CHAPITRE YL
Noiu^elles opérations de commerce, Robert se retrouvoit encore dans une situation riante. Une somme considérable, gagnée au milieu des fêtes, et sans autre peine que celle de mentir à une fetnme crédule^ encourage nécessairement h tenter de nouveaux essais. Notre héros connoissoit assez l'avidité des hommes , et certain penchant des femmes, pour eroiie , avec quelque fondement, qu'il oourroit,
à la fin de l'année, se retirer avec une fortune brillante. Une seule chose l'emharrassoit : c'titoit de savoir comment il feroit connoître dans le public son talent pour faire des mariages disproportionnes.
Aujourd'hui rien ne seroit aussi facile , parce que tout s'est perfectionné. Une affiche placée au coin des rues vous apprend qu'un homme \euf avec cinq enfans et sans fortune voudroit trouver une demoiselle jeune, jolie^ bien élé- Te'e, et qui ait cinq à six mille livres de rente. Une autre affiche vous annonce une jeune personne honnête , d'un physique agréable ^ qui voudroit entrer chez un homme iion marié de quarante à cinquante ans. Ces précieuses ressources n'existoient pas alors , et il faut apprendre à se passer de ce qu'on n'a pas. Robert imagina de faire distribuer des annonces à la main, et de doubler ses honoraires, en tirant un droit de commission de chacune des parties.
Il falloit maintenant trouver un homme intelligent, adroit, et d'un assez bon ton pour pouvoir entrer partout. En ce temps-là, il y a voit à Paris cinq à six mille hommes qui portoient de la broderie, des dentelles, et qui ne dînoient pas tous les jours. C'est de là qu'est venu le proverbe, hahil de velours, ventre de son.
La difficulté étoit de distiîiguer, dans le nombre , le JSias de Vlionnne opulent. Certains raci*
sieius crussent trouve fort mauvais qti'on leur proposât de colporter des prospectus de ruai iage?. Ensuite, il étoit possible que celui qui consentiroi t à se charger de la commission dérobât à Robert le mérite de l'invention et travaillât pour son propre compte. D'après ces considérations, il jugea à propos d'imiter ces charlatans , qui, le soir , distribuent eux-mêmes leursadresses , et qui le lendemain matin attendent les malades , qui paient et qui ne guérissent point.
Robert prit à ses gages des femmes de chambre de bonnes maisons, des facteurs de la poste aux lettres , des ouvreuses de loges , les loueuses de chaises des églises à la mode, et des jardins publics. On ne lui avoit pas plus tôt désigné une riche douairière, qu'un prospectus lui étoit en- Toyé par la petite poste , ou même remis en main propre , pour abréger , lorsque l'œil de la dame étoit encourageant. Avec les messieurs , la marche étoit plus simple. 11 suiTisoit de dire un mot à un officier , qui portoit un habit râpé, à un maître clerc de notaire, à un cadet de Bretagne, qui avoient les qualités requises, c'est-à-dire, de la jeunesse, de la figure, et de la santé. Tous répondoient , comme s'ils se fussent concertés : parbleu, maiiez-raoi.
Le mariage et la mort de madame de Vertenfort avoient fait un bruit effrayant dans l'aris. Ou blâujoit, on plaignoit la vicomtesse.
CepeiuTaiit, les femmes qui avoienl son âge , 3« goûts, et son fol amour-propre , rejetoient tous les toits sur Cliamferlin , et disoient tout haut qu'un homme aussi pervers est une erreur de la nature; que la nature ne les produit qu'à de longs intervalles, ce qui signifie en langue vulgaire: je suis plus jeune que madame de Vertenfort , je suis moins passée qu'elle , j'ai infiniment plus d'esprit, et de ce qu'elle n'a pas sh plaire , de ce qu'on l'a trompe'e, il ne résulls pas que je ne puisse inspirer de passion, ou qu'on ait l'adresse de m'abuser sur les senlimeus que l'on ftindroit pour moi.
Diaprés celte manière de voir, les prospectus de P».obert dévoient être reçus avec faveur. Il a voit fait plusieurs mariages , qui tous avoient fort mal tourné; mais sa caisse étoit considérablement gonflée , et il lui importoit peu qu'une Tieille femme mourût de plaisir ou de chagrin.
Bientôt Piobert eut plus d'ennemis que lui en avoit fait son journal. C'est que le public lit de cinq à six individus que frappe lâchement la malignité, et dans ce cas-là, il n'y a qua les battus qui aient de l'humeur : dans celui-ci^ un fils, un collatéral, (jui avoient une mère, une tante, une cousine imbécile, trembloient de voir échapper une succession qu'ils se ménageoicut par les moyens qui avoient procuré à Chamfcrlin la main de sa lieutenante-criminelle. Or ; il y a beaucoup de gens à Paris qui
( ^■«7 ) ont le goiit des successions, et de tous côte'i -s'élevoit contre Robert un cri général de luiiue et de proscription.
Une présidente du parlement de Bordeaux -venoit de se jeter dans ses bras. C'étoit une femme qui avoit été galante aussi long-temps que les hommes le lui avoient permis, qui ensuite s'étoit fait dévote, c'est assez l'usage; mais qui trouvant la dévotion insuffisante , et voulant accorder le ciel et son cœur, avoit résolu de se marier , n'importe avec qui, pourvu toutefois que le prétendant fût un homme tel que la natuie en fait peu. Madame la présidente avoit un fils unique, qui ne s'amusoit pas, comme le neveu de madame de Vertenfort, à lire dans les astres, qui s'occupoit beaucoup, au contraire, des affaires de ce bas monde , qui étoit plein d'égards pour sa mère, mais qui n'entendoil pas qu'un aigre- fin héritât de M. le président, qui, cocu ou non, pouvoit très-bien être le père du fils de sa femme. Ce fils légitime ou adultérin, avoit nécessairement plus de droits qu'un étranger , et il portoit ^ pour le soutenir, une épée qui souvent avoit paru redoutable aux Anglais : il servoit dans la marine rojale.
Madame la présidente connoissoit le caractère du jeune homme, et dissimula quelque temps. Mais pendant qu'il escortoit un convoi destiué pour le Port-au-Prince, elle partit de Bordeaux, saus preudre congé dç personne , et vint des-
f 2oS ) .
cendre à Paris chez une amie aussi folle qu'elle-^ disposée, comme elle, à se laisser attraper, et qui , en attendant son mariage , voyoit tout en beau, et ne parloit qu'avec vonération des talens du chevalier des Ormeaux.
Elles l'engagèrent un jour à dîner, et lui parlèrent ainsi ^ ou à peu près : « Monsieur, « nous avons de l'expe'rience, cela se voit de « reste, et nous ne sommes pas assez ridicules « pour jouer l'inge'nuité. Nous allons donc nous « expliquer franchement. Vous saurez que « nous ne prêterons l'oreille à aucun de ces M propos doucereux , à la faveur desquels les t« agréables du jour réussissent ordinairement « auprès des femmes sans perspicacité : ce ne « sont pas des mots que nous voulons. Nou* « nous marions pour être sages, et il nous faut « des maris qui nous en donnent les moyens, « de ces hommes qui voient une femme dans *' chaque femme, sans acception d'âge, ni de « formes. Nous exigeons encore qu'ils soietit « sots : il n'y a que ces maris-là qu^on mène ^ « et nous entendons conserver l'autorité.
« Cependant , comme les apparences sont « souvent trompeuses^ nous n'épouserons que H ceux qui auront rempli les condiiions impo- « sées. Arrangez-vous en conséquence. Nous « savons bien que celte conduite n'est pas très- «' édifiante. Mais Sara, l'immortelle Sara, dont « est sortie la race privilégiée ^ a fait plusieurs
« essais de ce genre , et quoi qu'on en dise , « nous trouvons qu'il est beau d'imiter Sara. »
Elles dirent et Robert sortit pour découvrir les êtres privile'giés qui pourroieut convenir à ces dames. L'espèce n'en est pas commune h Paris, et Pvobert , après plusieurs tentatives, désespéroit de réussir. Il voyoit sa réputation compromise, et il redouloit un mallieur plus grand encore, celui de perdre des honoraires que les émules de Sara avoient promis de quintupler, en raison des recherches et des dëmarclies qu'elles exigeoient continuellement de leur pourvoyeur.
»( Ma foi , dit Robert, je leur ai pre'senté des « gens de robe , d'e'pée , de finance, de jeunes « abbe's qui ne sont dans le monde que depuii '■ six mois, et rien de tout cela ne les satisfait ; « essayons d'une paire d'orang-outang babil- « lés. » Il se remet en quête , et s'arrête au quai de l'Ecole devant deux jeunes drôles, aux sourcils noirs, épais et joints, carrés, musculeux, nerveux, qui, assis sur leur dei'rière, la chanson à la bouche et Palêne à la main , réparoient la chaussure d'un marchand de vin, de sa femme, d'un maître garçon son substitut et d'une petite fille de quinze ans, qui cornmençoit à aimer le bouchon.
Robert les regarde, il leur parle, et n'obtient pour réponse qu'un rire niais et des mouvemens d'épaule. Bien, pensa- t-il, si ceux-là mènent
leurs femmes , ils rae tromperont fort. « Mes « amis, voulez-vous faire fortune? — Oui-d», «i mon beau monsieur. — Aimez-vous les fem- « mes? — Ha... ha... ha... — 11 ne s'agit pas de «c rire 5 il faut répondre. Aimez-vous les fem- « mes? — Est-ce que tous l's hommes ne l's « aimontpas? — Et les vieilles? — Morguenne, «( a sont toutes jeunes pour d's hommes d'nol' « âge. — Bravo, mes enfans, bravo. Suivez- " moi , et je vous ferai faire à chacun un excel- « lent mariage, — Laissez dope, monsieur le (f gouailleux , laissez-nous carrelle?- nos sou- « liers. — Vous doutez de ce que je vous dis? " — Aga, pour vous cre're, faudroit être ben « bêtes. — Voilà dix louis, levez- vous et mar- « chez. ))
Avec dix louis, on feroit entreprendre le toi:r du monde à deux Auvergnats. Ceux-ci se lèvent, laissent là cuir, outils et savates et marchent sur les pas de Robert , en dansant une bourrée d'Auvergne , et en accompagnant leurs voix rauques du bruit de quatre mains carrées, qui battoient la mesure, tantôt au-dessus de leurs têtes , tantôt au niveau de leurs genoux.
Roljort les conduit chez un traiteur, et à l'aide d'un succulent déjeuner, il fait circuler dans leurs veines cette noble assinance si nécessaire au succès de ses projets. Il les mène de là chez un baigneur, barbier, perruquier, éti> ■viste, conseiller du roi, qui les décrasse de la
têle aux pieds, leur fait les ongles et les elic- \eiix. De chez le baigneur , ils passent à lafrijerie, où on les transforme en jeunes seigneurs un peu gênes dans leur costume^ mais alors il y en avoit comme cela. En allant et \enant, Robert leur apprit ce qu'il falloit faire et dire, et enfin il leur demanda leurs noms. « Je m'ap- «( pelle Jérôme, dit l'un. J'ai nom Antoine, « dit l'autre. — Vous vous appellerez, toi le « comte de Jéronico , et toi le baron Antonini. « Votre baragouin vous fera facilement passer « pour Italiens , et on ne vous demandera pas « de preuve de noblesse, ou on vous donnera. « cent ans pour les faire, comme cela se pra- « tique à Malte en faveur de quelques bourbe geois opulens , qui sont bien aise d'avoir un « bout de ruban noir à leur boutonnière , afin « d'avoir l'air de quelque chose, j)
Robert présente messieurs Jéronico et Antonini. Ces dames témoignent par un signe d'approbation quel'extérieurpromet. Elles adressent quelques mots aux aspirans, qui leur lâchent de l'Auvergnat, qu'elles veulent bien prendre pour du Toscan. Nos demoiselles d'aujourd'hui n'j seroient pas attrapées : elles chantent toutes l'Italien, d'une manière, inintelligible à la vérité, mais qui pourtant ne ressemble pas aux croassemens des bons habitans de St.-Flour.
Quand deux individus ne parlent pas la même langue, et veulent cependant s'entendre ; ils
ont recours aux gestes, et la causerie devient une ve'rilable action. Lorsque Robert vit la pantomime s'engager avec une certaine chaleur, il s'esquiva adroitement, et nereparut qu'à l'heure où le cuisinier de ces dames devoit ajouter à ses forces et en rendre aux combattans.
Il est à peine entré que toutes deux se lèvent, s^élancenl, le serrent dans leurs bras, protestent de leur reconnoissaiice , de leur dévouement, et jurent que MM. Jéronico et Antonini sont de la race des géans , de ces géans dont parle la Bible, et qui ressemblent un peu à ceux qui entreprirent de déposséder Jupiter.
Le dîner commence ; il est joyeux , parce que chacun est content de soi et des autres. Onparle peu, parce qu'on s'est dit beaucoup de choses, et on s'empresse de se mettre en état de reprendre la conversation où elle en est restée. Ptobert, qui n'oublie jamais ses intérêts, est bien aise de terminer une affaire, qui l'empêche d'en ébaucher d'autres. Il parle conditions, stipulations , donations, honoraires surtout. Les dames annoncent leurs intentions bienfaisantes, en tapotant les joues rebondies de leurs épais gentiishoiumes, qui ne savent que rire et montrer des dents blanches comme l'ivoire. KUes soldent monsieur le chevalier, dont les services deviennent inutiles, et elles l'engagent à prendre un dernier verre de la liqueur de madame Anfoux,
On tnnquoit;, on alloit boire, et les docile»
Auvergnats se disposoienl à faire après dîner ce qn'ilsavoienlfait avant, lorsqu'un insolentouvre la porte d'un coup de pied, s'avance, le chapeau sur l'oreille, les poings surleshanches et s'arrête à quatre pas, en regardant d'un air menaçant les convives étonnés. Cet insolent étoit le fils de madame la présidente.
11 avoit été forcé de relâcher aux Açores , oh il avoit trouvé une escadre française qui se radouboit, et qui devoit au premier jour faire voile pour l'Amérique. Le chef d'escadre se chargea de convoyer les transports que protégeoit notre oflicier, et le renvoya , lui et sa frégate, en France , où on ne l'attendoit pas sitôt.
Soit pressentiment , soit respect pour les bienséances, l'officier se hâta de se rendre à Bordeaux. Le départ précipité de madame sa mère, le mystère qu'elle y avoit mis lui semblèrent de mauvais augure. 11 prit des informations , et n'en obtint que d'inquiétantes. Il entendit enfin parler d'un marieur qui faisoit grand bruit dans la capitale. Il s'y rendit en poste, courut de tous côtés , et fatigué de recherches inutiles, il entra à Notre-Dame, attiré par Balbâtre et par le besoin de se reposer.
La joueuse de chaises, matrone experte, et qui quelquefois aussi marioit de jeunes demoi^ selles contre le gré de leurs parens , s'arrêta devant l'officier, le toisa d'un coup d'œil, et ne lui trouvant ni l'air de componction qui
Convient »u lieu, ni l'extérieur agréable qui séduit une jNgnès, elle le jugea coureur de yieille?, et en recevant ses dcus. sous d'une înain , elle lui glissa un prospectus de l'autre. L'oflicier y lut l'adresse de Robert, et se remit €n course , pour savoir si sa mère étoit ou non dupe de l'escroc qui en avoit fait tant d'autres.
Robert, dans la crainte de perdre une aubaine nouvelle, ne manquoit jamais, en sortant de chez lui , de dire oîi on pourroit le rencontrer. C'est ainsi que monsieur Pofficier connut le domicile de madame la présidente, et qu'il arriva chez elle , lorsqu'elle le croyoit à quinze cents lieues de son cœur maternel.
Vous sentez qu'une femme de soixante ans qui épouse un jeune seignei^r Italien, aux mains calleuses, au maintien gauche , qui ne sait pas porter son chapeau , ^i marche les. pieds en dedans , et qui n'est connu que de l'intrigant qui le présente , est très-embarrassée en présence d'un fils plus raisonnable qu'elle, qui n'est pas d^humeur à se laisser dépouiller, et qui tue un homme comme une mouche. Madame la présidente se tenoit debout sur ses jambes grêles et chancelantes : elle avoit la bouche ouverte, l'œil fixe, et elle étendoit vers son fils des bras et des mains desséchés et supplians...
« Qu'est-ce donc , ma chère maman ? vous « paroissez mal à votre aise; je vais tout arranger V. en cinq minutes. Qui de ces trois faquins se
y< nomme le clievalicr des Ormeaux? — Il n'y « a pas de faquins ici, monsieur. — Fort bien, « mon ami. Vous êtes sans doute l'homme que « je cherche. Vous faites un sot métier , mais « vous ne le continuerez pas long-temps. Ces K messieurs sont probablement de épouseurs « de dot , des abuseurs de vieilles... — Mon fils, « ce sont de respectables seigneurs.... — Dont « l'un se charge de vous, tandis que madame « s'arrange de l'autre. — Et quand cela seroit, « mon fils? — Cela ne sera pas, ma mère. « — Et la raison, s'il vous plaît? — La rai- €« son? c'est que je ne suis pas homme à soufu frir que vous fassiez une sottise, et que vous « vous couvriez de ridicule. Mais, dites-moi, vos « seigneurs Italiens ne parlent-ils pas français ? (' — Ils le parlent assez mal. — Ils l'entendent « donc, et au lieu demerépondreenbiavesgens, « ils me regardent d'un air hébété... Misérables, « qui êtes vous ? » Ici M. l'officier met l'épée à la fnain , et se place de manière à ce que personne ne puisse sortir que par la fenêtre.
Le comte Jéronico, et le baron Antonini tombent à genoux l'épée au côté, et demandent en grâce qu'on leur permette de retourner à l'halêne et au tire-pied. L'officier s'écrie que le des Ormeaux joint à Finfamie de ruiner des enfans de famille celle de dégrader des femmes de qualité en les mettant dans les bras de goujats travestis. Madame la présidente pensoit que des
goujats de celte espèce étoient fort au-dessus de ce qu'elle avoit comiu de mieux. Cependant , elle ne pouvoit décemment insister , et faire succéder avec connoissance de cause, un savetier à un président. Robert, en reculant toujours, s'étoit laissé prendre dans une encoignure, l'officier le suivoit , la pointe au corps j Robert, arrêté enfin par la muraille, voulut parlementer j l'officier refusa de rien entendre , et Robert, persuadé qu'il ne pouvoit éviter la redoutable épée , qu'en se défendant, se hâta de mettre flamberge au vqjit.
Rien de plus à craindre qu'un poltron poussé à bout. Robert se battit comme un diable, mais comme il est dans l'ordre que le diable ait le dessous, Robert en relevant une botte qui menaçoit le téton, la reçut dans l'œil droit, et tomba baigné dans son sang. Un officier français ménage son ennemi a terre. Celui-ci d'ailleurs croyoit avoir tué Robert; et la justice ne laisse pas d'inspirer quelque crainte , même à celui qui n'est pas l'agresseur. Tout le monde sait qu'elle a son tueur privilégié, sur les brisées duqutl personne ne doit aller, et qui, quoi qu'on en dise , est quelquefois un personnage très - recommandable, témoin le compère du bon Roi Louis XI.
Pendant que l'officier et Robert ferrailloient, Jéronico et Antonini avoicnt pris la fuite, et <lisoient : si nous manquons la dot , au moins le
costume et les dix louis nous restent. M. le chevalier^ dit l'officier en se retirant, ne fera plus de mariages. Mesdames, dit Robert en se relevant, ce malheur m^est arrivé à votre service, ainsi ce que j'ai reçu de vous est bien à moi. Chers savetiers, puisque savetier il ja , murmuroient ces dames en soupirant , ne vous retrouverons-nous jamais?
Il m'en a coûte' un bras , pensoit Robert , pour avoir fait un journal ; je viens de perdre un œil pour avoir fait des mariages : il y a des êtres qui sont vraiment nës malheureux, car les projets les plus louables touinent contre moi. Quoi de plus noble que la prétention d'instruire le public, de régler son jugement, de lui former le goût? Quoi de plus humain que d'enrichir de jolis hommes, et de procurer à des vieilles des plaisirs qu'elles paient à la vérité un peu cher, mais tout ne se paie-t-il pas dans ce monde , depuis le général jusqu'au dernier soldat, depuis le contrôleur des finances jusqu'au dernier commis , depuis l'archevêque jusqu'au plus petit enfant de chœur? Ma foi , je ne ferai plus rien , c'est le seul moyen de me soustraire à la fatalité qui me poursuit. J'ai de Por, je le placerai sûrement , et je vivrai tranquille et ignoré des hommes, souvent envieux, toujours méchans. Me voilà retiré dans mon appartement simple, mais propre. Quelques livres choisis m'intéressent, m'amusent, développent, orneM mon en- M. de Robervllle. T. 2. lO
( 2.B) tenJcment que j'ai trop néglige. J'étudie le$ sciences exactes j il n'y a là ni systèmes , ni sectes. Je suis sûr que deux et deux font quatre , et il est très- satisfaisant de savoir quelque chose dont personne ne conteste la vérité. Mes connoissances s'étendent , se multiplient; je trouve la quadrature du cercle ; ma réputation se fait, pénètre partout, je suis recherché, et je me refuse aux empressemens du public. Enveloppé dans ma robe de chambre de damas, la tête couverte d'un ample bonnet de velours , retranclîé dans mon cabinet, je ne communique qii'avec raes'livres, mes sphères et mon secrétaire. Ceux qui se présentent à ma porte me croient du mérite en proportion de mon orgueilleuse modestie, et comme rien n'est si grand, si beau que ce qu'on ne connoîtpas, le monde me place à côté d' Archirnède, qu'il admire s'ir parole, parce qu'il est mort depuis deux ou trois mille ans... Ah çà , mais... Est-ce bien un secrétaire que j'aurai? ma foi, non je préfère une gouvernante , attentive, soigneuse; la conversation est plus s g) éabic, pi usattachante. Je la prendrai jeune, elle vieillira à mon service ; jolie, sa figure flattera l'œil qui me reste; <3ouce, elle fera mes volontés, mais je ne vou- 4irai rien qui soitindigne d'un homme lancé dans
les hautes sciences A propos, et mon œil...
il me fait un mal de tous les diables. Le projet le plus pressant, celui dont l'cxcculioi nesouf-
fre pas de délai , c'est de me faire gue'rir. a Co- « cher, descends-moi chez le premier oculiste. « — Je n'en connois pas , monsieur. Quand ou « mène un fiacre, il faut avoir les yeux sûrs et « les bras boas, —r- Vous verrez que ce drôle-là «( ne me juge pas digne d'être cocher de fiacre. « Allons, informe- toi. — El à qui? — Aux pas- « sans, au crocheteur, etàl'ëpicier du coin. — « xVlonsieur? — Qu'est-ce? — Je vois venir unhom- « me un peu plus avancé que vous. — Comment « cela? — Il a déjà un emplâtre sur un œil, çt « vous n'avez encore que votre mouchoir sur le « votre. — Bon. C'est à celui-là qu'il faut t'a- « dresser. »
L'homme à l'emplâtre étoit un vieux lieutenant de grenadiers, qu'un e'clat d'obus avoit glorieusement éborgné à la bataille de Minden, et qui marchoit péniblement, accablé sous le poids des années et des lauriers. « Monsieur , in- « di(juez-moi votre oculiste. — - C'est le chirur- « gien major du régiment. — Sa demeure ? — « A Besançon, au pavillon des officiers. — A « qui donc m'adresserai-je pour faire panser « mon œil? — Vous y avez mal? — Il est crevé. « — Et par quelle aventure... — Je viens de u recevoir un coup d'épée... — Celui qui vous « l'a donné est un maladroit ; vous deviez le « recevoir au travers du corps. — Ce seroit bien « pis vraiment. — Ecoutez , il n'y a pas d'ocu- « liste qui raccommode un œil crevé. Mettezi< moi là-dessus une compresse d'eau et de bran*
« de-vin; vous la lèverez dans huit jours, et si « vous êtes défiguré , vous ferez comme moi , « vous porterez un emplâtre. J'aime les braves « gens et je vous offre mes services. Si vous « voulez , je vous mettrai le premier appareil. « — Monsieur... vous êtes bien bon. — Fouette, (( cocher. »
On arrive chez Robert. Le lieutenant émerveille' regarde autour de lui. « Corbleu, je n'ai « jamais ru de chambre de caserne meublée « comme cela... Laquais , de l'eau de vie... On tf peut se consoler de la perte d'un œil et d'un « bras , lorsqu'on a le nécessaire et même le « le superflu. Laquais , une chemise et des ci- « seaux... Je suis brave comme Bélisaire , célèbre « et gueux comme lui.... Diable, vous êtes fort « heureux que le coup ait pris de biais. Vous
« étiez mort, s'il fut entré droit Soldat en
« 17 10, caporal en 1720, sergent en 1730, « sous-lieutenant en 1737, lieutenant en 1750, « chargé de dix-sept blessures, je viens sollicî- « ter une compagnie qu'on me refuse, par ce « qu'on prétend que je ne peux plus marcher , « et qu'il est indispensable qu'un fantassin ait « des jambes. — On vous la refuse ! c'est une M indignité, une infamie! je vous la ferai avoir, « — Bah ! — Et vous la commanderez à chevaL u — Ce n'est pas l'usage. — L'usage est fait pour « le mépris du sage. — Ma foi , vous avez rai- M son. Vous avez donc des protecteurs, ou vous
« protégez vous-même ? — J'ai dans ma manche If un premier commis des bureaux de la guerre, « dont j'ai richement marié le frère. En atteni< dant le succès de mes de'marches, vous reste- « rez ici. — Je le veux bien. — Je vais mener « une vie retire'e, vous partagerez ma solitude. « Hé , quel plus noble emploi peut-on faire de « son opulence et de son crédit que de les con- « sacrer au mérite indigent? II est bien plus (f satisfaisant de secourir un brave homme qu'où « a sans cesse auprès de soi , de jouir du bien « qu'on lui fait et de sa reconnoissance, que de « s'occuper des propositions d'Euclide, auquel « pourtant je ne renonce pas. Je vais donc goû- « ter un plaisir nouveau et acquérir la vérita- « ble gloire , celle dont rien n'altère les charmes, « parce qu'elle a sa source dans le cœur. Dites- « moi, Monsieur, êtes-vous mathématicien? «» — Non , Monsieur, je suis Artésien. — Mon- « sieur , les mathématiques sont l'art de juger « les choses d'après de sûres démonstrations. « Elles ont pour objet l'étendue, les nombres... " — Et à quoi tout cela est-il bon? — Comment <c vous ne sentez pas l'avantage de savoir à « quelle distance nous sommes du soleil.... ? — « Il me suffit qu'il m'échauffe et m'éclaire. — « De savoir combien de temps mettroit à y arri- « ver un boulet de canon qui ne perdroit rien « de sa vitesse? — Hé, Monsieur, que vous « importe cela? Jouissez du peu de momens qui
« TOUS restent. Les plaisirs qui" vous appartien— <' neiit., sont sur la terre, sous votre main, et « non dans le soleiJ. Cherchez le bonheur oîi « la nature l'a mis pour vous. — Vous ne con- " cevez pas encore la sublimité des choses que «I nous apprendrons ensemble 5 mais quand nous «< aurons vaincu les premières difFiciiltés.... — « Je n'ai pas même envie de les combattre. — ■ « Vous voulez donc rester ignoraiit ? — Et « heureux. Jeune, j'ai fait l'amour, et il m'ciloit « beaucoup plus utile de savoir à quellehauteur « étoit la croisée de ma maîtresse , que de cou- « noître celle des astres , avec qui je n'ai aucun « rapport. Vieux , j'ai quitté les femmes pour i( un ami toujours constant, toujours sûr. C'est « lui qui fait disparoître les distances, qui me « présente les personnes dont j'ai besoin. Je leur «« parle, elles me répondent, et ce qu'il y a de «< commode^ elles répondent ce que je veux , « elles font ce qui me plaît. Cet ami me console « de l'indifférence des belles, que j'aime tou- « jours. Il me fait oublier les douleurs cuisante» <( qui me tourmentent quelquefois. Il me fait « rire de l'injustice , de la dureté des hommes; « il m'élève au-dessus de moi-même ; il me « change en un homme nouveau ; il me rend « l'audace qui fait entreprendre; il m'inspire la « confiance présage des succès. Je lui dois pence dant quelques heures les faveurs de la beauté, « la bâton de jnarc'chal , le trône de France y
( 2^-3 ) « celui de l'univers. Je me réveille j'en conu viens ; mais mon ami est toujours là, et je lui « dois bientôt de nouveaux rêves et une nou- (( velle /éiicité. Vive le vin , buvons, et s'il « faut nous casser la tête , que ce soit avec du M Bourgogne, et non avec des chilîres. Les bu- « veurs d'eau nous dédaignent, nous dénigrent « en faisant tristement l'éloge de la sobriété. • « Fermes sur leurs jambes, ile se croient très- « supérieurs à celui qui chancelle j mais leur <{ tête est constamment vide , et celle de l'ami « du vin toujours riche en idées plus ou moins « riantes. — Ma foi , Monsieur le lieutenant , « je crois que vous avez raison. — Laquais, «< apportez bouteille , et du meilleur. — Oh , M quels projets je vais faire , quand je serai en « pointe de gaieté ! — Des projets , Monsieur ! « des réalités. A vous. — A nous. — Il est bon. H Vous en reste-t-il beaucoup de celte qualité- V là? — Environ cinq cents bouteilles.— Nou« « en avoiîs pour un mois. Buvons. »
Ces messieurs boivent tête à tête, et parlent peu d'aboid : le lieuteuant n'étoit pas liche eu idées, et il ne s'échaufFoit que lorsqu'il parluit de son ami , ou qu'il éprouvoit sa puissance. Bientôt une douce chaleur circula dans ses veines ; Robert éfoit plus jeune , mais il avoit besoin d'habitude , ainsi le thermomètre des deux cerveaux étoil toujours au même degré. A lifc seconde , à la troisième bouteille, les têles
consmenct'ieut à s'exalter. Le lieutenant, eu furaaiit sa pipe, elencrachantsur les tisons, dit: « ils me refusent une compagnie, les ingrats ! « •— Une compagnie , qu'est-ce cela ! Il faut « arriver en vingt- quatre heures aux premiers «' grades de l'armée. — Et comment, monsieur « le manchot ? — Les Anglais nous battent « dans les quatre parties du monde. Ils rui- <( nent notre commerce , et je fais disparoître « en un clin d'oeil les Anglais et l'Angleterre. « — Oh, oh! — Oui , Monsieur, et je ne de- «' mande pour cela que dix compagnies de mi- « neurs. — Et qu'en faites - vous ? — J'enterre « mes mineurs à Calais ; je conduis le boyau « sous la mer; je le pousse jusqu'à Londres, « oîi j'établis ma chambre de mine. — Diable ! « à votre santé. — J'y fais rouler cinq cents
« milliards de poudre, et pan — Pan, c'est
M cela. — Il ne reste de cette fière Angleterre, « que ce que nous conservons de Tyr et de « Cartilage, le souvenir. — Le grand, le beau, « le sublirue projet! je voudrois l'avoir trouvé. « — Soyez tranquille, je travaille pour votre « compte. C'est vous qui faites sauter l'Angle- « terre. — U me semble pourtant entrevoir un « obstacle.... — Un obstacle! il n'y en a pas. « — Que ferez-vous de la terre qu'on tirera de u votre boyau ? — Je la fais porter sur la falaise « du Blané; j'y élève une montagne, autour « de laquelle j'établis \ingt batteries en éche-
« Ions de mille pièces de canon chacune. Cha-
^'. que canon a trois cents pieds de long et porte
« un boulet de douze cents pesant. — Oh^ cher
« manchot, des canons de trois cents pieds de
« long ! Comment les coulerez-vous? — Je ne
« les coulerai pasj je les ferai tailler dans la
« mine, — Ah! c'est différent. Buvons. Voyons
« maintenant ce que vous ferez de votre mon-
« tagne et de vos canons. — Je protège toutes
« les côtes de France? — Ah, ah, ah! hé,
« peut-il y avoir une montagne d'où l'on voie
« toutes les côtes de France? — 11 y en a bien
« une d'où l'esprit malin fit voir à notre divin
« maître, tous les royaumes de la terre. Pour-
« quoi ne ferois-je pas la mienne aussi haute
« que celle-là ? — Hé, oui, oui j je me rappelle
« cette montagne : on m'en a parlé, quand
« j'étois petit garçon. Après? — Comme il faut
« joindre l'agréable à l'utile, je bâtis sur la
« cime de ma montagne.... — De notre mon-
« tagne, puisque vous travaillez pour moi. —
« Vous avez raison. Je bâtis sur la cime de
« notre montagne un palais que nous habile-
-<( rons tous deux. — A merveille. — Nous y
« respirons un air pur. — Et nous y buvons
« sans craindre d'être dérangés par personne.
•« — Il ne faut pas qu'on nous d'irange ; mais
« il faut au moins voir quelqu'un. — A la bonne
« heure. Nous recevrons ceux qui viendront
u nous rendre leurs hommages. — Et nous rc"
lO.
« tiendrons celles qui nous conviendionf. Eu- « vons, lieutenant. —Tope, manchot. ÎVJais « comment les nourrirons -nous? — Je peuple « le haut de ma montagne.... — De notre mon- « tagne. — Hé^ oui, c'est convenu. — De quoi « la peuplez-vous? — Hé ^parbleu, de chèvres. « On mange les chevreaux; on boit le lait des « mères.... — Je n'aime pas le lait; j'en fais du « fromage. — Je n'aime pas le fromage. — Il « fait trouver le vin bon. — Je ne veux pas de « fromage. — Je ne veux pas de lait. Buvons, « Monsieur le manchot, et ne disputons pas. i< — Soit. Renonçons aux chèvres, et peuplons- « de lapins la base de la montagne. — Et nos « caves? oîi les mettrez -vous? D'ailleurs je « n'aime pas le civet. — Moi, je l'aime beau- A coup. — Pas de lapins. — Pas de fromage. « ' — Je veux du fromage. — Je veux des lat'. pins. — Vous n'en aurez pas. — J'en aurai. * — Non, par la sambleu , corbleu , ventrebleu , « vous n'en aurez pas. — Vous êtes un imper- " tinent. — Vous êtes un sot. — Un faquin. — « Si vous ajoutez un mot , je vous fais sauter « de la montagne dans la mer. » En disant cela, le lieutenant, qui a deux bras, saisit Robert , à qui il n'en reste qu'un. Il ne le jette pas dans la mer, mais il l'envoie donner de la tcte dans une glace qui tombe avec autant de fracas que celle de madame de Chamferlin. Le doDûCbliquç de Robert arrive et wut séparer
l«s assaillans. « Ah, tu as des auxiliaires, s'écrie 1- le lieutenant. Aie voilà dans la posiiiou du « maréchal de Saxe combattant Cumberland (• et Waideck et les rossant tous les deux. Pan, « pan, et pan. »
Au premier pan , il renverse une commode sur les jambes du domestique. Le domestique saute et retombe sur les débris du marbre et du meuble. Au second pan , il culbute un secrétaire qu'il met en pièces. Au troiiicme, il réduit en poudre un cabaret de porcelaine. Robert et son domestique ne s'occupent qu'à sauter, et nullement à se défendre. Le lieutenant se retranche derrière les débris des meubles et de là, il lance en manière de bombes , bouteilles vides , bouteilles pleines, grands et petits verres. Il casse une seconde glace ; il coupe le cordon d''un lustre de cristal j des éclats volent de toutes parts. Le domestique a perdu le bout du nez. Le maître a celui d'une oreille fendue. Ivre, et bientôt excédé de cet exercice violent, il va tomber dans un coin, oîi il s'endort profondément en répétant : des lapins et point de fromage.
Le domestique ne pense qu'à faire retraite . mais il a affaire à un tacticien qui a déjà coupé le chemin de la porte. Forcé de se défendre, le malheureux -valet fait un dernier effort. Il jette à la. tête du lieutenant matelas], couvertures 3 chaises, fauteuils, pendule, pelles, pincettes;
et, nouvel Encelade, celui qui crojoit élever (les montagnes est enseveli sous celle-ci. Un calme profond succède à ce terrible orage Le valet s'esquive , va se coucher , et revient le lendemain sur le champ de bataille pour dépouiller et enlever les morts, ou pour panser les blessés.
« Oii suis-je, disoit Robert, en étendant les « bras? Qui parle là-bas, dit le lieutenant < d'une voix rauque? — J'ai un mal de tête " affreux. — J'ai fait une nuit excellente. Al- " Ions, reprit le valet, il n'y a personne de *' mort: j'hériterai un autre jour. »
., Pvobert étoit de bout, et il regardoit les débris confondus de ses meubles avec stupéfaction et terreur. « Baptiste, qu'est-ce que cela « signifie ? — Je n'en sais rien, monsieur. — « Comment, maraud, tu n'en sais rien! — « Non, monsieur j j'ai vu le lieutenant tout «' renverser, tout briser, nous jeter tout à la « tête... — Tu as vu cela ? — Oui, monsieur j « mais j'ignore l'à-propos... Je me rappelle « pourtant qu'il étoit question d'un lapin et « d'un morceau de fromage. — Quel conte , « tu me fais là ? c'est pour de semblables niai- « séries que mon appartement est bouleversé ? « — Et que vous êtes blessé à l'oreille, et o moi au bout du nez. »
Robert porte la main à son oreille, et y trouve un caillot de sang. « Monsieur l'officier,
« boire mon vin , briser mes meubles et me blés-
« ser , c'est trop fort. Qui a pu vous porter à
« de semblables violences? — Ma foi, je ne
« m'en souviens pas. D'ailleurs, je suis sans ran-
« cane. Buvons et oublions le passé. — Je ne
« bois plus, M. le lieutenant. Votre ami dont
« vous faisiez un éloge si magnifique , est uu
u traître qui ne fait faire que des sottises : en
« voilà assez , et vous allez avoir la bonté de
« vous retirer. — Non pas , mon camarade j
<< vous m'avez proposé le logement , et je l'ai
« accepté. Vous m'avez offert votre vin et je
« ne sortirai pas d'ici que les 5oo bouteilles
« ne soient bues. — Mais , monsieur , avant
« que vous ajiez fini mon vin, il ne me restera
« plus un meuble. — A cet égard-là, monsieur,
« le plus fort est fait. Jetons par la fenêtre
« éclats et tessons ; un coup de balai après
H cela , il n'y paroîtra plus. — Et il n'y aura
« ici que les quatre murs. — Il n^en faut pas
« davantage à un franc buveur. — Monsieur ,
<« je me suis expliqué. — Laquais, du vin. —
« Voulez-vous bien vous conformer à mes vo-
« lontés ? — Du vin , laquais. — Je vais en-
« voyer chercher la garde. — Je suis en mesure. «
Et le lieutenant jouoit de sa colicliemarde ,
comme d'un bâton à deux bouts. La lame tourne
autour de lui , menace alternativeuient Robert
et Baptiste, et brise deux vases de porcelaine^
tiisles restes de ceux qui décoroicut la cheminée.
Le iDaîlreel le valet sortent prëcipîtammenlV ferment sur eux la porte à double tour , et vont chercher main-forte. Le lieutenant se voit pris eomme un loup clans un piège , et malgré sa eolère et sa valeur , il réfléchit que ce n'est pas en battant des bourgeois, et en pulve'risant tout chez eux , qu'on obtient une compagnie. Il juge que ce qu'il a de mieux à faire est de se dispenser de décliner son nom. Il ouvre la. eroisëe: il est à un troisième étage. Les draps du lit, attachés bout à bout , ne descendent qu^au premier. Le lieutenant arrache, déchire les rideaux des croisées et du lit. Son épée dans les dents , il se laisse couler dans la cour. Le portier refuse de tirer le cordon; le lieutenant lui taillade la figure , ouvre la porte et file le long des maisons. Son emplâtre est tombé. L'orbile d'un œil vide , celui qui reste égaré, troublé, poché; la figure, les mains, les cheveux, les habits barbouillés de plâtre, de boue, fixent tous les yeux. Le lieutenant regarde les passans d'un air si déterminé qu'il leur fait baisser la vue, et que malgré la mauvaise opinion qu'on a de lui , personne n'ose l'inquiéter dans sa retraite.
Robert reparoît avec une force imposante. Son prisonnier est parti, c'est tout ce qu'il désire. Mais la frayeur a glacé le portier; elle a dénoué la langue d'un petit garçon qui bégayoit depuis sa naissance; la portière eiiea tue
tète et va accoucher avant terme. Le locatairedu premier , réduit aux laxatifs , inonde son lit et le parquet. Un chantre qui loge à l'entresol crie au miracle et jure que Dieu , dans sa colère , fait pleuvoir... de ce qu'il ordonna au prophète Osée de manger sur son pain. C'est un vacarme à ne plus s'entendre. Les soldats se répandent dans toute la maison. L'un présente sa bouteille empaillée au portier ; l'autre le pan de son habit à sa femme. Celui-là propose un bouchon à l'habitant du premier; celui-ci vide la fontaine sur le corps du chantre. Le petit bègue est partout, furette partout, et partout prend quelque chose avec les meilleures intentions: du vin et du sucre pour sa mère ; du linge pour la layette du petit frère ; une redingotte pour vêtir son père; de l'argent pour pa yer les façons. Le petit bègue étoit bien élevé ; et prévoyant surtout. La garde prie Robert de lui abandonner les lambeaux et les débris qui couvrent son plancher, et tout est enlevé avant qu^il ait répondu^ Avant qu'il se soit reconnu, tout est •vendu au miroitier , au marbrier , à l'ébéniste , qui convertissent les glaces en petits miroirs , la commode en chiffonnière, qui vendent cher, qui achètent bon marché , mais qui donnent rependant au soldat brocanteur de quoi boire le rogome , ce qui fait que chacun vit , que chacun est content.
Robert avoitsur le cœur l'incartade du lieu-
( 23î ) tenant. «Un homme, disoit-il ^ que je ne con- « nois pas , dont je ne saisseulement pas le nom , « que je trouve dans la l'ue, à qui je m^intéresse «' à Paspect de ses infirmités^ et au re'cil de ses « campagnes , à qui je promets une compagnie , « qu'en attendant je retire chez moi, en faveur « de qui je renonce à l'étude des mathémali- « ques,parqui je me laisse persuader que 1,'i- « vrognerie est le goût par excellence, et qui « n'a pas plus tôt bu trois ou quatre bouteilles de « mon vin qu'il met tout en combustion chez « moi , qu'il me bombarde et me tire aux oreil- « les. Monsieur , reprenoit Baptiste, si vous « retirez chez vous tous ceux qui vous feront des « contes dans la rue, votre maison sera bien- « tôt un repaire que la police fera raser. — Que « veux -tu, Baptiste, je suis bon , moi j mais je « crois qu'en général l'homme naît méchant. — « Ma foi , Monsieur , je ne sais pas ce qu'il est en « naissant; mais je n'en ai pas connu qui en mou- « rant n'ait eu besoin d'une bonne et ample ab- « solution. — Baptiste? — Monsieur? — Amour « aux bons , haine aux médians. — Haine a « tout le monde , donc. — Ah , Baptiste , Bap- « tiste ! — Oui, Monsieur, à commencer par « -vous. — Insolent! — Ne vous fâchez pas, et « laissez-moi finir. Vous êtes bon, dites-vous. « Vous vous flattez que c'est par amour pour « l'humanité que vous avez promis une com- « pagnie au lieutenant; que vous l'avez pris
( 233 ) « chez vous : ce n'est pas cela. Vous avez été « bien aise de prouver que vous êtes en crédit, (( et votre orgueil étoit flatté de secourir uu H homme que le Gouvernement laisse dans l'ou- « bli. — Tu pourrois bien avoir raison, Baptiste. H Mais lu conviendras aussi que si je ne suis pas ic bon, lelieutenantest un vaurien. — Oh, d'ac- « cord, — Qu'il peut venir s'installer encore « ici , et opposer à des raisons un argument qui « m'en a toujours imposé ^ la pointe de sa flan>- « berge : je confesse que je ne me bats que lors- « que je ne peux absolument m'en dispenser. Je « vais en conséquence trouver mon premier « commis de la guerre, et au lieu de lui de- « mander une compagnie, je le presserai de « renvoyer le lieutenant à sa garnison. —Et « vous ferez bien , Monsieur. »
Robert court au ministère de la guerre et détaille ses sujets de plainte contre un homme qu'il ne conuoît. » Monsieur, lui dit son pre- « mier commis, si on écoutoit tout le monde, « il n'y auroit dans l'armée que des maréchaux « de France, et nous n'avons pas un officier (c qui ne crie partout qu'il n'est pas à sa place. « Celui que vous avez recueilli est un des plus « mauvais sujets que je connoisse, carie détail « de ses services m'indique le père Balan. Sim- « pie soldat pendant dix ans, parce qu'il cas- « soit des vitres, battoit le bourgeois, et tuoit « un camarade par semaine; caporal pendant
w dix autres années , parce qu'il mangeait le « prêt et mettoit sa chambrée à la dicte; sous- (i lieutenant après vingt-sept ans de service^ « parce que son colonel , cerveau brûlé comme « lui, le prote'geoit^ et que d'ailleurs Balan est « un brave homme; nul dans ce nouveau grade, « et parvenu à la lieutenance, je ne sais com- « ment, Balan, qui dcvroit s'estimer fort licu- « reux , intrigue, cabale, et il est de ces êtres « dont il n'est pas permis de s'occuper. Que ga- « gne-t-on à protéger des gens obscurs? Rien du « côtédela conside'ration; moins encore du côté « de la fortune. Recommandez-moi de ces honi- « mes qu'on se fait honneur d'avouer et d'avanu cer rapidement, qui à temps de service égal « attendroient sous un concurrent préféré ur^ « avancement tardif et même iucertaiu , et qvii «' savent reconuoître un service autrement « que par des phrases. Je vous indiquerai des « soilicitans qui parlent trop, qui n'agissent M pas assez, qui oublient enfin qu'ils ont une « bourse et des mains pour l'ouvrir. Vous leur « ferez entendre raison. — Vous comptez doiic « m'associer.... — Tant vaut l'iiomme^tant vaut « la [)lace. J'entends, comme un autre, tirer « parti de la mienne ; comme un autre aussi je a veux ménager les apparences. Vous êtes ré- « pandu, intelligent; soyez mon courtier, « nous partagerons les honoraires, et crojez- « moi ; ]'tulo,mcc ; Ticho-Brahé ; Coj^yniic ^
( 235 ) « Descartes, les logarithmes et les astres nepeœu vent entrer en comparaison avec les commo- « dites de la vie. »
Auri sacra famés ! à la seule idée de l'or , Robert ouvre des oreilles attentives ; il oublie ce qu'il lui en a coûté pour avoir fait un Journal et des mariages ; il renonce aux sciences exactes et à une vie tranquille ; il se décide à faire commerce de compagnies , de régimcns , de lieutenances du roi. Il ne dése=père pas de devenir enfin propriétaire d'une aussi belle terre que celle du surintendant Fouquet, parce que l'impôt dont le produit est le plus incalculable, et dont on parle le moins, est celui qu'on love sur la vanité humaine.
Déjà il avoit fait un colonel d'un joli chanteur , qui avoit pour concurrent un ancien officier plein de valeur et de mérite , mais qm n'avoit pas mille louis à donner aux associés. Un maréchal de camp de sa façon l'avoit emporté sur un colonel qui s'étoit distingué partout , mais qui ne savoit pas jouer la comédie, et le commandement d'une place importante devoit être accordé à un homme qui dansoil avec une rare perfection. 11 fut un temps oii la musique , la danse et la déclamation tenoient lieu de qualités auprès des femmes , et où les femmes raenoient tout , faisoient tout , excepté ce qu'elles dévoient faire. Les maîtres de déclamation, de danse et de musique devinrent tout
( ^36) à coup des personnages. Ils portèrent le linge le plus fin, les e'tofïes les plus belles; ils dédaignèrent de fouler le pavé, ils furent admis aux meilleures tables, et on ne les reconnut plus qu'à leur ton d'impudence.
Robert avoit toujours l'adresse de mettre une femme à la tête de chaque affaire. Il les choisissoit jolies, spirituelles, actives surtout, et alors onnepouvoit rien refuser à ces fenimes-làv
Les jeunes officiers abandonnoient l'étude de leur art pour apprendre à faire un rigaudon , à filer un son , et à répéter avec charme quelques vers de l'abbé de Bernis à une protectrice, qui écoutoit de son ottomane , et qui variant ses positions d'après les tableaux du galant abbé , disoit en rougissant, en soupirant et à demi- Toix : comment n'a-t-on pas une compagnie quand on dit aussi-bien? Le lecteur, qui n'étoit ni aveugle , ni sourd ^ laissoit tomber le livre... et le lendemain M. le duc demandoitla compagnie , qu'il pajoit par les mains de madame à messieurs les associés. Aujourd'hui les femmes ont les bon esprit de n'apprécier des bagatelles qu'à leur juste valeur; elles cultivent leur entendement, leur raison; elles vivent au sein de leurs ménages ; elles dirigent l'éducation de leurs enfans; elles sont fidèles à leurs maris.
Cependant , ces promotions bizarres et multipliées causoientdu mécontentement dans l'armée, et justifioient des murmures Un officier
( ^37 ) respectable, soumis à l'autorité, mais confiant en la justice de sa cause , sollicitant sans bassesse, mais avec perse've'rance et fermeté , arriva à Paris , déterminé à demander hautement le prix de ses belles actions. Jusqu'à quand , dit-il à l'ami de Robert , des sauteurs l'emporteront-ils sur de véritables soldats? Est-ce avec des gambades qu'on a gagné la bataille de Lawfelt, qu-'on a pris Berg-op-Zoom et I\Iinorque? Ces lieux sont teints de mon sang : voilà l'état de mes services ; je vous somme de le mettre sous les yeux du ministre , et de me rendre ce qu'il vous aura dit.
Le premier commis fut intimidé. Cet officier, ïié d'un artisan, étoit[ arvenu de grade en grade à celui de lieutenant-colonel, sans autre appui que son mérite. Il avoit eu à surmonter le préjugé attaché alors à la roture, et les obstacles qui en étoient la suite inévitable. Il avoit tout ■vaincu; il étoit personnellement connu du roi, qui Pestimoit : cet homme enfin étoit le brave Chevert.
On ne trompe pas impunément un officier de ce caractère. Le premier commis, qui préféroit l'or à son devoir, osa cependant en former le projet. Un régiment étoit sans chef; le fils d'un homme puissamment riche faisoit des oiFres brillantes; les intéressés ne pouvoient se décider à laisser échapper cette occasion. Ils conféroient dans un arrière-cabinet sur les moyens
( 238 ) "^'écarter Chevert, lorsque celui-ci rentra dans les bureaux. Il entendit prononcer son nom dans la pièce voisine; il prêta l'oreille; il découvrit ce qui se traraoit contre lui. Jeune et vif encore, il céda à un premier mouvement de colère; il entra dans l'arrière-cabinet, et tomba à grands coups de canne sur les marchands de regimens. Il passa de là chez le ministre, avoua son emportement, mais précisa des faits dont la vérification éloit facile. Le premier commis fut chassé , le ministre pardonna un acte de violence que la circonstance rendoit excusable; il se fît un honneur d'appuyer la demande d'un excellent ofïlcier : Chevert eut le régiment.
Robert qui se rappeloit comment bâlonnent les habitans de Brive-la-Gaillarde, s'étoit esquivé dès les premiers coups, et sa précipitation même lui étoit devenue fatale. Il avoit pris un escalier pour un autre, et s^étoit trouvé dans une avant-cour , fermée par une grille de fer à hauteur d'appui. Poussé par la crainte , et croyant toujours avoir Tofficier derrière lui, Jl avoit essayé de la franchir; mais il ne sautoit pas comme les colonels qu'il avoit faits. Il tomba sur les piques qui couronnoient la grille , et y resta accroché par une jambe et une cuisse. Un laquais, qui l'eût achevé, s'il Teût connu, c'étoit celui de Chevert, qui bâilloit en se dandinant, et en attendant son maître, ce laquais
( 2^9 ) lai tendit une main secourable, l'aida à s* traîner jusqu'à un fiacre, et le chirurgien que Laptiste courut chercher décida que les blcssuresn'e'toientpoint dangereuses, inais(jue lehlessé resteroit boiteux , parce qu'il y a\oit un nerf coupé.
u Que je suis malheureux, disoit Robert! u mais pas trop re'pondoit Baptiste. Vous avez « offensé d'iionncles gens, ruiné de légitimes « héritiers, condamné des officiers de mérite à « l'obscurité, et vous avez fait votre fortune, <t oîï d'autres n'eussent gagné que des coups. « — Mais je suis borgne, manchot et boiteux. « — Qu'est-ce que cela fait? vous n'êtes plus « jeune, vous n'êtes plus beau; vous n'avez ja- « mais eu qu'une mauvaise réputation ; vous ne « pouvez être recherché que par votre opu- « lence, et ce moyen de considération, le plus « puissant de tous, vous l'avez à votre dispo- « sition. — Et Tamour, Baptiste, l'amour ? — « Ah , l'amour est fait pour les jeunes gens. Il « faut avoir le bon esprit de renoncer aux fem- « mes, quand on a cessé de leur plaire.— «( C'est bien dur! — Hé^ non. A qnoi vous ont « mené vos mille et une amourettes ? à la perte « du temps et au repentir. Tenez, monsieur, « j'éprouve que l'amour n'est rien quand la « jouissance cesse d'être un besoin, et ce be- « soin- là n'est plus que dans votre tête. Ne « fuites plus de projets : vous n'êtes pas heu-
« reux dans tos conceptions ^ et je ne sais pa» il ce qui vous seroit arrivé si votre premier « commis, n'eût renvoyé Balan à son régi- « ment , et si son expulsion des bureaux ne vous « eût forcé à renoncer au commerce de com- « pagnies et de régimens. Vivez tranquille , « loin du monde qui vous connoît trop, entre « ces livres que vous avez achetés, que vous « n'avezpas ouverts encore, et moi qui ne con- « seille pas trop mal. — Tu veux que je passe « ma vie avec toi! — Et pourquoi pas, mon- « sieur? les circonstances vous ont fait maître « et moi valet : mais nous sommes de la même « pâte. Je vous aime, aimez-moi, et nous se- « tons de niveau. Le monde est plein de Balans « qui vous boiront, qui vous mangeront avec V des formes plus polies, et qui se moqueront « de vous quand vous aurez le dos tourné. — Je « crois que tu as raison , Baptiste. Je prévois « cependant que le genre de vie que tu me pro- « poses de mener sera un peu ennuyeux. — • « Bah, monsieur, qu'est-ce que le plaisir? « du bruit. Quand on s'est fatigué, étourdi, ne « faut- il pas revenir à soi-même? Supposez tous «{ les jours que vous vous êtes amusé la veille, « et vous aurez de plus que les autres la santé, « car on peut très-bien se porter avec un œil , « un bras de moins, et une jambe de quatre « pouces plus courte que l'autre. — Sais-tu que « tu es philosophe , Baptiste ? — Je ne m'en
« doute pas, monsieur. — Tant mieux, mon « ami -. ta philosophie est celle de la raison. « Essayons de vivre ensemble, et si je m'en « trouve bien, j'aurai soins de toi pendant ma « vie et je t'assurerai une existence après ma « mort. — Hé bien, monsieur , voilà qui s'ap- « pelle penser , parler , agir. Je suis tout à vote tre service. »
Un motif secret contribuoit à déterminer Robert. Il pouvoit, dans cette espèce d'association , satisfaire pleinement ce goût de domination naturel à tous les hommes , car il étoit tacitement convenu que Baptiste resteroit chargé des soins, des complaisances, des procédés, que Piobert n'auroit que la peine de commander, et que son avis seroit toujours le meilleur. G'étoit un bon garçon que Baptiste, qui avoit le goût des héritages, et qui étoit capable de se ploj^er à tout pour hériter.