‹ Monsieur DupontChapitre 30 sur 32 · SC · texte numérisé non relu

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Eugénie cacheté cctlo lettre, et y met l'adresse do Dupont, îiie Jeanneton vient do lui donner. « Va mettre cette lettre à a poste, ma chère Jeanneton, lui dit-elle. — Cette lettre pour li. Dupont?... — Oui, pour mon mari.

- Son mari, toujours son mari, dit Jeanneton en portant a lettre; allons, ii se passe en elle quelque ciiose d'cxtjgor- Usinire. ■

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eiîÂx^itRÊ mit

tE Mari es posTS

^i's^at est encore à Mai^eille, enfoncé dans ie:. oîives. î^fl ancaois, les sardines et les figues. Il fait beaucurip d'affaire» et ne se presse point do revcnii- à Puris, où il craîLit do trcuvfîr sa femme encore malade. Dupont n'est poinl très-saUsfait de son mariage; les paroles du commissaire lui trollenl saas cesse dans la léle, et il se dit : « Pour qu'une jeune lemma se conduise de la sorlo avec son mari, il faut bien qu'il y ait quelque cause sccrèle... et il est fort désagiéai !e d'avoir épousé une femme qui a une disgrâce qu'elle ne ^ô'^lpas me montrer. »

Celte idée poursuit Dupont, et l'empêclie da pi?jiidre pari aux plaisirs qui lui sont oifcrts. Dans toutes les r/riinions où le riche marchand est invité, il porte une mine si singulière que chacun lui en fait la guerre. « On voit que c'eît un nouveau marié, lui répèto-t-on partout, il pense sans cesse à sa femme, et s'ennuie do ne point la voir.

— Oui, oui, se dit Dupont, j'y pense, en effet, et il v a de quoi moi qui voulais avoir des enfants pour perpétuer ma ruco comment diable en avoir si ma femme a quelque disgrâce qu l'emi.êche de cohabiter avec moi? C'est bien cruell... j'ai cu-l bliè de dire cela à M. le commissaire; mais, en revenant .\ Pa ris, je ferai faire une consultation de médecins. » Dupau: vient de terminer ses affaures; il est sur le point da retour, ner à Paris, lorsqu'on lui remet une lettre de la capiidle.

Il l'ouvre, regarde la signature, et voit : « Eugénie Jeinn. Dupont... » Ma femme I... une lettre de ma fcmn.e ! s'ccr; l'épicier. Ah 1 mon Dieu! Qu'est-ce que cela veut diiel... faut qu'elle soit à l'article de la mort.

Il lit, et son étonnement augincnle h chaque mot. « VCs^zj riaiSy iouj 'jou\:er€z en moi une é^.vu&e «oumise... Serai! pojsiblel... Est-ce bien ma femme qui m'écrit celaV... ffl ^yiur air er,\^l\T tous Its devoirs que et titre m'impose.,. IW il i. 7;ir;, ccU s'euteud... je sai? ce q'i'eile vent dire . Co ^B

s^s^si ii^'v •: ^iu^^ov-^ ;.:. lu kmmê ïïiaàûtê àêprik qii'ekô m me tmipliuKii Paiître. f/etita fefnméî,.. eîte m^éctlt n^ï^î' m" avertir qu'.^le est prête à remplir ses devoirs... c'est cnarmant... Et oh commissaire qui voulait me faire croi;-^... AU ions ina fciume n'a poiat de disgrâce, en voilà la preuve... Sliô ra'atteiiv» avec impatience, puisqu'elle m'écrit... eniiii J-?. vais être mii té complélemcnte.. «

Dupont Col dans l'ivresse ; il saute dans sa chambre, couri comme un iôu dans son appartement, et descend à la hâte chez son hôtesse; il ordonne que l'on fasse sa valise, et court à la poste oii il arrive tout essoufUé.» Eh vile, vite ! s*écrie-t-il, il me faut doB chevaux, ujae voiture, des postillons — Où va monsieur?— A Paris. — Quand monsieur veut-il partir? — Sur-lo-chcimp, ma femme m'attend. Quelle est la manière la plus prompte de voyager ? — Ma foi, monsieur, c'est d'aller en poste. — Sn poste, c'est entendu, je vais en poste. — Monsieur prei'.d un 3 chaise I - J'en prendrai deux 8'il le faut.

— Combien de chevaux ! — Autant qu'on en [lourra mettre.

— Mais on en met deux, trois, quatre même... — J'en veux cinq; vous les mettrez les uns à la lUo des autres pour qu'ih courent mieux. — Cela no se peut pas, monsieur, vous ne pourriez plus îes diriger... — Eh bien vous les mettrez quatre de front. — Impossible, monsieur, on ne pourrait pas les aUeler à la chaise. — Alors vous les mettrez comme vous voudrez; pourvu que j'aille comme le vent, cela m'est égal qu'ils soient devant ou derrière. — Il faut alors deux postillons. — Trois postillons et un coureur en avant. Ma femme m'attend, et je suis pressé. »

Dupont court de la poste à son hôtel. Il presse tout le monde, ne sedc-nne pasle temps de faire ses malles, ne prend sur lui que son p(.»rtefeuille et quelques effets indispensables qu'il met dans son portemanteau. « Vous m'enverrez tout le reste à Paris, dit-il à son hôte. — Il parait que monsieur a reçu des nouvelles importantes qui nécessitent son relour? — Je le crois bien, ime lettre de mon épouse... — Aii! mon Dieu', sarait-eilb ma'Nde, monsii>ur? — Au contraire, elle se porte bien, et c'est h» première fois, depuis que nous sommes ma' ries :vou» senivi que je suis bien aise d'en prolitcr. »

L'Iiôte ue conipreud rien à cela, mais Dupont n'a pas là tciuds

tu M. DUPONT

de le lui expliquer ; la ciidise est devant la maison, les ch»- Taux hennissent, les postillons font claquer leurs fouets, Dupont saute dans la voiture qui part aussitôt.

Ce coureur, ces postillons, ces chevaux, ce train extraordinaire, tout cela fait croire que la chaise de poste renferme quelque personnage important. Partout où elle passe, on dit : a C'est un prince qui voyage incognito : ou c'est quelque ambassadeur, ou quelque général, enfin c'est un grand personnage. » Et on s'informe aux postillons qui répondent : « C'est un épicier en gros qui va coucher avec sa femme. • Les curieux restent ébahis, les postillons rient, et la voiture repart, laissant tous ceux qui l'entouraient faire des conjectures et se demander s'ils n'ont point mal entendu.

Dupont paye largement, et on le mène comme un fournisseur, comme un fermier-général, comme un milord, comme un agioteur qui a fait banqueroute dans son pays, et va acheter des terres chez l'étranger. Le coureur qui précède Dupont est chargé de donner des ordres dans les auberges pour que rien ne retarde la marche du voyageur. L'arrivée d'un coureur annonce toujours quelque personnage d'importance; c'est une bonne fortune pour les aubergistes, ils mettent tout en l'air dans leur maison pour que l'on puisse satisfaire à tous les désirs de monseigneur. La broche tourne, le feu pétille ; toutes les casseroles sont sur les fourneaux, tous les marmitons à leur poste, les servantes se dépêchent pour que le plus bel appartement soit prêt, et vont y dresser le couvert de l'illustre voyageur, car un homme qui a un coureur, ne dîne pas à table d'hAle, et puisqu'il ne couchera pas, on espère au moins que le repas qu'il prendra dédommagera de toutes les peines que l'on se donne. Bientôt lo bruit des chevaux, le fouet des postillons, annoncent l'arrivée du grand personnage. Tous les gens de l'auberge courent à la porte pour le recevoir. Le maître a son bonnet à la main, les servantes ont rajusté leur coiffure, les valets d'écurie ont quitté les chevaux, les >0Yageurs qui se trouvent dans l'auberge courent aux fenêtres pour voir celui qui met toute la maison sens dessus dessous, et tous les passants et oisifs de la ville viennent faire foule devant la porte.

« Ah! oaon Dieu!... s'écria l'aubergiste en aperceraat la

fëltufêtî,»,. fiiJi4di^if^taLé,f trois ^gôiiil6!il».«« Munmi MâfiSî a-ton bien ù'Otlé ia eHambrs*.*», époimuié partout? Jacques, Pierre*.*.» songez su rôli^ smx frka^s^cs^.i.. a?l fricandeau..,,, n'épargnez rien, me:?, cnfaulsy un persoiiniige comme celui-là a le palais délicat ci ne regarde pas «t ia dépense. »

Ealiu ia voiture entre dans la cour : tous les yeux se portent sur celui qu'elle renferme... on court l'aider à descendre... Mais au lieu d'un personnage chamarré do rubans, en habit galonné et brodé, en cliapeau à plumets, et à la mine imposante et Ilôrc, on est un peu surpris de voir un petit homme gros- et court, d'une tignre commune, coifTé d'une casquette, vêtu d'un babit bleu de ciel, d'une culotte jaune, en guêtres et en cravate de couleur, et qui, en s'élancant lourdement hors de la voiture, renverse sur un tas de fumier l'hôte qui lui présentait la main. « C'est égal,^dit l'aubergiste eu se lolevaut, il n'en a pas moins cinq chevaux, trois postillons et uu coureur ; et puisque c'est un homiiie très-riche, la mise et la touriiuro n'y font rien. »

Et il suit, le bounct h la main, I3 voyageur qui entre tout essoufflé dans la grande salle, où il va se Jeter sur une chaise, devant une table couverte d'une toile cirée, où dînent ordiaairemenl les rouliers, promettant à ses postillons do manger très-vite. » Si monsei,.. monsieur le... Sa Grandeur... vr-'cilait passer dans l'appartement que je lui ai fait préparer a,u premier, dit l'aubergiste en saluant Dupont. — Ce n'est pas la peirs,' mon cher monsieur, je suis bien ici, répond Tépcier.— Monsieur le voyageur sera plus dignement et plus convenablement là-haut*.. — Puisque jo vous dis que je sui.î bien là.

— Allons, c'est un ongmal, se dit l'aubergiste', je l'avais devmé, mais n'ini^JOite, il a un train do prince i... Et il se rapproche en saluant. « Monsieur veut sans doute dîner? — Mais oui, j'ai faim; cette voiture lue secoue, ça donne do l'appétit ; je mangerai bien uu morceau... — Le diuer do monsieur le voyageur est préparé... — - Ah! parbleu l il no faut pas tant de façons : un plat de pommes de terre et un morceau de fromage do Gruyère, avec une dcmi-bouleilic à quinze. ~ Comment î liionsicur ?... — Je vous dL:iiauùe dcji

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pommes do terre et du ^^ruyere,.. (lui soit yieui» jurtout... car je m'y connais, voyez-vous, ei si le vôtre D'est pas boa je vous en enverrai du fameux,

— Ah! qu'est-ce que ce gros imbécile? dit l'aubergisle i^n courant à sa cuisine. Jacques, Pierre, ôtez le rôti, les fricassées, les coulis... Ce maloiru qui îjrrive avec cinq chevaux ne veut que du fromage et des pommes de terre ! Qui diable se serait douté de cela .... Voyager en seigneur et diner en cuistre !... Je gagerais bien que ce n'est pas grand chose que cet homme-là!... le naturel perce toujours. >> Sans faire attention à la mauvaise humeur de son hôte, Dupont achève son modeste dîner, se bourrant de pommes de terre et do fromage ; puis après avoir fait remplir d'eau-de-vie une petite bouteille d'osier, il remonte dans sa chaise de poste en jetant deux sous pour boire aux servantes. C'est cependant le même homme qui paye généreusement les posttlions pour arriver près de sa femme, il ne regarde pas à la dépense, il agit en seigneur ; mais pour tout le reste, il redevient Dupont l'épicier. L'aubergiste a raison : le naturel perce toujours.

Les postillons, qui sont bien payés, dînent mieux que celui qu'ils conduisent; ils veulent contenter cet homme singulier, les chevaux couvrent leurs freins d'écume, et Dupont trouve encore qu'il ne va pas assez vite. Cependant à moitié chemin de Marseille à Paris, la chaise de poste, qui n'a jamais été tirée par cinq chevaux, se brise en éclats au milieu de la route. Personne n'est blessé, mais Dupont est désolé ; cet événement peut retarder de beaucoup son arrivée. La voiture est tellement maltraitée, que les postillons avouent qu'il faudra au moins trois jours pour la remettre en état.

« Trois jours 1 trois jours ! dit Dupont : dans trois jours je prétends avoir fait un enfant à ma femme. Eh mais ! quelle idée lumineuse! qn'ai-je besoin d'aller en voiture 1 on va plus vile à cheval, ])ui?que mou coureur était toujours devant moi. C'est décidé, je vais à cheval ; à franc étrier, en coureur. « Duiiont n a jamais monté à cheval de sa vie, mais i] est persuadé qu'il s'y tiendra comme un dragon. Il paye se« postillons, qui veulent en vain le faire renoncer à son projet. Dupont est eulè'é ; il no veut point d'ailleurs attendre uue

autre voiture, il «cLcte le cheval, les bottes, le fouet de son coureur, et, vêtu moitié en bourgeois, moitié pd postliloD, i) monte sur sa bête «t se dirige vers Paris

Dupont Va pas fait un quart de lieae qu'il s'ajjerçoit que l'exercice du cheval est moins facile qu'il ne l'avait cru. Sans cesse près de tourner sur sa selle, il fait des sauts qui le renvoient de la croope à la crinière do son coursier. Plus il cherche à se coller sur son cheval, plus il est secoué et moins i) attrape l'équilibre, et ses pieds sortent à chaque instant des étriers, b'eaucoup trop longs pour lui. Cependant il ne perd pas courage, il se retient à la queue, à la selle ou à la crinière de l'anima!, mais ce qui le désespère, c'est que sans cesse forcé de s'attachera quelque chose, il ne peut faire usage de son fouet. Pour faire avancer son coursier, il sue sang et eau, essayant de lui donner des coups de talons ; mais les petites jambes de l'épicier ne peuvent atteindre sous le ventre du cheval.

Après avoir fait une lieue, il perd une de ses bottes fortes; une lieue plus loin il perd l'autre. « C'est égal, dit-il, j'irai aussi bien en souliers ; f irai mieux même, car ses grosses bottes m'embarrassaient, et il faudra bien que je finisse par attraper l'équilibre, » Dupoiit voyage ainsi une demi-journée, au bout de laquelle il s'aperçoit que sa culotte est déchirée : il va toujours. « C'est une culotte de sacrifiée, dit-il mais on ne doit pas regarder à cela dans une circonstance pareille. »

Bientôt il scut de vives douleurs et porto la main à l'endroit : < Diable! diable, dit-il, ce maudit galop vous écorche quand )n n'y est pas fait; j'aurai le derrière un pou en compote, et ie sera désagréable p(uir cohabiter avec ma femme... Enfin, )ourvu que cela ne sf> gagne pas. Je me ferai mettre un caaplasmc à la première auberge. » Ce n'est pas sans peine (ue Dupont atteint cette auberge, où il espère se reposer un eu. Son cheval qui n'est plus fouelté, ni piqué, ne va plus [u'au petit pas ; et Oupont, tout en cherchant à le faire rerolter, se dit : « Il p.îrait que je m'accoutume au cheval, car l ue me secoue plui* autant. »

L'arrivée du posti)l.»n, en habit bleu de ciel, en souliers à oucles, et tenant u-'" de ses mains sur sa blessure, produit

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dans l'anberge un effet bien différent de celui que faisait la j chaise de poste à cinq che.Yaux. j

Les servantes regardent Dupont en riant ; l'hôte ne se dé- j range point ; les valets le laissent descendre tout seul de che-j raî, se moquant entre eus de sa tournure grotesque. Enfin, notre voyat^eur entre clopin dopant dans Taubergo où i! demande une chambre, parce qu'il sent bien qu'il n*» peut pas se faire mettre un cataplasme devant tons les voyageurs. «Surtout qu'on ait bien soin de mon cheval, ce coqiiinlà ne veut plus galoper; il faut que je lui fasse prendre quelque chose qui lui mette le feu sous le ventre : faites-lui une rùlie au vin avec du poivre, du sel et du sucre... Ah ! je te ferai bien galoper, mettez-y aussi des truffes ; je n'auraij pins besoin de fouet et d'éperons. — Des truffes à un cheval ! se disent les gens de l'auberge ; cet homme-là est probable-! ment étranger, et peut-être que dans son pays les truffr-s sont fort communes. Mais ici le diner de son cheval lui coû tera un peu cher. »

Dupont suit une jeune servante qui le conduit dans une chambre et lui demande ce qu'il faut lui servir. « Un cata-i plasme de graine de lin, » répond Dupont; et la lille des-| ceud, en riant, dire à son maître : « Cet homme-là est benj drôle, il fait manger des truffes à son cheval, et dine avec dej la graine de lin. » i

Cependant la serva.utc s'aperçoit de son erreur quand elle porte à Dupont ce qu'il a demandé. Le voyageur lui présente la partie blessée, eu la priant de vouloir bien y appliquer [a remède.— Mais, monsieur, je n'avons jamais soigné deçà, dit la fille en reculant. — Allons, pour mettre un cataplasme, ne vas-tu pas faire des façons?— Dam', écoutez donc, s'il fallaij comme ça s'amuser aux inconvénients de ch.-ique voyaireui — Ah! tu appelles cela nr\ inconvénient? Va toujours, ma chère amie, je te donnerai la piT-ce. t>

Ce mot lève tous les scrupules; la servante applique le re^ mède pendant que Dupont lui répète : « Arrange bien moi| inconvénient, je vais coucher avec ma femme, et je ne ^oxU Irais pas qu'elle me trouvât endommagé... —Quoi que voa||i liles donc, u.ousieur?— Je te dis que je vais colHibiter av mon épouse, et que c'est pour cela que je voyage à ïn

étrier et ventre à terre. — Ah ben 1 en v'ià d'une bonne ! je couche tous les soirs avec not' homme, mais il ne s'est jamais écorché pour ça. »

Duponi o-e fait servir àdlner. Pendant qu Ml prend sonrepas, la servante va conter partout qu'ils ont un voyageur qui court la poste pour aller coucher avec son épouse. Toutes les femmes de l'endroit sont curieuses de voir un homme aussi extraordinaire, qu'elles veulent donner pour exemple à leurs maris, et la foule s'amasse pour voir sortir Dupont.

Notre voyageur s'est reposé; il se sent njieux, le cataplasme a calmé ses souffrances; et il se dispose à se remettre en route. Son cheval bat le pavé et paraît partager l'ardeur de son cavalier. « Bon I bon ! dit Dupont, la rôtie a fait son effet, et je n'aurai pas do peine maintenant à le mettre au galop. »

11 paye l'aubergiste ; le repas do son coursier lui coûte un peu cher, mais il espère arriver à Paris le lendemain, et il ne murmure point. Il m-jnte à cheval devant la foule assemblée pour le voir et disparaît bientôt à ses reganL-î. Le cheval semble animé d'une ardeur nouvelle ; le repas (^cbantlant qu'on lui a fait faire, dispense en clfet Dupont de fouet et d'éperons : l'animal a sur-le-champ pris le grand galop, et Dupont est enchanté; il se lient le mieux po3^ible et s'écrie : a J'eapère enlin que j'arriverai ! »

Mais bientôt le mouvement du cheval fait descendre le catopiasme sous la jarretière du cavalier. La cuisson devient si vive, que Dupont jure et crie comme un possédé à chaque bond qu'il fait. Il veut arrêter son cheval, il tire la bride à droite, à gauche ; mais plus il se donne de mouvement, plus ranimai l'emporte. Étourdi par les cris de son cavalier, il no connaît plus de frein, il se débarrasse de son mors blauclii d'écume; il ne galope plus, il vole, il s'élance arec une rapidité effrayante, tout le monde s'écarte de son passage. En vain Dupont crie : « Arrêtez l arrêtez ! » Les paysans fuient avec épouvante. Le malheureux cavalier est couché à plat ventre sur son coursier dont il a lâché les bride- ; il se lient au cou, à /a crinière, à tout ce qu'il peut attrapper; il o'abandonne à sa destinée, et sa destinée conduit le cheval vers «ne carri'Ve nouvellement ouverte dans laquelle il se |iréi.'i-

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pite. Lorsqu'on accourt pour en retirer le cheval et le witalier, on les trouve morts.

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