i'ONT
net à dentelles ; quelques-unes avaient même le tablier de soie ce qui est autant pour elles qu'un cachemire français pour une bourgeoise ou un cachemire des Indes pour une femme entretenue. Le plaisir brillait sur tous les visages. Celles qui dansaient en prenaient de toutes leurs forces ; celles qui regardaient s'en promettaient pour la contredanse suivante, et jouissaient déjà en espérance. On est si heureux dan» la jeunesse, avec une clarinette, un violon et untambounn. quand on aime la danse cependant!
Quelques habitants de Paris se mêlaient aussi aux paysans. Les petites ouvrières, venues en promenade avec leurs bons amis, ne dédaignaient point le bal villageois. Quelques grosses mamans, assises toute la semaine dans leur comptoir, pinçaient et agaçaient leurs époux, pour tâcher de les décider à faire au moins une ûgure. Ces messieurs, après s'être bien fait prier, finissaient par se rendre, et une fois en tram on ne pouvait plus les arrêter. Les commis marchands tournaient autour du bal en cherchant les plus jolis minois, et les vieux libertins de Paris se promenaient à pas de loup dans le bois, n y cherchant autre chose.
A une assez grande distance du bal, vers le miUeu du bois, dans un fond formant l'amphithéâtre, uvie société nombreuse est assise sur le gazon, ou plutôt sur le sable; des serviettes 6ont étalées sur le terrain et couvertes de pâtés, de viandes froides et de fruits. Les bouteilles sont placées au frais, les verres s'emplissent et se vident rapidement ; les mets sont fêtés; l'appétit, le grand air font trouver tout excellent. On 86 forme' das assiettes avec du papier; on se jette à la volée des morceaux de pâté, de saucisson; on mange, on boit, on chante, on rit, on se fait des niches; c'est à qui fera le plus de plaisanteries. Il est convenu qu'à la campagne tout est pejcîis; et la société bourgeoise qui est rassemk'ée au bois de Romainville paraît bien pénétrée de cet usage.
Un gros papa, d'une cinquantaine d'années, tâche de découper tm dindon, et n'en peut venir à bout. Une petite ienimc, bien rouge, bien grasse, bien ronde, s'en^presse de saisu" une cuisse de volaille; elle tire d'an côté, le gro3 papa tire de l'autre, la cuisse se détache enfin, et la dame est renversée iur Viierbe, tandis que le monsieur roule d un autre côté avec
Je restant delà bête. Les éclats de rire redoublent, et M. Moutonnet, c'est le nom du gros papa, se remet à sa place, en se déclarant qu'i^ ne se chargera plus de rien découper.
— Je savais bien que vous ne pourriez pas vous en tirer, dit aussitôt une grande femme sèche, dont le Un est d'accord avec la mine pincée et revèche, et qui, assise en (ace du vieux monsieur, n'avait pas vu, sans en être piquée, la petite dame venir à l'aide de M. Moutonnet. Depuis vingt ans que nous sommes mariés, avcz-vous jamais rien découpé chez vous?..,
— Non, ma femme, c'est vrai, répond le gros papa d'un ton soumis, et cherchant par un sourire à calmer sa chère moitié. — Vous ne savez pas servir des épinards, et vous voulez découper une grosse pièce!... — Ma femme, à la campagne... — Monsieur, à la campagne comme à la ville, il ne faut pas se mêler de choses auxquelles on n'entend rien. — Vous savez bien, madame Moutonnet, que je ne me mêle ordinairement de rien; mais aujourd'hui... — Aujourd'hui, vous auriez dû faire comme tous les jours. — Ah! ma chère amie, vous oubliez que c'est la Sainte-Eustachel...
— Oui, oui, c'est la Saint -Eustache, répète toute la société ; et les verres s'emplissent et se choquent de nouveau.
— A la santé d'Eustachel vive Eustache!... — A la vôtre, messieurs et mesdames, répond gracieusement M. Moutonnet; à la tienne, ma toute bonne!
C'est à sa femme que M. Moutonnet s'adresse en ce moment; celle-ci tâche de prendre un air aimable et daigne approcher son verre de celui de M. FJustache Moutonnet, dont vous voyez qu'on célèbre la fête au bois do Romainville.
M. Eustache Moutonnet est un riche passementier de la rue Saint-Martin. C'est un homme très-estimé dans le commerce, car il n'a jamais laissé protester un de ses effets, ni manqué à ses engagements. Depuis trente ans qu'il ist établi, ii s'occupe régulièrement de ses affaires depuis huit heures du matin jusqu'h huit heures du soir. C'est lui qui tient son grand livre et son journal ; madame Moutonnet se charge de sa correspondance, et traite elle-niômc les négociations. Le détail do la boutique et de la caisse est couiiô à un vieux commis et à mademoiselle Eugénie Moutonnet, avec qui nous ferons tout à Thenre connaissance
i M. DUPONT
M. Moulonaet n'a pas, comme vgus avez déjà pu le Toir, riiabitude de commander cbez lui; c'est sa femme qui agit, ordonue, dispose et rè^le tout. Quand elle CsSt ' de bonne humeur (ce qui est rare), elle permt't à son mari d'aller prendre sa dftmi-tasse, à condition que ce sera au café qui fait le coin de fa rue Mauconseil, parce qu'on y donne de très-gros morceaux de sucre, et que M. Moutoimtt en rapporte toujou: ^ trois à sa fon^nie.
Le dimanche on àhiQ lîu peu plus tôt, alla d'avoir le temps de t;Q promener le soir aux TuilcrieS/OU au Jardm Turc. Les parties de compagne sont fort rares, et n'ont lieu que dans les cas extraordinaires, connne la fête de Monsieur ou de madame Mou ton ne t.
Cette vie régulière n'empêche pas le gros passementier de se trouver le plus heureux des hommes ; tant il est vrai que ce qui causerait l'ennui de l'un fait le bonheur de Tautre. M. Moutonnet était né avec des goûts simples, paisibles; il avail besoin d'être mené, conduit comjne un enfant... Que cela ne vous fasse point hausser les épaules, vous, messieurs, si tiers de vos droits, si pleins de votre mérite! qui croyez être toujours maîtres de vos actions ; vous cédez journellement à vos passions; elles vous maîtrisent, vous entraînent et vous conduisent quelquefois fort mal. M. Moutonnet ne craint pas cela; il n'a point de passions; il ne connaît que son commerce et l'obéissance aux ordres de son épouse ; il trouve que Toq peut vivre très-heureux sans savoir découper une volaille et en se laissant mener par sa femme.
Madame Moutonnet a passé la quarantaine, mais il est convenu qu'ellb n'aura jamais que trente-six ans. Elle n'a pas été jolie, mais elle est grande, et son mari est persuadé qu'il a une superbe femme. Elle n'est point coquette, mais elle pense l'emporter sur toutes les autres en esprit et en beauté. Elle n'a jamais été amoureuse de son mari, mais s'il lui faisait ane infidélité, elle lui arracherait les yeux. Madame Moutonnet est, comme vous le voyez, excessivement jalouse de ses droits.
Uce iixle est l'unique fruit do l'hymen de .M. Eustache Moutonnet avec mademoissellc Barbe Désormeaux. Cette jeune perscuue a maintenant dix-huit ans, mais ne tient ni de son
père ni de sa mèro. De qui tient-elle doac? Je serais bien embarrassé pour vous le dire... Et ne voyons-nous pas tous ies jours des choses qui passent notre faible conception? Pourquoi le tiis d'un imbécile a-t-il de l'esprit? Pourquoi des époui si jolis font-ils des enfants si laids? Pourquoi^ ayant tous des yeux, une bouche, un front, et le nez au milieu du visage, ne trouve-t-on pas deux Cigares exactement ressemblantes? l^ourquoi ce qui est beauté à Paris est-il laideur â^ Pékin? Pourquoi crie-t-ou en venant au monde, puisqu'on crie aussi eu en sortant? Pourquoi la vertu est-elle plus rare que le vice? Pourquoi le mal est-il.plus commun que le bien? Pourquoi pleure-t-on de joie et de colère? Pourquoi voit-on la sottise en carrosse et le mérite à pied? Pourquoi?... Pourquoi?... Cela nous mènerait trop loin; et nous n'en serions pas plus avancés. Revenons à mademoiselle Eugénie Moutonnet.
Elle a dix-huit aus, comme je vous l'ai déjà dit; à dix-huit ans, les demoiselles de Paris sont ordinairement très-avancées en tout. Mais Eugénie a été élevée sévèrement, et, quoique douée d'une certaine force d'âme, elle est timide, docile, soumise, et ne se permet jamais une observation devant ses parents. Elle a de l'esprit, de la grâce, de la sensibilité, mais elle ignore tous les dons qu'elle a reçus de la nature ; ses sentiments sont encore concentrés au fond de son cœur. Elle n'est point coquette, ou du moins elle ose à peine céder à ce penchant, si naturel chez les fennnes, qui les porte à chercher à plaire et à paraître jolies. Mais Eugénie n'a pas besoin d'employer ces petits manèges, si nécessaires à beaucoup d'autres, ni d'avoir à chaque instant recours à son miroir. Elle est bien faite et elle est jolie; ses yeux sont doux et expressifs, sa voix tendre et agréable, son front est ombragé par des cheveux bien noirs, sa bouche garnie de dents bien blanches; enfin elle a ce je ne sais quoi qui plaît, qui charme au premier coup d'œil, et que ne possèdent pas toujours des beautés plus parfaites, des traits plus réguliers.
Nous connaissons maintenant toute la famille Moutonnct; pendant ^ue nous sonmies en train, faisons aussi connaissance cvecle reste de la société réunie au bois de RomainvUle pour fêter la Saint- Eu.nache.
La petite dame qui est venue avec tant d'empressement au secours de M. Moutonnet est la femme d'un grand monsieur que l'on appelle Bernard, et qui est tabletier dans la /ue Saint- Denis. M. Bernard fait l'aimable, le folâtre; il rit. badine, fait des plaisanterie:., des calembours môme; c'est I3 bel-esprit de la société.
Sa femme a été bien, elle veut l'être toujours. Elle se serre la taille de manière à s'éloulfer, et met une heure à se chausser, parce qu'elle veut absolument avoir un petit pied. Sa figure est un peu trop rouge ; mais ses yeux sont très-vifs, et elle tâche de les rendre continuellement malins.
Madame Bernard a une grande fille de quinze ans qu'elle habille encore comme si elle n'en avait que huit, afin de lui conserver l'air d'un enfant. On lui donne même encore des poupées, et la jeune fille n'appelle sa mère que ma petite maman.
Auprès de madame Bernard est assis un jeune homme de dix-huit ans, qui a l'air aussi timide qu'Eugénie, et qui rougit toutes les fois qu'on lui adresse la parole, quoiqu'il soit depuis six mois dans le commerce; c'est le fils d'un associé de M. Bernard, et madame la. tabletière s'est chargée de le former et de le pousser dans le monde.
Un personnage de quarante ans, ayant de ces figures bêtes que l'on juge au premier coup d'œil, est assis près d'Eugénie. M. Dupont (c'est son nom) est un riche épicier de la rue aux Ours. Il porte de la poudre et une queue, parce qu'il trouve que cela lui va bien, et que' son perruquier lui a dit que cela devenait très-distingué. Son habit bleu de ciel et son gilet jonquille lui donnent quelque chose de niais qui s'accorde parfaitement avec l'expression étonnée de ses yeux à fieur de tête; il caresse avec complaisance deux chaînes de montre qui se balancent sur sa culotte de nankin, et s'écoute parler toutes les fois qu'il dit un mot; il se croit séduisant et plein d'esprit; il a la suflisance de la sottise appuyée par la richesse ; enfin il est garçon, ce qui lui donne beaucoup de considération dans tjuies les maisons où il y a des filles à marier.
M. et «ladame Gérard, parfumeurs de la rue Saint-Martin, sont venus se joindre à la réunion. I.e f)arfumeur fait le beauiils et a dats son quartier la réputation d'un terrible séducteur, quoiqu'il soit laid, mal bâli et lourhe; mais il croit cor-
riger tout cela en se couvrant d'odeurs et de parfums : aus^i :a sent-on un quart d'heure avant de le voir.
Sa femme est jeune et gentille, elle s'est mariée à quinze ans et a uu garçon de neuf ans dont elle parait la sœur. Le petit Gérard crie, saute, casse les verres et les bouteilles, et fait presque autant de bruit à lui seul que toute la société. « C'est un petit lion, dit M. Gérard, je me reconnais; à &on âge, on ne s'entendait pas quelque part quand j'y étais! Vussi on me trouvait^ charmant. Mon fils sera tout mon portrait. »
La sœur de M. Gérard, vieille demoiselle de quarante-cinq ans, qui jure à chaque instant qu'elle n'a jamais voulu se marier, et soupire toutes les fois que M. Dupont la regarde, est placée auprès de M. Moutonnet.
Le vieux commis du passementier, M. Bidois, qui attend pour parler que madame Moutonnet le lui ait permis, et ss verse à boire toutes les fois qu'on ne le regarde pas, est placé à côté de mademoiselle Cécile Gérard, qui, quoiqu'elle jure à tous moments qu'elle ne veut pas se marier parce qu'elle déteste les hommes, est de fort mauvaise humeur de voir le vieux Bidois assis près d'elle, et fait observer que madame Bernard accapare tous les jeunes gens.
Enfin, un jeune homme de vingt ans à peu près, grand, bien fait, d'une jolie figure, et dont la physionomie spirituelle annonce qu'il n'est pas né pour mesurer éternellement du calicot, est assis à la droite d'Eugénie.
Ce jeune homme, que l'on appelle Adolphe, est commis dans un magasin de nouveautés où se fournit habituellement madame Mo, tonnet; et comme il lui fait toujours bonne mesure cela lui a valu l'honneur d'être invité à la Saint-Eustache! Nous connaissons maintenant toute !a société réunie pour célébrer la fête de M. Moutonnet.
M. DU f ONT CÎIAPITHE II
DÉTAILS DOilESTKjCE?, INTÉRIEUR DE ÎSÉNACS
La Saint-Eustache était une époque biea impatiemment attendue dans la maison du passementier. Ce jour-là tout était en mouvement chez M. Moutonnet; sa femme même permettait que l'on prit un air joyeux. Eugénie apprenait nnfr chanson nouvelle, qu'elle chantait à son père en lui offrant ou une bourse qu'elle avait brodée, ou un rond de serviette, ou une tabatière ot le bon Moutunnet ne recevait jamais le petit cadeau de sa li'le sans que de douces larmes ne vinssent humecter ses paupière?.
Maîame Moutonnet faisait aussi un présent à son époux; mais comme l'ordre et l'économie dirigeaient toutes ses actions, son offrande consistait ordinairement en paires de bas, mouchoirs ou gilets. Que) que fut le cadeau, M. Moutonnet était ravi, enchanté: sa femme ne lui aurait offert qu'une prise de tabac, qu'il aurait témoigné le même ravissement. Le bonhomme avait ses raisons pour paraître toujours content.
M. Bidois ne donnait rien, il réservait se? petites économies pour la Sainte-Barbe, patronne de madame Moutonnet. Le vieux commis était courtisan, car, tout en complimentant Eustache, il avait encore l'adresse de parler des qualités et des grâces de madame Moutonnet.
Pour le récompenser, on l'emmenait à la campagne, et c'était lui qui était chargé de porter deux énormes paniers remplis de provisions, parce que madame Moutonnet, ne voulant pas laisser sa maison déserte depuis qu'on avait volé dans le quartier, ne permettait plus à sa bonne de les accompagner. C/Cla dés3lait le [)anvre Didois, qui gémissait et suait à grosses gouttes tout le long du chemin, ployant sous le poids des énormes pjiniers, n'osant se permettre aucune plainte et tachant même de paraître alerte et fringant toutes les fois que madame Moutonnet regardait de son côté.
La veille du grand jour, madame Moutonnet, qui se cbar-
M. DUPOiNT 9
geait d'inviter les personnes qui lui convenaient, et daignait ensuite faire part à son mari de ce qu'elle avait fait, arrête son époux à la fin du dîner, au moment où, ployant avec soin sa serviette, le cher homme va retourner à son grandlivre.
« Monsieur Moutonnet, c'est demain la Soint-Eustache, a dit madame Moutonnet en se donnant un air presque aimahe. — « Bah! en vérité, » répond le passementier en tâchant de paraître étonné, quoique depuis huit jours il regardât tous les matins à son haromètre pour s'assurer s'il ferait beau temps le jour de sa fête.
« Est-ce que nous tenons le 20? — Oui, monsieur, puisque c'est aujourd'hui le 19septembre. — C'est juste, ma femme. — Je n'oublie jamais ces époques-là, moi, monsieur...— Vous êtes bien bonne, madame Moutonnet, vous savez que je n'oublie point non plus la Sainte-Barbe... Mon cœur... — Il n'est pas question do la Sainte-Barbe, monsieur, mais de la Saint- Eustache que nous célébrons demain. — C'est juste, ma femme. — J'ai arrangé une partie de campagne... au bois de Uomainville ; cela vous convient-il, monsieur? — Comment donc, ma chère amie, si cela me convient? cela me ravit! au bois de Romainville ! je l'ai toujours beaucoup aimé, vous le savez...
Ce bois charmant Pour les amants...
— Il n'est pas question d'amants, monsieur Moutonnet, vous êtes toujours d'une folie! — Ma femme, c'est la Saint- Eustachequi fait son effet. — Taisez-vous donc, monsieur... »
Et un regard sévère fait comprendre à M. Moutonnet que sa fille est assise près delà, et qu'elle peut l'entendre; le cher hommft se tait et sa femme continue :
« J'ai invité beaucoup de monde pour demain, j'ai tâché de bien choisir dans nos connaissances... Je crois que vous serez satisfait de mon choix... — Ma femme, vous savez que je le suis toujours. — Laissez-moi donc parler, monsieur Moutonnet; »i vous m'interrompez à chaque instant, nous n'en finirons pas... —C'est juste, ma femme. — Voici comment sera corn-
posée notre société... Nous trois d'abord, et M. Bidois.,.jfe n'emmène point Jeanneton, je ne veux pas laisser la maison seule, je ne serais pas tranquille. M. Bidois portera les paniers, TOUS savez d'ailleurs que cela l'amuse. — Oui, madame, dit le vieux commis en s'efforçant de sourire pour dissimuler la grimace qu'il a faite au mot de paniers.
— i vous préviens, monsieur Bidois, qu'ils seront peutêtre un peu lourds demain, car nous serons beaucoup de monde, et, excepté le pain et le vin que nous prendrons chez le garde, je fais tout porter... mais vous êtes fort, vous êtes alerte. — Et puis je pourrai le relayer quelquefois, dit M. Moutonnet. — Non pas, non pas, monsieur; je n'entends pas cela : je ne veux point que pour votre fête vous vous h'\ guiez dès le matin, vous ne seriez plus bon à rien le soir. — C'est juste ma femme. — Revenons à notre monde : nous aurons M. et madame Bernard, leur fille Mimi, et leur petit commis Estève. M. Bernard est fort aimable, il est plein d'esprit, de gaieté; quand il est quelque part, il met tout en train, et c*est ce qu'il nous faut; s'il n'y avait que vous, monsieur Moutonnet, pour amuser une société... — Mais, ma femme, il me semble... — Chut! je poursuis : madame Bernard est loin d'avoir l'esprit de son mari, quoiqu'elle ait beaucoup de prétentions et veuille sans cesse placer son mot... Enfin, chacun à,ses défauts dans ce monde, et s'il fallait ne voir que des gens parfaits, on resterait seule chez soi. J'avoue que cela me fait de la peine de voir combien madame Bernard se serre pour paraître mince... aussi elle peut à peiue respirer... en vérité, j'étoufte pour elle... Quelle folie... à trente-huit ans... au moins 1... D'ailleurs elle n'a jamais été bien faite; et sa fille, qui a quinze ans, et que l'on fait encore jouer à la poupée ; cette giand Mimi devrait être au comptoir depuis trois ans. Mais enfin la mère le veut ainsi !
— Il est .vrai que cela est bien ridicule , murmure le Tieux Bidois tout en taillant sa r»liime et sans lever les yeux de dessus son canif. Madame Moutonnet lui jette Jin regard approbateur et poursuit son discours : — Bidois a bien raison, cela n'a pas le sens commun, ei la manière dont madame Bernard élève sa lille... Mais silence : tout ce dont je vous prie, monsieur Moutonnet, c'est de ne point vous écarter d«
îï. oupoNT a
la société avec madame Bernard sous prétexte de chercher des fraises... cela me déplaît, vous entendez... — Ma femme, je ne savais pas que... — Vous le savez maintenant, monsieur. ~ D'ailleurs il n'y a point de fraises aux bois de Romainville. — Quand même il y en aurait, monsieur, je vous défends d'en aller chbfcher avec elle ; d'ailleurs elle aura son commis, ce petit Estève que j'ai été obligé d'inviter, puisqu'ils le mènent partout avec eux. Vraiment, si on était méchant, cela ferait penser des choses... Vous riez, Bidois?...
En effet, Bidois affectait de rire avec malice pendant que madame Moutounet parlait du petit commis de la tabletière, et cela lui valut un second coup d'œil d'approbation.
« Voilà donc déjà quatre personnes d'une seule maison. J'ai invité aussi nos bons voisins de la rue Saint-Martin, M. et madame Gérard, leur fils et leur sœur mademoiselle Cécile Gérard ; au moins ces gens-là ont le bon ton, les bonnes manières. M. Gérard est d'une galanterie... d'une attention auprès des dames...
— C'est dommage qu'il sente toujours si fort, dit à demivoix M. Moutonnet. — Comment! monsieur, il sent fort? mais dites donc qu'il embaume ; qu'il parfume tous les endroits où il s'arrête... C'est un sultan ambulant. Il faut avoir l'odorat bien commun pour n'* pas être cuivré de ces odeurslà... — Cela porte à la tête, madame Moutonnet... — Ehl mon Dieu! monsieur j où voulez-vous donc aue cela porte?... N'allez-vous pas faire le nerveux... Vous me faites pitié. — Ma femme, je ne dis pas... — Eh bien! alors, taisez-vGuà, monsieur, et tenez-vous-en à votre eau de lavande... vous n'êtes pas digne de respirer la pommade superfine de M. Gérard...
Ici Bidois prit une prise de tabac qu'il savoura pendant cinq minutes, en ayant l'air de se croire dans la boutique du parfumeur.
— Nous auions donc la famille Gérard, continue noadame Moutonnet, après avoir regardé Bidois qui respirait en idée la pommade superfine. Madame Gérard est un peu folle, un peu étourdie, mais du moins elle est jeune, on peut lui passer cela. Mademoiselle Cécile, leur sœur, est une tille fort •ensée, fort raisonnable ; je suis vraiment fâchée qu'elle ne
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ti-oLive pointa se marier; car, malgré sa prétendue aversion pour les hommes, je sais bien que la pauvre demoiselle meurt do dépit de ne pas trouver un parti... Mais aussi ilfaul convenir au'avec son humeur un peu revéche et sa figure!... C'est son nez surtout qui est eflVayant!... Quel nez, grand Dieu! .. passe dans un homme, mais une femme... C'est vraiment na'nez par trop prononcé. — Trois pouces de long, murmure Didois. — Oh! trois pouces, c'est trop fort, dit m.adame Moutounet, mais je gage qu'il en a plus de deux^ Ah çà! vous pensez Lien, monsieur Moutounet, que je n'ai pas oublié d'mviter notre ami Dupont : un homme comme lui est toujours le bienvenu. Il fait de fort bonnes affai-res, son commerce va parfaitement... Dupont est un homme rempli d'ordre, d'économie... Ah ! celui-là trouvera des femmes tant qu'il voudra... Quel sort heureux pour celle qu'il mettra à la tête de sa maison!... Un comptoir aussi achalandé ! Sur de vendre depuis cinq heures du matin jusqu'à minuit, tous les jours de la semaine et même le dimanche. Ah ! quel avenir brillant... quelle vie agréable I...
Madame Moutonuet semblait appuyer sur ces détails, et tout en parlant de i'ami Dupont, elle regardait sa fille qui travaillait au comptoir; mais Eugénie ne paraissait faire aucune attention aux éloges donnés à l'épicier, elle continuait de travailler sans lever les yeux ; le nom de M. Dupont ne l'avait nullement émue.
«Il viendra, ce cher Dupont, reprend madame Moutonnet; il a accepté avec beaucoup d'empressement; il parait enchanté toutes les fois que je l'engage à quelque fête... J© crois qu'il se pi ait beaucoup avec nous et dans notre maisou... n'est-il pas vrai, monsieur Moutonnet? Ne l'avez-vous pas remarqué comme moi?... — Oui, ma femme; oui, je l'ai remarqué comme vous... Il nous vend d'ailleurs d'excellent café, où, j'en suis bien certain, il n'entre pas de cliicorée... — C'est un des plus gros épiciers de Paris, dit Bidois en grattait un pâté qu'il vituit de faire.
— Oui 'îertcs, dit madame Moulonnct, et vous pourries même dii c des plus riches. C'est avec cela un charmant cavalier, bien fait, bonne tournure... Je gage qu'il ne manquera pas d'L'pporter demain une bouteille de liqueur pour le des-
sert... — Vous crojex, ma chère amie? — Vous savez bien que c'est son habitude toutes les fois qu'il vient avec nous.
— Pourvu qu'on ne la mette pas dans le panier, dit en luimôme le vieux commis ; ils sont oapaLIes de mo fîaire tout porter. — ^'oilA toule notre société... Ali! non p.'is, j'oubliai» M. Adolphe Dalmont, ce jeune commis de notre voisin le marchand de nouveautés.
Ici Eugénie leva subitement les jeux et les reporta en rougissant sur son ouvrage ; mais sa main tremblait, sa respiration était gênée, et c'était le nom d'Adolphe qui avait produit ^ cet effet. Ilcureiiscmpnt alors madame Moutonnet ne regardait point sa fille; elle ne put s'apercevoir de son trouble.
— Je ne pensais point d'abord à inviter ce jeune homme, dit madame Moutonnet; mais j'ai fait réflexion que nous étions treize, et vous sentez bien que je n'ai pas voulu de ce nomlK'e fatal ; ce n'est pas pour moi, je ne suis point superstitieuse; mais ces dames le sont toutes, et je gage que mademoiselle Cécile n'aurait pas consenti à êti^e de la partie si nous avions été treize. Cela m'a décidée à inviter M. Adolphe. Je ne connais point sa famille; mais M. Duval, chez qui il est, dit son père fort bien né, et fait beaucoup d'éloges de
' M. Adolphe; ce jeune homme a pour moi infiniment de complaisances et d'égards: lorsque je vais à son magasin, il me mesure en ami, et me prévient quand il y a des occasions à bon marché. Voilà, monsieur Moutonnet, toute notre société... Êtes-vous content de mon choix? — Extrêmement content, ma chère mignonne ; nous nous amuserons comme des rois. — Jeanneton fait rôtir un dindon superbe et un morceau de veau ; nous aurons avec cela un beau pâté, une langue, un saucisson, des fruits, du fromage... — C'est trèsbien, ma chère femme... et aurons-nous aussi... vous savez?... — Quoi donc, monsieur? — La fine bouteille de muscat. — Nous verrons cela demain, monsieur... — Allons, ma toute bonne je vois que vous voulez me faire une surprise... — C'est bon... c'est bon, monsieur Moutonnet. — Ils ont résolu de m'éreinter, dit en lui-même le commis.
— Le temps est superbe, il fera très-beau demain, — Magnifique, ma femme ! — Et chaud, dit tout bas Bidois. — Lt, rendez-vous est ici. A dix heures, tout le monde doit être
arrivé, et nous partirons. Surtout, que chacun soit prêt ; qu'on n'aille f ?^ se faire attendre : vous entendez, monsieur Moutonnet?... — Soyez tranquille, madame Moutonnet. — Et vous, Eugf^nie ? — Oh 1 je serai prête, maman. — Quant à M. Bidois, je sais qu'il est toujours exact et prêt avant les autres.
M. Bidois s'incline fort respectueusement. Le papa Moutonnet, après avoir écouté attentivement tous les détails que son épouse a bien voulu lui donner sur la fête du lendemain, se dispose à retourner s'asseoir devant son bureau, lorsque sa femme le retient encore.
— Monsieur Moutonnet?... — Ma femme!... — C'est demain votre fête... Allez prendre votre demi-tasse au café Mauconseil; vous avez assez travaillé aujourd'hui. La figure de M. Moutonnet devient radieuse ; il presse avec attendrissement la main de sa femme. — Ma chère amie, tu es vraiment d'une bonté, d'une complaisance... Jeanneton? mon chapeau, ma canne... Ah! je ne sais pas si j'ai encore de l'argent. — Gomment! M. Moutonnet, je vous ai donné un petit écu il n'y a pas quinze jours. — C'est juste, ma belle; mais tu sais bien que nous avons joué au loto dimanche chez M. Gérard. — Vous n'avez pas, je pense, pe^du un écu au loto?... Vous avez des intrigues, monsieur Moutonnet. — Ahl ma femme ! ~ Vous en avez : il n'est pas possible que ce petit écu soit dépensé en si peu de temps. — Attends... attends donc que je me fouille... J'ai encore dix-sept sous... — C'est beaucoup plus qu'il ne vous en faut... Allez, monsieur, et soyez sage... — Ma belle, je te rapporterai trois morceaux de sucre. — C'est bon, c'est bon... ne regardez pas tant les petites tilles sur votre chemin, cela vaudra beaucoup mieux.
M. Moutonnet embrasse sa femme, enfonce son chapeau sur sa tête, baise sa tille sur le front, et sort de sa boutique, se donnant un petit air décidé, dés qu'il n'est plus sous les les yeux de sa femme.
Le vieux Bxdois est tout entier à ses calculs; madame Moutonnet va se replacer au comptoir. Eugénie tient toujours son ouvrage : elle voudrait bien le quitter... elle sent le besoin de marcher, de parler, d'agir entin ; elle n'ose bouger
sa mère est ïà, et la jeune fille tremble devant elle, parce
qu'elle connaît sa sévérité.
Mais madame Moutonnet lui ordonne elle-même de laisser un moment son ouvrage, et d'aller voir si rien ne manque à sa toilette de lendemain. Eugénie ne se fait pa? répéter cet ordre : en une minute elle a serré son ouvrage; elle est sur le petit escalier du fond, qui conduit à sa chambre, laquelle est au premier en face de celle de ses parents.
Eugénie rencontre Jeanneton qui sort de la cuisine, au moment où la jeune fille va entrer dans sa chambre. Celle-ci a l'habitude de causer quelquefois avec la domestique: Jeanneton est une bonne grosse iille qui a pour Eugénie le plus sincère attachement; d'ailleurs, à qui Eugénie pourrait-elle confier ses peines, ses plaisirs, ses petits secrets (et une jeune fille en a toujours), si ce n'est à cette bonne Jeanneton? Ce n'est qu'en tremblant et les yeux baissés qu'Eugénie parle à sa mère, son père ne veut pas qu'elle lui dise rien en particulier, de crainte d'être grondé par sa femme, et ce n'est pas au vieux Bidois qu'Eugénie ira conter ce qu'elle éprouve. Jeanneton seule peut donc quelquefois recevoir les confidences de la pauvre enfant : Jeanneton est femme; elle est jeune et sensible : c'est plus qu'il n'en faut pour inspirer de la confiance à un jeune cœur.
« Mon Dieu! mamzelle, comme vous avez l'air content... Quoi qu'il y a donc de nouveau à la maison?... — Ah! Jeanneton : ne sais-tu pas que c'est demain la fête de mon père?... — Oui, j'crois ben que je le sais?... ce dindon et ce veau qu'il faut faire rôtir.,. Encore si on m'emmenait à la cam pagne comme autrefois... Mais non, faut que je garde la maison 1 La seule chose qui me console, c'est que c'est Bidois qui porte les paquets... et que ça fait endèver ce vieux sour-
nois-là... — Ah! Jeanneton, que tu es méchante Dis-moi :
ma jolie collerette est-elle plissée? — Oui, mamzeiie. oui. — Je mettrai ma robe lilas, mon chapeau de paille avec ce ruban neuf; il m.e va bien, n'est-ce pas? - Eh! mais comme vot' toilette voa* occupe aujourd'hui, vous qui ordinairement vous en inquiétez si peu... — Mais Jeauneliui, nous sbi jns beaucoup de monde... et il faut bien songer à... — Oh! soyez tranquille; n'importe quelle toiletio auront les autres, j'vous
répouds, moi, que vous serez toujours la j-lus jolie. — la crois, Jeanneton? »
La figure d'Eugénie exprimait, bien alors tout le plaisir n;e lui faisait l'assurance d.- Jeanneton: ses yeux semblaient irrerroger ceux de sa bonne, et y lire avec joie que la grosse fil'.e ne savait point faire de con?i4ia\ent et qu'elle parlait avec fr anchise.
« A coup sûr, reprend Jetionetou, ce n'est pas mamzelle lu mi Bernard qui peut vous être comparée... C'te grande L.'gaude! qui fait des boules de savon quand elle vient ici... ev sa mère qui a les bras plus gros que mes cuisses, sauf vot' rt spect, et madame Gérard qui m'empeste avec sa vanille à la moelle de bœuf, et sa vieille sœur qui croit qu'on ne voit pas qu'elle a une perruque... — Ah Jeanneton, il ae faut pas so moquer... Mais c'est vrai qu'elles sont bien drôles!... — Quand aux bommes, ils sont plus farces.. Abî mon Dieu! c'est à qui sera le plus laid... excepté le petit Estève qui n'est pas mal... mais il a l'air si dadais... Entin, c'est égal, c'est encore le mieux... — Ob! non. Jeanneton... il y en aura an autre qui est bien mieux que ceux-là... — Un autre monsieur?— Oui, un autre jeune homme... Je ne sais pas si tu l'as vu... il n'est encore venu que quelquefois le matin à la boutique parler un instant à maman. C'est le premier commis du magasin de nouveautés .. — M. Adolphe! oh! je le connais. ~ Ahl n'est-il pas vrai qu'il est... très-bien? — Oui, c'est un joli jeune homme... — Pardi! toutes les fois que je passe devant le magasin et qu'il m'aperçoit, il accourt pour me demander de vos nouvelles... — Comment! Jeanneton, et tu ne me l'as jamais dit?... — Écoutez donc, mamzelle; ça m'est sorti de Ja tête ; et puis d'ailleurs tous les voisins, les jeunes gens surtout, en font autant... S'il fallait que je redise tout cela...
— Ahl M. Adolphe... c'est différent... comme il a l'air doux, \ionnète, sensible!... n'est-ce pas, Jeanneton?... — Mais dam', oui: il a l'air gentil... pour ce qui est de sensible.. je ne peux ^as trop vous dire... Ah çàl il vous a donc parlé?
— Ohl non, Jeanneton... jamais... Tu sais biea que je n« parle pas devant maman. Il m'a saluée, voilà tout! .puisilra'a regardée quelquefois... d'un air bien honnête... — '/iens, j'croi» Ï9U qu'i n'vous faisait pas la f^rimace... et il va demain à U
i«ie de M. Moutonnet? — Oui, Jeanneton ; c'est maman qui l'a invité. — Oîi! purdiae, je sais ben que ce n'est pas vot' père... Est-ce qu'il se permettrait d'inviter quelqu'un de son chef? — Oh! comme nous allons nous amuser demain au bois de RomainviUei... Ah! ma pauvre Jeanneton! que je suis fâchée que tu ne viennes pas avec nous! — Que voulez-vcusl mais c'est égal... vous me conterez ce qu'on aura fait... — Oh! oui, je te le dirai... tu sais que j'aime à raconter tout ce que je pense, ma chère Jeanneton... Hélas!... je n'aime pas parler comme cela à maman. — Ah! dam', c'est que vot' mère, ce n'est pas M. Moutonnet... il s'en faut... — C'est elle-même cependant qui m'a engagée à songer à ma toilette de demain... Il me semble, Jeanneton, que depuis quelque temps maman est moins sévère avec moi; elle s'occupe davantage de ma parure... elle aime que je sois bien coitféc, bien habillée,., j'en suis quelquefois toute surprise. — Bah! ça ne me surprend pas, moi; écoutez donc, mamzelle Eugénie, vous avez dix -huit ans, c'est l'âge où l'on songe à marier les demoiselles; et j'ai ben dans l'idée que vos parents... c'est-à-dire que vot' mère s'en occupe ; car pour vot' père, il sera là pour dire qu'il est très-content. — Comment, Jeanneton!... tu crois que l'on pense... me marier... Ah! mon Dieu! je n'y pensais pas, moi... et cependant... Jeanneton, je fais faire mes préparatifs pour demain. «
Eugénie entre dans sa chambre, mais sa toilette ne l'occupe plus autant; elle est distraite, rêveuse; ce mot mariage la fait soupirer... Ce mot-là met toujours le trouble dans l'esprit d'une jeune fille.
« Oui, oui, murmura Jeanneton en retournant à sa cuisine. on s'en occupe... Oh! j'ai des yeux, des oreilles; et, quoi- «•u'on ne me dise rien, je comprends de reste!... Pauvre petite' je nie doute bien avec qui on veut la marier!... mais ie n'ai pas voulu le lui dire; car ce n'est pas avec le beau jeun» JËVinme au magasin de nouveautés. »