‹ Monsieur de Voltaire, précepteur de Marie CorneilleChapitre 2 sur 7 · MONSIEUR DE VÛLlMKE · texte numérisé non relu

MONSIEUR DE VÛLlMKE

qui est bien étonnant étant donnée la vie de dissipation que je mène, une vie à faire frémir mère Théophanie, tournant tout autour du tripot : étude de rôles, essayages de costumes, répétitions, représentations, etc. L'amour est, à ce que je vois, un sentiment bien déraisonnable. J'aime un Archange que j'ai vu à peu près trois minutes, dont j'ignore le nom, qui ignore le mien, et que je ne reverrai sans doute jamais. A la réflexion, cela me paraissait le fait d'un esprit hors de bon sens. .Mais je viens de lire le Cld d'oncle Corneille. 11 5^ est question d'une Chimène (cette Chimcne dont l'oncle me donne parfois le nom), qui aime Rodrigue, un jeune homme à la vérité tort aimable, puisqu'il est aussi aimé par la fille du roi ; mais elle continue à l'aimer après qu'il a tué son père en duel, ce qui est pis que de manquer de bon sens, car c'est manquer de cœur. Je sais bien qu'elle refuse de l'épouser, mais on voit bien que, au fond, elle ne demande pas mieux d'être contrainte à consentir à ce mariage.

La lecture de cette pièce m'a montré que de

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tous temps, les jeunes filles perdent un peu la tète quand elles sont amoureuses.

Voltaire à M. le comte (VArgental.

23 décembre.

C'est pour le coup que nous rirons aux anges ! Qu'il arrive de plaisantes choses dans la vie! comme tout roule, comme tout s'arrange ! Mes divins anges, si c'est un honnête homme, comme il l'est sans doute, puisqu'il s'est adressé à vous, il n'a qu'à venir, son affaire est faite ; il se trouvera que son marché sera meilleur qu'il n2 croit. Corné lie -Chiffon aura au moins quarante à cinquante mille livres de l'édition de Pierre ; je lui en assure vingt mille ; je lui ai déjà donné une petite rente ; le tout fera un très honnête mariage de province, et le futur aura la meilleure enfant du monde, toujours gaie, toujours douce, et qui saura, si je ne me trompe, gouverner une maison avec noblesse et économie. Nous ne pourrions nous en séparer. Ma-

dame Denis et moi, qu'avec une extrême douleur ; mais je me flatte que le mari fera sa maison de la nôtre.

Malgré tout cela, il m'est impossible d'aimer Héraclius, je vous l'avoue. Est-il possible qu'on applaudisse Héraclius quand on a lu, par exemple, le rôle de Phèdre? Est-ce que les beaux vers ne devraient pas dégoûter des mauvais .- Mais je commente Corneille : oui, qu'il en remercie sa nièce.

Au reste, le iutur doit être convaincu que jamais la future ne fera Héraclius, ni même ne l'entendra ; elle en est extrêmement loin : c'est une bonne enfant ; le futur n'a qu'à venir. Notre embarras sera de bien loger notre nouveau ménalge ; car j'ai fait bâtir un petit château où une jeune fille est fort à son aise, et où monsieur et madame seront un peu à i'étroit. Il serait plaisant que ce capitaine de chevaux fût un philosophe de vingt-quatre ans, qui vînt vivre avec nous et qui sût rester dans sa chambre ! Enfin, j'espère que Dieu bénira cette plaisanterie.

pri';i:eptelk ijE aîakie cortNEiLLF, 173

Marie à Micheline»

27 décembre.

Les anges de l'oncle, Monsieur et .Madame d'Argental, se disent aussi les miens (en quoi i]s se trompent fort), en me pourvoyant d'un nouveau prétendant. La proposition a comblé de joie l'oncle et maman Denis. A leurs premières ouvertures j'ai répondu que je ne voulais pas les quitter. L'oncle a dit que c'était bien ainsi qu'il l'entendait, qu'il nous installerait près de lui, que mon mari, le capitaine (ce monsieur est capitaine, mais il n'est pas encore mon mari, ni, je l'espère, ne le sera jamais), pourrait bien être une bonne recrue pour le tripot, et que, tout moribond qu'il fût, la joie d'être entouré de l'affection de ses deux petits le ferait vivre jusqu'à cent ans.

— Eh ! quel besoin, — lui ai-je reparti, — avez-vous de l'affection de ce diable d'homme que vous n'avez jamais vu.- Xe pouvez-vous

VOUS contenter de celle de votre Cornélie-Chiffon qui vous aime pour deux }

Ah ! je puis bien dire avec l'oncle : quels diables d'anges ! S'aviser de me marier, ne peuvent-ils me laisser vivre en paix.

Voltaire à M. le docteur Bianchi,

5 janvier 1762.

Y a-t-il une meilleure éducation que de faire jouer Auguste à un jeune prince, et Emilie à une jeune princesse ? On apprend en même temps à bien prononcer sa langue et à la bien parler ; l'esprit acquiert des lumières et du goût, le corps acquiert des grâces ; on a du plaisir et on en donne très honnêtement. Si j'ai lait bâtir un théâtre chez moi, c'es.t pour l'éducation de xAlademoiselle Corneille ; c'est un devoir dont je m'acquitte envers la mémoire du grand homme dont elle porte le nom.

Ce qu'il y avait de mieux au collège des jésuites où j'ai été élevé, c'était l'usage de faire

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représenter des pièces par les pensionnaires en

présence de leurs parents.

Marie à Micheline.

12 janvier.

Nous avons joué le Droit da Seigneur : l'oncle faisait le bailli; il a été, comme aux répétitions, à mourir de rire ; il a iallu beaucoup prier maman Denis pour la décider à jouer le rôle de la marâtre Berthe parce qu'elle n'y paraît guère à son avantage ; messieurs de Lauraguais et Cramer et Mademoiselle Pictet jouaient les autres rôles ; pour moi, on a dit que je ne jouais pas, mais que j'étais au naturel Colette. De fait, cette Colette me ressemble comme une sœur. Elle n'est pas moins ignorante que moi :

Qu'est-ce que Charles Quint?

demande-t-elle à son amie Acanthe ; et moi de même je suis toujours à demander qui sont les personnages célèbres dont il est question dans

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les conversations et dans les pièces de mes oncles.

La scène la plus plaisante est celle où je parais devant le bailli pour le supplier de condamner cet infidèle Matliurin^ qui me délaisse pour Acanthe, à m'épouser puisqu'il me l'a promis ; le baillif me demande si j'ai des témoins, je lui réponds :

Moi : point du tout; mon témoin, c'est moi-niême ;

Est-ce qu'on prend des témoins quand on s'aime ?

Et puis, Monsieur, pouvais-je deviner

Que Mathurin osât m'abandonner?

Il me parlait d'amitié, de constance ;

Je l'écoutais, et c'était en présence

De mes moutons, dans son pré, dans le mien.

Ils ont tout vu, mais ils ne disent rien.

Les spectateurs se sont fort divertis et ne nous ont pas ménagé leurs applaudissements. La pièce se termine le mieux du inonde. L'infidèle Mathurin est condamné à épouser Colette, Acanthe épouse le marquis qu'elle aimait sans le savoir. A la réserve près que je sais que j'aime l'Archange, je puis dire avec Acanthe :

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... il est cause Que l'ayant vu je ne puis à présent En aimer d'autre... et c'est un grand tourment.

Voltaire à M. le marquis de Thibouoille, aux Délices.

2G janvier 1762.

On dit que Mademoiselle Dubois n'a pas joué Aticle en fille d'esprit et que Brizard est à la glace : ce n'est pas ainsi que nous jouons la comédie chez nous. Comptez, qu'à tout prendre, notre tripot vaut bien le vôtre. .Mademoiselle Corneille joue Colette comme si elle était l'élève de Mademoiselle Dangeville : c'est une laideron très jolie et très bonne enfant ; j'ai fait en elle la meilleure acquisition du monde. -Monsieur son oncle me fatig'ue un peu; il est bien bavard, bien rhéteur, bien entortillé, et vous présente toujours sa pensée comme une tarte des quatre façons ; cependant, il faut le commenter. Pour moi, je ne me mêle que d'être un très pesant commentateur, beaucoup moins

pour le service de l'oncle que pour celui de la nièce. Entre nous, vive Racine!

Marie à Micheline.

3 février.

Escal ape-Tvonchin est venu m'inoculer; à la vérité j'avais une grande appréhension, mais cette petite opération fi'a pas été aussi douloureuse que je le redoutais, et si cela doit me mettre à l'abri de la petite vérole, je serai bien aise d'avoir souffert un mal si léger pour en éviter un si terrible.

L'oncle a conté que quand Monseigneur le duc d'Orléans avait fait inoculer ses enfants par .M. Tronchin, on disait qu'il avait fait là l'action la plus courageuse qu'on ait vue depuis longtemps. Cela mit M. Tronchin à la mode ; on allait le consulter en fou'e; les carrosses encombraient la rue où il demeurait au point que la circulation était interrompue. Les marchandes de mode inventèrent les bonnets à l'inocu-

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lation, ornés de rubans sur lesquels un semis de petits pois imitait les boutons de la petite vérole.

Je me suis divertie de ces histoires que l'oncle conte d'une manière très plaisante. 11 assure que la gaieté est le meilleur remède contre la maladie. C'est qu'il s'agit pour moi de n'être pas malade. Nous allons rejouer Le Droit du Seigneur devant une nombreuse assemblée ; un bal suivra la représentation ; maman Denis est tout affairée au choix de sa toilette. Aloi, je resterai tout bonnement en Colette ; ce costume de paysanne me va, assure l'oncle, le mieux du monde.

Vollaire à M. le comte d'Aryciital.

8 mars.

Laissez-moi reprendre mes esprits : je n'en peux plus, je sors du bal, ma tête n'est point à moi. Un bal, vieux fou ? un bal dans tes montagnes } et à qui l'as-tu donné .^ aux blaireaux r

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— Non, s'il vous plaît; à très bonne compagnie ; car voici le fait ; nous jouâmes hier le Droit du Seigneur^ et cela sur un théâtre qui est plus joli, plus brillant que le vôtre assurément. Oui, le Droit du Seigneur a enchanté trois cents personnes de tout état et de tout âge, seigneurs et fermiers, dévotes et galantes. On y est venu de Lyon, de Dijon, de Turin. Croiriezvous que Mademoiselle Corneille a enlevé tous les suffrages ? Comme elle était naturelle, vive, gaie ! comme elle était maîtresse du théâtre, tapant du pied quand on la soufflait mal à propos ! Il y a un endroit où le public l'a forcée de répéter. J'ai fait le baillif, et, ne vous déplaise, à faire pouffer de rire. .Muis que (aire de trois cents personnes au milieu des neiges, à minuit que le spectacle a fini .- Il a fallu leur donner à souper à toutes ; ensuite il a fallu les faire danser : c'était une fête assez bien troussée. Je ne comptais que sur cinquante personnes ; mais passons, c'est trop me vanter.

Nous jouons Cassandre dans huit ou dix jours: je vous dirai l'effet. Comptez que nous

PRECEPTEUR DE MARIE CORNEILLE loi

sommes très bons juges, parce que nous sommes la nature pure et éclairée ; fiez-vous à nous.

Marie à Miclieiine.

Les cent mille travaux de l'oncle ne lui font pas négliger le soin de mon éducation. Il trouve que j'ai une jolie voix et est tout réjoui quand je lui chante : C\'st mon bel ami Lubin ou : Je m'en suis allée au bois. 11 vient de faire venir pour moi : Les Eléments de musique de Al. Rameau, simplifiés par M. Dalembert. Il m'a donné un maître de musique, .M. Renelle ; je ne donne guère de satislaction à ce pauvre maître ; je confonds toujours les dièses avec les bémols, et puis, je n'ai pas le temps d'étudier mes exercices. Le tripot nous fait tourner la tête à tous. Nous jouons Cassandre la semaine prochaine ; Cassandre c'est le nouveau titre de cette pièce Olympie que l'oncle fit en six jours et qu'il mit plus de six semaines à raccommo-

der. Toute la maison est sens dessus-dessous ; il laut, pour jouer cette pièce, représenter sur la scène un temple, des autels, un bûcher. J'ai demandé à l'oncle ce qu'il voulait faire de ce bûcher, il m'a répondu :

— Il servira à jeter ma pièce au feu, si elle n'est pas reçue avec transport par les montagnards, mes invités.

Voltaire à M. le marquis de T/iibouville.

14 mars.

Mademoiselle Corneille dit des vers comme son oncle les faisait ; mais, par une singularité malheureuse, elle n'aime guère les vers de Pierre ; elle dit qu'elle n'entend point le raisonner, et qu'elle ne peut jouer que le sentiment ; elle est née actrice comique ; c'est un naturel étonnant. Dieu nous la devait : elle a joué Colette dans le Droit du Seigneur à faire mourir de rire. Je suis trop heureux sur mes vieux jours

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Marie à Micheline.

2 avril.

L'oncle a reçu une nouvelle qui le comble de joie. Sa nièce, .Madame de Fontaine, la sœur de maman Denis, se remarie avec le marquis de Morian. L'oncle taisait souvent l'éloge de cette dame ; il disait qu'elle a de la bonté, de l'esprit, des talents ; qu'elle joue au naturel les rôles comiques, qu'elle peint à ravir. Un jour, maman Denis, un peu impatientée de ces fréquents éloges, dit à l'oncle : « \ oulez-vous que je vous dise : Alarie-Elisabeth vous paraît une perfection parce qu'elle vit loin de vous ; son absence vous fait penser à ses qualités, ma présence à mes défauts ; au fond, ce qui vous plaît en ma sœur, c'est qu'elle est comme vous, laible comme un roseau, qu'elle a le ventre débile et l'estomac capricieux et que vous faites ensemble vos dévotions à Esculape-Tronch'm. »

Maman Denis est jalouse de l'affection de l'oncle ; elle ne la partage volontiers qu'avec

une personne au monde et cette personne c'est moi.

Voltaire à M. Saurin.

17 avril.

J'ai cru, monsieur, que vous ne seriez pas fàc'ié d'apprendre que .Mademoiselle Corneille vient de jouer votre rôle de Julie dans les Mamrs du temps avec un applaudissement unanime. Vous n'aurez jamais d'actrice d'un si beau nom. Je ne puis lui donner une meilleure éducation qu'en lui faisant connaître le monde comme vous l'avez peint.

Votre pièce, d'ailleurs, a été très bien jouée; et Lekain, qui était au nombre des spectateurs, en a été extrêmement content.

Marie à Micheline.

19 avril.

Depuis que M. Lekain est céans, il n'est

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plus question que du tripot. J'étais curieuse de voir ce grand acteur dont j'entendais parler si souvent. Je t'avoue que j'ai été bien déçue ; l'oncle dit qu'il a l'air d'un gros chanoine et qu'il lui fait penser à ces vers d'un certain Al. De s préaux :

Et son corps ramassé dans sa courte grosseur. Fait gémir les coussins sous sa molle épaisseur.

Quand l'oncle l'a entendu dans sa pièce, Tancrède, il est revenu de ce premier jugement et lui a même trouvé une belle figure. 11 est certain qu'il nous a paru, à tous, admirable. Hier il joua Zamore ; l'oncle le trouva plus beau encore et dit qu'il ne croyait pas qu'on pût pousser aussi loin l'art tragique. 11 lui reprocha seulement d'avoir eu quelquefois des silences trop longtf. 11 est vrai qu'il fut mal secondé, ou «peut-être la perfection de son jeu fit paraître médiocre celui de la troupe.

Dans son zèle pour le tripot, l'oncle voudrait nous laire jouer tous les jours ; il a mis en répétition Cassandrc. le Droit du Seifjtieur, Se-

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miramis et l'Ecossaise. On trouve dans tous les coins des gens qui répètent, les yeux au -ciel, les brus étendus ; on n'entend que des : hélas !... Seigneur... barbare... inhumaine...

Voltaire à M, Diiclos.

2 3 avril.

Il faut vous avouer, monsieur, que le théâtre de Ferney a lait un peu de tort à nos commentaires, et que nous avons, pendant quelques jours, abandonné Corneille pour Lekain. Nous avons fait de mademoiselle Corneille une assez bonne actrice, au lieu de travailler à l'édition de son oncle. Le commentateur, les libraires, la nièce de Corneille, la nièce du commentateur, tout cela a joué la comédie. Cela n'a pas pourtant interrompu notre entreprise, mais il y a eu du relâchement.

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Marie à Micheline.

2 5 avril.

J'ai passé la journée aux Délices avec maman Denis; nous avons été voir si tout est en état pour recevoir madame la duchesse d 'Enville et -M. l'archevêque de Rouen qui viennent consulter M. Tronchin, et à qui l'oncle a offert l'hospitalité aux Délices. Maman Denis est aux regrets de ne pouvoir leur fournir le linge, presque tout le linge de la maison ayant été brûlé dans l'incendie qui a éclaté lors de la dernière représentation de Cassaiidre.

J'ai eu une belle peur! Je t'ai dit qu'il y a eu un bûcher sur la scène ; l'oncle tenait beaucoup à son bûcher. Il avait d'abord fait peindre des flammes; mais, trouvant que cela ne sentait pas assez le vrai, il a voulu du feu véritable : les flammes s'élevaient de quatre pieds au-dessus des acteurs; les spectateurs se récriaient d'admiration. Tout à coupon entend : Au feu! au feu! Les flammes avaient gagné

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les décors; tout flambaient. Ce lut un beau tumulte : une bousculade, des cris; enfin l'Incendie fut éteint, non sans peine, après avoir brûlé la lingerie et fort endommagé le théâtre. L'oncle a fait venir aussitôt des ouvriers pour remettre le théâtre en état ; maman Denis gémit sur la perte du linge et dit que cette perte ne sera pas réparée de sitôt.

Voltaire à M. le comte cl' Ar génial.

27 avril.

Je ne peux travailler dans l'état où je suis; à peine puis-je suffire à Pierre Corneille.

Xous avons ici le père de la petite qui vient d'arriver de Cassai pour voir sa fille. Celui-ci ne sera jamais commenté, où je suis le plus trompé du monde...

J'ai une fluxion de poitrine et je cesse tout travail.

Marie à Micheline.

5 juin.

Je dois avoir oublié d'écrire depuis que je n'ai pris la plume en main. J'ai eu, depuis ma dernière îettre, une grande joie et une grande peine. La joie m'est venue de la visite de mon père ; je ne l'avais vu depuis si longtemps ! Je l'ai embrassé de bon cœur, regrettant de ne pouvoir aussi embrasser ma chère mère. Je ne crains pas de t'avouer que j'ai eu le cœur serré de voir m'apparaître en lui ma misère d'autrefois. Je me suis habituée, sans m'en apercevoir, à être traitée comme une fille de bonne maison, à être parée, servie, cajolée, à vivre avec des gens aimables et de bonnes manières. Nous étions, un peu contraints : mon père de me trouver si changée; moi de le retrouver toujours le même. xMais si la douce vie que me fait mener l'oncle m'a changée quant à l'extérieur, je puis dire que mes sentirqents d'attachement pour mes parents sont restés les mù-

mes. J'ai vu partir mon père avec un extrême regret, encore que je ne me sois pas reconnu le droit de chercher à le retenir.

La peine qu2 j'ai éprouvée a été causée par une grave maladie de l'oncle. .M. Tronchin a dit que c'était le tripot qui l'avait mis en cet état; ce travail auquel il s'acharnait lui avait allumé le sang; il souffrait depuis trois mois d'une fièvre lente; mais il continuait à se tuer au tripot. Puis, brusquement, il a été pris d'une violente inflammation de poitrine et d'une fièvre qui l'ont misa la mort. Il a fallu le transporter au s; Délices pour être plus à portée de M. Tronchin. Madame la duchesse d'Enville et M. PArchevêque ont dû s'installer à Genève. Ah ! nous avons passé de tristes jours ! maman Denis pleurait sans relâche; heureusement l'oncle ne voyait pas ses yeux rougis, ne voulant accepter de remèdes que de ma main. J'ai écrit à mère Dosithée pour lui demander de prier pour l'oncle, et je me suis unie de tout mon cœur à ses prières. Enfin, grâce aux prières de mère Dosithée, aux bons soins du plus

que jamais £'sca/a/)e-Tronchin, et, dit l'oncle, à ceux de sa petite C/iiinène, le voilà hors de danger. Mais quel diable d'homme est-ce là! il est encore d'une extrême laiblesse et commence déjà à reparler du tripot.

Voltaire à M . le comte cVArgental.

7 juin.

Permettez-vous que mademoiselle Corneille prenne la liberté de vous adresser cette lettre } M. le comte de La Tour du Pin a pris l'occasion de la mort de son père pour écrire enfin à mademoiselle Corneille, conjointement avec l'abbé de La Tour du Pin. Ils la félicitent, ils l'approuvent d'être chez moi; ils me remercient; ils, lui témoignent beaucoup d'amitié. Elle leur répond comme elle le doit; mais elle ne sait point la demeure de M. de La Tour du Pin, On s'adresse à ses anges dans tous ses embarras.

Marie à Micheline.

7 juin.

Je viens de répondre à une lettre de messieurs de L.a Tour du Pin, me donnant avis ce la mort de leur père. Os L.aTour du Pin sont les cousins de mon père ; ils se sont révélés tels en apprenant que j'allais demeurer chez M. de X'oltaire; ils se sont alors fort déchaînés pour empêcher mon père de donner son consentement à mon départ. Voilà que, à l'occasion de cette mort, ils paraissent se souvenir de moi et me font force amitié. Je leur ai répondu du mieux que j'ai pu, encore que mon cœur ait eu peu de part à ma lettre. L'oncle vient d'être confirmé dans sa charge de gentilhomme de la chambre du roi, et de recevoir une pension de Sa Majesté. Il n'a pas sollicité cette pension et il est bien notoire qu'il n'en a nul besoin. Mes cousins ont sans doute lait réflexion qu'il était honorable pour un membre de leur,.

famille d'être protégée par un homme comblé des faveurs du roi.

Nous avons encore passé des journées d'inquiétude. L'oncle a eu une rechute; c'est une conséquence de sa rage de travail; il n'a pu supporter le lait d'ànesse que lui avait ordonné M. Tronchin. L'oncle et tous les dévots de ce dieu Esculape sont affligés de perdre leur sauveur qui est appelé auprès de monseigneur le duc d'Orléans.

Voltaire à M. Diiclos.

7 juin.

Mademoiselle (>orneille, les frères Cramer, et rfioi, monsieur, nous vous devons des remercîments. Vous trouverez sans doute les commentaires sur Rodogune un peu sévères ; mais il faut dire la vérité. J'ai soin de mettre à la tête et à la fin de chaque commentaire une demi-once d'encens pour (Corneille; mais, dans les renarques, je ne connais personne, je ne

songe qu'à être utile. On dira de mon vivant que je suis fort insolent; mais, après ma mort, on dira que je suis très juste; et, comme je mourrai bientôt, je n'ai rien à craindre.

Marie à Micheline.

17 septembre.

L'oncle va mieux. Il a reçu avec un extrême plaisir la visite du plus cher de ses amis, -M. ïhiériot, qu'il appelle frère Thiériot. Maman Denis dit que ce frère a les plus grandes obligations à l'oncle qui lui a rendu souvent d'importants services et qui vient de lui céder ses droits sur les représentations de : Le droit du Seigneur ; elle assure que c'est l'homme le plus paresseux, le plus insouciant du monde, le plus négligent, aussi bien de ses propres affaires que de celles de ses amis; mais, comme il est fort aimable et charmeur, l'oncle lui passe tout et son amitié pour lui ne s'est jamais refroidie.

11 y a aussi céans un M. Pierre Colas. C'est un jeûne homme dont la famille a eu des malheurs à faire irémir. Le père a été condamné par lé Parlement de Toulouse à être roué vif, accusé d'avoir étranglé un de ses fils qui s'était fait catholique. Le second fils, accusé de complicité a été enfermé dans un couvent ; les deux filles ont été enlevées ; la mère a été aussi accusée de la mort de son fils, puis déclarée innocente et cependant privée de sa dot. Ce pauvre M. Pierre assure que sa famille est aussi innocente qu'infortunée ; l'oncle qui l'a longueguement interrogé est aussi convaincu qu'ils sont victimes d'une horrible injustice. Il remue ciel et terre, écrit mémoires sur mémoires pour faire casser la sentence du Parlement. L'ardeur qu'il porte à cette affaire lui fait oublier le tripot. Il dit qu'il n'a plus le cœur à la comédie tant qu'il n'a pas vu le dénouenjent de cette affreuse tragédie.

Voltaire à M. le comte d'Argental,

14 septembre.

Mes anges, il y a longtemps que j'ai envie de vous écrire sur le philosophe qui veut épouser. Voici l'état des choses. Quand l'extrême protection et la grande considération qu'on me prodiguait, força ma modestie à quitter la France, j'avais des rentes viagères et de l'argent comptant. Je me suis défait de ce dernier embarras en assurait à madame Denis seize mille livres de rentes; j'en ai donné trois à madame de Fontaine; j'en ai assuré quinze cents à mademoiselle Coraeille, et le reste a été englouti en maisons, châteaux, meubles et théâtres. Je ne sais pas encore ce qui reviendra à mademoiselle Corneille de l'édition de Pierre, mais je crois que cela lui formera un fonds d'environ quarante mille livres. Je lui donnerai une petite rente pour ma souscription. 11 ne faut pas se flatter que je puisse davantage. Ne comptons même l'édition de Corneille que

pour trente mille livres, alin de ne pas porter nos espérances trop haut, et de n'être pas obligés de décompter.

Si le philosophe est vraiment philosophe, et veut demeurer avec nous jusqu'à ce que son père lui cède son château, il jouira d'une assez bonne maison; mais qu'il ne croie pas épouser une philosophe lormée. Nous savons lire, écrire, nous apprenons aisément des vers par cœur, et nous ne les récitons pas mal : la santé est très faible; le caractère est doux, gai, caressant; le mot de bonne enfant semble avoir été fait pour elle. J'ai rendu un compte fidèle du spirituel et du temporel, du physique et du moral, et je m'en tiens là en m'en remettant à la Providence.

-Marie à Micheline.

22 octobre.

Tu te plains d'avoir été longtemps sans nouvelles; il faut donc que quelque paquet soit resté par les chemins car je t'écris fort réguliè-

rement; cela arrive souvent aux lettres de l'oncle de s'égarer en route et c'est autrement dommage que pour les miennes.

Je te disais dans la lettre qui ne t'est pas parvenue que ces diables d'anges ont remis le prétendant sur le tapis. L'oncle ne soufflait plus mot du projet, j'espérais qu'il n'en serait plus question et voilà que les anges nous -annoncent sa prochaine arrivée. Il s'appelle M. de Cormont et est capitaine de cavalerie. Qu'ai-je à faire d'un capitaine de cavalerie, moi qui n'ai en tête qu'un cornette de dragons. L'oncle et maman Denis paraissent si heureux de ce projet de mariage que je ne sais comment leur dire que je n'y saurais consentir : la raison de l'archange ne leur paraîtrait pas valable, et, du reste, je n'oserais pas la leur donner. Je suis bien tourmentée.

Voltaire à M. le comte cVArgental.

21 novembre.

Le philosophe épouseur arrivera donc. Nous

requinquerons Cornélie-Chiffon, nous la parerons. Elle prétend qu'elle pourra savoir un peu d'orthog-raphe : c'est déjà quelque chose pour un philosophe. Enfin, nous ferons comme nous pourrons; ces aventures-là s'arrangent toujours d'elles-mêmes : il y a une Providence pour les filles.

Marie à Miclie/ine.

9 décembre.

Ne t'étonne pas de la rareté de mes lettres. Depuis que nous attendons le capitaine envoyé par les anges, maman Denis ne me laisse plus un instant de repos, et ce sont des recommandations sans fin au maître à danser pour ma courbante, au maitre à chanter pour mes couplets : Lirette Liron, au maître de français pour l'orthographe. Sur ce dernier point je crois que j'ai fait des progrès, comme, du reste, tu peux en juger. On me fait une belle robe de taffetas velouté gris violant. Dame Babe me taille des

chemises; maman Denis (ait de la guipure à l'aiguille pour les garair. L'oncle se frotte les mains en disant : « \'oyez comme elle cache bien son jeu, notre Chinièiie ; elle est tout à la joie de la prochaine arrivée de son Rodrigue, et elle n'en laisse rien paraître. »

Ah! oui, je le cache bien, mon jeu; mais ce que je dissimule, ce n'est pas précisément de la joie.

Voltaire à M . le comte d'Argental.

i3 décembre.

O mes anges! l'épouseur est arrivé : c'est un demi-philosophe. 11 n'a rien pour le présent mais il y a quelque apparence qu'il aura mademoiselle Corneille, et que mademoiselle Corneille aura plus que je ne vous avais dit. La terre qui doit revenir au philosophe est dans la Bresse, dans mon voisinage; tout cadre à merveille. Le père ne donnera probablement à son fils que son approbation et peu d'argent ;

on y suppléera comme on pourra. Il est assez plaisant que je marie une nièce de Corneille ; c'est une plaisanterie que j'aime beaucoup.

Le demi-philosophe n'est point efïarouché que la future ait fait peu de progrès dans la musique, dans la danse et autres beaux-arts; il ne danse, ni ne chante, ni ne joue : il est pour la conversation, et il veut penser.

Je pense qu'il conviendrait que M. le duc de Choiseul ne réformât pas la compagnie du futur; il ne faut pas donner ce dégoût à Cinna, ce serait un triste présent de noces ; il est bon d'ailleurs de conserver des officiers qui ne sont pas des petits maîtres.

Marie à Micheline.

i5 décembre.

11 est arrivé ce prétendant, si souhaité par maman Denis, si redouté par moi ; il est arrivé avec un grand diable de laquais et trois misérables chevaux efflanqués. En entrant dans le

salon, maman Denis fut très tâchée de voir que j'avais mis ma vieille robe de taupeline. Après avoir présenté ses hommages à la compagnie, M. de Cor mont m'a entretenu: quelques instants de la rigueur de la saison. Comme l'on passait à table, il m'a dit :

— Si Je savais où vous vous tenez, après le dîner, j'irais vous saluer avant de me retirer.

11 croyait sans doute que je dînais à la cuisine, et n'a pas paru peu ébahi de me voir traitée à table comme la fille de la maison.

Si ce mariage est écrit au ciel, je prie tous les anges et les archanges de le rayer, comme je le raie, moi, dans mon cœur.

Voltaire à M. le comte d'Argental.

i6 décembre.

O mes anges ! vous avez entrepris d'affubler m idemoiselle Corneille du sacrement de mariage. Mon demi-philosophe que vous m'avez dépêché, n'est pas demi-pauvre, il l'est com-

plètement. Son père n'est pas demi-dur, c'est une barre de fer. Il veut donner à son fils mille livres de pension; mais en récompense, il demande que je fasse de très grands avantages ; de sorte que je ne suis pas demi-embarrassé. Je n'ai presque à donner à mademoiselle Corneille que les vingt mille francs que j'ai prêtés à M. de la Marche, qui devraient être hypothéqués sur la terre de la Marche, et sur lesquels M. de la Marche devait s'être mis en règle depuis un an ; au lieu que je n'ai pas même de lui un billet qui soit valable. Cela s'est fait amicalement, et les affaires doivent se traiter régulièrement.

Ces vingt mille francs, donc, quatorze cents livres de rentes déjà assurées, environ quarante mille livres de souscriptions, le marié et la mariée nourris, chaufifés, désaltérés, portés pendant notre vie, c'est là une raison qui n'est pas la raison sans dot; et si un père qui ne donne rien à son fils le philosophe trouve que je ne donne pas assez, vous sentez, mes anges, que 'ce père n'est pas un homme accommodant.

Cependant il faut tâcher de faire réussir une affaire que vous m'avez rendue chère en me la proposant.

Xotre futur a lait noblement son métier de meurtrier, tout comme un autre; puis il me paraît trop philosophe pour aimer beaucoup l'emploi de tuer du monde pour de l'argent ou pour une croix ce Saint Louis. Je le crois très propre aux importantes négociations que nous avons avec la petitissime et très pédantissime république de Genève. Il me semble que si vous vouliez placer à Genève notre futur vous obtiendriez aisément cette grâce de M. le duc de Praslin : rien ne serait plus convenable pour les Genevois et pour moi. et surtout pour madame Denis qui commence à trouver les hivers durs à la campagne au milieu des neiges. Mademoiselle Corneille vous devrait son établissement. Madame Denis et moi nous vous devrions la santé. M. de Cormont vous devrait tout. Voyez, anges bienfaisants, si vous pouvez faire tant de bien. Vous pouvez faire quatre heureux, et c'est la seule manière de célébrer

ce beau sacrement de mariag^j sous vos auspices; sans cela l'inflexible père ne me donnera point son consentement, et voici comment il raisonne : l'argent des souscriptions est peutêtre peu de chose, et l'on ne saura que dans dix-huit mois à quoi s'en tenir. Les quatorze cents livres de rente qui appartiendront à mademoiselle (Corneille ne sont que viagères; elle n'aura donc que mille livres de rentes à stipuler réellement. Notre sacrement est donc hérissé de mille difficultés, et toutes seraient aplanies par l'arrangement que j'imagine. Le sort de mademoiselle Corneille est donc entre les mains de mes anges.

A'. B. Madame Denis et mademoiselle Corneille ne sont pas si contentes qu3 moi du demiphilosophe: elles le trouvent sombre, duriuscule, peu poli, peu complaisant, marchandant et marchandant mal.

Marie à Micheline.

17 décembre.

Je reprends espoir. Maman Denis commence à voir M. de Cormont tel que je le vois moimême, et tu peux croire que je ne lui prête pas une auréole. Ce soir, après la collation, maman Denis avait entrepris de me faire valoir ; elle vantait mes petits talents, ma jolie voix, ma grâce à danser, mes succès dans la comédie. Pendant ce discours le prétendant restait de glace; prenant enfin la parole il a dit rudement.

— On n'a guère à taire de toutes ces frivolités quand on entre en ménage; pour moi, il me suffira que ma femme sache tenir sa maison avec économie. Au reste j'ai fait un Traité sur le mariage où j'ai couché par écrit toutes les qualités que doit avoir une bonne maîtresse de maison.

Et il a tiré le dit Traité de sa poche pour nous en donner lecture.

Maman Denis, piquée, a répondu qu'elle était d'âge à n'avoir plus à apprendre les qualités

PRÉC^PrEUR DE MARIE CORNEILLE 207

d'une bonne maîtresse de maison, et que, en ce qui me concernait, elle n'avait pas laissé à d'autres le soin de me l'apprendre.

Là dessus, elle m'a menée tout droit dans le cabinet de l'oncle et lui a dit que ce prétendant était l'Arnolphede V Ecole des femmes en personne et qu'elle ne consentirait jamais à ce mariage. L'oncle a mal pris la chose, disant que nous nous étions liguées pour contrecarrer un projet qu'il avait à cœur de voir réussir, que, pour lui, il ne trouvait pas ce monsieur de Cormont si ridicule, qu'à la vérité il marchandait un peuâprement mais que c'était sagesse quand il s'agit de mariage.

Comment cela fînira-t-il? Je souhaiterais être, comme devant, sans un sol, bien persuadée que ce serait le meilleur moyen de mettre en fuite ce philosophe.

Voltaire à M. le comte d'Argental.

18 décembre.

Autres considérations présentées à mes anges

au sujet du futur. 11 avait fait un Traité sur le mariage que Madame Denis prétendait ressembler au catéchisme d'Arnolphe dans V Ecole des femmes. Il s'est bien donné de garde de lire ce rabâchage, mais, s'il épouse notre petite, nous lui ieron-^ abjurer son catéchisme par une clause expresse du contrat, et il le brûlera en notre présence. Je crois que de notre demi-philosophe on pourra faire un philosophe complet, en rabotant un peu.

Je persiste à croire qu'on peut en toute sûreté l'employer aux grandes négociations avec la république de Genève. Mes anges, mon idée est divine! mes anges, il plaira beaucoup aux Genevois, car il est sérieux et il raisonne. Figurez-vous, encore une fois combien cette place nous ajusterait. Allons, monsieur le duc de Praslin, faites quelque chose en- faveur de Ciiina et des belles scènes d'Horace et de Pompée. .Mes anges, regardez cette affaire comme la plus digne de vos soins angéliques.

Vous y réussirez, n'est-il pas vrai?' Mon Dieu quel plaisir!

Marie à Micheline.

2S décembre.

Tout au rebours de Colcitc, laquelle brûle d'épouser Matlmrin qui la refuse, je brûle d'être aussi refusée par le philosophe qui se fait si longuement héberger par l'cnzlc, lui, son laquais et ses haridelles de chevaux. Nous ne pensons guère d'accord, en ce moment, l'oncle et moi. 11 a appris que son philosophe a des dettes, de quoi il a été fâché et moi réjouie; il espère qu'il en sera plus coulant sur l'article de ma dot ; moi je pense qu'il n'en deviendra que plus exigeant. Pour tirer la situation au clair, M. de Cormont attend une lettre de son père, laquelle lettre n'arrivant jamais, il s'est, sans plus de. façons, installé céans pour y passer ses quartiers d'hiver. Comment tout cela fînira-t-il ? Je sais bien que l'oncle ne m'obligera pas à l'épouser contre mon gré; mais j'ai dû subir la venue de ce prétendant, l'oncle ne me prenant pas au sérieux quand je dis que je

ne veux pas me marier; il comptait sur 1a bonne grâce de ce philosophe pour me faire changer d'avis, et moi je ne puis lui dire qu'il n'y aurait de bonheur pour moi dans le mariage qu'avec un inaccessible archange. L'oncle ménage en ce prétendant ses diables d'anges qui l'ont envoyé; il dit qu'à son âge et moribond comme il l'est depuis si longtemps, il doit, pour achever son œuvre, assurer mon avenir. ïl m'en coûte. de traverser ses desseins par un refus formel ; voilà pourquoi je voudrais que la rupture vînt du fait de M. de Cormont ; aussi, loin de m'affliger d'apprendre qu'il a des dettes, je voudrais qu'il en eût dix fois autant.

Voltaire à Madame (a comtesse cVArgental.

2 janvier 17G3.

."Madame l'ange.

1° 11 est vrai que j'ai toujours pensé que mes deux anges favorisaient beaucoup mon demiphilosophe. Comment ne l'aurais-je pas cru,

PRECEPTEl R DE .MARIE CORNEILLE 211

puisque mes deux anges me l'ont proposé?

Ce qui nous peut intriguer un peu, c'est que votre capitaine a fait confidence de son dessein coquet à .Micault, son compatriote, neveu de Montmartel qui est à Genève, au nombre des patients de Tronchin. M. Micault en a parlé en secret à une dame qui se porte bien, laquelle l'a redit en secret à une autre dame discrète ; de sorte que notre secret est public, et que si le mariage n.anque, la longue cohabitation dans le même château pourra faire grand tort à notre enfant, qui est bien loin de mériter ce tort, et qui est digne assurément de l'estime et de l'amitié de tous ceux qui la connaissent. Elle raisonne sur tout cela et fort sensément ; elle se conduit avec sagesse. Je n'ai point connu de plus aimable naturel et de plus digne de votre protection. ^

Ce futur, comme je l'ai déjà dit, n'a rien. Je me trompe, il a des dettes, et ces dettes étaient inévitables à l'armée. Je le crois honnête homme; j'espère qu'il se conduira très bien. -Mais, encore une fois, il n'a que des dettes, une

compagnie qui sera probablement réformée, un père et une mère qui ont Fair de ne laisser de longtemps kur mort à pleurer à leur philosophe, qui se sont donné mutuellement leurs biens par contrat de mariage, et qui ont une fille qu'ils aiment :

Voilà, belle Emilie, à quel point nous en sommes.

2'' Vous pensez bien que je souhaite que l'édition de Pierre vaille beaucoup à .Marie. .Mais, si nous avons compté sur tous les beaux seigneurs français qui ont donné leurs noms, nous sommes un peu loin de compte : la plupart n'ont rien payé ; quelques-uns ont payé pour un exemplaire après avoir souscrit pour cinq ou six.

3° J'ai toujours bien entendu qu'on ferait, sur le produit, une pension au père et à la mère, et cette pension sera plus ou moins forte selon la recette. Si .Alademoiselle Corneille a quarante mille trancs de cette affaire, i! laudraj remercier sa destinée ; si la somme est plus forte, il taudra bénir Dieu encore davantage. Nous

PRÉ.CEPTEUR DE MARIE CORNEILLE 2l3

avons déjà donné soixante louis au père et à la mère. Les frais sont grands, la recette médiocre.

Marie à Micheline

4 janvier 1763.

Dans la maison de ma mère nous travaillions tous durement pour g-agner notre vie ; ici tout le monde travaille non moins durement pour se divertir. L'oncle veut donner à M. le duc de \'illars qui est à Genève une représentation de Tancrède. Nous nous sommes mis à confectionner desfcasques, des cuirasses en papier doré, des banderoles, des devises. Les pots à colle encombrent toute la maison. L'oncle prend une peine infinie pendant les répétitions; il fait répéter jusqu'à dix fois un geste, une intonation. Je suis sûre que le jour de la représentation il nous donnera encore la comédie comme il nous la donnait quand nous jouions Olyinpie. Lui qui était si fort en colère contre les petits

maîtres qui encombraient la scène de la comédie, il se plaçait soi-disant dans la coulisse, puis, peu à peu, il avançait sur la scène et finissait par se trouver mêlé aux acteurs qu'il encourageait ou morigénait. 11 avait renoncé à jouer le rôle du grand prêtre, alléguant sa fatigue, et il se fatiguait doublement jouant pour ainsi dire tous les rôles à la fois.

Et du philosophe, pas un mot ? te demandestu en lisant ces lignes; a-t-il levé le camp.^ Que non pas! Il est indéracinable. L'oncle commence à le prendre en grippe à cause de son dédain peu déguisé pour tout ce qui regarde le tripot; mais comme il est le plus hospitalier des hommes, il n'ose lui signifier son congé à cause du temps affreux : un pied de neige couvre tout le pays. Le philosophe tousse, déclare qu'il abuse, qu'il voudrait bien partir, encore qu'il soit assuré de prendre le coup de la mort par les chemins. L'oncle lui dit pour la forme d'attendre le dégel, l'autre le prend au mot, et, sans se faire prier davantage, il se rencogne entre les deux poêles et regarde avec satisfaction

tomber la neigj qui le retient prisonnier dans cette douce retraite ; quoique je lui adresse à peine la parole, les amis sont persuadés que nous cachons notre jeu et que nous sommes impatients du mariage. Je suis assurée que, lui parti, les épouseurs se tiendront à bonne distance. Il ne serait que juste que les ennuis que me causent cet homme-là me vaillent au moins la paix sur le chapitre mariage.

Voltaire à M. le comte cV Argental .

5 janvier.

O mes anges ! ce n'est pas ma faute si nous avons cru, Madame Denis et moi, que vous vous intéressiez au demi-philosophe qui est arrivé sous vos auspices, qui nous a dit venir de votre part, et qu'il fallait conclure subito, allegro, presto ; qu'il n'attendait qu'une lettre de son père, et que cette lettre viendrait dans trois jours.

Ce père est l'homme du monde qui dépense

2l6 .MONSIEUR DE VOLTAIRE

le moins en papier et en encre; il y a un an qu'il n'a écrit à monsieur son fils. 11 lui faisait une pension de mille livres avant d'avoir payé sa compagnie, et, depuis ce temps, il lui retranche sa pension. Ce fils n'a donc que sa compagnie qu'on va réformer, trois chevaux que nous nourrissons, et des dettes. La philosophie est quelque chose, je l'avoue ; mais cette philosophie est celle de Al. de \'albelle et de Mademoiselle Clairon qui ont imaginé d'envoyer le capitaine faire main basse sur la recette des souscriptions, recette qui n'est pas prête, comme je l'ai mandé à mes anges. Je ne crois donc pas que je puisse lui dire .

Mettez-vous là, mon gendre et dînez avec moi.

Tout cela ne laisse pas d'être triste, parce qu'on sait tout et que cette aventure peut aisément être tournée en ridicule par les malins dont le nombre est grand.

PRÉCEPTEUR DE AlARlE CORNEILLE 2 1"/

Marie à Micheline.

g janvier.

Ma bonne, il est enfin parti! Je respire 1 Ce n'est pas sans peine que l'oncle a pu lui faire entendre que les seules dettes qu'il apportait au contrat étaient une insuffisante entrée en ménage et l'a décidé à déloger, je ne me sens pas d'aise depuis son départ.

O saints anges et archanges du ciel et de la terre, délivrez-moi à l'avenir des philosophesépouseurs !

Voltaire à M. le comte d'Argental.

lo janvier,

.Mes divins anges, si les mariages sont écrits dans le ciel, celui de M. de Cormont et de notre marmotte a été rayé. Encore une fois, comment pouvions-nous ne pas croire que vous

vous intéressiez vivement à ce mariage.^ Ce fu-

2l8 MONSIEUR DE VOLTAIRE

tur était venu avec une copie d'une de mes lettres ; il s'était annoncé de votre part; il se disait sûr du consentement de ses parents ; il avait débuté par demander si la souscription de Corneille n'allait pas déjà à quarante mille livres ; et la première confidence qu'il fit était que son dessein était de voyager en Italie avec cet argent.

Il nous avoua qu'il avait cru que Mademoiselle Corneille était élevée dans notre maison comme une personne qu'on a prise par charité. Il lui parla comme Arnolphe, à cela près qu'Arnolphe aimait et que le futur n'aimait point.

Il fut un peu surpris de voir que Mademoiselle Corneille était élevée, et mise, et considérée chez nous comme le serait une fille de la première distinction qu'on nous aurait confiée. Nous rectifiâmes, Madame Denis et moi, les idées de notre homme.

Cependant l'afiFaire s'ébruitait, comme je vous l'ai mandé; il fallait prendre un parti. M. de Cormont nous apprit lui-même que ses parents n'étaient ni si vieux, ni si riches qu'on

nous l'avait dit ; mais il attendait toujours le consentement. M. Micault nous assurait qu'il était honnête homme, quoique un peu dur, entier et bizarre. 11 devait avoir un jour cinq mille livres de rentes; mais, en attendant, il n'avait rien du tout.

Nous n'avons pas laissé d'avoir quelque peine à faire partir ce jeune ho nme, qui, sans avoir le moindre goût pour .Mademoiselle Corneille, voulait absolument rester chez nous, uniquement pour avoir un asile. Toute cette aventure a été assez triste.

11 est vraisemblable que M. de (^ormont a toujours caché à Al. de Valbelle et à .Mademoiselle Clairon l'état de ses affaires ; sans quoi nous serions en droit de penser que ni l'un ni l'autre n'ont eu pour nous d'égards.

En voilà beaucoup, mes anges, sur cette triste aventure ; nous nous en sommes tirés très honorablement ; et la conduite de Mademoiselle Corneille n'a di'nné aucune prise à la malignité des Genevois ni des Français qui sont à Genève; car il y a des malins partout.

Marie à Micheline.

1 1 janvier.

Tu me demandes des détails sur la pièce que nous répétons. L'oncle l'a écrite en trois semaines quand il a appris que le comte de Lauraguiis avait obtenu que la scène de la Comédie serait enfin débarrassée des petits maîtres qui l'encombraient, et empêchaient le développement de toute pompe et de tout appareil. Je te copie ce qu'il dit à ce sujet dans sa dédicace à Madame de Pompadour ; « La tragédie n'est pas encore ce qu'elle doit être ; supérieure à celle d'Athènes en plusieurs endroits, il lui manque ce grand appareil que les magistrats 'd'Athènes savaient lui donner. Je sais que toute la pDmpe de l'appareil ne vaut pas une pensée sublime ou un sentiment : de ir.ême que la parure n'est presque rien sans la beauté. Je sais bien que ce n'est pas un grand mérite de parler aux yeux; mais j'ose être sûr que le sublime et le touchant portent un coup beaucoup

plus sensible quand ils sont soutenus d'un appareil convenable, et qu'il faut frapper l'âme et les yeux à la fois. »

Les répétitions n'ont pas été sans encombre ; l'oncle joue le rôle d'Argire; maman Denis devait jouer celui d'Aménaïde, fille d'Argwe; mais elle n'a pas été satisfaite de la robe qu'elle avait commandée à Paris pour ce rôle, et voilà que, presque à la veille de la représentation, elle a refusé de jouer ; l'oncle était au désespoir, il l'a priée, suppliée ; elle s'est obstinée, disant qu'il n'y avait pas le temps de commander une autre robe et qu'elle ne voulait pas paraître sur la scène fagotée à son désavantage. Pour nous tirer d'embarras, Mademoiselle de Bazincourt a bien voulu accepter de jouer le rôle. Pour se venger de cette tracasserie de maman Denis, l'oncle dit à -Mademoiselle de Bazincourt qu'on ne verrait jamais une plus jeune, jolie et charmante Aménaide ; maman Denis a été si piquée de la satire qu'elle a vu pour elle dans ce compliment adressé à une autre, qu'elle n'a plus voulu assister aux répéti-

tions. Monsieur Buisson, fils du premier syndic de Genève, fait le rôle de Tancrède, ce qui est blâmé par ces messieurs du Consistoire, fort opposés à toutes ces représentations. Pour moi, je joue Fanie, suivante d'Aménaïde.

Ce rôle me plaît par une certaine conformité des sentiments que Fanie exprime à Améndide avec ceux que j'éprouve moi-même. Elle dit à Améndide qui aime Tancrède absent et à qui son père, Argire, veut faire épouser Orbassan :

Votre cœur s'est donne', c'est pour toute la vie... Peu de cœurs, comme vous, tiennent contre l'ab-

[sence...

Tout ^ comme à Améndide, ces vers peuvent s'appliquer à moi ; mais Améndide est plus heureuse que moi, elle est aimée de Tancrède^ et l'arjhange que j'ai ne ignore même que je l'aime. Cet autre vers de Fanie :

S'il pouvait se montrer, j'espérerais encore...

Que de fois je me le répète ! Se montrera-til jamais }

Voltaire à Monsieur l'abbé d'Olivet.

12 janvier.

J'ai été sur le point de faire un mariage qui m'aurait plu autant que Cinna : c'était le mariage de Mademoiselle Corneille ; mais, comme le futur ne fait point de vers, le mariage a été rompu. Si vous connaissez quelque neveu de Racine, envoyez-le-moi au plus vite, et nous conclurons l'affaire. Mais je veux que vous soyez de noces; et, comme je vous crois prêtre, vous ferez la célébration.

Marie à Micheline.

12 janvier.

C'est demain que nous jouons Tancrède.

Nous avons répété pour la dernière fois ; Mademoiselle de Bazincourt faisait, pour la première fois, le rôle & Améndide ; elle a joué avec des grâces si touchantes qu'elle a tiré des lar-

mes à tout le monde. J'étais émue, hors de moi, tout comme si ces malheurs étaient arrivés pour de vrai. Dans la dernière scène du V^ acte, elle s'est jetée sur le corps de Tancrède mourant et a dit avec un tel désespoir :

Il meurt, et vous pleurez...

Vous cruels, vous tyrans qui lui coûtez la vie !

que Je n'ai pu y tenir et ai éclaté en sanglots. Puis, quand elle se relève pour dire en fureur à ceux qui sont la cause de la mort de Tancrède :

Il meurt et vous vivez !

Vous vivez!... je le suis... je l'entends, il m'appelle... 11 se rejoint à moi dans la nuit éternelle. Je vous laisse aux tourments qui vous sont réservés.

et qu'elle tombe dans mes bras tout en larmes, je lui ai dit, oubliant que ce n'était qu'un chagrin de tripot :

— Ne pleurer-pas, voyons, tout s'arrangera.

— Quoi .^ — a demandé l'oncle, Argire — qu'est-ce qui s'arrangera ?

Moi, voyant toujours pleurer i\lademoiselle de Bazincourt, j'ai repris :

— Ce n'est pas la peine de vous mettre dans cet état : il n'y a qu'à demander à l'oncle de laisser vivre Tancrède, de la sorte tout le monde sera content.

Tout ceux qui étaient en scène, et Mademoiselle de Bazincourt elle-même, ont fait de grands éclats de rire. L'oncle était turieux :

— Petite Wisigothe, — s'est-il écrié, — il lui faut les dénouements des contes de la mère l'Oie : Us furent heureux et ils eurent beaucoup d'enfants !

Je sais bien qu'une tragédie doit se terminer par des malheurs, des morts, des larmes : c'est pour cela que je préfère la comédie.

Mademoiselle de Bazincourt à qui je faisais cette réflexion m'a dit.

— M .is ne savez-vous pas que les dénouements des meilleures tragédies de votre oncle Corneille sont heureux?

Cela m'a tait plaisir de l'apprendre et je lirai plus volontiers celles de ces pièces que je ne connais pas encore.

ij.

Voltaire à Monsieur le Président Ruffey.

1 1 janvier.

Malgré les neiges qui me gèlent, et une bonne fluxion sur les deux yeux, je vous dirai que celui qui se proposait pour épouser Mademoiselle Corneille était M. de Cormont, capitaine de cavalerie, fils du commissaire des guerres de Châlons. Je donnais une dot honnête, mais le commissaire ne donnait rien du tout ; et la raison sans dot n'a pas^réussi.

Marie à Micheline.

lô janvier.

Malgré le troid et la neige, j'ai été, avec maman Denis aux Délices, voir ce pauvre M. Daumart dont je t'ai déjà parlé et qui est depuis si longtemps dans un triste état, sans aucun espoir de guérison, dit Monsieur Tronchin. Quand nous sommes entrées dans la chambre du ma-

lade, un jeune Homme penché à son chevet, lui soulevait la tête avec précaution et lui faisait boire une tasse de bouillon. C'était un ange, penses-tu: pas du tout, c'était un archange, le mien, mon dragon-archange !

Les lourds rideaux ne laissaient pénétrer dans la chambre qu'un pâle jour d'hiver ; à peine si j'ai distingué d'abord son uniforme. 11 s'est retourné au bruit de nos pas, sa tasse de bouillon à moitié vide à la main ; d'un geste machinal j'étends la main pour le débarrasser de cette tasse ; en même temps je lève les yeux sur lui : c'est lui ! c'est l'archange ! de saisissement je laisse tomber la tasse ; elle se brise, le bouillon se répand partout ; cela fait un terrible remue ménage, on vient relever les débris, essuyer le bouillon, et des regrets, des excuses, et des reproches de maman Denis sur ma maladresse. Au bout d'un peu de temps l'archange, que ce pauvre Monsieur Daumart a présenté comme un de ses amis, s'est retiré. 11 s'appelle Monsieur Dupuits, Claude Dupuits. J'ai tant souhaité connaître son nom ! Claude !

C'est un joli nom. Je ne sais rien de plus sur lui ; je n'ai rien osé demander. Il n'avait pas vu ce pauvre .Monsieur Daumart depuis sa maladie ; sans doute il lui taisait au passage une visite qui ne se renouvellera pas de sitôt. Je ne sais même pas s'il m'a reconnue ; dans tous les cas il n'emportera de moi que le souvenir d'une sotte maladroite. J'enrage et je suis tout de même contente. Je n'y comprends rien.

Voltaire à Monsieur Dalembert.

18 janvier.

Comment donc, ce Le Jjrun, sous les lauriers touffus 1, me pique de ses épines ! lui qui m'a fait une si belle ode pour m'engager à prendre la nièce à Pierre ! On ne sait plus à qui se fier dans le monde.

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