‹ Monsieur DupontChapitre 19 sur 32 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

LES NOCES. — Là. CL' LOTTE DD MAHIÉ! — PREMfèRE NUIT

Il est arrivé, ce grand jour qui doit unir Dupont et Eugénie; ce jour où l'on doit marier une jeune fille à un hiomme qu'elle n'aime point; ce qui n'est pas fort rare, mais où la mariée pleure et se désole, ce qui se voit fort peu; grâce au ciel, car les demoiselles, qui sont maintenant très-soumises à leurs parents, se marient sans faire la moue; et quand ou leur présente un époux, qu'il soit laid, jeune ou vieux, elles l'acceptent d'abord, sauf à faire leurs réflexions après; d'ailleurs, les mamans leur disent à l'oreille : « Ma fille, un mari est toujours beau, parce que c'est un m-iri; et tous ces jeunes freluquets qui vous regardent en soupirant, en faisant des yeux en coulisse, qui vous serrent les mains et vous disent des douceurs derrière notre dos; ne songent point du tout à vous épouser. » Et il faut avouer que les mamans ont souvent raison.

Mais Eugénie ne peut pas se dire cela d'Adolphe; elle sait bien que le pauvre garçon ne veut pas la tromper, qu'il n'a que des vues honnêtes et que, s'il ne l'épouse point, ce n'est pas sa faute. Voilà pourquoi elle pleure en pensant qu'elle va en épouser un autre ; car une jeune fille bien élevée se console facilement de no plus voir un étourdi qui n'a ^oulu que faire une coiquôle; mais un amant honnête, sensible, fidèle, il est bien permis de le regretter... Ceux-là sont rares.

Ce jour qui se lève ordinairement si beau pour la future mariée, ce jour que la jeune fille ne voit jamais naître asseï lèi n gré de son impatience, parait triste et sombro aux re

fards d'Eugénie, qui voit, à chaque miaute, s'évanouir le pe« d'espérance qui lui restait encore. Il faut se résigner!... La pauvre enfant se laisse coiffer, habiller, parer, sans se permettrto un murmure : elle soupiie, et se tait ; tout son mal est au fond de son cœur.

« Qu'elle est bieni Qu'elle est jolie! Quelle charmante toilette! » répète-t-on à chaque instant en l'habillant. Mais que lui importe d'être jolie, puisque Adolphe ne la verra pas! Ell6 H? veut plus plaire à personne, et elle voudrait paraître horrible aux yeux de M. Dupont.

On lui attache le chapeau de mariée; son cœur se gonile, elle ne peut retenir des larmes qui coulent le long de ses joues pâles et amaigries. « Ayons du courage, se dit*elle en essuyant ses pleurs ; ces larmes accuseraient ma mère, ii faut les retenir. »

La toilette est terminée, et la jeune vierge est prête à marcher à l'autel. « Ma iille, vous êtes fort bien, et je suis contente de vous, >> dit madame Moutonnet en allant donner à Eugénie un baiser sur le front. Ce compliment est le premier qu'elle ait adressé à sa tille, qui le reçoit très-froidement.

a Oui, mon enfant, dit M. Moutonnet en allant embrasser tendrement Eugénie, oui, tu es jolie comme uu ange; ce costume de noce te sied à ravir. Va, tu seras heureuse, ma petite... C'est une belle chose que le mariage?... Tu m'en diras des nouvelles quand tu en auras goùlé, et Dupont t'adorera, parce que... »

M. Moutonnet n'en dit pas davantage : sa femme la tire par le pan de son habit, et cela termine toujours ses phrases. Dupont n'a plus la tête à lui depuis cinq heures du matin; il s'est déjà baigné, frotté et fait coiffer; il se promène dans toutes les pièces de son appartement; il court do sa boutique à son miroir; à chaque instant il appelle Jeanneton ou ses garçons pour venir l'aider; eniin, pour la première fois de sa vie p-out-être, il oublie le prix du sucre et du café.

Malien allant, venant, courant, l'épicier uo huit à ri?n, et l'heure s'avance; il est temps de mettre le costume m uf complet ; habit, veste et culotte noirs, bis de soie blancs, souliert 4-boucles. Dupont étale tout cela &ur uu meuble, ot reste oa

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moment en admiration. « — Décidément il ne manque rien» dit-il ; et il se met en devoir d'endosser le costume de cérémonie.

L'habit et le gilet vont très-bien, mais la culotte ^st trop juste. « Diable l dit Dupont en cherchant à se donner de l'aisance, je suis un peu serré... j'ai les cuisses prises comme dans im moule! il est vrai que cela habille mieux; pas uupli, on dirait une culotte de peau.

Et l'épicier appelle Jeanneton et ses garçons.

« Comment me trouvez-vous? — Superbe, monsieur, — Ei la tournure? — Adniirabe. — Vous paraissez un brin gêné ^n marchant, dit Jeanueton. — Ahl c'est que ma culotte me ôerre un peu, en elYet; mais j'espère que cela se fera; d'ailleurs, je n'en ai pas d'autre noire, et je ne peux pas mettre une culotte jaune ou caiielle pour me marier... Je sais ce que c'est le décorum: mais, du reste, elle me va bien, n'est-ce pas? — Oui, monsieur, elle vous pince joliment. — Me voilà prêt enfm; allons, les gants, le chapeau, le bouquet. Les trois remises sont à la porte? — Oui, monsieur. — Les cochers ont des bouquets? — Oui, monsieur. — C'est bien. Ah! en donnet-on aux chevaux? — Pas habituHÎlement, cependant, si cela fait plaisir à monsieur, on peut leur en attacher aux oreilles. — Oui, cela sera plus beau; plus brillant!... Ma foi, on ne se marie pas tous les jours, et je veux que Ton parle longtemps de mes noces... Joseph, va acheter des branches de fleurs d'oranger, et fais- en attacher à U lète de chaque cheval. — Oui, monsieur, et à la (.pieue, notre bourgeois? — Un paquet d'immortelles à chaque queue; je prétends fa^re ies choses en grand. — Ça suftit. — Ahl mes enfants, vous fermerez la boutique à quatre heures, et vou? fiendrez nous rejoindre chez le restaurateur, rue des Martyrs. — Oui, monsieur. — On dansera ce soir, et vous vous en donnerez, car je sais que vous êtes des danseur^ ii.fatig^tiMes. Toi, Jeanueton, il faut que tu gardes la maison, ma chère amie; mais régale-coi, bois, mange de tout ce que tu voudras. Aie soiu surtout qub pour ce àoir, V'^ppartement de ma femme soit préparé et orné avec goût... Je te recommande les détails; tu m'entends, ^eanneton? — Oui, monsieur* »

Dupont descend et s'ap]>rôto à monter dans une de» rv

nuses; il reste longtemps indécis auquel des trois il donner« la préiérence. Fendant ce temps, les voisins, îes passants, les badauds, s'amassent devant la porte de l'épicier, qui est enchanté da la sensation que son mariage va faire darts .a rue aux Ours II se fait ouvrir les trois voitures, et monte tour à tour dans chacune; entin, il tixe son choix, les cochers ont l'ordre de marcher à la suite l'un de l'autre. Le marié est dans la voiture qui est en tête, et il s'éloigne au bruit des applaudissements de la multitude, qui n'a pas encore tu des chevaux ayant des bouquets à la tête et à la queue.

Sur son passage, le marié n'entend que des exclamation^ des éclats de joie, des cris d'étonnement, que fait naître la parure de ces coursiers. Dupont est dans l'ivresse, dans le ravissement, et les cochers, qui voient que la journée sera bonne, font claquer leurs fouets et entonnent de gais refrains, tandis que les chevaux, étonnés de tlairer de la fleur d'oranger, et se sentant chatouillés par les paquets d'immortelles qui leur battent les fesses, galopent avec ardeur dans les rues de Paris.

Une seule chose trouble le plaisir de Dupont, c'est cette maudite culotte qui gêne tous ses mouvements. oComment diable danserai-je ce soir! dit-il. Je ne puis ni lever ni écarter les jambes; enfin, d'ici là, elle se fera peut-être.»

Le futur va, suivant l'usage prendre les parents, les amis qui sont invités à assister aux cérémonies civiles et religieuses Les remises s'emplissent d'oncles, de tantes, de cousines; on se rend entin chez la mariée. «Ah! que c'est beau î que c'est brillant! dit M. Moutonnet en voyant arriver les voitures. — Des fleurs partout! dit madame Moutonnet ; c'est on ne peut plus galant. — Voilà un mariage qui va le mettre en bonno odeur,» dit M. Gérard, qui est de la noce avec toute sa famille. Mademoiselle Cécile se mord les lèvres et ne dit rien; elle voit que, malgré tous ses petits propos, l'épicier va épouser Eugénie

« Mais nous ne tiendrons jamais tous dans les foitures, dit M. Moutonnet. — Fh bien! messieurs, quelq'jes }iommeg iront à pied, Bidois d'' ibord. — C'est ça. dit tout bas le vieux comnais; et il fait jus? ornent de la crotte; il aurait bien mieux, fait de prendre une voiture do plus au lio'i d'aller fourrer

des fleurs au deri.:ère de ces rosses; ça a l'air d'une mascarade :je ne serais pas étonné que les passants criassent: A la chie-en-Ut\ » ^

Eugénie est assise, et reste iramoLiîe pendant que tout est en mouvement autour d'elle; parfois on lui adresse un compliment, et elle incline simplement la tête. Les hommes risquent de temps à autre une légère plaisanterie de circonstance, car le mariage, qui est l'institution la plus sérieuse, est pourtant celle sur laquelle on plaisante le plus. Mais, en en France, on rit de tout, et on a raison. « De toutes les choses sérieuses, le mariage est la plus bouffonne, » a dit Beaumarchais et voilà sans doute pourquoi les Français le traitent si gaiement.

Eugénie ne prête aucune attention aux discours que l'on tient autour d'elle. Quelquefois ses yeux se portent du côté de la rue, et semblent y chercher quelqu'un... Elle les rabaisse ensuite tristement; et mademoiselle Cécile, qui observe tout, dit de temps à autre : « C'est étonnant comme la mariée a l'air gai!... »

Dupont parvient enfin à descendre de voiture, ce qui ne lui est pas facile, ne pouvant que difficilement plier les genoux. Il se présente d'un air conquérant devant sa future. Madame MoutoLuet pousse Eugénie, et lui dit : a Ma fille, voilà votre époux. » Eugénie se lève, et présente en silence sa main à Dupont. Celui-ci, en la recevant, cherche à se rappeler le compliment quil a composé pour la circonstance, et comme la mémoire ne lui revient pas, il reste sans parler devant Eugénie, lui tenant la main et la regaidant en souriant.

« Partons-nous, mon gendre ? » dit madame Moutonnet. Dupont cherche encore une minute, mais rien ne vient, et il se dit: « Je le lui adresserai en revenant, ce sera la même .^ose. » Il conduit sa future à la voiture, et tout le monde prend place dans les remises, à l'exception de Bidois, de deux gardons épiciers, cousins de Dupont, et do petit Gérard. Comme il a plu, et qu'il y a beaucoup de boue dans les rues, ce» messieurs se consultent pour savoir s'ils çr3ndront on fiacre, ou s'ils suivront à pied; chacun met tour à tour la main à son gousset; les doux cousins présentent chacun sept ious ; le petit Gérara ne trouve que des billes dans ses po-

^hes, et Bidois après avoir regardé et retourné longtemps dans ses doigts une pièce de dix sous, dit : « Messieurs, uous marclierons sur nos pointes. » L'avis est adopté, et ces messieurs suivent ainsi les remises.

On se rend à la mairie, où l'on n'attend qu'une heure et demie, ce qui est une bagatelle lorsqu'il s'agit de contracter un eogagement pour toute sa vie. D'ailleurs, dans une grande ville, il y a toujours foule pour les mariages, les baptêmes et les enterrements; l'un fait continuellement place à l'autre; te monde est une grande lanterne magique où nous ne faisons que paraître et disparaître.

On se rend ensuite à Saint-Nicolas; c'est là que les époux doivent recevoir la bénédiction nuptiale. Une foule considérable envahit les portiques du temple. Dans une grande partie de la rue Saint-Martin, on connaît la famille Moutonnet; toute la rue aux Ours sait que Dupont se marie, et chacun est curieux de voir les futurs éjpoux. D'ailleurs, l'élégance du cortège et la grande tenue des chevaux suftiraient pour attirer toute la foule. Toutes les personaos qui passent demandent ce que c'est : « Un mariage, répond-on. — Un mariage!. Il faut voir la figure et la tournure des époux,» et l'on entre dans l'église de Saint-Nicolas.

Dupont ne regrette qu'une chose : c'est de ne point pouvoir entrer en voiture dans l'église ; il pense que cela serait un spectacle superbe; mais, comme cela ne peut pas êtr^, il faut se contenter de descendre à la porte; ce quil fait en usant de toutes les précautions possibles pour ne point déchirer sa culotte.

« C'est ^e marié, dit-on, et on rit. — C'est la mariée, » diton ensuit^', et on ne rit plus, car la charmante figure d'Eugénie laisse deviner ce qui se passe dans son âme ; ses yeux sont pleins de larmes, non de celles que la jeune vierge répand Avec douceur en engageant sa foi, mais de ces pleurs amers qui décèlent un chagrin profond. Enfin, sa démarche est chancelante, ce n'est qu'en tremblant qu'elle s'avance vers l'autel et tout le monde se sent ému à l'aspect de cette temme intéressante.

En traversant la foule, Eugénie jette timidement quelques regards autour d'elle... ses yeux cherchent Adolphe... Adol-

iS6 tf. DUPONT

phe! qui, alors auprès de scn père, est 1oîi\ de se douter de ce qui se passe... « Il n'y est pas! se dit Eugénie, il n'a pas voulu être témoin de mon malheur... Ah! il a bien fait., je sens q^ î sa vue m'aurait ôté tout mon courage... il a eu pitié de mai...»

Le futur, bien différent de sa femme, marche d'un air fier et joyeux; il remue ses breloques, lève la tête, regarde tout le monde en ?:'^uriant et en sout'llant, parce qu'il étouffe dans sa malheureuse, .'i.lotte, qui lui fait faire de temps en temps des grimaces, qu'il ."^che de dissimuler en promenant ses regards sur la foule d'uu ^ir qui signifie : «C'est moi qui suis le mari j 1)

Enfm *''. cérémonie commence, le papa Moutonnet pleure, sa femme .^H semblant d'être attendrie, et Dupont est fort mal à son aisc, parce qu'il est ol>lii?é d'être à genoux et que cela le gêne horriblemeut. Eugénie, triste, mais soumise, achève avec courage le sacritice, et tout va le mieux du monde, lorsqu'en se relevant le -marié sent péter sa culotte. Dupont, consterné, ne sait plus que devenir, c'est positivement entre les jambes que la maudite culotte est déchirée.... Si on allait s'en apercevoir!... Le pauvre marié n'a plus la tète à lui; et lorsqu'on lui demande s'il promet d'aimer constamment sa femme: «J'ai toujours ditqu'elleétait trop étroite », répond-il d'un air désespéré.

Heureusement le ministre des autels n'entend point sa réponse, ou l'attribue à l'émotion ordinaire du moment. Dupont tire son mouchoir de sa poche, et le tient sur l'endroit déchiré. Lorsqu'il s'agit de mettre l'anneau à sa femme, il serre les jambes, de manière que son mouchoir ne tombe pas, et les assistants ne conçoivent rien à l'embarras du marié.

Enfin la cérémonie est terminée; mais il faut traverser de nouveau la foule, qui a les yeux sur les époux. Dupont donne la main à sa femme, et tient de l'autre son mouchoir sur sa déchirure.... Tout le monde fait des conjectures sur cette attention du marié à cacher le devant de sa culotte,* les petites filles rient, les jeunes gens font des plaisanteries, et les papas disent». « Voilà un homme (pii fait très-bien de so marier. — Que diable nous cache-t-il donc avec son mouchoir! » raurnuxe Bidoi», tandis que M. Moutonnet, faisant remarquer à

sa femme la démarche gênée de Dupont, lui dit : « M'amour, il parait que notre gendre est fort amoureux d'Eugénie; ce gaillard-là va la rendre bien heureuse.» Et Mme Moutonnet pousse son mari en lui disant: «Taisez-vous, monsieur, taisezvous doncl... il faut espérer que cela ne durera pas comme cela toute la journée...» Et la mariée seule ne s'aperçoit pas de la singulière démarche de son éf>oux.

On remonte dans les voitures, qui prennent le chemin de ïa rue des Martyrs. Dupont ne se trouve dans son remise qu'avec des cousines et de vieilles tantes auxquelles il répond avec distraction, étant occupé à chercher comment il fera réparer son accident. En attendant il tient constamment son mouchoir à la même place; et cela n'échappe ni aux vieilles tantes ni aux jeunes cousines. Les tantes se regardent d'un air significatif, en se pinçant les lèvres, en laissant échapper quelques soupirs de souvenir. Les petites cousines ont très envie de rire, j'aime à penser que c'est sans savoir pourquoi (car ce sont des demoiselles), et elles se disent tout bas : «Apparemment qu'on se Ueut comme ça quand on vientde se marier. »

^ On arrive chez le traiteur, où tous les marmitons sont en l'air, parce qu'ils n'ont jamais eu une noce d'une pareille importance. La société entre dans une petite salle, et, en attendant le moment de se mettre à table, M. Gérard propose de jouer aux petits jeux.

Eugénie se dispense de prendre part aux amusements de la société, en prétextant une violente migraine; mais Dupont ne peut se refuser à partager les plaisirs de la fête : cependant, depuis qu'on estarrivé chez le traiteur, Dupont {poursuit toutes les servantes qu'il aperçoit pour qu'elles fassent un point à sa culotte; mais les servantes sont trop occupées des apprêts du repas pour avoir le temps de répondre au marié, et le pauvre Dupont, toujours dans le même embarras, revient près de la société tenant constamment son mouchoir collé sur sa cuisse, môme en jouant colin-maillard, au pont d*amouret à la petite boîte d'amourette.

Cette affectation excite des chuchotement parmi la société: on regarde Dupont, on se regarde, on rit et on se parle bas...' «C'est bien extraordinaire, disent les hommes. — Il 7 a quel-

que chose là-dessous, disent les dames. — Encore, s'il était minuit! disent les jeunes gens. —J'étais certaine que ce serait un excellent parti.» dit en soupirant Mlle Cécile. Et Bidois murrmira entre ses dents : « Il aura avalé ce matin une bouteille de Tanille. »

Mme Moutonnet, qui entend les petits mots, les chuchotements, et s'aperçoit que son gendre est l'objet des plaisanteries générales, ne p*^ut ^'^nir à cela, a Décidément, dit-elle à son mari, il faut que je mette tin à tout ceci, et que je sache ce que c'est. — Oui, mon cœur, dit M. Moutonnet, il faut tâcher de t'en assurer.

— J'ai deux mots à vous dire en particulier, mon gendre,» dit tout bas Mme Moutonnet :• Dupont. Et elle se dirige vers un petit cabinet écarté, où le mari la suit, ne devinant pas ce que sa belle-mère peut avoir à lui dire en secret.

Mme Moutonnet ne sait trop comment entamer la conversation : la chose lui parait fort délicate. Elle prend un air de gravité, regardant son gendre ; puis portant ses yeux sur l'objet qui doit faire le sujet de la conversation, puis les relevant bien vile, toussant et portant son éventail sur sa vue. L'épicier regarde sa belle -mère d'un air étonné, ne comprenant pas un mot à sa pantomime en attendant qu'elle veuille bien l'expliquer autrement que par des hum, hum, et des hom, hom; et Mme Moutonnet. impatientée, se décide à entamer l'entretien.

« En vérité, mon gendre... tout ce que je vois depuis plus d'une heure est bien extraordinaire. —Bah! dit Dupont, vous av&z vu quelque chose d'extraordinaire?— Tout le monde s'en est aperçu... cela fait jaser... cela fait dire des choses.... cela fait naitre des idéeu... Je sais bien qu'un jour de noces on peut penser à ces choses-li», mais eniin, mon gendre, il n'esl pas l'heure... et il faut absolument faire cesser cela. — Ma foi! ma chère belle-mére, dit Dupont qui a écouté de toutes ses oreilles, ie vous dirai que je ne comprends rien du tou à ce que voo* venez de me coûter.

— Ceci est un peu fort, mon gendre, et vous devez trôs-bicB m'entendre... je vous disque toute la société Ta remarqué.. Eutin, monsieur, dans ce moment môme, vo'is avez encorf votre mouchoir dessus.

— Ah! mon Dieu!... s'écrie Dupont, qui pense alors qno, malgré le soin qu'il prend de le cacher, on s'est aperçu que

.; eulotte est déchirée. Comment! belle-maman, on a vu que?.., \ — Eh I sans doute, monsieur; voila ce que je me tue à vous faire comprendre depuis une heure... — Ma foi, belle-maman, ce n'est pas ma faute... Je — m'en doute bien; mais... — ' Oh I j'ai fait tout ce que j'ai pu pour l'empêcher, mais cela a parti malgré moi... — Enfin, mon gendre, il faut cependant trouver moyen d'arranger cela. — Ah ! parbleu ! belle-maman, puisque vous voilà, si vous vouliez avoir la bonté d« me prêter votre secours, ce sera raifaire d'une minute...

— Monsieur Dupont ! s'écrie madame Moutonnet faisant trois pas en arrière et prenant un air de dignité, monsieu Dupont!... voiîd une proposition... Je pense que ce n'est qu'une plaisanterie ; mais je trouve bien extraordinaire que vous vous permettiez avec moi... — Belle-maman... excusez, je ne croyais pas vous fâcher. Mais comment voulee -vous que je fasse? Depuis que nous sommes ici, je cours après toutes les servantes que j'aperçois, et aucune ne veut me rendre ce petit service-là. — Qu'entends-je 1... vous courez après les servantes... et le jour de vos noces!... Fi! mon gendre, fil... je n'aurais jamais pensé cela de vous!... — Mais, belle-maman... — C'est une horreur! vous dis-je... on emploie d'autres moyens : demandez un cabinet, faites-vous apporter un seau d'eau de puits... buvez une carafe d'orgeat. — Comment ! belle-maman, un seau d'eau pour raccommoder ma culotte... Regardez vous-même quel accroc!...»

En disant cela, Dupont ôte son mouchoir, et madame Moutonnet, qui a fait un mouvement de frayeur, s'aperçoit enfin de sa méprise.

« Eh quoi ! mon gendre, c'est pour cela que... — Parbleu I inespéré qu'il est assez grand !... — Ah I mon Dieu! pourquoi ne l'avez-vous pas dit plus tôt! Vous faites penser à tout le monde des choses... dont je vois bien que vous êtes mcapable... Allons, allons, je vais vous recoudre cela Ce pauvre Dupont!... que lo monde est méchant... «

Madame Moutonnet court chercher elle-même une aiguille et de la soie, et revient raccommoder la culotte du mariC. L'ouvrage était diflicile ; mais Dupont enchanté d« voir ter-

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rnir.er son embarras, se tient immobile, un pied sur le plancher et l'autre sur une chaise, tandis que madame Moutocnet dé?olée d'avoir mal pensé de son gendre, recoud avec ardeur passant par-dess'^s ce que son travail a d'épineux, et répétant à chaque minute : « Ce pauvre Dupontl... avions-nous tort de penser cela de lui? Voilà comme on fait des affaires de rien. »

Enfin l'ouvrage est terminé, l'accroc est solidement recousu. Dupont ne se sent pas d'aise; il remet son mouchoir dans sa poche et rentre avec sa belle-mère dans le salon où est la société. Madame Moutonnet pense qu'il faut une explication à la compagnie pour mettre un terme aux conjectures malisnes que Ton pourrait faire en la voyant revenir avec Dupont qui ne cache plus le devant de sa culotte; elle s'avance en souriant au milieu du cercle tenant son gendre par la main.

« Ce pauvre garçon avait déchiré sa culotte, mesdames, et ^oilà la cause de son embarras depuis le retour de l'église. Je viens de reprendre l'accroc, et vous voyez qu'il n'y parait plus. »

Toute la compagnie, hors Eugénie, jette les yeux sur la eulotte du marié qui tâche de se donner une pose d'Apollon; mais le traiteur venant alors annoncer que l'on est servi, cela met fin à cette aventure, et on l'oubhe pour ne songer qu'au repas.

On se met à table. Eugénie est placée en face de son mari. sur lequel elle ne porte jamais les yeux. Que cette journée paraît, longue à la jeune femme! Combien elle aspire après le moment où, seule et dans le silence, elle pourra pleurer en liberté. Mais il faut encore se contraindre, il faut cacher ses souffrances: cependant elle n'a pas la force de toucher à ee qu'on lu' présente, malgré les instances de ses voisins; et Gérard, qui n'a point oublié les serrements de pieds de la journée des fiançailles, regarde tendrement Eugénie, et dit en lui-inéme : « Cette jeune femme a une passion Kalheareuse dont je connais l'objet... »

Mademoiselle Cécile fait remarquer tout bas à ses Toisins la tristesse de la mariée. Bidois, placé tout au bout de la table, entre un petit garçon de sept ans et une petite fille de

huit, demande de tout pour trois, et sert les enfants de mtnière qu'ils n'aient point d'indigestion.

Dupont mange comme quatre ; il s'est décidé à faire donner un coup de ciseau dans la ceinture de sa culotte, aimant "oieux la sacritier que de ne point faire honneur au repas. M. Moutonnet imite son gendre, madame Moutonnet se donne beaucoup de mal pour animer la société que 1? /igure de la mariée ne met pas en galté. Trois ou qualr«» jeunes gens se battent les tlancs pour faire rire; et Dupont, qui, tout en se bourrant et en mangeant, est persuadé que sa noce est fort gaie, répète à chaque instant : « Dieu! nous amusons-nous!... »

Mais, à force de se verser, les hommes deviennent un peu plus bavards, et, en trinquant, les dames deviennent plus tendres. Au second service, on commence à s'échauffer, au dessert, c'est un brouhaha général, un bourdonnement continuel ! C'est alors que Dupont répète plus que jamais : « Dieu ! nous amusons-nous î... »

« Il faut chanter, » dit M. Gérard, qui a des prétentions à la roulade, et n'est pas fâché de charmer une petite blonde placé à côté de lui et à laquelle il lance des œillades amoureuses toutes les fois que sa femme ne le regarda pas.

« Vive le chant I... j'aime beaucoup le chant, dit Dupont ; j'ai appris une petite chanson de circonstance, ouvrage d'un épicier de mes amis, et je me propose de vous la chanter... mais c'est à mon épouse à commencer.

— Ma fille ne chante jamais, dit madame Moutonnet qui prévoit qu'Eugénie n'est point disposée à se rendre aux désh's de son mari.

— Il me semble cependant, dit mademoiselle Cécile, que madame Dupont a chanté le jour de la Saint-Eustache, à la fête de son père... et madame Dupont chantait fort joliment... >» la vieille tille appuie avec malice sur le T?ouveau titre d'Eugénie, parce qu'elle s'aperçoit qutD, toute* IbS fois qu'on l'appelle ainsi, un long soupir s'échappa du sem de Is triste mariée.

« Ma fille a perdu sa voix, dit madame Moutonner, et nu jour de noce... l'émotion... le trouble... c'est toux\iaLureî.~

Pardica ! dit tout bas Bidoi?, on voit bien qu'elle n*a pas en- Tie de chanter.

— Commencez, monsieur Moutonnet. » A cet ordre de sa femme, le bon passementier s'empresse d'entonner une chanson h boire, parce qu'on lui a défendu la gaudriole. Gérard chante ensuite : 0 Rîchardl ô mon roi !... Cela n'a aucun rapport avec un mariage ; mais comme c'est l'air dans lequel il a placé le plus d'agréments, il le chante dans toutes les circonstances.

Les oncles, les tantes, les cousins, les petites cousines, tout le monde chante. Vient enfin le tour du marié, qui fouille dans sa poche pour chercher les couplets qu'on lui a faits, et s'aperçoit qu'il les a oubliés. « C'est égal, dit-il, je les sais par cœur, je puis me passer de les lire... C'est sur l'air... attendez donc... un air gracieux! Ah! c'est ça : l'air du mirliton^ mirîitaine... m'y voilà... Eh bien!... je ne trouve plus le premier couplet... Je le savais si bien ce matin 1... Je vais commencer par le second; je vous dirai l'autre après, cela reviendra au même :

C'est ce que je vous souhaite Du plus profond de mon cœur, Ce sont mes vœux pour la fôte Qui fera votre bonheur, Mirliton ton ton, ton ton ton, ton ton taine, Mirli, mirli, mirliton.

— Allons! s'écrie Dupont, que tout le monde répète en chœur, mirliton ton, ton..

— C'est joli, dit M. Moutonnet, mais je n'ai pas bien compris ce qu'il vous souhaite. — Ah! c'est que c'est dans le premier couplet... Mais c'est égal, pn devine... C'est un garçon qui a terriblement d'esprit qui m'afait ces couplets^là... Aussi tous les ans c'est lui qui remporte le prix dans son pays... — Le prix de poésie? demande Gérard. — Non, le prix de l'arqucbiise. »

Pendant f]\\Pi la société chante à tue-téte, que les garçon» profitent ("n chaiîvari pour emporter des bouteilles à moitié pleines qu'ils mettent de ccMé; que les servantes en font autant des plats; que les passants s'arrêtent dans la rue pour les écouter; que les marmitons se régalent à la cuisine, et

que des violons et une clarinette tâchent de s'accorder en at* tendant le moment de faire commencer le bal, le petit Gérard se promène à quatre pattes sous la table, cherchant la jarretière de la mariée, qu'il doit enlever, comme le plus jeune garçon de la noce.

Mais madame Moutonnet, qui trouve que cet usage blesse la pudeur, n'a point attaché de ruban à la jambe de sa tille, laquelle, d'ailleurs, ferait une triste figure pendant cette cérémonie. M. Fanfan se promène donc inutilement sous la table en regardant à toutes les jambes; il ne voit pas le beau ruban qu'on lui a dit d'enlever.

Cependant, le parfumeur, toujours plus empressé auprès de la dame blonde qui parait l'écouter avec complaisance, pense que le moment du tumulte est favorable pour risquer une tendre déclaration ; et comme il craint, en la faisant de vive voix, d'être entendu par ses voisins, ou remarqué par sa femme, il sort, va écrire en bas un poulet bien amoureux, et revient se placer près de sa dame, tortillant son billet entre ses mains ; il saisit un moment favorable, et le glisse dans la ceinture de la blonde qui a^la taille entourée d'un beau ruban rose. La jeune femme ixémit de la hardiesse de son voisin, elle craint d'être compromise, elle ne sait si elle veut garder ou rendre le billet; elle tremble qu'on ne l'aperçoive, et dénouant doucement sa ceinture, elle la roule sur ses genoux et attache avec une épingle le poulet au ruban rose. Plus tard, en allant rattacher sa ceinture, elle pourra lire à son aise le billet du parfumeur.

Mais M. Fanfan, au moment de sortir de dessous la table, aperçoit enfin un beau ruban sur les genoux d'une dame,- Il ne doute point que ce ne soit la jarretière qu'on aura oublié d'attacher plus bas; il sais;t le ruban qui est roulé avec soin et sort de dessous la table en criant de toutes ses forces : « J'a' la jarretière de la mariée... Voilà la jarretière.

— i'est bien singulier, dit madame Moutonnet, elle se l'est donc mise elle-même !... — Voyons la jarretière, crient tous les homtnôs... nous en voulons. >» Le petit Fanfan déroule son ruban, se pique parce qu'il rencontre l'épingle, demande pourquoi on met des épingles dan3 les jarretières, et tr<mTe enfin le billet attaché aubout.

« Tiens... il y a un papier l dit Fanfan. — Un papier I.., disent les dames... — Et un papier écrit, dit mademolsele Cécile avec malice... — Ah! mon Dieu I c'est ma ceinture', dit 1? iame liloude à son voisin ; monsieur, vous me compromettez I... — Cieli... c'est ma déclaration! dit le parfumeur; heureusement elle n'est point signée!... et, avec le trognon de piurae que j'avais, j'espère que mon écriture ne sera point reconnaissable.

— Ma lille, ce ruban est-il à vous? demande d'un air sévère madame Moutonnet à Eugénie. — Non, madame, répond Eugénie, il ne vient pas de moi. — D'ailleurs ce n'est pas là une jarretière, c'eetune ceinture... Voyez, mesdames... — C'est juste, disent toutes les dames. — A qui donc estelle? — Ce n'est pas à moi... ce n'est pas à moi, » répètent les dames en tâtant leurs ceintures; la voisine de Gérard en dit autant en feignant de tâter sa taille qu'elle a eu soin de cacher avec sa serviette.

« Voyons ce qu'il y a sur le papier, dit-on de tous côtés. — Je vais le lire, dit Dupont; je gage que ce sont encore des couplets de circonstance... — Non, je vais vous les chanter. » dit Gérard en s'élançant sur le marié, auquel il arrache le papier des mains; il ouvre le billet et feint de lire :

L'hymen est un lien charmant Lorsque l'on s'aime avec ivresse...

« Comment l c'est là tout! dit Dupont. — Absolument, dit le parfumeur en déchirant le billet qu'il jette au feu; c'est un distique. — Il me semble que ça ne rime pas?... — Ce sont des vers blancs?.., — Ah! on aj»pelle ça des vers blancs? Eh bien! je gage que j'en fais toute la journée sans m'en douter. — C'est toujours une bien jolie pensée, dit madame Moutonnet. — Cela sentait diablement la tubéreuse^ » dll Bidois.

Le son de la clarinette et des violons met fin à cettf conversation, heureiusement pour le parfumeur que la réllexion de Bidois avait embarrassé. Tout le monde se lève pour se rendre dans la salle du bal. La dame blonde reste la dernière à table. « On va s'apercevoir que je n'ai pas de ceinture, ditelle, et on fera des propos. — Feignez de vous trouver in-

DUPONT iW

commodée, dit le parfumeur; faites-vous délacer par une servante... Oc croira qu'alors vous avez ôté votre ceinture. »

Madyne Dufour, c'est e nom de la jolie blonde, adopte l'avis de aérard, et se rend dans un petit cabinet pour s'y trouver mal à son aise. Cependant le bal est en train, tout I© mondt s'anime; Eugénie seule résiste aux invitations qui lui sont faites, sous prétexte d'une migraine qui la tourmente. Les petites filles ne conçoivent pas qu'on se marie sans danser; Dupont cherche en vain à entraîner Eugénie. « Elle est trop émue, trop tremblante, dit madame Moutonnet;ie mariage fait un effet étonnant... — C'est bien heureux qu'il ne fasse pas cet ellet-là sur toutes les demoiselles qu'on marie, » dit tout bas Bidois.

Dupont prend son parti et danse pour deux. Ses breloques, ses écus sautent; il est décidé à s'en donner, quitte à faire recraquer sa culotte dont il fait le sacrifice.

« Mais qu'est donc devenue madame Dufour? dit mademoiselle Cécile qui s'aperçoit de tout. — Elle se trouve mal, dit une des servantes et gnia un monsieur à odeurs qui la soigne. »

Toutes les personnes qui ne dansent pas vont aider madame Dufour, qui se laissait délacer et déshabiller afin de cacher la perte de sa ceinture. M. Gérard avait trouvé différents prétextes pour écarter toutes ies servantes; et toujours amoureux, toujours entreprenant, il allait faire de vive voix sa déclaration... lorsque plusieurs personnes viennent s'informer de l'état de madame Dufour qui, à force de bâiller, de geindre et de faire semblant d'étouffer, a fini par se donner une indigestion.

Eugénie, toujours nonne, toujours sensible aux peines des autres, oublie un moment ses chagrins pour aller secourir la malade , mais, en approchant du cabinet, elle voit madame Dufour entourée de plusieurs dames, a Mes soins sont inutiles. » dit-elle en s'éloignant, et elle porte ses regards autour d'elle; pour la première fois de la journée, elle est seule... 0 Ahl respirons un moment en liberté,* ^ dit alors la triste Eugénie. Elle entre dans une petite chambre déserte. Ta s'y asseoir, et là, n'étant plus entourée de témoins indiscrets, elle laisse couler les larmes qui la suffoquent depuis U matin

S9< K. PUPONt

« Je suis mariée... tout est iini pour moi, dit Eugénie, pîua d'espoir de bonheur!... et je ne puis mourir!... Que la vie va me sembler longue!... Mes rêves de félicité sont évanouis pour jamais... je ne peux même plus me bercer d'espérance î... Il ne faut plus que j'aime Adolphe!... Il ne faut plus que je pense à lui; aht cela m'est impossible... Je serai fidèle à l'honneur... Que peut-on exiger de plus de moi?... mais je serai fidèle aussi au serment que j'ai fait à Adolphe. »

Eugénie est depuis longtemps livrée à sa douleur. Plusieurs jeunes gens courent dans la maison, en appelant la mariée qui ne répond pas, parce qu'elle est entièrement absorbée dans ses pensées, et qu'elle n'entend pas les garçons de la noce qui ont déjà passé plusieurs fois devant la petite chambre en appelant madame Dupont! Mais on lui répéterait cent fois ce nom qu'elle ne répondrait pas, car elle ne peut jamais se persuader qu'elle se nomme madame Dupont.

On ne sait ce qu'est devenue la mariée, tel est le bruit qui commence à circuler et cela arrête Dupont au milieu d'une pirouette qu'il avait commencée en face de sa danseuse, et qu'il allait finir suivant son habitude, dans un autre quadrille.

« Belle-maman, s'écrie-t-il en courant après madame Moutonnet, il me faut mon épouse!... Qu'avez-vous fait de mon épouse? — Mon gendre, elle ne peut-être loin d'ici, je vais à sa recherche. Dansez toujours, je vous promets que je la trouverai bientôt., je sais même où elle est... elle s'est rendue quelque part... vous m'entendez... — Ah! j'y suis... j'y suis maintenant... On voulait me faire peur... c'était une plaisanterie... Ni.us amusons-nous aujourd'hui!... »

Madame Moutonnnt s'éloigne en effet pour chercher sa fille. Elle se doute bien que c'est dans quelque endroit solitaire qu'Eugénie s'est retirée pour rêver en liberté. Dans sa précipitation à aller chercher sa fille, madame Moutonnet n'a point songé à prendre de lumière. Elle s'engage dans plusieurs corridors obscurs où oll^ ne rencontre personne, parce que la plupàH des gens de la maison regardent danser, et que ceux qui étaient allés h. la découverte de la mariée, ayant entendu sa mère dire qu'elle sait où elle est, n'ont pas jngô à propos de continuer leurs recherches.

Le bal va ton train; le marié est infatigable, il ne quitta

pas la place, et il fait des pas tels qu'on n'en a jamais va. LftS deux garçons de boutique de Dupont se font un deToîr d'imiter leur bourgeois : c'est à qui fera le plus de ronds de jambe et de jetés-battus; personne ne peut approcher de ce quadrille-là, où M. Moutonnet fait le quatrième, suani à grosses gouttes pour danser comme son gendre, et ne s'apercevant pas, dans l'ardeur qui l'anime, que sa perruque est à moitié retournée et que sa cravate est descendue en Colin.

« Peste! dit Bidois qui tourne autour des danseurs depuis que le bal est comutencé, indécis s'il dansera ou s'il ne dansera pas. On voit bien que madame Moutonnet n'est pas là, voilà son mari qui va perdre sa perruque !

— Eh bienl mon garçon, dit M. Moutonnet à son comniis après la contredanse, est-ce que tu ne danses pas? — Ma foi, je me consulte ; c'est que j'ai des bas blancs... et... je ne voudrais pas les salir. — Bidois, on ne va pas tous les jours à ia noce! — C'est vrai, et si j'étais sûr de ne pas salir mes bas...

— Mais je ne vois plus madame Moutonnet! « dit mademoiselle Cécile qui ne danse pas parce qu'on ne l'invite jamais, et qui n'est occupée qu'à s'inquiéter de ce que chacun fait.

« Tiens, voilà belle-maman qui a disparu aussi, dit Dupont.

— C'est singulier! dit M. Moutonnet. — Je vais à la recherche de ces dames, s'écrie M. Gérard; je vous les ramène bientôt. »~Et le parfumeur s'élance hors de la salle du bal, espérant trouver la mariée seule et lui adresser une partie des jolies choses qu'il n'a pas eu le temps de dire à madame Dufour.

Cependant la danse continue, et Gérard ne revient pas. «t Qu'est-ce que cela veut dire? répète mademoiselle Cécile. Est-ce qu'il vont faire tous comme cela? » Et la vieille fille court de madame Gérard au marié, du marié à M. Moutonnet, en faisant tout ce qu'elle peut pour leur donner de Tinquiétude. Mais la parfumeuse est tout à la danse. M. Moutonnret n'est peut-être pas fâché de se trouver un moment hbre de aire ce qu'il veut, et le marié répond que sa femme est ave«:

belle-maman,

« A-t-on jamais vu une noce comme celle-ci 1 murmure ma demoiseFe Cécile; cela crie au scandale.

— Si j'étais certain de ne point gâter mes basl • dit B-dois

19$ X. DiUPCNT

AD s'arrêtant devant chaque demc iselie, jetant an eonç ^(efH

sur la danseuse et un autre sur ses jambes.

Toux à coup un grand bruit se fait entendre; on crie ao secours, au meurtre, au viol même. « Au violl s'écrie le marié; ah I mon Dieu! et mon épouse qui ne se retrouve pas! — Je vous disais bien qu'il se passait quelque chose d'extraordî naire, dit mademoiselle Cécile; maisonneveutpasm'écouter!»

Toute la noce court vers le lieu d'où partent les cris : on monte plusieurs escaliers; on traverse une partie de la maison, on arrive enlin dans un petit cabinet noir où madame Moutonnet se débat avec un marmiton; et, dans une chambre on peu plus loin, on trouve le parfumeur tenant dans ses bras une laveuse de vaisselle, sur laqmelle il veut passer sa fureur galante.

Madame Moutonnet, en cherchant sa fille, s'était égarée dans la maison; elle avait monté et descendu plusieurs escaliers, appelant toujours Eugénie. Ne recevant pas de réponseï elle avait voulu retourner à la danse, espérant y retrouver sa fille, mais elle n'avait pas pris le bon chemin et avait fini par entrer dans le petit cabinet noir. Or, comme partout il y a des intrigues amoureuses, rue des Martyrs comme au Cadran^ Bleu, et entre les marmitons et les laveuses de vaisselle, comme entre les Frontins et les Martons ; comme tout le monde fait l'amour enfin, depuis le plus petit jusqu'au plus grand, depuis le plus riche jusqu'au plus pauvre, et qu'il n'y a de différence que dans la manière de le faire^ ou plutôt dans celle de l'exprimer, un marmiton du traiteur où se faisait la noce de Dupont avait des connivences avec une servante de la même maison, et, pendant que tout le monde devait être du côté du bal, ils s'était promis de s» retrouver d'un c6té opposé; je ne sais pas précisément pourquoi faire, mais cela ne nous regarde pas.

Le marmiton arrive le premier au cabinet, lieu du rende» vous; iJ entend soupirer; il s'avance, saisit une robe, ne donf pas qut ce ne soit sa belle, parce qu'un marmiton ne se colnaît point eu étolfe, et commence la conversation par un baiser; début qui, comme on peut le croire, étonne madame Moutonnet.

De son côté, le parfumeur s'était aussi engagé à tâtons daïM

1«3 corridors; il n'avait pas pris de lumière à dessein, se flattant que l'obscurité lui serait favorable. Il rôdait et furetait depuis quelque temps sans faire de rencontre, lorsqu'onfin U distingue le bruit des pas d'une personne qu^ court devant lui; il court après elle, l'atteint par ses jupons, ce qui lui prouve que c'est une femme . et il n'en demande pa3 davantage; il la saisit et la fait entrer dans la première chambre venue, entamant la conversation comme son voisin le marmiton.

Cependant, aux baisers on répond par des soufflets et des coups de poing, parce que madame Moutonnet est un dragon de vertu, et que, revenue de sa surprise, elle a retrouvé toute son énergie. La laveuse de vaisselle en fait autant, parce que, sans être un dragon de vertu, elle veut être fidèle à son marmiton, et que, l'odeur de la vanille et du jasmin n'ayant aucun rapport avec celle que son amant exhale habituellement, elle ne doute point qu'il n'y ait erreur.

Aux baisers et aux soufflets ont succédé les cris. C'est alors que toute la noce en alarme arrive sur le lieu de la scène. Dès que la lumière a éclairé tes traits de madame Moutonnet, le marmiton s'enfuit sans qu'on ait besoin de le chasser, et Gérard, interdit, a lâché la servante.

« Il faut avouer, dit madame Moutonnet au traiteur, que vous avez chez vous des garçons bien hardis!... Le petit drôle !.., si vous n'étiez pas arrivé... On n'est pas en sûreté dans vos cabinets.

— Et vous, monsieur Gérard, que faisiez-vous avec cette fille? demanda la parfumeuse à son mari.

— Ma foi, dit Gérard, j'ai cru que c'était un voleur, et je Youlais absolument l'arrêter. — Un voleur en jupons I... — Écoutez donc... dans l'obscurité... il pouvait s'être d^ guisé. »

On fait semblant de croire à la méprise du parfumeur, et on retourne à la salle du bal, où l'on retrouve la mariée, qui, ayant entendu le vacarme que l'on faisait dans fa maison, avait eu Un quitté sa retraite pour retourner prés do la société.

« Eh bien I mon épouse que nous cherchions , et qui était ^k\ dit Dupont en s'approchaut d'Eugénie. Ah I comme mas

nons amusons aujourd'hui 1 Comment vous trouvez-vous, mon épouse? — Toujours de même, monsieur, » dit Eugénie et ses yeux se portent sur une pendule ; elle regarde l'heure en soupirant/ Dupont s'aperçoit de cela ; il s'approche de l'oreille d'Eugénie, et lui dit d'un air tendre : « La soirée s'avance, ma chère épouse! — Ah I qu'elle me semble longue l répond Eugénie. — Vous êtes trop aimable en véri:é; et j« partage bien l'impatience que... »

Eugénie le regarde d'un air surpris, ne comprenant pas ce qu'il veut dire; et Dupont s'éloigne en se frottant les mains, et répétant tout bas : « Je gage que c'est l'amour qui lui donne la migraine.., cette femme-là m'adore. «

Entin, on propose la contredanse de clôture, la gothique boulangère qui, au lieu de terminer les bals, les prolonge souvent une heure de plus; contredanse fort agréable, sans doute, où des personnes déjà fatiguées par l'exercice de la soirée, achèvent de s'éreinter en tournant pendant une heure sur le même refrain, ne s'arrétant que pour voir un monsieur ou une dame courir après chaque danseur ou danseuse, et leur faire l'allemande à gauche le plus vite possible; figure très-gracieuse, après laquelle celui qui a parcouru tont le rond revient essoultlé, en nage et sans respiration, reprendre sa place. C'est une bien Àolie danse que la houlatlr gère !

Pour celle-là, Eugénie ne peut se dispenser d'en être; on l'entraîne de vive force dans le rond ; on la fait aller, passer, tourner; et la jeune femme, la tête étourdie par le bruit, les chants, les éclats de rire, se laisse conduire sans savoir ce qu'elle fait. La boulangère ne dure qu'une heure et quart; ce n'est pas trop quand on est quarante personnes à la danser, car elle est entremêlée de petits accidents qui en font le charme, et ajoutent aux plaisirs de la société. M. Moutuimet y perd sa perruque; maden'oiselle Cécile, ses jairetières; madame Moutonuet y déchire sa robe; madame Gérard y fait une chute; son mari se laisse rouler avec sa voisme, en faisant l'allemande à gauche; Bidois y salit ses bas, et le marié achève de déchirer sa culotte; mais cette fois ce n'est pM par devant.

On s'arrête euhn, exténués, abîmés, couvert» de 3Ui//r eld§

poussière, et Dupont s'écrie plus fort que jamais : « Ah Dieul

nous amusons -nous

Mais déjà les oncles se sont emparés des tantes, et îos cou' sines des cousins ; on songe â la retraite. Madame Moiitonnet s'approche de son gendre, et lui dit à l'oreille, d'un ton à la fois tendre et mystérieux : « Vous pouvez vous retirer... l'instant est arrivé... — Je vous comprends, beile-maman, répond l'épicier, en laissant échapper un sourire malin, je vous comprends I... »

Le marié court aussitôt vers sa femme; il lui prend la main, l'entraîne... Eugénie se laisse conduire sans dire un mot, ils montent en voiture... « Chez moi, rue aux Ours. » crie Dupont, et les chevaux emmènent les nouveaux époux.

Pour la première fois qu'ils sont mariés, les voilà en tête à tête. Cet instant est le plus doux de la journée pour un jeune couple bien amoureux qui brûle de pouvoir se livrera son ivresse, qui peut enfin exprimer librement tout ce qu'il sent, et entendre ces doux aveux qae ne gêne plus une foule importune.

Mais pour Eugénie et son mari, que ce moment est différent!... La jeune femme commence à redouter alors l'approche d'un danger auquel elle n'a point songé depuis le matin, parce qu'elle a cru que rien ne pouvait augmenter son malheur. Mais la jeune fille la plus s*ige, la plus innocente, sait fort bien, en se mariant, qu'un époux a des droits sur elle; l'instant où elle doit se donner à ce nouveau maître fait battre avec crainte le cœur de la jeune vierge, même lorsqu'elle aime celui auquel elle vient de s'engager : quelle doit être la situation de celle qui se voit livrée à im homme qu'elle déleste 1

Eugénie se blottit dans un coin de la voiture... son mari se met d'abord respectueusement sur le devant, mais ensuite, voyant que sa femme ne tient que fort peu de place, il s'assied à côté d'elle, et Eugénie se recule encore dans son coin. On ne dit rien : Eugénie n'a rien à dire, et le marié ne sait jamais par où commencer une conversation. Eugénie lui impose une sorte de respect... avec elle il n'y a pas moyen d© pifiisamter. Cependant Dupont s'enhardit, et se décide à entamer l'entretien. «Notre noceaété bien gaie.. Qu'enpensez von».

mon épouse? — Oui, monsieur... — Oa s'est fièrement amusé Le repas était bon ...j'avais dit au traiteur de le soigner... On ajournent mangé... N'est-ce pas, mon épouse?...— Oui, monsieur.— Ma culotte s'est décliirée de nouveau ; je Ciois que je ne pourrai plus la porter... à moins qu'on n'y mette un nouveau fond... elle en vaut la peine... c'est du drap de première qualité enelbeuf... Savez-vousracommoder les culottes, ma chère épouse?... — Je l'essaierai, monsieur.

— Voilà une femme charmante, se dit Dupont, elle racommodera mes culottes 1... Ce que c'est que la bonne éducation I comme elle est soumise 1... Elle parle peu, mais elle parle

bien. »

Dupont se rapproche de sa femme, qui fait ce qu'elle peut pour s'éloigner de lui; il s'enhardit jusqu'à lui prendre la main, qu'Eugénie retire aussitôt. aPeste, se dit Dupont, elle sera farouche jusqu'au dernier moment!... suite de la bonne éducation!... Il faudra pourtant que... Enlin, c'est ma femme. — C'est une belle chose que le mariage, dit Dupont après un moment (Eugénie soupire et ne répond rien), surtout quand on s'aime comme nous nous aimons...»

Eugénie soupire et se tait.

«Comme nous allons être heureux!...»

Eugénie soupire plus fort et ne dit mot.

« Ah! mon Dieu! dit Dupont effrayé de ses soupirs, est-ce que votre dîner vous fait mal?... — Non monsieur. —J'avais cru... Vos soupirs... Ah! j'entends... l'émotion... la situation., le désir... Croyez que je partage tous vos sentiments... ma tendre épouse!»

Eugénie porte son mouchoir sur ses yenx. « Elle est considérablement émue, se dit Dupont; effet de la pudeur... Si je lui prenais un baiser... Depuis que je suis son époux, je ne lui ai encore rien pris... Un baiser sera un très-joli début... cela chassera sa timidité... Prenons-lui un baiser.» Et Dupont se jette à corps perdu sur Eugénie. Celle-ci, effrayée d'une attaque à laquelle elle ne s'attendait pas, rassemble ses forces et repousse Duj^ont qui tombe sur la {)aille entre les Jeux sièges, les jambes et les bras en l'air. «Elle est considérablement farouche 1 dit le marié en s'accrochant aux portières pour se Klever; suite de son éducation!... Mais il faut cependant que

j*apprivoise sa vertu.» Décidé à prendre un baiser, Dupont se précipite de nouveau sur Eugénie; celle-ci veut le repousser encore, mais ses forces diminuent. Le marié est vigoureux. Eugénie se défend, se débat ; elle crie, pleure, suppli.Q, Dupont de la laisser; mais -celui-ci, persuadé que cette dèrènsfc 2st une suite de l'éducation de sa femme, et qu'au fond elle sera charmée de se rendre, continue son attaque. La pauvre petite est aifaiblie, elle va tomber en son pouvoir... lorsque la voiture s'ariête dans la rue aux Ours. «Nous voki arrivés, dit Dupont; c'est dommage, j'allais le prendre... mais ça n'est que différé.»

Il saute hors de la voitire, fait descendre sa femme qui peut à peine marcher et tremble comme une feuille, et l'introduit dans son nouveau domicile. Eugénie, épuisée par la lutte qu'elle vient de soutenir, respire à peine et se sent mourir en entrant dans son appartement. Une femme l'y attend; elle court à elle... c'est Jeanneton. Eugénie la reconnaît, elle pousse un cri. «Sauve-moi,» lui dit-elle; et elle se laisse aller mourante dans ses bras.

«Ah I ma pauvre Eugénie I s'écrie Jeanneton, dans que! état je la revois!... Tenez, monsieur... elle se meurt... elle n'a plus de connaissance...

— Ahl mon Dieu!... tu crois? dit Dupont en aidant Jeanneton à transporter Eugénie sur son lit. Mais d'où vient donc. C'est bien singulier... Pour un baiser que j'ai voulu lui prendre... Serait-ce une attaque de nerfs?...— Oui, monsieur, oui, justement... Vous savez qu'elle en a souvent... Crois-tu que cette attaque- ci durera longtemps?... — Huit jouÉ||yu plus, monsieur... — Huit jours... diable! cela vient bien mal à propos... la première nuit de nos noces... Que faire, Jeanneton?— Laissez-moi la soigner, monsieur, je la veillerai toute la nuit. Je sais ce qu'il faut lui donner en pareil cas... Allez vous coucher, monsieur, je garderai madame.

— Diable! diable!.., c'est fort contrariant, dit Dupont enpsgardant Eu^'tie dont les yeux sont fermés; j'espérais tout autre chose. Tu conviendras, Jeanneton, que, pour une première nuit... il est désagréable de coucher seul... — Ehl monsieur, il s'agit bien décela... quand votre femme est mourante! — Om, je vois bien qu'elle a les yeux fermés... Dia-

bleî j'aime les femmes nerreuses, c'est vrai , mais je ne yoti* drais pas cependant que cela lui arrivât souvent... Belle-ma« man aurait dû m'avertir.. — Est-ce qu'on dit ça, monsieur, quand on vent marier une demoiselle?... — Tu as raison, on ne dit pas ça... — Pauvre petite! ça n'est pas sa faute... Allez vous coucher, monsieur. — Oui, je crois, en effet, que c'est ce que j'ai de mieux à faire. Veille- la bien, Jeanneton; et si elle se trouvait rétablie dans la juit, tu viendrais me chercher. — Oui, monsieur, je n'y manquerai pas.»

Le marié se munit d'une lumière, et prend à regret le chemin de sa chambre. Il se couche en maudissant l'attaque de nerfs, et passe la première nuit de ses noces à ronfler, sans s'éveiller, jusqu'au lendemain.

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