‹ Monsieur Isaac S. Desaulniers [microforme]Chapitre 9 sur 12 · EXTRAITS DU JOURNAL DE M. DÉSAULNIERS · texte numérisé non relu

EXTRAITS DU JOURNAL DE M. DÉSAULNIERS

(Pour faire connaître la manière d'écrire de M. Désaulniers, nous avons détaché quelques pages du journal qu'ü tint pendant son voyage en Europe. Nous avons surtout remarqué les belles pensées que la Grèce, son sol, son climat, ses monuments ét sa poésie lui inspirèrent.)

1852, nov. 27. Après avoir visité les lieux et les édifices principaux de l’île de Malte, nous nous embarqüâmes sur l'4lexandre en route vers la mer de la Grèce.

Toute la journée du 27, le bateau fut balloté par un vent violent qui soufflait du nord-est. Sur le soir le vent tombe, et la lune vient nous promettre une des plus

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belles nuits qu’il m'ait été donné de voir.

Je vr18 m'asseoir sur l'arrière du bateau, et je prends plaisir à contempler la scène qui se déroule sous mes regards. Audessus de ma tête je vois le ciel plus clair et plus beau que jamais ; quelques nuages blancs et légers en brisent la monotonie.

La lune, beaucoup plus brillante sous le ciel de la Grèce que sous celui du Canada, nous montre l'immense étendue de la mer jusqu’à l'horizon, en même temps qu'elle dessine les ombres noires des voiles et des cordages des vaisseaux et nous permet de contempler les courbes que les mâts décrivent mollement dans les airs. Sa clarté efface la plus grande partie des étoiles; cependant j'aperçois la brillante constellation d'Orion et ses trois Rois, le Cocher et sa Chèvre, l'étoile polaire et les deux Gardes de la Petite Ourse, etc. Là, je rêve et je pense à mes amis du Canada ; je m'adresse à la lune et lui dis: “O bel

astre de la nuit, tu ne me parus jamais si

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beau ; dans cinq heures, tu éclaireras l’ho-

rizon: va te poser sur le toit où je pris naissance à pareil jour, à pareille heure, le 27 novembre 1811.—Fais pénétrer un de tes rayons par la croisée et tu trouvéras ma mère : elle est en prière, en prière pour son fils qui voyage loin, bien loin de la terre natale. Dis-lui, pour la remercier des douleurs qu'elle a endurées, qu'elle soit en paix, que tu viens d'éclairer ce fils devenu l’objet de ses inquiétudes. Il est bien, il vogue en sûreté vers la Grèce ; demain, à son lever, il sera sur les côtes du Péloponèse.” C'est ainsi que je voulais rêver sur cette mer traversée, sillonnée en tous sens par les hommes de l'antiquité.

Comme lexandre devait se rendre à Constantinople, nous nous embarquâmes sur le Périclès qui se dirigeait vers le Pyrée, port d'Athènes, où il jeta l’ancre quelques heures après le coucher du soleil.

Le 30 au matin, nous laissions le port

pour nous rendre à la ville, par une voie

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qui mesure cinq kilomètres de longueur.

Tout le long de la route, on aperçoit la colline de l’Acropoled’Athènes, sur laquelle apparaissent encore avec orgueil les ruines de cette antique cité des lettres, des arts et de la philosophie. De chaque côté du chemin, la plaine est terminée par des collines sans arbres, et qui, vues à travers l’atmosphère de l’Attique, présentent une beauté que je puis dire indéfinissable. On ne peut se lasser de porter ses regards sur les flancs de ces collines, qui se dessinent si nettement sur le ciel de la Grèce. Mon cœur est rempli d’une joie bien vive, en pensant que je suis dans l’atmosphèr: de tant de gloires anciennes, et je comprends l'enthousiasme de M. de Châteaubriand, se trouvant, pour la première fois, à Athènes:

jerespire l’air qu’ontrespiré Socrate, Platon, Aristote; j'ai dormi au Pyrée; combien de guerriers fameux ont dormi sur ces mêmes lieux dans des barques de guerre !

Je suis en face du tombeau de Thémistocle

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et à côté de la célèbre Salamine: sur les rives mêmes où l’Orateur d'Athènes allait s'exercer à la déclamation. Je vais fouler le pavé de ces rues parcourues par les Grecs de l’ancien temps, et, plus tard, par les Chrysostôme, les Grégoire de Nazianze, les Basile, les Cyrille ; car c'est ici qu'ils sont venus se former à cette éloquence qui a immortalisé leurs noms.—Le soir de notre arrivée au Pyrée, j'étais content d'entendre les nombreux bateliers qui entouraient notre vaisseau s'appeler entr'eux Thémistocle, Alcibiade et autres noms qui me rappelaient mon enfance classique en même temps que les gloires de l’antique Grèce.

Athènes —On pense que cette ville fut appelée ainsi du nom du roi Athénée, fils de Cranaüs sous lequel arriva le fameux déluge de Deucalion, roi de Thessalie, an 1500 avant Jésus-Christ. Il y à une université, un séminaire, un gFDaReS, un

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cabinet d'histoire naturelle, et un palais pour le roi. Le maire de la ville s'appelle Dinarque ; il exerce ses fonctions pendant trois ans, tandis que les conseillers municipaux sont élus pour neuf ans.

À Athènes, la couleur des monuments antiques est tout-à-fait remarquable; du coté du nord tout noircit; le marbre devient doré comme un éni mür Ce qui frappe encore, c’est la justesse, l'harmonie et lasimpilicité de leurs proportions : on n’y voit pas ordre sur ordre, colonne sur colonne, dôme sur dôme. Le temple de Minerve est un simple parallélogramme allongé, orné d'un péristyle et élevé sur trois degrés qui l'entourent; il a passé chez les anciens pour un chef-d'œuvre d'architecture.

Le 1° décembre, nous nous mîmes en route pou: visiter les lieux et les édifices principaux de la ville; nous marchons

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d'abord dans la rue d’Eole, jusqu’à son extrémité, où est bâti un temple consacré à ce dieu, appelé “ Tours des vents.” De là nous tournons à droite sur l’Agora ; nous rencontrons en passant l’église latine, dont la grandeur est celle d'une maison ordinaire. Après avoir jeté un coup d'œil sur quelques ruines de peu d'importance, nous prenons la rue de l’Aréopage, et nous gravissons le rocher célèbre où existait l’édifice du tribunal qui a amené devant lui, pour les juger, les deux plus grands philosophes qui ont représenté l’un le paganisme, l’autre le christianisme, Socrate et saint Paul. Socrate est condamné à boire la ciguëé ; saint Paul convertit quelques uns de ses juges, entr'autres celui que l'Eglise honore sous le nom de saint Denis l’'Aréopagite. On montre encore l'endroit où saint Paul adressa ses prédications aux citoyens d'Athènes assemblés sur le penchant du rocher. Il ne reste plus de l’Aréopage que les escaliers pour gravir le rocher

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sur lequel était assis l'édifice : l'escalier du sud, par où montait le peuple venant de l’Agora, contient encore 16 marches taillées dans le roc et assez bien conservées ; l’escalier du nord n'a plus que 10 échelons mutilés.

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