‹ Monsieur DupontChapitre 22 sur 32 · TENTATIVES CONJUGALES · texte numérisé non relu

TENTATIVES CONJUGALES

Trois jours se sont écoulés depuis la sérénade, et Dupont n'a pas encore recommencé ses tentatives conjugales. Cependant, depuis cette nuit où Eugénie a aperçu son époux en caleçon, près de son lit, elle n'ose plus se livrer au repos, elle ne se couche qu'en tremblant, et l'oreille toujours au guet, elle se lève au plus léger bruit. Jeanneton promet à sa maîtresse de veiller pour elle, et la supplie de prendre du repos, car ces veilles continuelles doivent finir par altérer sa santé ; mais Eugénie n'ose se fier à sa bonne : celle-ci imagine alors un moyen pour lui donner plus de tranquillité. Elle place tous les soirs son lit de sangle dans le couloir qui conduit à la chambre d'Eugénie, et, de cette manière, en ferme le passage. Jeanneton couchant là, on ne peut pas parvenir jusqu'à sa maîtresse sans qu'elle le sache ; il n'y a pas moyen de passer par-dessus, il faudrait nécessaii^ment monter sur le lit, et l'éveiller.

Ce que Jeanneton a prévu arrive en ei .t, Dupoat prend le même chemin que la première fois pour arriver chez sa femme ; il traverse la chambre de la domestique qu'il croit endormie, mais il reste stupéfait en voyant dans le couloir un lit de sangle qui lui barre le passage. Jeanneton a entendu venir M. Dupont; mais elle feint d» dormir pour savoir ce qu'il fera L'épicier s'arrête, jure entre ses dents, regarde s'i^ pourra passer sous le lit, et voyant que c'est impossible, s€ consulte, indécis s'il montera dessus. Il se décide à ne point franchir la barrière, parce qu'il pense bien qu'il ne peut le fah'e sans réveiller Jeanneton, et il retourne en marronnant dans son appartement.

îi s'en va, dit Jeanneton à demi-voix à sa maîtresse qui a aussi entendu venir M. Dupont, et la servante ne peut s'empêcher de rire de la figure que faisait le marié.

— Ah! Jea.^neton, dit Eugénie, toujours de nouvelles entreprises! Que je suis malheureuse!... Me faudra-t-il donc vivre com\ne cela?... — Il est certain que vous faites un drôle de minage...

Cependant Dupont n'est rentré dans sa chambre qu'avec l'espérance d'être plus heureux une autre fois. Dès le lendemain matin il appelle Jeanneton, qui devine bien pourquoi.

u D'où vient que vous ne couche? plus dans votre chambre ? lui demande l'épicier. — Mojjsieur, c'est que madame a peur la nuit... voilà pourquoi... ^'ai mis mon lit dans le couloir, afin d'être plus près d'elle. — Si mon épouse a peur, | c'est à moi de la rassurer; je vous défends, mademoiselle o Jeanneton, de remettre votre lit dans le couloir ; si je veux aller chez ma femme, c'est bien le moins que je puisse pas- j -d'un côté ou d'un autre. — Mais, monsieur... madame,.. — Mais, mais, mais, encore une fois je vous défends de replacer votre lit là... où je vcus renvoie... Que diable! c'est bien drôle que je ne puisse pas rassurer mon épouse qui a | peur.... — Je ne le mettrai plus, monsieur... — A la bonne i heure ! je veux pouvoir entrer chez ma femme sans difficullé. »

Jeanneton va conter à sa maîtresse les ordres de son maître. Eugénie pleure, gémit, implore le ciel, et la servante se dit : « Ça devient fièrement embarrassant !... »

La nuit suivante, Dupont a remis le bonnet au nœud bleu de ciel, la robe de chambre et le caleçon ; il prend son bougeoir, il s'achemine chez sa femme.

Le lit n c:=t plus dans le couloir; Jeanneton est couchée dans sa chambre où elle feint de dormir; mais, ainsi que sa maîtresse, elle est aux aguets.

A peine ûupont a-t-il mis le pied dans la chambre de sa femme, qu'un bruit semblable à une pile d'assiettes qu'on brise se fait entendre dans la cuisine. Dupont fait an saut de saisissement ; Eugénie se lève sur son séant, et Jeanneton £rie. a Qu'est-ce que cela? demande lépicier en tremblant. --Je meurs d'effroi, dit Eugénie. — AIi, mon Dieu I c'est 19

diablo ! dit là servante. --Le dkble? » répète Dupont ne sachant pas s'il doit aller dans la cuisine. Enlin il se décide à montrer du coBur, et retourne dans ie cliambro de leanneton qui feint alors ôi sortir de son lit.

« Avez-vous entendu, monsieur?— Oui, sans doute, j'ai entendu... Qu'est-ce que c'est? — Ce que c'est?... Ah ! monsieur, c'est une chose terrible I — Comment 1 une chose ter^ rible !... Tu sais donc ce que c'est? — Non, monsieur, je ne sais rien; mais dciuaudez à madame... — Elle le sait? — Non monsieur ; mais elle vous dira, comme moi, que c'est bien effrayant... et qu'il n'est pas étonnant qu'elle ait peur la nuit... Ce n'est pas la première fois que nous entendons un bruit semblable... Quelquefois c'est plus sourd .. on dirait des gémissements, des soupirs... des plaintes... — Comment! y aurait-il des voleurs dans la maison? — Oh ! monsieur, je ne crois pas que ce soient des voleurs... j'ai souvent été visiter partout, et je n'ai rien vu... Ah! comme c'est heureux que vous vous soyez trouvé là aujourd'hui, monsieur... Ahl si vous pouviez découvrir ce que c'est... — Oui... c'est trèsheureux, comme tu dis... — Tenez, monsieur, vous qui avez de l'esprit, vous allez me traiter de bête ; c'est égal, je n'en croirai pas moins qu'il y a ici un revenant... — Un revenant!... Allons, tu es une folle, Jeanneton 1 »

Et Tépicier n'ose plus tourner les yeux du côté de la cuisine. « Allons rassurer ma femme, » dit-il à Jeanneton. Tous deux rentrent dans la chambre d'Eugénie, qui s'est levée, habillée et assise près de son feu.

a Quoi 1... vous êtes levée, madame!... — Oui, monsieur; il me serait impossible de me rendormir après la frayeur que je viens d'avoir... — Jeanneton dit que vous entendez souvent des bruits sourds... — Ici, monsieur, je suis continuellement inquiète... — Je m'en plaindrai au propriétaire, madame. — Eh 1 monsieur, dit Jeanneton, si c'est le diable qui vient dans la maison, que voulez-vous que le propriétaire y fasse? — Je ne crois pas aux revenants, Jeanneton; ce serait plutôt de» voleurs... Viens avec moi, allons visiter la cuisine.., — Vous ie voulez, monsieur? — Attends, je vais d'abord appeler mes deux garçons... Holà! Joseph! François U. » Aux cris de leurs bourgeois, les deux garçon»

s'éveilleat et montent. Jeanneton et Dupont se font accorap»- > gner par eux pour visiter la cuisine. On y trouve une demi e douzaine d'assiettes brisées à terre.

« Eh ben: monsieur, dit Jeanneton, qu'est-ce que c'est que ï cela? -^ Ce sont des assiettes cassées. — Oui, mais qui est-ce i Qui les a cassées?... — Je te le demande, Jeanneton... — C'est \ le revenant, monsieur. — Bah, bah 1 Jeanneton, tu ne sais ce | que tu dis,., répond l'épicier en allant se placer entre ses k deux garçons.

— Mais ces assiettes ne se sont pas cassées toute seules... éI encore si on avait un chat... on dirait que c'est lui. — Oh! I pour des bêtes, je sais qu'il n'y en a pas chez moi. Allons | François, Joseph, regardez partout si vous trouverez quelqu'un d caché. »

Les deux garçons épiciers, qui ne sont pas poltrons, vont j] visiter l'appartement, et reviennent rassurer leur maître ; ils | retournent ensuite se coucher, et Dupont propose à sa femme | de passer la nuit auprès délie; mais elle le remercie et dit ij qu'elle lira près de son feu. Jeanneton jette des cris et fait des « sauts au moindre bruit qu'elJ<», entend en jurant qu'elle va fermer la porte de la cuisine , et qu'elle n'y entrerait pas : seule, la nuit, pour tout l'or du monde.

Dupont n'insiste pas pour rester près de sa femme. L'histoire du revenant, les assiettes brisées et les contorsions de Jeanneton ont dissipé toutes ses idées amoureuses. 11 reprend assez tristement le chemin de sa chambre, marchant sans regarder autour de lui, et, arrivé là, il se fourre bien vit« J dans son lit, où il met sa couverture par-dessus sa tète.

Plusieurs jours se passent, et l'épicier n'a point fait de I nouvelles visites nocturnes à sa femme; Jeanneton s'applau- 1 dit du succès de son histoire de revenant, et Eugénie ellemême se rassure un peu.

Cependant Dupont se propose tous les matins, en se levant, ' d'aller passer la nuit suivante près de sa femme ; mais lors- j que la nuit vient, lorsque le calme succède au bruit causé par |j les allants et venants, entin lorsque les marchands ont fermé I, leur boutique et que chacun va se livrer au repos, Dupont t. éprouve un certain serrement de cœur : les propos de Jean- i neton lui reviennent dans la tète, et, tout en se répétant qu'il !

ne croit point aux revenants, il ne peut se décider à passer par la cuisine pour aller chez sa femme.

« Parbleu ! se dit-il un soir, je suis bien bon de toujours faire un grand détour pour aller chez mon épouse... Elle ferme è double tour sa porte qui donne dans le salon, parce qu'elle a peur... et je ne peux vraiment pas la blâmer d'avoir peur... mais je n'ai qu'à me faire faire une double clef de sa porte ; de cette manière, j'entrerai chez elle sans passer par la cuisine, et j'aime mieux cela, parce que c'est plus court.

Le lendemain, Dupont s'empare adroitement de la clef; et, comme c'est une serrure fort ordinaire, dès le même soir Je serrurier lai arrange une clef qui doit ouvrir la porte de l'appartement de madame Dupont. L'épicier a replacé l'ancienne clef chez Eugénie, qui ne s'est aperçu e de rien ; et il attend, avec impatience, la nuit qui doit enfin couronner son ardeur ; car si les obstacles irritent l'amour, Dupont doit être bien amoureux. Cette nuit arrive enfin : chacun se retire chez soi, l'heure du mystère vient de sonner, il est minuit, et tout en passant sa robe de chambre et en mettant son bonnet, Dupont éprouve un certain tremblement; est-ce d'amour, est-ce de peur?... c'est peut-être l'un et l'autre.

Cependant l'épicier est bien décidé : il tient d'une main son bougeoir ordinaire, de l'autre la clef qui doit l'introduire chez sa femme, et il arrive à son appartement. Il écoute un moment avant de mettre sa clef dans la serrure ; le plus grand silence règne dans la maison. « Il paraît que ce soir il revenant se tient tranquille, dit Dupont ; ouvrons vite. »

Ouvrons est bien dit; mais une clef neuve ne va pas sou* veiii aussi bien qu'on le voudrait. Le pauvre mari tourne et lelourne plusieurs fois sa clef dans la serrure; enfin la porte ft'ouvre; et le voilà dans celte chambre où il a eu tant de j-eiae à pénétrer.

Mais le bruit qu'il a fait avec sa clef a réveillé Eugénie; elle écoute, regarde, voit entrer Dupont, et elle jette uncripepçarAaP moment où il s'approche de son lit.

Ace cri, Jeanneton s'éveille, accourt auprès de sa maltresse, et en apercevant l'épicier le doute bien de co qui caoM -«e alarmes.

«Aht ma pauvre maîtresse! dit-elle en sejetantsur lamain d'Eugénie! — Eh bleu! qu'est-ce donc?... qu'y a-t-il ? demande Dupont effrayé lui-même du cri que sa femma a poussé. Qu'est-ce qui lui prend donc?... Pourquoi a-t-elle crié comme cela ? — Ehl monsieur, c'est un accès... une attaque qui lui prend... Tenez, monsieur, tenez... la voilà qui se roidit...— Comment! encore une attaque... C'est désolant, Jeanneton I

— Dam', monsieur, c'est votre faute aussi, vous arrivez comme un revenant ! ça lui aura fait peur!...— Eh! comment veux-tu que j'arrive? Je m'y prends cependant de toutes les manières... Vite, de la fleur d'oranger... des gouttes d'Hoffmann, de l'éther... Heureusement que j'ai ça tout prêt

Jeanneton court prendre plusieurs petites fioles, et vient en , faire respirer à sa maîtresse. Eugénie la repousse, parceJ qu'elle a peine à se prêter à ce stratagème, mais la servante lui dit tout bas :/*« Il n'y a que ce moyen, madame,» et Eugénie se laisse frotter le nez et les tempes avec de l'éther.

« Si j'allais chercher du monde? ... dit Dupont. — Oh ! ce n'est pas la peine, monsieur, il y aurait là vingt personnes qu'on ne pourrait pas lui faire autre chose. — Une attaque de nerfs, ce soirl elle se poitait fort bien ce matin... — Ehî monsieur, il faut si peu de chose à une jeune femme; vous lui avez fait peur, c'est sur; il fallait frapper, monsieur, on n'entre pas comme ça, en sournois, chez le monde... — Com- . ment, en sournois!.,, quand je viens chez ma femme... — Mais, monsieur, je vous Tai déjà dit que la nuit nous avons peur des esprits I — Est-ce que j'ai l'air d'un esprit, moi, Jeannetoa l — Ah! il est certain que non, surtout avec vol* bonnet de coton!... — Elle ne rouvre pas les yeux, Jeanneton. — Oh I monsieur, elle ne les rouvrira pas tant que vous serez là... la v'Ià encore malade pour huit jours au moins...

— Ah ! me voilà bien guéri des femmes nerveuses, Jeanneton!... — r est certain que, quand on est sensible, ça fait ben de la peine!... — Allons, veille-la bien, Jeanneton; je vois qu'il faut encore que j'aille me coucher. — Allez, monsieur, et ne vous inquiétez pas ; ça ne sera pas plus long qu'à l'ordinaire. »

Dupont rentre chez lui, jurant contre sa belle-mère qui lui

a caché l'état de sa fille. Il se met au lit; mais il est tell»* paent contrarié de ce nouvel événement, qu'il ne peut parvo* nir à, fermer l'œil. Après avoir passé plus d'une ueure à chercher le sommeil, il se dit : « Puisque je ne dors pas, retournons savoir comment va ma femme. »

Après son départ, Eugénie s'était levée et était allé dans la chambre de Jeanneton causer de cette nouvelle visite, et on était loin de penser que Dupont reviendrait dans la même nuit. Il revient cependant ; il s'approche bien doucement du lit de sa femme... elle n'y est pas. « Ah I mon Dieu ! s'écria l'épicier, qu'est devenue mon épouse ? Que lui est-il arrivé?... » Et il appelle Jeanneton.

Cette voix fait frémir Eugénie et sa bonne ; mais celle-ci ne perd pas la tête, elle accourt d'un air effaré auprès de Dupont. « Me v'ià, monsieur, me v'ià. — Et ma femme!... où est ma femme?... — Là-bas, monsieur, dans ma chambre...

— Et pourquoi a-t-elle quitté son lit?... — Elle se promène là-bas, j'vous dit. — Elle n'est donc plus malade ? — Ah 1 c'est ben autre chose à présent... c'est son autre infirmité qui lui prend... — Gomment!... quelle autre infirmité?...— Vous le savez ben, monsieur., qu'elle a depuis son enfance..

— Depuis son enfance 1... mais quoi donc, Jeanneton? — Pardi, monsieur, depuis son enfance elle est somnambule... et d'une hère force, allez... — Ma femme est somnambule!... Ah! mon Dieu,, voilà bien autre chose. — Comment, mousieur, vous ne le saviez pas? — Et comment veux-tu que je le sache, puisque je n'ai pas encore couché avec elle ! — Ah! c'est juste, monsieur ; tenez, voulez-vous la voir?... venez avec moi... suivez-moi... »

Jeanneton guide son maître dans sa chambre, où Eugénie est assise immobile près d'une table. « Tenez, monsieur, la voilà, dit Jeanneton; voyez-vous, elle aies yeux ouverts... — C'est, ma foi, vrai. — - Eh ben ! elle dort, monsieur. — Tu es •ûre qu'elle d^rt ? — Appelez-là plutôt, vous verrez si elle TOUS répond. »

Dupont appelle deux fois son épouse inutilement. « Eh heni monsieur, qu'est-ce que je vous avais dit? — C'est juste» »*!•« ^ort... — Elle est capable de rester deux heures comme ça sans bouger... — En ce cas, je vais me recoucher, Jeaxmeton.

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car je n'aime pas à voir des somnambules. — Allez, raoo* siear, moi je suis faite à cela. » L'épicier regagne sa cliambre, et, dès qu'il est parti, Eugénie gronde Jeanneton de ce nouveau mensonge, et jure de ne plus employer de pareilles *• supercheries. « Alors, madame, vous consentez donc à être • sa femme tout à fait? — Non, Jeanneton; mais je veux agir ' franchement avec lui, et ne plus employer des moyens qui , me forcent à me moquer de mon époux. — Ma foi, madame^ je suis à bout, et le meilleur moyen, le seul moyen qui voui reste à présent, si vous ne voulez pas qu'il vienne vous trouver, ^.'est de faire mettre des verrous à votre porte. — Ah ! tu as "aison, Jeanneton, cela fera connaître à M. Dupont ma dernière résolution ; dès demain je fais placer des verrous à toutes mes portes. — Ça ne le mettra pas trop, jo crois, de bonne humeur, mais au moins nous pourrons dormi* tranquilles. »

Cependant le lendemain de cette nuit, Dupont va consulter un médecin sur l'état de sa femme, et celui-ci lui dit qu'on n'a pas en même temps des attaques de nerfs et de somnambulisme. Pour le satisfaire, il se rend auprès d'Eugénie, et Dupont attend avec impatience le résultat de cette visite. Lemé' decin sourit en sortant de chez la jeune femme. « Comment se porte mon épouse ? » lui demande aussitôt l'épicier.

« Fort bien, je vous assure, répond le docteur, n'ayez aucune inquiétude. — Fort bien ! se dit Dupont, et Jeanneton me disait encore tout à l'heure qu'elle était fort mal. »

L'époux réfléchit, rapproche les circonstances, les événements arrivés depuis quelque temps, et qui l'ont toujours empêché d'approcher de sa femme ; il commence à concevoir des soupçons sur la fidélité des histoires que lui conte Jeanneton, et à penser que tout cela se fait d'accord avec Eugénie . « Elle m'a dit qu'elle ne m'aimait pas; elle m'a mémo dit qu'elle ne voulait pas... D'après cela, se dit Dupont, je puis bien penser qu'on s'est joué de moi... ce serait un peu fort, par exemple... Mais tous ces retards n'aboutSont à rien et ma femme verra que je suis son époux. Dès ce soir je vais chez elle, et pour qu'elle ne puisse pas feindre d'avoir peur et tt être surprise, je vais la faire prévenir de mes intentions.

L'épicier appelle aussitôt sa servante : « Jeauneton, rendes-

fOus chez mon épouse, et dites-lui que cette nuit je compte aller chez elle... et qu'elle s'y prépare... — Comment, monsieur... — Oui, allez; vous comprenez : cette nuit j'irai la trouver, et j'espère qu'elle n'aura pas d'attaques de nerfs; dites-lui bien cela... — Mais, monsieur... on ne peut pas r^ pondre... — Allez, Jeanneton; obéissez et ne répliquez pas.

— J'ai montré du caractère, se dit Dupont quand la servante est partie; il faut cela avec les jeunes femmes; je suis sûr que maintenant elle sera très-soumise. » La nuit qui doit amener ce miracle est arrivée. Dupont à l'heure ordinaire, se rend chez sa femme ; mais quand il veut ouvrir la porte, il sent une résistance qui Tempèche d'y parvenir ; il frappe, appelle, pousse la porte, efforts inutiles ; il court à l'autre entrée, du côté de la cuisine, mêmes obstacles; partout les verrous sont mis.

— Ah ! pour le coup, c'est trop fort, s'écrie Dupont ; elle a fait mettre des verrous!... elle croit que cela se passera comme ça, et que je m'accommoderai de cette manier* de vivre. Non pas, non pas ; dès demain ; puisqu'on m'y contraint, j'emploirai les grands moyens, j'irai chez monsieur le commissaire ! ;>

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