant eux*
« Lâche y ingrat , tu déshonores » l'homme qui te croyait son ami !
» •— Qu'avez-vous donc , mon cou- )i sin ? — Ce que j'ai, malheureux, )) ce que j'ai ! — Allons , ne va-t-il » pas se mettre ùu tas de chimères » dans la tête , s'aviser d'être jaloux! » — Moi ! jaloux d'une perfide, ji d^une iofâme ! Je suis furieux , et > les efifUsde ma colère seront terri- 9 bles pour tous deux. — Modérezj» vous , mon cousin» Le cœur pleia » deTimage de Félicité, je ne pou- » vais dormir, et je suis venu parler n d'elle avec madame. — Parler avec » madame, tous deux dans le même » lit ! — Qu'importe ? Vous ne sup*
fSO MOIfSlEITR
» posez pas sans doute qu^on puisse » éprouver les désirs auprès de sa H cousine germaine. Et quand cela D serait , ne eavez vous pas que 1« » bienheureux Robert d'Arbrissëles' » couchait avec les plus jeunes de ces ji religieuses , dans l'unique vue de » mortifier ses sens? Or, ne puis-je i> pas aussi me # anctifier atiprès de )»^£aadame ? C'en est trop , s'écrie Ro^^ » berville , exaspéré ; hors d« lui , et )> il lève sa canne a pomme d'or. On « peut pardonner, reprend le mousp quetaire, quelques injures à un^ » niariquia de l'humeur : mais je ne j> supporterai pas ^*e dernier ou- * trage. Oui., mon atni , vous êie»
^1) cocu, puisque voulezle savoir , et i> vous me rendrez raison du geste que » vous venez de vous permettre. — » Quoi, non content de me couvrir » d'infamie et de ridicule , yohs allez H encore aitenter à ma vie! —
)i Mon
DE B.OBERVILLE. 121
y> Mon cher, tout homme qui épouse femme jolie et bête, doit s'attendre » à bien des accidens et à être cor- » rîgé , lorsqu'il prend trop mail les » choses^ c'est la règle. Allons, en y> garde ; et finîssons-en. »
En écoutant , en débitant ces dernières phrases, Vercourt a passé sa culotte , et a rais flamberge au vent.
Le courage très-équivoque de Roberville est soutenu par la fureur , irrité par les railleries ; d'ailleurs, on le poussé, on le presse; il tire sa petite épée.
Madame Thomasseau a appris à Rose que rien ne donne autant de célébrité à une femme que deux horamçs qui se coupent la gorge pour elle, et Rose se garde bien de séparer les combattans. Elle se borne à faire des vœux pour Vercourt, patxe qu'elle sait encore qu'une femme du bon ton s'intéresse plus à son amant qu'à son /. 6
mari. Il est vrai que le mousquetaire l'a traitée de bête; mais elle a lieu de se croire une béte fort aimable , puisqu'il lui a juré qi^'il l'aime à la
rage.
Ces messieurs ont croisé le fer; Vercourt fait les gros yeux , il a frappé trois ou quatre fois le parquet du pied, et déjà Roberyille a reculé jusqu'au mur , où le cber cousin va le clouer , lorsqu'un carillon infernal fait ce que Rose aurait dû faire. Vercourt recule à son tour j il regarde, il s'inquiète , il attend. Robervilie respire.
Madame la comtesse, jeune, jolie, riche , et veuve avec tout cela d'un vieux mari qui s'était borné à lui procurer quelques avant-goûts, s'était donnée à Vercourt avec tout l'abandon d'un cœur qui cède au besoin d'aimer. Faveurs, largesses, elle prodiguait tout pour le fixer j elle avait même pardonné quelques infidélités
passagères du genre de celle*-ci; mais ces infidélités mêmes avaient éyeillé sa jalousie , et un homme à - gages lui rendait compte de toutes les démarches de Yercourt. Elle avait trouvé odieux qu'il pût la tromper en<çore ; intolérable qu'il choisit sa mai-* son pour le théâtre de ses plaisirs^ et surtout qu'il lui donnât une bourgeoise poiir rivale. L'amour-propre est au moins de moite dans toutes les sensations des femmes,
Madame ^ la comtesse avait écrit pendant une partie de la journée, précédente ; elle s'était adressée à plusieurs gens en place; elle s'était échappée de Versailles à l'entrée de la nuit ^ et elle venait jouir de sa vengeance^
a Pans cette'chambre > s'écria-t-ella ») en entrant , dans ce lit même ! Le )> trait est atroce. Messieurs, exécutez » les ordres dont vous aies porteurs.»
îa4 MONSIEUR
Ces lùessieiirs étûient un commissaire, et deux exempts de policé , soutenus par une douzaine de leurs gens.
« De parle Roi,. dit un exempta y> madame de Roberville , leTez-vous » et suivez-moi. — Où faut-il vous suiy> vre^ monsieur? dit Rose intimidée.
» — A la salpétrîère y mademoiselle.
y> Le roi est bien bon, dit Roberville, y> de m'évit^r la peine de châtier ma » femme. Comment, reprit la com- » tesse, vous êtes lé mari ! Vous faitesy^ là un joli métier. — Vous voyez, y> madame , que* j^ai Pépée à là main.
» De par le roi , dit l'autre exempt » à Vercourt. — De quoi s'agit-il, mon- )i sieur ? — ^J'ai ordre de vous remet-^ » tre au commandant de votre corps.
» — ^J'entepds , quinze jours d^arrêts, » Ma obère comtesse, le tour est un » peu vif. . , •
» Monsif/ur , continua Roberville » en s'adressant au mousquetaire ,
DE ROBERyiIrLE. 125
» VOUS sentez que je ne veax pas de » vos soixante mille francs.— Et vous » faites bien. *^ Je renonce aux cay> deaux d^m parent tel que vous.— » Je vous le conseille. — Je vie suis » montré en brave homme. — Pas )xtrop. — Et maintenant la justice » aura son cours. — Je ne connais pas » cela — Ah î vous feignez d'être » amoureux de ma belle-sœur, voua » m^ faites courir à Paris , et tout y> cela pour coucher avec ma femme l D VQÎlà des témoins : je mangerai une y^ partie de vos deux millions, et cette » maison m'appartiendra dans peu » de temps, entendez -vous, mon » cousin ?
» Votre cousin '.....deux millions!...
y> cette maison vous appartiendra , re-- > prit la comtesse*. Je vois qu'on vous » a joué comme moi y mon cher amù » Monsieur est le cadet d'une famille » distinguée de Bretagne , et vous
126 MoUrsiEuti
» n'éles qu'un pelit bourgeois. Il ti^à » pas cent louis de rente ^ et vous né » gagnerez rien à plaider contre lui.
» Cette maison est à moi , et vous auj) rez la boirte d'en sortir avec cehii j> qui vous y a établi.
» Un petit bourgeois , répliqua Roi> berville ! un p^it bourgeois comme y> moi vaut bien une grande dame saïiS » mœurs.— Qu'est-ce que c^est, mon • » ami ? Est-ce à vous qu'Jl appartient > de juger les usages de là cour ?-^ y^ ma foi^ ihadame^ les petits jugent » les grand$ , et je prononce , moi , » qu'entre les femmes-filles il n'y a » de différence que du coin de la ru6 y> à l'intérieur d'un palais. — -Délitrez- 7> moi, messieurs^ de ces criaillerferi€isa>
Le commissaire s'avança gravement > de peur de perdi*e de son importance >
de chiffonner sa robe, et de déranger sa perruque à trois marteaux. Le braS étendu et l'index en l^air, il dit :
DE ROB£RVILIiE. 12'J
« Votre principe, monsieur, n'est que )) d^un philosophe, et ce n'est point » avec des hypothèses qu'on gouverne » les états.- L'expérience a établi des y> distinctions que nous appliquons ri- » goureusement aux différentes classe y> de femmes. Femmes honnêtes, et il )> y en a . Elles s'ennuient un peu ; mais- » elles sont respectées. Femmes faiy> blés, qui n'ont qu'un amant. L'opi- 1^ nioh publique les ménage, parce que » la faiblesse est le partage ordinaire » de la condition humaine. Femmes » galantes, qui ont plusieurs amans, D mais qui accordent leurs plaisirs » avec les bienséances. Celles-ci sont » reçues partout. On en parle à l'o- » reille ; mais comme on ne cesse de » leur marquer une estime qu'elles » n'inspirent plus , elles se trouvent » fort bien de la galanterie ; et voilà » pourquoi il y a tant de femmes gà- Jè lantes. Femmes entretenues , qui
» appartiennent au plus donnant » L'état de ces dames est un peu » scandaleux^ mais elles sont jolies, w et on ne méprise pas ce qui plaît.
» D'ailleurs nous les protégeons, parce 5) qu'elles tendent sans cesses à rétablir » l'égalité des fortunes. Quant à celles ih <]|ui trafiquent publiquementdeleurs y> charmes , nous les tolérons ^ parce » que les femmes honnêtes et faibles » leur doivent de ne pas recevoir dans )) les rues de baisers avinés, et de ne » pas faire d'une borne un sofa. » Mais à la moindre incartade elles » passent du ruisseau à l'Hôpital et » à la Salpétrière. Ces nfiaisons sont » les égouts, où la fange va se ])ery> dre , et quelquefois se purifier. Or , y> il est clair que ce n'est pas la que » je conduirai une femme en puis- » sance de mari , que j'ai trouvée » avec un mousquetaire dans une .- » maison respectable. Je prends su r
]» moi de mener madame aux Reperi" > tie&y couvent où elle retrouvera une
y>^ societie, Ires-variee • ou par consej^ quent elle ne se corrigera pas , mais. \ où elle restera tant qu'il plaira à. )) monsieur de l'y laisser et d'y payer » sa pension.— «-Comment 9 monsieur >.
}) je suis cocu 9 et il faut que je paye ! x; Il me semble que mon prétenda » cousin.... -r- Fi donc* monsieur , ce » serait vous déshonorer, v ous avez » une jolie femme/ellë vous trompe»
y> et vous paierez. C^est la règle à la » cour , et cette règle sera la vôtre y VI puisque vous ne voulez pas tenir j» à la bourgeoisie. Partons, s'il vous » plaît. J'ai encore un capucin à pren-» », dre rue Trousse- Vache, et un prieur » de bénédictins chez la Montigny. )> y ercourt monta dans ud fiacre avec son eii;empt ; madame de Roberville dans un autre, accompagnée du com* missaire et de sa suite. Madame la corn*
l3o VôHStftUB.
t^sscj après avoir fermé ses porté pris ses clefs^ s'élançâ datis son <:
rosse : Rober tille resta stettl sur te pa et comme on ne se pend pins ; qn ne se noie^lus, qu'on ne s^affiigis (:
pour être cocu , il reprit, à pied chiemin de Paris, et il disait : xi A qi )i que chose malheur est bon. Me y< m au moins déharraSsé d'une fem P que \e n'^aime pluft. jfr
DE ÀÔâÊftVlIiliE. l5l