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CHAPITRE XVIi

FIN DE l'hISTOIRK d'aDRIEW

En revenant à la vie, Juliette n'osait porter ses regards ni iiur son frère ni sur Roger; tous deux lui faisaient horreur;

elle ne pouvait supporter la pensée de vivre avec les misérables qui avaient volé Adrien et Georges. Cependant un resta de pitié î'Ji parlait encore pour sou frère, dont elle voyait les remords et le epentir. « Vous connaissez notre -«ecret, lui dit Roger; voytz maintenant si vous voulez encore me refuser votre main. Je puis perdre votre frère, déshonorer votre famille, et je le ferai si vous ne consentez pas à m'épouser, dussé-je me perdre avec vous.»

Juliette connaissait Roger capable, pour se venger, de se dénoncer lui-même : elle frémissait à la seule pensée de donner sa main à ce monstre, mais elle ne pouvait non plus supporter l'idée de voir son malheureux frère accusé, traîné devant les tribunaux, et le nom de leur vertueux père déshonoré à jamais.

Robert, pâle et tremblant devant sa sœur, n'osait pomt la supplier de Je sauver; il avait horreur de lui-môme; il se sentait indigne de sa pitié, et Juliette, qui voyait ses craintes et ses soulFrances, était décidée à sauver son frère, et à mourir en épousant Roger.

Le mariage était arrêté; encore huit jours, et Juliette, l'intéressante Juliette, devenait l'épouse d'un monstre souillé de crimes ; un des plu> beaux ouvrages de la nature allait s'allier à ce qu'elle avait formé de plus repoussant. L'infortunée attendait ce moment comme le malheureux condamné attend l'instant de son supplice.

C'est alors que revient Adrien, brûlant d'amour, d'espérance, ayant obtenu le grade de lieutenant et fait quelques économies; il s'empresse de proliter d'un congé pour aller demander à Robert la main de sa sœur : il ne voit plus d'obstacles à son union avec Juliette. En entrant dans sa ville natale, son premier soin est de demander des nouvelles de son amie : dans huit jours, lui dit-on, elle devient la femme de Roger. « Juliette inlidèle!... et pour Roger!... On me trompe, dit Adrien, je ne le croirai que quand sa bouche me l'aura confirmé.»

Adrien s'informe de la nouvelle demeure de Juliette; il court,

il vole il traverse la ville comme un fou enfin, il

arrive, il entre... il est devant Juliette... et il ne peut se persuader que c'est elle qu'il voit, tant les chagrins, les pleur», la souffrance ont altéré les traita de son amie.

ialiettfi a poussé un cri de joie; elle s'est élancée en aperce- Tant Ailrien... puis bientôt, faisant un retour sur sa situation, D'île est retombée triste et abattue sur sa chaise. «Ma Juliette! dit Adrie»!: en se jetant aux genoux de son amie, tu me revois ^Itis tendre, plus épris que jamais... Pourquoi ces larmes?... ficite tristesse?... Quel changement en toi!... et tu ne cours pas dans mes bras, tu ne réponds pas à mon empressement!... 0 ciel! m'aurait-on dit vrai?... —Oui, dit Jatiette d'une voix faible, oui, j'épouse Roger... — Tu épouses Hoger... toi! Juliette... tu m'es iniidèle?... — Ah! je n'ai pas cessé un instant de t'adorer... mais il le faut... je ne saurais te dire... je dois épouser Uoger. — Ta dois épouser Roger!.. Voilà donc le prix de mou amour, de ma constance! Perfide! et ta bouche ne craint pas de me faire cet aveu! tu te fais un jeu de ma douleur!... va, je te rends tes serments, tes lettres... dans lesquelles tu me peignais une tendresse que tu n'éprouvais pas!... épouse Roger, ta es digae de lui.»

Adrien part en disant ces mots, et sans regarder Juliette. Ah! s'il l'avait vue éperdue, mourante, il n'aurait point eu le courage do s'éloigner ainsi. Ce coup était trop fort pour l'âme de Juliette; elle avait jusqu'alors tout supporté : mais s'entendre accuser de perfidie par Adrien! mais l'entendre la maudire, perdre à la fois son estime et son amour! L'infortunée succombait à sa douleur, lorsque Robert revint près d'elle. Il avait appris le retour d'Adrien, et plus troublé, plus inquiet que jamais, il venait prés de Juliette comme pour 7 trouver un asile contre la vengeance d'Adrien.

Il trouve sa sœur livrée au plus affreux désespoir, il l'entend prononcer, en sanglotant, le nom de son amant, et jurer de ne plus supporter la vie. Ce tableau pénètre l'âme de Robert, déjà bourrelée de remords; il se sent indigne du sacrifice que Juliette allait lui faire; il frémit eu pensant que tant de candeur, de grâces, de vertus, deviendraient la proie dd l'homme qui l'a poussé au crime. « Console-toi, ma Juliette, lui dit-il, sèche tes larmes, tu reverras Adrien. Tu peux encore être heureuse... C'est à moi de tout te sacrilier. » Mais Juliette ne l'entend pas, ces consolations n'arrivent pas jusqu'à son cœur que la présence d'Adrien vioul de déchirer. U'

Uogor a appris le retour d'Adrien, il prévoit les suitei iu-

nestes qiii peuvent en résulter; il craint Tamour db Jb li'Ute, les remords de Robert; il redoute la fureur de son rival, il sent eulin qu'il ne pourra être tranquille possesseur desa fortune et de sa maîtresse tant qu'Adrien existera, et, aucun criipene TelTrayant pour satisfaire ses passions, il jure la mort de son rival.

Eu séloignant de Juliette, Adrien a quitté la ville, et, marchant au hasard, il a porté ses pas vers un bois qui n'est pas éloigné. Là, s'abaudonnantà toute sa douleur, il laisse couler ses larmes qu'il a retenues devant Juliette, et, cessant de combattre ses regrets et son amour, il se repaît encore de l'image de celle qu'il aime toujours, malgré la periidie dont il la croit coupable.

La nuit est venue, un orage affreux se déclare, la foudre gronde, ses éclats font retentir les échos de la forêt que les éclairs sillonnent par intervalles. Adrien reste dans le bois : absorbé dans sa douleur, le désordre de la nature ne saurait l'effrayer, et dans ce moment ce spectacle terrible a des charmes pour son âme.

A micuit, Robert; est sorti de sa demeure pour aller trouver celui qu'il a jadis dépouillé, auquel il veut faire l'aveu de son crime; il esj)ère obtenir de lui son pardon, et connaît assez Adrien pour savoir que la faute du frère ne saurait altérer ses sentiments pour la sœur.

C'est dans une cabane de bûcheron, située dans le bois, que Ton croit qu'Adrien est allé passer la nuit. Tels sont du moins les renseignements que Robert a recueillis le matin, et il se décidée s'y rendre, chosisisant exprès une heure où personne ne pourra l'apercevoir; il se tlatte que la conversation qu'il va avoir avec Adrien restera éternellement secrète, et que Roger •urtout ne concevra aucun sou})çon.

L'espoir de soulager son âme bourrelée de remords a rendu quelque énergie à cet homme ordinairement si faible et si craintif; v marche d'un pas ferme, malgré Torage qui gronde sur sa têtt^ cl déjà il est près d'atteindre le bois.

Mais Roger veille aussi : le misérable attendait la nuit et le silence pour frapper en sûreté sa victime. Pendant le jour, il a 'a s'informer adruilenu'nt de la route qu'avait prise Adrien, »t lorsque l'ombre et le mystère semblent lui promettre Tira-

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jîiinîtê, il se dirige vers la cabane, dans laquelle il espère •'introduire facilement et sans donner l'éveil au bûcheron.

Roger marche avec précaution; il craint d'être entendu; il s'arrête au moindre bruit qui vient frapper son oreille. Au détour d'un sentier, la lueur d'un éclair lui fait apercevoir un homme marchant avec précipitation; il écoute, il reste immobile... L'homme passe près de lui... le nom de Juliette s'échappe péniblement de sa poitrine. Roger ne doute point que ce ne soit son rival. Quel autre qu'Adrien pourrait être maintenant dans le bois?.. .11 précipite ses pas, il atteint sa victime. « Meursl lui dit-il... » Il frappe, et Robert tombe à ses pieds baigné dans son sang.

Au cri que l'infortuné a jeté en se sentant frappé, l'assassin a reconnu sa méprise ; il fuit, dévoré de rage d'avoir manqué son rival : la mort de Robert luiôtant toutespoir de posséder Juliette, il jure en s'éloignant qu'Adrien ne sera pas plus heureux que lui.

Cependant Robert respire encore, ses gémissements parvien- %,. nent jusqu'à Adrien, et le tirent enfin de son profond accablement. Quelque malheureux que l'on soit, on trouve encore un allégement à ses peines lorsque l'on peut secourir d'autres infortunés; le malheur ne rend pas inseusible, ce que la fortune fait quelquefois.

Adrien se dirige du côté d'où partent les gémissements; il arrive près d'un homme mourant... Mais que devient-il en reconnaissant dans cet homme Robert, le frère de Juliette! Seul, au milieu de la nuit, dans un bois, et quand la foudre sembla vouloir épouvanter les faibles mortels, qui viendra à secourii cet infortuné? Adrien appelle; il fait retentir les échos de ses cris, l'orage seul y répond. A genoux devant le blessé, il cherche à le ranimer, à panser ses blessures. Robert rouvre les yeux et entend la douce voix d'Adrien.

« C'est toi qui veux me sauver ! lui dit-il ; c'est toi qui implore ledel en ma faveur, cher Adrien! Je suis imiigne de ta pitié; je suis Tauteuf de tous tes malheurs... J'ai mérité mon sort, mais je mourrai moins malheureux si tu daignes me pardon- Ber.

— 0^0)9 qti'd soieïît t.ps torts, dit Adrien, Jp dois les oublier «B mKOittexit 5><yi? ne ionge? cra'à U sBcuiirir...Tu ne peux

rester dans ce bois, je vais te porter dans mes bras jusan'â la cabane du bûcheron; nous y trouverons quelque secours.

— Ils seraient inutiles, dit Robert d'une voiy expirante; je sens que jt n'ai plus que quelques instants à vivre; permetsmoi de le* employer à t'avouer mon crime; cet aveu seul peut me soulager et diminuer mes souiTrances..! Va, le spectacle de la nature en feu, duboulversement des éléments, n'est plus eflfrayant pour celui qui aperçoit déjà la profondeur du tombeau! >

Adrien est force de se rendre aux désirs de Robert ; courbé près de lui, et soutenant doucement sa tète, il écoute en silence le récit que lui fait le frère de Juliette. « Tu le sais, Adrien, la ruine de mes parents changea mon caractère ; je devins inquiet, silencieux. Habitué par un père trop bon à ne faire que mes volontés, je n'avais jamais voulu me décider à travailler, je n'étais même pas en état de rien faire, et le moment où je sentis qu'il me faudrait, pour subsister, faire usage des facultés et des forces que sous donne la nature fut un coup terrible pour moi..* la honte d'avoir inutilement perdu mes première années se fit alors sentir; mais, loin de retrouver cette énergie qui nous inspire le désir de réparer nos fautes, je n'éprouvai que du découragement et de l'ennui.

« Roger seul, le pertidt, Roger, avait l'art de me distraire, en feignant de me plaindre et en flattant ma paresse. Tu ne dois point travailler, me disait-il souvent; tu es né riche. Un malheur t'aruiné, îlfautqu'un autre événement te dédomrnige; la Fortune te doit bien cela,

cf C'est alors que tu héritas ainsi que ton frère; et, je ne rougis point de te l'avouer, loin de partager ton bonheur, je n'éprouvai que le regret de voir quelqu'un plus fortuné que moi.

*< Roger ne me quittait pas; depuis quelque temps ses discours insidieux, ses maximes perverses, avaient égaré moQ cœur et corrompu mon esprit.

« L'instant est arrivé, me dit-il un jour, oii nous pouvoûi tous deuT réparer les torts de la fortune et repreucJce ce oji'elle nous a ôté. Les frères Dalnjont viennent de recevoir -dtie somme considérable sur laquelle ils ne comptaient pai,

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et dont, par conséquent, ils peuvent bien se passer. Secondemoi, et cette somme passe dans nos mains, où elle sera beaucoup mieux placée que dans celles de deux étourdis qui n'en [senteut pas la valeur.

I « D'abord cette proposition me révolta; bientôt je m'accoutmnai à l'entendre sans frémir... j osai même calculer les khances de la réussite. Ah! mon cher Adrien! lorsqu'on compose avec le crime on est déjà coupable.

« Que te dirai-je entin? j'eus la bassesse de céder... et, pen- Idant ce jour de fête, je m'introduisis avec Roger dans votre demeure, et j'aidai à dépouiller mon ami. Voilà où m'avaient conduit une lâche faiblesse et ce mépris pour le travail, cet amour do l'oisiveté que je décorais du beau nom d'indépendance !

i « Mais, depuis ce moment, loin d'être plus heureux, je n'ai Ipas goûté une minute de repos. Le jour, sur tous les visages, I je croyais lire le soupçon de mon crime : dans tous les êtres qui m'abordaient, je voyais des accusateurs. La nuit, le som- |meil fuyait de ma paupière, et lorsque tout reposait autour [de moi, je me croyais entouré de gens qui veillaient pour Im'arrêter; le vol d'un oiseau, le souftle du vent, le plus léger bruit dans le feuillage me faisaient toujours entendre ces mots terribles ; C'est lui qui a volé Adrien !

a Mais ce n'était pas encore assez... un tourment plus cruel m'était réservé. Roger... l'infâme Roger, voulait épouser Juliette... Il me fallait sacritier ma sœur... voir sans pitié ses larmes... son désespoir, et la condamner au malheur pour lâche 1er le silence de mon complice... Juliette venait de découvrir notre horrible secret... Juge de sa douleur... de sa situation... et cesse de la croire intidèle... c'est pour moi qu'elle se sacrifiait... Mais une telle union ne pouvait s'accomplir... Aujourd'hui... touché du désespoir de Juliette... je venais tout te dire... tout t'avouer... Un monstre vient de me frapper... Roger est mon assassin... mais maintenant je puis .perdre la vie, ..Juliette ne sera point sa femme... Cher Adrien... jC'esl à toi... ahl dis-moi que tu me pardonnes... et je mourjrai satisfait. »

Adrien avait écouté avec la plus vive émotion le récit de (Robert, ijouvent interrompu par des instants de faiblesse et d«

EOîiflfrances que le ir.dlîieureux s'efforçait de snrmonter, afin de tout dire à Adrien. Celui-ci versait des larmes au souvenir de Juliette qu'il se reprochait d'avoir pu iccaser un moment.

« Oui, dit-il enfin à Robert, je te pardonne.., ton repentir doit effacer ta faute; Roger seul est un monstre que je saurai punir... mais calme tes remords, tu peux encore espérer. — Non, Adrien; tout est fini pour moi, je le sens... cet aveu a épuisé mes forces,., mais tu m'as pardonné... console ma pauvre sœur... qu'elle ne maudisse pas la mémoire de son frère. »

Robert laisse retomber sa tête sur Tberbe humide de la forêt : il a cessé d'exister. Adrien reste quelques moments immobile devant le corps de ce malheureux; mais bientôt le souvenir de Juliette lui fait sentir qu'il a d'autres devoirs à remplir. C'est elle qu'il doit consoler; c'est à elle qu'il se doit tout entier. Il casse plusieurs branches d'arbres, en couvre le corps de Robert, et s'éloigne du bois pour se rendre près de Juliette, à laquelle il faut bien apprendre la mort de son frère.

Mais, en approchant de la ville, quelle clarté extraordinaire frappe ses regards!... le ciel en est éclairé... On distingue les maisons, les chemins, et cette lumière effrayante semble à chaque instant s'étendre davantage... Adrien double le pas, agité par un effroi dont il ne peut encore se rendre compte... bientôt des cris effrayants frappent son oreille. Les habitants de la ville sont levés, ils courent en foule vers le même point... « Au feu!... au feu! » répète-t-on de toutes parts, et ce cri effrayant a retenti dans l'âme d'Adrien... Un secret pressentiment le pousse vers la demeure de Juliette... C'est de là, eu effet, que partent les flammes; c'est là que l'incendie éclate avec fureur, au milieu d'une nuit d'orage qui semble vouloir orabraser ce malheureux pays.

a Juliette... ma Juliette! » s'écrie Adrien... Aucune voix ne lui répond; mais on lui montre du doigt la maison dévorée par les flammes : c'est là qu'il faut chercher Juliette. Adrien court, perce la foule, se précipite vers le foyer de Tincendie... Il est dans la maison... il court de chambre eu chambre... la fumée ne perniôt plus de distinguer les objets. ..* il appelle son amie, enfin une voix se fait entendre... elle appelait Robert... Juliette cherchait son frère et voulait aussi le sauver.

Adrien parvient à saisir Juliette, il l'emporte dans ses bras:

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eile perd connaissance en balbutiant encoie le nom de son frère. Adrien pf sse à travers les llammes, il surmonte tous les obstacles, Juliette est sauvée.

La maison fut la proie des tlammes, on ne p«t rien sauver de ce qui avait appartenu à Juliette et à son frère. On attribua cet incendie à la foudre qui était tombée en plusieurs endroitâ, et notamment sur le corps du malheureux Robert qu'où trouva le lendemain réduit en cendres dans le bois.

Juliette seule sut la vérité; elle apprit par Adrien la triste fin de son frère; mais elle éprouva un sentiment de joie ea connaissant son repentir et en sachant qu'Adrien lui avait pardonné. Roger avait fui le pays: il ne restait plus rien à Juliette, mais elle seule était tout pour son amant, qui bientôt devint son époux; et ils quittèrent alors un s&iouraui rappelait trop à Juliette son frère et Roger,

Adrien obtint son congé, np voulact plus se séparer d'une épouse dont lai santé faible et chancelante réclamait tous ses soins. Les secousses violentes qui avaient affecté l'âme de Juliette avaient attaqué les principes de sa vie; l'idée de son union avec Roger, la mort do son frère et Tincendio de leur demeure avaient accablé cette femme infortunée, et, quoique heureuse dans les bras do son époux, Juliette soupirait encore quelquefois, comme étonnée de pouvoir connaître le bonheur.

Les deux époux habitaient Paris. Adrien avait un petit emploi qui suflisait à leurs besoins. Juliette était enceinte; elle mit au monde un fils, mais elle mourut en le remettant dans les bras de son mari. Adrien avait perdu tout espoir de bonheur avec sa Juliette, mais il sentit qu'il devait vivre pour son fils, et Adolphe devint l'objet de tous ses soins.

Adrien se privait de tout plaisir pour dûaner de l'éducation à son fils. Adolphe grandissait en chôrisîÊT^t son père II avait dix ans, îorsqi''cn se promenant avec lui dans les environs de Paris, ils furent accostés par un mendiant qui implorait laur charité. La /oix de cet homme frappa Adrien, et, considérant ses traits -avec attentioa, il reconnut Roger sous les misérables haillons qui le couvraient. Un sentiment de joie entra dans ràmo d'Adi'ien. « Du moins, dit-il. le crime n'a point prospéré !.,. »

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D.''jà Roger avait fui. le misérable venait de reconnaître Adrien. Quelques années après il périt sur un échafaud.

Adrien vieillit, satisfait de voir son Adolphe répondre à ses espérances, car si le jeune homme était un peu étourdi, et parfois trop sensible près des dames, il possédait aussi les qnriiités d'un homme d'honneur, et n'avait que les défauts de «un âge.

Adrien voulait placer son iils dans un bureau; mais un jeune homme qui n'a rien ne peut se permettre d'être deux ou trois ans surnuméraire, et Adolphe entra dans un magasin de nouveautés. Son père se retira à Senlis, où il obtint un modique emploi et se Ijerça de l'espoir que son Iils deviendrait plus heureux que lui. Telle est l'histoire du père d'Adolphe, que nous nommerons maintenant M. Dalmont.

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