‹ Monsieur DupontChapitre 3 sur 32 · CHAPITRE lîl · texte numérisé non relu

CHAPITRE lîl

LA SAINT-EUSTACnS

i,9 S0Î81Î s*8st levé, et brille d'un éclat que ne t^mpèr-S' ^utun nuage, ce qui vous annonce qu'il fera beau et caaud pour la Saint-Eustache, qui ce jour- là se trouve tomber un dimanche; cela arrange tout le monde, excepté M. Bidois, pour qui cette circonstance est un jour de repos de moins ; mais il faut bien prendre son parti. Dès le matin, le vieux commis a été à la cuisine peser le dindon, le pâté et le morceau de veau ; il a soupiré, puis il s'est consolé en pensant qu'il en mangerait sa part.

M. Moutonnet s'est levé à sept heures, à huit il a fait sa barbe, à neuf il a pris son café au lait, à dix il est habillé ; il a même déjà à la main sa canne et son chapeau pour que l'on n'attende pas après lui.

Eugénie a aussi terminé sa toilette : elle descend près de son père qui lui donne l'étrenne de sa barbe. La jeune fille est moins gaie que la veille; mille pensées Tagitent; et chaque fois que l'on ouvre la porte de' la boutique, elle rougit, et sent son cœur battre avec plus de force. Cependant, malgré cette préoccupation, elle donne de temps à autre, à la dérobée, un coup d'œil sur l'une des glaces qui sont dans la boutique ; ce coup d'œil la rend intérieurement satisfaite, e+ (lie se rappelle ce que Jeanneton lui a dit la veille. Oui, sa robe lilas lui va fort bien ; son tichu, mis en sautoir, est d'une couleur qui lui sied ; son chapeau de paille entoure, sans trop la cacher, cette jolie figure qu'ombragent de si beaux cheveux, el ce ruban, noué sous le menton, est d'une fraîcheur parfaite; ces yeux modestes, d'où s'échaopent paitoiîr des regards enchanteurs, suffiraient seuls pour tourner une tête. Eugénie n'ose point se dire cela, mais elle scurit h \s glace qui lui répète ses grâces, puis rebaisse biuii vite les yeux, de crainte d'avoir été aperçue.

Bidois arrive, portant deux énormes paniers qu'il place sur le comptoir d'un air piteux, en attendgiDt qu'on se mette en

route. Madame Moutonnet n'est point encore descendue^ ces messieurs se permettent la conversation pendant qu'E génie regarde à la porte de la boutiqne.

— Eh bien] Bidois, nous aurons beau temps t — Oui, une chaleur étouffante, un soleil qui est brûlant... — C'est gentil au bois de Romainville... il y a de l'ombre, de la fraîcheur. — Oui, mais ce n'est pas gentil pour y arriver : cette montagne de Belleville est d'un rude!... — Bah ! c'est l'affaire d'un quart d'heure à monter. — Sans doute, ça n'est rien quand on n'a pas deux énormes paniers à porter... ceux-ci sont de poids, je vous assure. — Ah ! le diner est soigné... — Si madame Moutonnet avait voulu, j'aurais emprunté le chien du boulanger, ce gros caniche qui, avec un bâton dans sa gueule, porte tout ce qu'on veut au bout... — Eh bien! pourquoi n'as-tu pas demandé ce chien? -— Pourquoi? vous savez bien que madame votre épouse n'aime pas les bêtes. — Ah! c'est vrai Bidois, je n'y pensais plus... Diable! ne va pas proposer le chien... il vaut mieux que ce soit toi... Donne-moi une prise, Bidois... — Savez-vous au moins si on prendra un fiacre jusqu'à la barrière ? — Ma foi, je ne sais pas, mon garçon... — Tu sais que nous sommes beaucoup de monde ; nous ne pourrions pas tenir quatorze dans un fiacre. — Que diable ! on en prend deux .. n'est-ce pas une affaire entre six hommes?... — C'est juste; tu n'aurrs qu'à le proposer à ma femme. — Moi î... il me semble que c'est plutôt à vous, monsieur, à en parler. — Eh bien I nous allons voir tout à l'heure... j'en dirai deux mots. — Je gage bien que vous n'en parlerez seulement pas. — Je te dis, Bidois, que j'en parlerai... — Justement, voici madame.

Madame Moutonnet arrive en effet; aussitôt Bidois court 3e replacer près de ses paniers, en mettant la main sur les anses, et M. Moutonnet agite sa canne et son chapeau. — Je Tois que tout le monde est prêt, dit madame Moutonnet d'un air satisfait. — Oui, ma belle, nous voilà disposés à partir, comme tu vois. — C'est bien. J'espère que la société ne so fera pas attendre.

— Parlez donc des fiacres, dit tout bas Bidois à M. Moutonnet. — Tout à l'heure, répond le passementier, nous avons tout le temps. Tu vois bien qu'il n'y a encore personne d'airivé.

2d M. DLPOâ'T

M. Dnpont vint le premier : Eugénie, qui était rentrée daus la boutique à l'arrivée de sa mère, lève les yeux sur la personne qui se présente ; niais elle les baisse aussitôt en apercevant l'épicier, qui pourtant 'ni fait un salut 4es pins gracieux. — Me voici : j'espère qu'on ne m'attend pas, dit M. Dupont en entrant. — Non, mon ami, vous êtes un homin? charmant ! — Dix heures ne sont pas encore sonnées à Saint- Nicolas... Messieurs, mesdames, comment va la santé?... Mademoiselle, je vous offre mes très-humbles hommages... — Ma fille.. . entendez-vous ? M. Dupont vous offre ses hommages... répondez donc!

— Monsieur est bien honnête, ait a aemi-voix Fugénie en faisant la ré\ érence à l'éi-icier, qui, avec son habit bleu-ciel, son gilet jonquille et sa queue poudrée, ne doutait pas que mademoiselle Moutonnet ne le trouvât ravissant. — Ma fille est timide, dit madame Moutonnet à M. Dupont, mais c'est ce qu'il faut; la jeunesse doit être élevée comme cela... De la tenue, de l'obéissance, de la réserve surtout ; c'est ainsi que l'on a fait mon éducation, et vous savez quelle femme je suis. — Peste! dit Dupont, à coup sûr, vous êtes une femm.e qui... monsieur Moutonnet en sait quelque chose. — Oh! ma femme ! il n'y a pas son pareil dans toute la rue Saint-Martin.

— Non, j'en réponds ! dit tout bas Bidois.

— J'ai ce qu'il faut pour être à la tête d'une maison et je me flatte que ma fille saura aussi figurer dans un comptoir...

— Ah çà, il s'agit de fêter ce bon M. Moutonnet .. J'ai riioii petit bouquet à offrir... Vous permettez?... En disant cela, M. Dupont tire de ses poches deux bouteilles, une de muscat et l'autre d'anisette, et les présente à la maîtresse de la maison.

— Deux bouteilles ! en vérité, monsieur Dupont, vous êtes très-aimable, vous faites des folies... — Toute ma boutique est à vous, belle dame... trop heureux si je puis... Ah! voilà aussi un petit sac de quatre mendiants. — Encore?... eh! vous poussci les cho? s trop loin. — Du muscat ! dit M. Mocitoanet, c'est mon vi favori, et l'anisette est très-bonne pour !»;s vents. — Allons monsieur Moutonnet, laissez-là vos veuts, »t V lacez ces bouteilles et ce sac dans les paniers, Bidois, vofi* prendrez bien garde de les secouer, en tendez- voua?

Bidois fait ce qu'il peut pour cacher son humeur, et il marronne en plaçant les bouteilles : — En vérité, on me prend pour un mulet... et il ne faut pas les secouer encore !.., non, je vais me gêner... Si j'étais sûr au moins d'aller en fiacre jusqu'à la barrière!... Et il fait en arrière des signes à M. Moutonnel, mais celui-ci fait semblant de ne pas les apercevoir.

Une odeur de vanille, de tubéreuse et de fleur d'oranger annonce l'arrivée de la famille Gérard. En effet, le parfumeur se présente en sautillant, donnant la main à son petit garçon, qui, pour son entrée, grimpe sur le comptoir, et de là va se cramponner sur les épaules de M. Moutonnet. Les dames paraissent : oo s'embrasse, on se fait mille politesses, on se dit les choses les plus aimables, on a l'air de s'adorer et les yeux cherchent déjà s'il y a quelque chose à reprendre dans la toilette, quelque ridicule à trouver dans la personne.

Eugénie seule ne songe pas à remarquer la mise de ces dames ; elle est troublée, embarrassée, et pourtant elle est bien contente...

M. Adolphe vient d'arriver presque en même temps que la famille du parfumeur.

Le jeune homme s'est empressé d'aller saluer madamt Moutonnet et son mari ; il s'approche ensuite d'Eugénie, et lui dit quelques mots qu'elle n'entend pas bien, car il lui semble que sa mère a les yeux sur elle, et qu'elle s'aperçoit de son agitation : à peine si elle ose regarder un instant Adolphe, et cependant elle en meurt d'envie... Pauvre Eugénie !... l'éducation la plus sévère ne pourra jamais garantir le cœur des impressions de l'amour I

— Allons, nous n'attendons plus que la famille Bernard pour partir. — Ils sont en retard... il est dix heures dix... — Dix heures cirii^ seulement, dit M. Dupont, je me suis réglé hier au soleil du Palais-Royal. — Je suis sûre, dit madame Moutonnet, qu^ c'est madame Bernard qui n'est pas prête... elle n'en finit jamais ! — C'est vrai, dit M. Gérard ; vous souvenezvous qu'à la fête de ma femme elle nous a fait attendre deux heures sur la terrasse des Feuillants. — Oui, oui, et cela parce que son cordonnier n'arrivait pas, et qu'il lui fallait ttbsolument des souliers roses. — Chut! chut!. . les voici.,*

Allons, il n'y a rien à dire, il n'est que le quart. — Mais aussi, voyez comme madame Bernard est déjà rouge.

— Nous voilà! dit M. Bernard en se précipitant dans la boutique ct)ranie un sauteur des Acrobates ; j'espère que Ton a une tenue, et que le badinage ira son train,.-. Vive la joie ! je ne connais que ça... Les enfants me suivent... en attendant, j'embrasse ces dames. Les enfants étaient madame Bernard, sa fille et le petit commis, qui arrivèrent au moment où M. Bernard embrassait madaime Moutonnet.

— Eh bien! le voilà déjà en train, dit madame Bernard : ah! prenez-y garde, mesdames, il est aujourd'hui encore plus badin qu'à l'ordinaire. — Il paraît que vous vous en êtes aperçue, dit M. Gérard d'un air malin. ~ Oui, monsieur, oui, et je m'en aperçois trois fois la semaine. — On le croit sans peine auprès de vous. Et le parfumeur s'approche de madame Bernard en lui jetant un tendre regard de l'œil gauche, tandis que le droit va fixer la perruque de M. Moutonnet.

— Allons, partons, dit madame Moutonnet. — Partons, répète-t-on de toutes parts. — Comment ! partons 1 dit tout bas Bidois ; et on ne parle pas de voitures ! Mais est-ce qu'ils sont fous!

~ Nous allons à pied, ma belle? dit d'un air soumis le bon passementier en s'approchant de sa femme. — Comment, monsieur, si nous allons à pied! belle question vraiment!... Par le temps qu'il fait, ne serait-ce pas un meurtre de s'enterrer dans des voitures?... — Certainement, mon ooeur, certainement, ce serait un meurtre 1 — D'ailleurs, le bois de Ro/uainville est si près... il ne faut que deux petites heures en so promenant... Nous aurons ensuite le temps de nous reposer.

— Oui, oui, dit toute la société, il faut aller à pied; au moins nous ne serons pas séparés. — Et puis en route, dit Bernard, on fait des folies... et je suis là. — Partons, partons. — Il faut se »*ésiffDer, dit Bidois; et il passe, en soupirant, un bras sous chaqao panier.

Tout le monde se dispose à se mettre en route. On s'approche de la personne avec laquelle on est bien aise de faire le chemin. Déjà madame Bernard s'est emparée du bras du

petit Estève; Gérard offre le sien à Mimi ; M. Moutonnet prend celui de mademoiselle Cécile ; M. Bernard se saisit de madame Moutonnet ; Adolphe s'est approché d'Eugénie ; celle-ci sourit à l'idée qu'il sera son cavalier... mais la voix de sa mèrt fait entendre ces terribles paroles i — Ma fille, acceptez le bras de M. Dupont...

En effet, depuis cinq minutes, Fépicier avait le hvhé en* l'air devant Eugénie, en lui exprimant tout le plaisir qu'il aurait à faire la route avec elle; mais Eugénie ne l'entendait ni ne le voyait ; elle attendait toujours Adolphe; il lui semblait que ce n'était qu'à elle qu'Adolphe pouvait donner le bras.

La voix de madame ftioutonnet a détruit le charme. Eugénie a entendu l'ordre ; elle sait qu'il faut obéir sans faire d'observations; elle obéit donc... mais en passant son bras 80US celui do l'épicier, elle jette à Adolphe un regard... puis fait, pendant tout le reste de la route, une petite mine si triste!,.. Ahl si Dupont avait eu la moindre connaissance des femmes, s'il n'avait pas été aussi sot, il se serait bien facilement aperçu de ce qui se passait dans le cœur de la jeune fille ; mais si Tépicier ne voit rien, Adolphe, en revanche, a bien compris tout ce que lui disait le regard d'Eugénie.

Il s'éloigne sans oser paraître mécontent ; il va offrir son bras à madame Gérard, mais il s'arrange de manière à marcher toujours auprès d'Eugénie.

Tout le monde s'éloigne, et Bidois ferme la marche en faisant une moue qui augmente à mesure qu'il se sent plus fatigué.

La compagnie conserve une marctie réglée tant que l'on est à Paris ; mais une fois dans le haut du faubourg du Temple, on commence à rire et à se rapprocher : enCn on passe la barrière, et M. Bernard déclare qu'il ne répond pluâ de lui.

Madame Moutonnet, malgré tous ses efforts, ne peut empêcher son cavaUer de Tentrainer, de la faire courir, et quelquefois sauter par-dessus les pièces de bois que Ton trouve tor la route. — Votre mari est pis qu'un démon, crie madame Moutonnet à madame Bernard ; je ne puis pas en venir k boutl... — Ohl cela ne m'étonne pas, dit îa/^-Metière ; dès

qu iî est dans les cliamps, c'est comme un chevaî ëcîiappé. ~ Mais uous ne sommes encore qu'à Belleville ; que sera-ca donc tout à l'heure!... — Vous verrez la feuille à Venvers, mesdames... — Ah! par exemple, monsieur Bernarv, ceci est trop fort, dit madame Moutonnet ; si vous me dites encore des choses pareilles, je serai forcée de vous quitter le bras... Madame Bernard pousse et tire le petit Estève pour l'engager à faire aussi des folies; mais le petit commis est encore bien gauche, bien peu déo:ourdi Quoique madame Bernard lui répète à chaque mstant . — Tàcne^ donc ae vçus animer un peu, Estève; vraiment, mon ami, vous êtes trop timid*^ pour un garçon ; il n'y a rien de bête comme un homme timide.

M. Gérard marche à l'écart avec mademoiselle Mimi; le parfumeur aime beaucoup les petites tilles, et quoique mademoiselle Mimi joue encore à la poupée, elle n'est plus une enfant aux yeux de tout le monde. Sa taille est élancée, son fichu dessine déjà deux petits contours bien arrondis, et sa bouche, qui rit toujours, est aussi fraîche que ses joues. Le parfumeur a remarqué tout cela, il s'est emparé bien vite du bras de Mimi. Ils marchent assez loin pour qu'on n'entende pas ce qu'ils se disent, mais M. Gérard parait fort animé, et louche un peu plus qu'à l'ordinaire, en tâchant de regarder tendrement la grande Mimi; et celle-ci rit tout le long de la route, parce qu'elle ne comprend pas ce que lui dit M. Gérard, et qu'elle veut avoir l'air de le comprendre.

M. Moutonnet et mademoiselle Cécile sont les plus tranquilles ; ils marchent d'un pas réglé, qui n'est interrompu aue par quelques prises de tabac offertes et acceptées tous les quarts d'heure. Le bon passementier vante les plaisirs des promenades champêtres, des parties de campagne, et passe ?a revue toutes celles qu'il a faites depuis qu'il est marié. Mademoiselle Cécile, que cette conversation ne parait pas amuser beaucoup, laisse parler son cavaUer, et regarac ce que font les autres, cherchant sur leurs figures à deviner ce qu'ils se disent.

Adolphe, qui donne le bras h madame Gérard, tâche de se tenir sans cesse auprès d'Eugénie et de rendre la conversation générale. La petite parfumeuse remarque l'attentiou de

son cavalier à rester près des mêmes personnes, et par matice 'Iforce quelquefois à s'arrêter ou à n,archer plus «te li'sAdolpheVouve toujours moyen de revenir près de c le Z'i\ aime! et quoique je ne vous aie pas encore dit quU Lit Zdemoiselle Moutonnet, je me flatte que vous vous en êtesTperçu. Il y a de .es choses qui se devinent au premier coup d'œil; il "'y * «î»" '- p*p="' ''' ■"'"""'' '' t

maris quf ne voient pas aussi vite ce qui les intéresse, et c'est tort heureux pour tout le monde. . j, „ ,„

Eulnie, contente quand Adolphe était auprès délie, renrenSt 2rs sa gaieté; s'éloignait-il, elle soupirait, n'osant retornerirtète%our voir s'il allait se rapprocher, mais îrou^nt toujours quelques prétextes pour s'arrêter ou aénUr sa marche, lorsqu'il restait trop longtemps en arrière M Dupont ép;isait toute son éloquence Pour amuser sa ioUe compagne, et répétait à chaque msUnt : Quel temps Cerrel.. 11 fait bien chaudl... Comme nous allons nous amuser J'avais peur qu'il ne plût ce matin... J'avais pres- Te envie de mettre mon habit u.arron... mais à présent 3e 5uis enchanté d'avoir mis celui-ci; il f^'^^';';.^^ „„i Toutes ces jolies choses étaient perdnes pour Eugénie, qui ne répond! que par quelques n.onosUlabes, et l'épicier se disau'en lui-mtoe : -Celte jeune personne est parfaitement élevée extrêmement bien élevée. , „ .

Brdo se tramait avec ses paniers, allant de l'un à l'autre faisant une mine piteuse lorsque -^-.10 Mou onnet ne^e nouvait voir, et répétant avec Dupont : - Ohl oui, U tait Cn llud... et quand on porte des panier, comme cll-Tonfl c'est tuant... Ah çà! est-ce qu'on ne s'arrêtera ras?... Je n'en puis plusl... * : ^ „*

^ Mais tous ces messieurs étaient trop occupés pour faire at- V^nt'ôn aux plaintes de Bidois. que celui-ci ne prononçât Surs qu'entre ses dents, de crainte dèlre entendu de madame Moutonnet. Quelquefois le veux con.n.is s'asseyait su un banc de pierre ou contre une borue, mais comme OQ ne ^attendait pas, il reprenait alors ses fardeaux en répétant en^e se" d^nts : - Hum ! quel joli pla.sirl la peste soit de dîners sur l'herbel... Pourvu qu'on mange tout encoi.. .» que Von ne me fasse pas rapporter quelque chose !...

Enfin, on est dans les champs, on respire un air plus frais et quoi qu'il n'y ait plus de Iiias à cueillir, on aime encore à 8e promener sous leur feuillage.

Les sentiers que l'on suit so'nt quelquefois trop étroits pour que I on puisse y marcher deux de front ; les dames quittent le bras de leur cavalier et ne le reprennent point, parce que chacun veut courir, sauter et faire ce qui lui plaît - Plus d étiquette, plus de céiv.nonie, crie Bernard en lâchant le bras de madame Moutonnet qu'il n'est pas fâché de quitter ^ II faut ICI aller à ladébandade... et les folies en avant

Cette nouvelle manière arrange assez tout le monde M. Gérard, en courant après mademoiselle Mimi, la pousse derrière de ^tos bui.sons, et en l'attrapant saisit toujours quelque chose que la grande niaise lui laisse pincer parce qu'elle croît que c'est dans le jeu. Mndemoiselle Cécile que la conversation de M. Moutonnet n'a.nuse pas extrêmement est bien aise de pouvoir épier à son aise ce que font et disent ies antres ; et madame Bernard tâche de faire courir le petit Estève en l'invitant à l'attraper.

Mais ceux qui sont les plus contents, sans oser le faire paraître, se sont hâtés d'imiter l'exemple du reste de la société Adolphe a quitté le bras de madame Gérard ; M. Dupont a eu quelque peine à lâcher celui d Eugénie, mais celle-ci l'a retiré tout doucement, pendant que l'épicier commençait une phrase sur le plaisir qu'il éprouvait à être son cavalier.

— Comme cette jeune personne est modeste I se dit Dupont pendant qu'Eugénie court devant ; il n'y a pas moyen de lui faire entendre un compliment ? Non, elle ne veut pas les écouter... c'est cela de la pudeur! de la retenue!... Et Dupont 8'approche de madame Moutonnet à laquelle il dit tout bas • — Votre fille est singulièrement bien élevée 1... — Oh' pour cela je m'en flatte, répond madame Moutonnet d'un ah- orgueilleux ; j'en suis vraiment enchantée 1... Plus vous la connaîtrez, plus vous en serez émerveillé !... Ah ! je Tai mis sur un bon pied; d'un coup d'œil, dun mot, d'un geste, je & fais obéir comme un soldat prussien!... C'est ainsi que tout le mondd marche chez moi. - Je vous en fais mon comphment... uio femme romnip elle ferait bien mon affaire! dans un brau cimptoir, entourée de pains de sucre .. de

^•Mivos l'ein? une jolie figure placée làrd!nT çk ne nutlamàrs, madame Moutonnet. - C'est bon c'est bon mon ami Dupont, nous parlerons de cela

Ë; madame Moutonnet serre la main à l'épicier en lui lançant ^n regard de satisfaction... Dupont est ra«, enchanté r Dupont'est très-amoureux d'Eug.nie. si tout'.rois on pe cai uup^u ^,,'„n «ot éorouve en regardant une

" S:dar M;:::n;t'nf lui ?re-pas ,« temps de continuer; elf se retourne en lui jetant ^-r^^resoin-d^ï^ "'■",ti:"ETt\e'Ï. sériel qu'eïque chote? Est-ce que rTb 0 n d s al' Est-ce ,ue]e ne suis pas la maltresse

EuSe etldolphe se sont rapprochés. Pauvres jeunes gens

TeVS: 0* manière oe s'entendre et de se dire hearcoupae choses en peu de mots ; les cœurs les plus neuf^ les p us novices, comprennent bien vite ce '*"g-S«- «^'5°^^^ ouîce qui tient à l'àme et à la nature, on " ;; !'- ^^'^ ^f^ leçon. Eugénie' n'est point coquette mais «''««* '^'^^'f^

goûts passager, q ,j^it^l,lement. Vous voyez qu'Eugé-

r:^"; plùnermme ordinaire; ce <i«i m'étonne, mo..

c'est qu'elle soit fille de M. et madame Moutonnet... Eufm • Sic fata volunt. ■

AdoI.,he que nous ue ccmaissons encore que fort peu mérue-t-xl d'être an„é d'Eugénie? Oui, il suffit pour cela de

tMe .."iT "*"' '"''^''' ^"'''"'^' ""^ âme «dente, une tête exaltée ma,s tout cela ne suffit pas près de madame

ÏZl '■ "^ °* P'"^ «" "nonde que son père, et son père aprè avoir éprouvé de grandes infortune., est encore loTn d être heureux Ma.s l'amour ne fait pas toutes ces réflexions .1 va son tram, et les obstacles, loin de l'arrêter, redoublent encore sa force; pour le vaincre, il faut le flatte; au lieu de le combattre; encore est-il bien difficile d'en triompher Adolphe a aimé Eugénie dès qu'il l'a vue; c'est de^uh ce temps qu'il s'est appliqué à se faire bien v nir de mad ,4 Moutonnet, et ce n'est pas sans peine qu'il y est pa," nu lî ne se demande pas à quoi lui servira son anLr;'le a„"an .ne se fon jama,s de telles questions; il aime, il adore Eugénie, en être aime serait le comble de ses vœux ; la posséder Jl n c.,e encore penser à cela. Cependant Adolphe a déjà eu nlu

s.eursintriguesavecdesdemoiselles,qui, avec toutes les appa renccs de la sagesse, n'étaient rien moins que des vertus • pourquoi lejeuue homme n'espèrerait-il pas triompher aussi d^nge„ie,do„l ,1 ne peut encore connaître les aimables quaUtés L habitude des triomphes faciles fait bien du tort à la vertu »nne crouplusà la sagesse, lorsqu'on est si longtemps sans a rencontrer Je ne veux pas dire, cependant, "qu'Ado nlïe

nie Non, Adolphe est comme tous les jeunes gens lorsqu'ils sont amouroui, espérant toujours, ne raisonnant jamif

n!'ii r, ' ""/f '^"'J '^"'"'i"'' les damos dans les fourrés le Thl ^t'V^'^"'' -^^ '« d''S°"rdir, M. Moulonnet prend du •abao, et Bido.s souflle en disant de temps à antre : .. î'st ce

Montonl? "" '•--""•'^ "Tout à l'heure, répond niadan Montonnet, quand nous serons dans le bois »

Dupont, qui veut aussi faire l'aimable, va folâtrer nrè. d Eugénie, que le bruit des deux chaînes à breloques 0,^*' balancent sur 1. culotte de l'éiiicier, avertit to.2«ur. à se

tôt pour qu'elle ne l'aitende pas. Le petit Gérard se fo pailout, et se cramponne après le dos de Dupont, qui crie parce que cela fait tomber sa poudre; il prie le parfumeur de faire finir son fils; mais le parfumeur est trop occupé auprès de la grande Mimi. pour répondre à M. Dupont; et mademoiselle Cécile, 4ui voit tout, a déjà remarqué que M. Gérard l'a embrassée deux fois, et que madame Bernard fait courir son petit commis dans les endroits écartés.

Adolphe voudrait bien aussi être à l'écart avec Eugénie; peut-être la jeune personne voudrait-elle de son côté causer avec Adolphe loin des regards curieux, mais ni Tun ni l'autre n'ose s^éloigner. Eugénie s'arrête dès qu'elle s'aperçoit que la société est en arrière; elle tremble que sa mère ne remarque que c'est avec le beau jeune homme qu'elle court de préférence. Madame Moutonnet est bien éloignée do songer à cela, elle a une trop haute idée de la réserve de sa fille ; elle la croit trop soumise pour penser qu'elle soit capable d'éprouver un seul sentiment sans sa permission : mais les mères les plus sévères ne voient pas tout.

Cependant cette journée si belle pour les amants s'écoulera bien vite, et de telles occasions ne reviendront pas de fort longtemps peut-être! « Ah! se dit Adolphe, il faut absolument que je lui parle, il faut qu'elle sache que je l'aime, que je l'adore... Si je ne le lui dis pas aujourd'hui, quand donc le lui dirai-je?... « Et Eugénie se dit de son côté : « Je voudrais bien savoir ce qu'il pense de moi!... Il me regarde, il soupire, qu'est-ce qui le fait donc soupirer? Ah! s'il ne me l'apprend pas aujourd'hui, iâ ae le saurai pas de bien longtemps!... »

Pauvres amants! vous brûlez de vous faire de doux aveux... la crainte vous retient encore; mais si votre bouche se tait, vos yeux s'entendea* déjà, et leur langage n'est-il pas col ni du cœur?

Patience, vous voilà au bois de Romainville, et j'ai dans ridée que c'est là que vous achèverez de vous entendre. Au milieu du bruit des petits jeux, du désordre de la fête, il est impossible que vous ne trouviez pas l'occasion de vous ra{>prochcr. Le site vous sera favorable. Oui, c'est un bien job endroit que le bois de Romainville, c'est dommage pourtant

30 M. DUPONI

qu^il L-e 9oit pas plus épais; mais il faut se contenter de ce qu'on a : d'ailleurs je suis bien persuadé que les petites fillettes, les gnsetles, les viilajLjeoises et les belles dames de Paris, n'y vont jamais dans l'intention de chercher les bosquets touffus et lea sentiers écartés.

Page 1