SPARTE
Nous éloignant un peu du fleuve pour entrer dans la ville, nous fûmes frappés de l’aspect sombre et majestueux du Taygète, qui borne au sud et à l’ouest l’emplacement de l’ancienne Sparte. L'aspect sévère de ces noires montagnes nous rappelle à l'esprit la sévérité des lois de Lycurgue.
Notre réception à Sparte a été vraiment cordiale : un monsieur grec de la ville est venu nous inviter à prendre logement chez lui ; il parle bien le français. À notre arrivée, il mit à notre disposition son
principal salon. Une demoiselle est venue
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nous présenter le chibouque, ayant soin de donner au jeune Rodrigue le plus beau calumet. Elle revint ensuite mettre devant nous un cabaret sur lequel on voyait deux verres d’une liqueur excellente, un verre de confitures blanches et deux verres d’eau ; elle revint enfin nous donner la tasse de café. Le monsieur vint alors fumer le chibouque avec moi : avant de nous laisser il prit mon chibouque, l'emplit de nouveau tabac, l’alluma, tira quelques touches, et me le présenta en mettant la main sur son cœur: c’est la plus grande politesse que nous reçûmes dans notre excursion.
Nous sommes entrés aujourd’hui dans un climat différent ; les montagnes arides ont disparu ; ici, c’est la verdure, et les montagnes sont couvertes d'arbres de hautes futaies ; elles nous font voir la fertilité de la Laconie et de l’Arcadie.
En entrant dans la ville, je jetais les
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yeux sur le panorama qui l'entoure, et je me disais qu'autrefois Léonidas, laissant ces lieux, les contemplait pour la dernière fois, allant mourir au terrible défilé que je venais de visiter. Ils n’y sont plus les braves Spartiates ; des champs de müriers remplacent leurs demeures et tout est silencieux et mort. Il y a cependant un village de 200 maisons sur une des collines de Sparte, et c’est dans ce village que nous couchons ce soir.
Les maisons sont mieux bâties qu'ailleurs ; du moins elles ont une apparence bien supérieure. La population actuelle peut être de 2,000 habitants. Ce soir, le maître de notre maison a soupé avec nous ; il nous a fait de la musique et du chant pendant la soirée.
24 décembre.—Apres avoir pris notre déjeuner en compagnie de notre hôte, nous reçumes la visite d’un juge de pre-
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72 MESSIRE I.-8. LESIEUR-DÉSAULNIERS.
mière instance, qui désirait faire notre connaissance. Les juges n'ont pas de code civil à suivre en Grèce ; il s'appuient sur la loi romaine pour rendre leurs jugements ; ils ont un code criminel et une procédure civile dus à un Bavarois.
Nous montons ensuite à cheval pour faire le tour de l'emplacement de l’ancienne Sparte. La vue de l'emplacement de Sparte a véritablement quelque chose d’imposant et d'agréable, surtout par son Taygète et ses collines de Ménélaïon. La plaine s'étend très loin au sud et au nord ; elle est accidentée par beaucoup de collines. La ville de Mistra paraît très bien sur le penchant du Taygète, avec sa forteresse. Tout cela est beau à contempler ; mais je suis ici, le 24 décembre, veille de la grande fête de Noël, fête de famille, fête de l'enfance ; puis-je la passer sans penser à mon pays natal ?
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Ce soir, l’on prépare les voitures pour la messe de minuit ; à onze heures les cloches annonceront à toutes volées l’heureuse nouvelle aux campagnes de mon pays. On se lèvera pour jouir des illuminations de nos églises, entendre les concerts des anges et des bergers. O mes amis, que vous êtes heureux de jouir de ces belles fêtes ! Après avoir satisfait à ces deux devoirs que nous impose notre sublime religion, je vous vois assis à la table du réveillon, et vous amusant des douces émotions que vous avez éprouvées au saint office. Vous ne vous mettrez au lit qu'après avoir goûté le plaisir d’être auprès du bon poêle du Canada. Et cette neige du Canada que l’on voit revenir avec tant de joie, vous l’avez maintenant ; je vois les nombreuses voitures qui vont glisser à la clarté des étoiles sur un chemin si blanc et si pur ; je vois le frimas sur les chevaux ; j'entends le bruit des elochettes suspendues à leur cou. Ici, je
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ne vois que la terre ; pour jouir de la neige, il me faudrait faire la rude ascension du Taygète, et encore je n’y trouverais pas la neige de mon pays. O vous, mes amis du séminaire, qu’il me plaît de penser à vous aujourd'hui; je vous vois tous joyeux en cette grande fête, amusez-vous, mes amis, et jouissez des douceurs de notre patrie. Pour moi, je suis dans la patrie de Léonidas, au royaume de Mélénas, sur le sol de la vieille Sparte ; je bois les eaux de l’Eurotas ; maïs tout cela ne compense pas les jouissances que j'aurais à célébrer avec vous la belle solennité de Noël.
Sparte ne présente au voyageur aucun monument digne de remarque ; iln'y a ici que son emplacement ét quelques restes des vieux murs de ces collines fortifiées, et de plus, çà et là, sur les champs de mûriers et d'oliviers, des débris très rares de colonnes. La place publique de
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Sparte paraît avoir été à l’ouest de la colline principale que l'on appelle aujourd'hui la citadelle, l’amphithéâtre, sur le penchant de cette même colline, et le théâtre un peu plus au sud.
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30 décembre. — Aujourd’hui nous sommes retournés dans la capitale de la Grèce, qui mérite bien ce titre et par sa population et par ses édifices, autant que par ses antiquités. Ces antiquités de la ville d'Athènes surpassent de beaucoup tout ce que nous avons vu ailleurs ; Thèbes, Corinthe, Argos, Sparte ne possèdent plus rien des monuments qui les ornaient autrefois. L’Acropole d'Athènes offre assez de ruines pour nous faire comprendre qu'ici se trouvait le centre des lumières et des arts.
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Nous avous trouvé les Grecs très empressés de voir les étrangers qui les visitent, très hospitaliers et toujours prêts à accepter ce qu'on leur offre ; ils sont pauvres et mal logés, et n'ayant qu'une seule maison, dont la moitié est occupée par les animaux domestiques, et dont la seule garantie contre le froid de l'hiver consiste en des volets fermés. Ils paraissent connaître leurs grands hommes d'autrefois bien mieux que du temps de Châteaubriand, s’il faut en croire ce que dit cet auteur dans son Itinéraire. Aujourd’hui ils connaissent certainement les héros les plus célèbres de leur antique histoire.
81 décembre.—Aujourd'hui nous nous reposons des fatigues de notre voyage ; nous devons rester ici jusqu'au 7 janvier en attendant le bateau français qui doit nous conduire à Constantinople. Nous
aimons à reporter notre pensée à notre patrie ; la circonstance de la fin d’une
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année est bien propre à nous äonner d'agréables souvenirs. Que nous aimerions à nous retrouver au milisu de nos parents et amis ! Mais, hélas ! nous en sommes bien loin. Aujourd'hui, dans beaucoup de cercles, on parle et on s'informe de nous, et personne ne dira où nous sommes, Comme ce lieu nous aide à méditer sur la rapidité du temps qui emporte tout dans son cours ! Ville de Périclès, qu’es-tu devenue ? ou sont tes monuments, tes places publiques, tes temples si vantés ? Où sont tes anciens habitants, tes orateurs,. tes philosophes, tes Démosthène, tes Eschine, tes Platon, tes Socrate, tes Diogène ? Le temps a tout effacé : tes palais sont renversés ; à peine
découvre-t-on quelques débris de tes pla-
ces publiques, de tes temples ; tes colonnes renversées, des frises richement sculptées, etc., annoncent que tu fus autrefois.
Mais tes hommes n’y sont plus ; ils sont
réduits en poussière et mêlés à la pous-
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78 MESSIRE I.-8, LESIEUR DÉSAULNIERS.
sière de tes campagnes. Qu'est-ce que l’homme, pour qu'il passe ainsi sur la terre sans laisser plus de traces que le vaisseau qui vogue sur l'océan ? Je passerai de même. Encore quelques années, et moi, obscur voyageur aux champs de Miltiade, de Léonidas, d’'Epaminondas, j'aurai mêlé ma poussière à celle de toutes ces gloires de l'humanité. Voilà ce que j'aurai de commun avec ces grands hommes dont la renommée nous détache de notre patrie, pour avoir le bonheur de fouler la terre de leur sommeil éternel.
Oh !'ie les vois, les élèves du séminaire ; jis entourent de leur respect le supérieur de notre maison : que je voudrais être avec eux ! Oh! qu'ils sont heureux ! Et moi, je suis ici, seul, n'ayant qu’un ami à mes côtés, le seul qui puisse ne rappeler ce pays où il y a tant de cœurs qui me sont chers : croyez-le, il en coûte de voyager au loin et pour si longtemps.
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ue Les Grecs aiment la vie pastorale ; ils | la mènent des troupeaux de chèvres et de ‘| L le | moutons brout:r l’herbe dans les plaines ) A2 et jusque sur la cime des montagnes.
et Les Grrecs sont, en général, de beaux de hommes, à l’œil noir, aux sourcils abondas, dants, au nez bien proportionné, à l'air Ë de intelligent, ils sont parleurs et expressifs fl oilà dans leurs mauières. Quand ils veulent | nds recevoir un étranger, ils suivent la ma- | che nière des Turcs, en offrant le café et le r de chibouque. Les dames et demoiselles de ,]. la maison se présentent devant les étran- | gers et cherchent à leur tenir compagnie. | ,
ire ;
ieur Les Grecs cultivent la vigne et les oli-
être | viers ; le défaut des vins de Grèce vient
t Et de ce qu'ils y mettent trop de pommes qi mi à de pin pour les faire fermenter ; cela leur (4 eler | donne un goût amer, qui fit faire la gri-
me . mace à M. de Châteaubriand à la table
Dya de M. Fauvel. Les Grecs n'ont pas de
table et ne se servent pas de fourchette
80 MESSIRE 1I.-8. LESIEUR-DÉSAULNIERS,.
pour manger ; ils n’ont pas de chaises pour s'asseoir ; ils se mettent par terre, à la manière orientale. Le monsieur de
Sparte qui mangeait avec nous trouvait
bien incommode pour lui l’usage de la fourchette, qu'il ne savait comment tenir.
En général, les Grecs sont bons et polis
pour les étrangers, tout en cherchant à
tirer leur argent. Les chiens gardent
fidèlement les troupeaux ; lorsqu'on passe
près d'eux, ils ne cessent pas d’aboyer,
même les chiens de Sparte, que quelques-
uns ont dit muets. Les coqs sont nom-
breux, et chantent très fort et très long-
temps.
1853,—3 janvier—Nous avons visité aujourd'hui l’université d'Athènes. Sa
bibliothèque contient 70,000 volumes,
; dont la plupart ont été donnés par les 1) gouvernements et les universités ; elle
est riche en livres d'histoire, de médecine, de jurisprudence et de sciences naturelles.
MESSIRE 1.8. LESIEUR-DÉSAULNIERS. 81 aises Le cabinet de physique et de chimie re, à était fermé, vu l'absence du professeur. w de qui est à Paris ; j'ai pris cela pour excuse ; | uvait on ne voulait pas montrer cette partie, l! de la qu'on a dit être faible, à un professeur | tenir. de physique de l'Amérique. Le nombre polis des professeurs est de 36 ; on y enseigne sont à les sciences, la loi, la médecine et la théo- | ardent logie. Les messieurs qui sont à la tête a passe de l’université sont polis pour les étran- | à iboyer, gers, et un peu empressés de faire con- | | elques- naître leur besoin de recevoir des pré- [ knom- * À sents ; ce qui est bien excusable pour une (| s long- institution appartenant à un pays si | | pauvre.—Quel changement pour cette | 1 ville qui autrefois répandait ses lumières | | visité sur tout le monde civilisé, et qui aujour- | d'hui est réduite à courir les autres pays | | dites pour former les professeurs de son uni- 1h par les versité ! Que diraient Platon et Aristote, cd s’ils revenaient dans leur patrie —Cependant dant on voit dans la bibliothèque, sur les n raies: planchettes réservées à cet effet, l'en-
82 MESSIRE 1I.-S8. LESIEUR-DÉSAULNIERS.
semble de tous les ouvrages grecs : Platon, Aristote, Démosthènes, Euripide et les autres en grand nombre. On voit aussi les ouvrages historiques et géographiques écrits depuis sur la Grèce ancienne et moderne ; de sorte qu'avec du temps et l'usage de cette bibliothèque, on pourrait connaître bien à fond ce qui concerne ce pays si intéressant.
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laton, et les aussi iques me et nps et urrait rne ce
Féroraison du discours prononcé par M.
Désaulniers à la cérémonie funèbre qui ent lieu à l'Eglise Notre-Dame de Montréal, dans le mois de septembre 1860, en l'honneur des défenseurs du Saint-Siège tombés sur les champs de bataille de Mentana et de Castelfidardo.
Par toutes les considérations que je viens de développer, nous sommes donc amenés à voir dans la personne de l’illustre et saint Pontife, Pie IX, le martyr des principes qui sauvent l'Eglise et la société. On comprend en effet que le pape, se rendant aux désirs des révolutionnaires, renverserait les fondements de l’ordre social ?
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car ce serait sanctionner de son pouvoir divin une autorité acquise par le crime et l'injustice. Ce serait reconnaitre que le fait accompli, quelque criminel qu’il fût, pourrait donner naissance à un droit véritable ; ce serait admettre comme vraie la doctrine en vertu de laquelle on s’engagerait d'avance à ne pas intervenir en faveur de l’innocent où du faible opprimé; ce serait détruire les lois évangéliques de la charité ; ce serait proclamer que la volonté des peuples, telle qu'entendue par les révolutionnaires d'Italie, fournit un motif légitime de renverser les autorités politiques, d’attenter aux droits les plus sacrés et les plus légitimement acquis, de s'emparer des biens, de la vie même des honnêtes et paisibles citoyens, de violer les lois et les propriétés de l'église de Jésus-Christ. Le pape pourrait-il jamais devenir librement la cause de tant de désastres ? J'entends ici le monde chrétien me répondre d’une voix
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voir rime que 1 fût, vérivrale engair en >ppriangélamer qu'en- Italie, ser les droits ement la vie Dyens, és de pourcause ci le voix
MESSIRE 1.8. LESIEUR-DÉSAULNIERS. 85
unanime : Non, il ne le peut pas; ce serait livrer la société à la barbarie païenne,
Mais ce n’est pas tout. Pie IX, cédant à la perversité de ses persécuteurs, livre aux fers de l’esclavage les mains du Pontife romain ; renonce, de sor plein gré, à la liberté qu'il possède de droit divin, dans l’exercice de son pontificat ; consent à la dilapidation des biens de l'Eglise, de ces biens sacrés qui ont été confiés à la fidèle administration des pontifes, sous la foi des serments les plus solennels ; abandonne ses brebis et ses agneaux, les livre même à la férocité du loup ravisseur, et admet un ordre de choses où ses enfants sont exposés à perdre la foi et le salut éternel. Peut-il, à ce degré, devenir infidèle à sa conscience ? Il ne le peut pas, et le deviendrait-il, je vois aussitôt s'élever contre lui les ombres des saints pontifes des premiers siècles, qui ont
86 MESSIRE I.-S. LESIEUR-DÉSAULNIERS.
versé leur sang pour l'indépendance et la liberté de l'Eglise ; j'entends les reproches que lui adresseraient, du fond de leurs tombes vénérées, le plus illustre martyr de Rome, saint Laurent, et le courageux archevêque de Cantorbéry, saint Thomas, qui tous deux ont souffert le martyre plutôt que de livrer aux tyrans les biens de l'Eglise de Dieu. Et puis, une voix plus formidable encore viendrait lui redire que les chefs de l'Eglise sont responsables, devant Dieu, des âmes confiées à leur garde et sollicitude ; c’est le grand Apôtre qui lui répéterait ces paroles de l’'Epiître aux Hébreux, inspirées par l'Esprit-Saint :
‘ Ipsi autem pervigilant quasi rationem pro animabus vestris reddituri.”
Elle est donc horrible la pression exercée aujourd'hui sur le Saint-Père ; c’est, de toutes les tyrannies, la plus détestable, puisqu'elle l'attaque dans sa conscience et dans l'exercice des devoirs de son ponti-
e et la roches > leurs martyr rageux ‘homas, nartyre s biens 1e voix i redire sables, à leur Apôtre ’Epitre -Saint :
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bxercée est, de stable, ence et ponti-
MESSIRE I.-S. LESIEUR-DÉSAULNIERS. 87
ficat suprême ; c'est lui donner à choisir entre Dieu et les hommes ; c'est le suspendre entre le ciel et la terre ; c’est le crucifier. Les Juifs insensés ! ils veulent renverser l'empire du Christ, et voilà qu'ils le placent de nouveau sur le siège de sa puissance : St exaltatus fuero....
omntia traham ad me ipsum.
O grand et sublime Pontife ! qu’il m'a été doux d'entendre les paroles paternelles de Votre Sainteté, lorsqu’avec émotion, je m'agenouillais à vos pieds, au palais du Vatican ; mais combien plus vive encore
serait cette émotion, maintenant que votre
front rayonne de la triple majesté de la religion, de la vertu et du malheur. La providence de mon Dieu ne m'a pas accordé le bonheur d'aller verser mon sang pour la noble et sainte cause que vous soutenez. Que je suis heureux, du moins, de rendre ici un témoignage public de respect et d’admiration pour les héros
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de votre armée pontificale. Oh oui ! ils sont vos soldats, ces hommes à la pensée élevée et aux nobles sentiments. Ils possèdent votre force, votre puissance : cette puissance que l’homme acquiert par la disposition de sacrifier sa vie pour le triomphe de la justice et de la vérité, nulle force ici-bas ne peut la détruire ; c’est une puissance descendue du ciel; elle est sortie des flancs du Golgotha, pour exercer son empire sur l'univers entier, et même sur la toute-puissance du roi du ciel et de la terre.
Indignés de voir l'humanité dégradée jusqu’à combattre la justice, le droit, la vérité, Dieu lui-même, ces nobles fils des Croisés sentent à quoi les appellent l’honneur et la gloire de leurs ancêtres, et partent incontinent, pour entrer, sur les pages souillées des annales de notre siècle, un protêt solennel écrit de leur propre sang. Ils veulent qu'à côté des hor-
\ ! ils ensée s POScette var la ur le ,nulle st une le est »>xercer même ] et de
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reurs qui font rougir l’humanité, il y ait quelques exemples de courage et de vertu, de peur que les hommes avilis jusqu'au mépris d'eux-mêmes, ne descendent aveuglément dans les dernières profondeurs de la dégradation. L'âme élevée par ces motifs sublimes, ils pressentent qu'ils sont appelés à verser leur propre sang, plutôt que celui des autres ; ils aspirent au bonheur du martyre avec une ardeur
plus vive qu’à l'éclat de la victoire.
Avant d'aller plus loin, que l’on me permette de répondre ici à certaines consciences qui se scandalisent de voir la défaite de soldats combattant pour la cause de Dieu. Pourquoi donc ont-ils été vaincus ? se demandent à elles-mêmes, ces âmes faibles qui sont comme tentées d’arguer de la défaite de ces héros, contre la justice de la cause. |
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90 MESSIRE 1.-8. LESIEUR-DÉSAULNIERS.
garde, ec craignez de tomber dans l’aveuglemeni des Juifs qui, voyant le Christ sur l'instrument du supplice, lui disaient :
Si tu es vraiment le fils de Dieu, descends de la croix: St verè filius Dei es, descende de cruce.
Il ne faut pas oublier le mystère des voies de la Providence divine. Se faire une pareille question, c'est demander pourquoi Dieu ne punit pas, sur le champ, le malheureux qui s'oppose à lui ; c'est demander la victoire avant le combat, la gràce avant l’offrande ou le sacrifice ; c’est demander une faveur, sans offrir quelque chose pour étouffer le cri de nos fautes ; c’est, en un mot, renverser l’ordre établi de Dieu, et faire de cette terre d'épreuves, où les méchants doivent être mêlés aux bons, le séjour même de la justice parfaite.
Est-ce donc à nous, créatures d’un jour, de fixer les limites de la patience, de la
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MESSIRE 1I.-8. LESIEUR-DÉSAULNIERS. 91
longanimité d'un Dieu ? Est-ce à nous de conduire la main de sa redoutable justice ?
Est-ce à nous de lui demander compte de ses desseins inscrutables ? Ah! lorsque le Seigneur veut remporter des victoires, il sait bien créer des armées. Le Dieu qui tient en ses mains la foudre, le Dieu dont la voix brise les cèdres du Liban, n'a pas besoin de notre faiblesse au secours de sa puissance. Quand il a décrété de faire éclater sa colère sur une nation, il dit un mot, et, à sa voix, ‘des peuples inconnus accourent tout armés des extrémités du monde, et se font le mystérieux instrument de ses vengeances.
L'histoire du malheureux peuple J uif,
que Dieu a fait passer par toutes les phases de l'existence, pour donner à la terre ces grandes et terribles leçons, offre des exemples nombreux de cette conduite de Dieu sur les nations. Et lorsqu'il voulut détruire le colossal empire des Ro-