‹ Monsieur DupontChapitre 29 sur 32 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

lENCONTRE ET SES SUITIS

Depuis qu'Adolphe est riche, il cherche dans les plaisirs^ dans les occupations d'un homme du monde, de la distraction h son premier amour; quelquefois il se persuade que cet amour est totalement guéri, et le lendemain, le souvenir d'Eugénie le poursuit plus que jamais. lia cependant de fréquentes distractions; il rencontre dans le monde des femmes joHes, attrayantes, et qu'il croit aimer ; il fait sa cour, on l'écoute favorablement parce qu'il est jeune, beau, riche et généreux; alors, enchanté de sa^onquète, il court chez ses jeunes amis et leur dit : « J'ai entin oublié tout à fait Eugénie; j'en aime une autre... j'en suis aimôl — Tant mieux, dit Charles, j'étais bien sûr que cela se terminerait ainsi. — C'est bienheureuï, dit Louise; au moins nous pourrons nous embrasser devant vous, sans que cela vous fasse soupirer. »

Mais quelques jours après Adolphe revient tristement chez les jeunes époux. « Eh bien ! les amours? dit Louise. — Ah! je m'étais trompé... c'est déjà Uni ! je croyais aimer ; ce n'était qu'un caprice!... — Ah! mon Dieuî... tâchez donc que ce soit tout do bon une autre fois. -Au bout de quelque lcji»i)s, Add phe semble enOn fixé ; une jeune femme jolie, bien faite, a répondu à ses tendres aveux. Depuis un mois Adolphe est assidu près d'elle, et il se persuade qu'il en est réellement amoureux. La jeune dame ne doute point du pouvoir de ses charmes et de l'amour d'Adolphe. Depuis un mois on les voit ensemble aux "p^clacles, aux promenades; il n'ont pas un moment h. eux.'ll y a des liaisons qui no se souticnnerK-que dans les plaisirs et qui meurent dans la solitude. Cet »niour-Ià est le plus commun ; de crainte que celui qu il éprouve né résiste pas à de fréquents têto-à-tôte, Adolphe imagine chaque jour quelque partie nouvelle alla f3'vn)er plus longtemps. ÔmuT'

Ut dit à êâi kiïitm i « kpMi qus ntf^vn é^f Molpim m siiiin i'aisoonabla, et qali m pense pîûs ùa Icut à êon Èag^ nie. ;) Mali Louise secoue ia tête d'un air incrédule : eiis lit îiiieus que sou mari dans le cœur d'Adolphe.

Pendant que ces événements se sont passés, Eugénie b'cr\ rétablie entièrement. Dupont est encore absent, et la jeuno u^mme vit tranquille avec Jeanncton; elle est toujours mélancjlique malgié tcus les efforts de sa fidèle servante, qui cucrclie sans cesse à la distraire et lui répète souvent qu'eiic a »ii M. Adolphe couché chez une femme, le lendemain do son entrevue avec elle.

Mais Eugénie écoute Jeanneton en souriant, et celle-ci se damne de ce que sa maltresse ne la croit point « Ah! Jeanneton, lui dit Eugénie, si tu îâvais vu lorsqu'il est venu ici avec mon époux... ahl tu ne l'accuserais plus. Pauvre Adolphe!... mes jeux n'ont pas eu la force de se tixer longtemps sur les siens... mais un seul regard m'a suffi pour voir combieù il est changé!... Comme le chagrin, la douleur ont altéré ses IraHs !... — Mon Dieu, madame, je ne dis pas que ça ne lui a point fait de lelnc, mais il s'est consolé; faites-en autanl! Les hommes no peuvent pas être toujours constants!... c'est pins fort qu'eux!... — Ah! Jeanncton, Adolphe n'est pa3 comme les autres hommes! — Et moi, je vous dis qu'il ne "aut pas mieux. »

Eugénie ignore le changement de fortune d'Adolphe; madame Moutonnet l'a caché avec soin à sa tille, craiguant d'augmenter encore ses regrets : elle croit qu'Eugénie regrettera un rang et des richesse ; elle connaît mal son cœur. Jeanneton engage sa maîtresse à aller à la promenade, au spectacle, à prendre quelques plaisirs pour chasser sa mélancolie; Eugéaie refubc, pour elle il n'y a plus de plaisirs que da.^ les souvenirs.

Eulin les prières de ia bonne parviennent un jour à fléchir Eugénie; ell»:; consent à se rendre au spectacle. C'est pour procurer à Juarineton un moment de plaisir qu'elle cède à sa demande. La bonne iille saute de joie en disant : « Cest toujûiu's un commencement, et si le spectacle amusa madame, -">us n'en resterons nas là. > On part. C'est à rO|)éra qa'Eo-

ftexa poui^ la servaute un ^pec-

ÈtLt eîiG.

La jeune femme et ââ bOjaîîà £icewîient liûe loge déèonvêriéi Jeanneton, tout yc-ttx, tou* s»^f^iî?ss. ne détourne pas '^es regards de la scène, et Evigé>ssa eount en regardant Jeanneton. Mais, après s'être amusée «.rsaeiaues moments de l'étonnément de sa bonne, Eugénif^. promené ses regards dans la salle, et ils s'arrêtent bientôt fiîir une ïoge dans laquelle est uq jeune homme auprès d'une ïsimrne mise avec beaucoup l'ébk gance. Ce jeune homme est Adolphe; cette femme près àt laquelle il est assis est sa dernièro conquête, dont il tâche us se croire amoureux. Eugénie ne peut se persuader que c'e.^t A.doîphe qu'elle voit. Adolphe mis avec la plus grande recherche, Adolphe souriant tendrement à une autre femme... non, ce n'est pas là l'Adolphe qu'elle a tb pcile, défait, égaré, entrer dans sa chambre avec M. Dupont. Pauvre Eugénie! elle le voyait toujours ainsi. Ne sacliant que penser, qut^ croire, doutant encore du témoignage de ses yeux, Engénie, tremblante, respirant à peine, pousse le bras de Jeanneton, » Vois-tu, voistu? lui-dit-clle. —' Oui, madame... oui... oh! c'est superbe!...

— Le reconnais-tu, Jeanneton?... — Oui, madame, c'est celui-là qui, tout à l'heure, voulait tuer la princesse... — Dans cette loge., là-bas... — Tiens, v'ià qu'on danse à c't' heure...

— Comme il la regarde! comme il lui parle!... — C'est qu'ils tournent comme des tontons!... — Tu no m'entends pas, Jeanneton... — Allons, v'ià que ça s'enfonce à présent. »

Il faut que Facte Unisse pour que Jeanneton puisse écouter Eugénie; elle se retourne enfin et s'aperçoit de l'état de sa maîtresse. «Ah! mon Dieu; madame, qu'a?eï-vous donc?,.. Est-ce qu8 vous vous trouvez mal? — Non... je sens un ti'emblement, mais cela n'est rien... j'sufsi du courage... Ah! c'est bien lui... — Qui; lui? — Adolphe... — Où donc cela?... — Tiens, tu ne vois donc p&s cette loge... cette femme!... Ella est jolie, je ciois, Jeanuetonl... — Eh! mais oui... c'est lui... Quelle misa!.. . il a donc fait fortune ?.. . — Il est peui-êti'e marié., c'est peut-être sa femme qui est avec lui... — Sa femme !. danr c'est possible... — il a l'air de bien l'aimer... — Oh! je UB peux pas voir ça de si loin; mais il «semblg que ce soit un fait exprès !... pour une fois au© aom vcDOîii au spoctaoi©

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rencontrer justement... Tenez, allons-nous-en, niada?ïio, cette ?ue-Ià ?0D8 fait du mal... — iNon, Jeanneton, je veux rester... j'aurai du -^.ourage... D'ailleurs... tu t'amuses. — Ahl madame, est-ce que je puis avoir du plaisir quand je you» vois de la peine I... — Ah! Jeanneton... tu avais raison, je le sens bien... que j'étais folle de le croire! Cela me guérira, ma pauvre Jeanneton!... •— Allons-nous-en, madame. — Non, te dis-je, ja veux rester. »

Pendant tout le temps dn spectacle, Eugénie n'ôte pas ses yeui de dessus cette loge qui renferme Adolphe et sa maitresse. Jcinuelon ne regarde plus que d'un œil triste l'enfer et le paradis; l'état d'Eugénie l'inquiète : quelquefois celle-ci l'engage à regarder le spectacle, mais bientôt après elle lui fait remarquer Adolphe.

« Vois, Jeanneton, comme il a l'air empressé... galant... — Oh! ce n'est pas sa femme, madame! — Elle est bien, cette femme-là... — Oui; dam', à la lumière on ne sait pas trop!... — îi lui prend la main... — Oui, madame... — Il la lui presse sans doute!... ~ Ça serait ben possible!... Elle lui parle en riant... Mais, Jeanneton, tu ne regardes pas le spectacle!...— Si fait, si fait, njadame. — Au fait, celte femme-là n'est pas si bien qu'elle le paraît d'abord... elle a au moins vingt-huit ans... — Au moins, oui, madame. — Cst vieux cela, vingt-huit ans, n'est-ce pas, Jeanneton?... — ^e crois benl... c'est même âgé!... — Il ne me voit pas... il est trop occupé... — Est-ce que vous voudriez qu'il vous vît!... — Oh! mon Dieu! non... à quoi bon?... »

Cependant, lorsijue le spectacle tinit, Eugénie s'arrange de manière k sortir de sa loge en môme temps qu'Adolphe de U tienne, et ili m trouvent bientôt à côté l'un de l'autre dans le couloir.

Une voix chérie a frappé roreïUe d'Adolphe, il so retocrne brusquement., c'est elle... c'est Eugénie qu'il voit! Sans penser qn'i' est aver une femme, sans songer à ce qu'il fait, il quitte le bras de ^a ma**re8se et court sur les traces do sou itniie; mailla foule les st^pare; et Eugénie qui n'a voulu que le voir un moment, et s'aJiorer qu'elle hq s'est point trompée, entraîne aussitôt Jeanneton; elle disparaît aux regards d'Adolphe, et tandis qu'il poniie le» persocnei qui l'entourent, «t

ic. DtJpoNt îfeyi

<i art dans les corridors en l'appelant, ell^ esit d«^jd en Toitur<! svoc Jeauneton. Eugénie garde le silence tout le reste de k entrée; elle parait réfléchir profondément, et Jeannoion n'os* pas interrompre ses rêveries. Le lendemain, la bonne s'flrapresse d'aller s'informer comment sa jeune maîtresse a pass^ la nuit; elle est agréablement surprise en la trouvant plus calme, plus gaie même que de coutume, mais sa surprise re. double lorsqu'elle l'entend lui demander de» nouyelles de M. Dupont.

ft Doit-il bientôt reyenir? loi dit Eugénie. — Revenir!... Qui, madame? — Mon mari. — Vot* mari!... »

Jeanneton ouvre de grands yeux; c'est la première fois qu'Eugénie donne ce titre à M. Dupont. « Ma Hne, madame.., je ne sais pas trop... — Où est-il maintenant? - Où il est?... mais à Marseille... je crois... dam', je n'en suis pas ben sûre. — Allez en bas, Jeanneton, et informez-vous à Joseph de l'adresse exacte de mon mari. » Jeanneton ne sait plus que penser; elle descend cependant pour exécuter l'ordre de sa maîtresse. Pendant ce temps, Eugénie se met à son secrétaire, et Scrit à Dupont le billet suivant :

a J'ai eu des torts envers vous, monsieur, je ne rougis 3(>iut d'en faire l'aveu? je vous crois assez bon pour me les )ardonner. Désormais vous trouverez en moi une épouse souni.se, et je ssuiai rempli! toni les devoirs que ce titre m'im-

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