CHAPITRE XI
Monsieur le curé d'Ozeron, si brève qu'aitété son al)sence, trouve le presbytère fleuri en quelques heures. A ce moment de l'année, la végétation éclate plutôt qu'elle ne s'accroît. L'arbre de Judée, les lilas, les roses du Beng-ale, les glycines, les jacinthes des bois, les iris Jes giroflées, les anémones, allument le jardin en l'honneur de la sainte Vierge.
Dès le lendemain de son arrivée, Monsieur le curé d'Ozeron ne manque point de faire le tour du village, et, d'abord, d'aller annoncer au vieux maire et à son fils la réussite de la démarche qu'il a faite auprès du meunier d'Abrecave. Il presse le jeune homme de préparer son départ ; il lui fait part des fonds mis à sa disposition ; il lui dit que sa mère morte l'a protégé ; qu'il pourra, là-bas, plus vite qu'en France, acquérir du bien-être, et continuer de pratiquer les résolutions qu'il a prises :
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— Jusqu'au jour, ajoute-t-il,on vous pourrez ^ prendre soin de votre père, nous l'aiderons ici. ■
Monsieur le curéd'Ozeron va voir ensuite quel- [ ques malades. Il y a, dans chaque gros villag-o, toujours, quelques pauvres hères, sinon agonisants, du moins dans un étatd'ankylose qui met leur patience à l'épreuve, d'autant plus que les travaux des champs réclament, presque toute l'année, les soins de leur famille. Ft ils demeurent isolés en face de leurs infirmités. En ce momentque l'on va semer le maïs, Monsieur le curéd'Ozeron les trouve presque tous sans personne quilessoigne. 11 va de maison en maison, presse le loquet d'une humble masure, pousse la porte où est attachée la croix de la Saint-Jean, entre dans l'ombre où luisent quelques ustensiles de cuisine sur la cheminée drapée de rouge.
Dans un réduit à côté, où règne l'odeur de la m.aladie, est alitéun vieillard. Il sourit en voyant arriver Monsieur le curé d'Ozeron qui lui demande :
— Eh bien! comment çava-t-il, Pierre?
— Je souffre tout le temps, la nuit surtout. Je ne peux plus dormir ; le mal est dans les reins ; je n'ai plus d'appétit.
MONSlkUU LIS CUKÉ d'ozEUON 203
— Ou'esl-ce que tu mangerais le plus voloaliors, Pierre ?
— Oh ! rien...
— Dis-moi, Pierre, quel âge as-tu ?
— Quatre-vingt-sept ans, Monsieur le curé. Je suis de i8i i.
— A quelle époque t'es-tu installé chez ta fiile, à Ozeron?
— Il y a dix-huit ans, quand j^ai été veuL
— Où m*as-tu dit que tu habitais alors ?
— A Gastétis. J'étais métayer. Mafemme et moi nous avons toujours été m.étayers. Xous n'avons jamais rien possédé.
— Combien avez-vous eu d'enfants ?
— Quatorze. Cinq sontmorts. Les autres sont I lacés ou mariés.
— Quand tu étais jeune, chez qui étais-tu ?
— Je suis resté longtemps à Lagor chez Monsieur le comte d'Abidos. Je n'ai quitté sa terre qu'à sa mort pour me marier à Sauvejunte.
— Pierre, les moissons et les vignes étaient alors plus belles rju'à présent?
— Oh! oui, Monsieur le cnré. Maintenant tout est malade. On dirait que la campagne a la teigne. Alors, il y avait de beaux chénea et les
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récoltes étaient luisantes comme des brebis grasses. Ou n'avait pas inventé toutes ces mécaniques, tous ces engrais. Le soleil était plus chaud, on était plus heureux, le pain était meilleur. Il y avait davantage de truites dansle gave et de cailles dans le blé. C'est le ciel qui nous punit. Les jeunes vont à peine à la Messe, ou n'y vont pas. Ils se moquent. De mon temps, c'était comm.e si nous regardions pousser chaque épi sous l'œil de Dieu. Nous savions bien que ce n'était pas nous autres qui le faisions mûrir avec ses grains bien ordonnés, et gardant la semence pour l'aunée suivante. Aujourd'hui on ne croit plus à rien, pas môme à ce qu'on voit. Les enfants sont moins respectueux des anciens, llssontaussl plus âpres à l'argent, quand ils possèdent. Enlin, je ne veux pas me plaindre ; mais ma femme et moi avons été plus heureux de vivre chez des maîtres que si nous avions été sur un bien à nous. A Sauvejunte, nous sommes demeurés chez Madame la Marquise de Bastanès. Elle aimait ses serviteurs. Elle a soigné ma femme en couches et nos petits dont elle connaissait les âge^ et les noms. Monsieur le curé, madame la Marquise avait une fille mariéeà Paris, bonne comme elle.
Pendant les grandes vacances, elle venait voir sa mère à Sauvejunte et elle a soigné un de mes garçons, qui avait le croup, et qui est mort, et elle a pris la maladie avec lui, et elle est morte. C'était pendant une semaine d'orages. Et nous avions le cœur serré par le décès de notre enfant et par celui de cette grande dame qui l'avait soigné. Nous étions confus d'être la cause de ce dernier malheur. Mais, parce que nous pleurions, Madame la Marquise Je Bastanès nous disait : Ma iille a fait son devoir. Nous vous aimons. Aimez-nous. Aujourd'îmi on apprend la jalousie à l'école, à ne plus saluer. Nous, quand nous étions avec les faulx au milieu de la moisson, s'il venait de jolies dames, pour cueillir des fleurs, en compagnie de beaux messieurs, nous étions contents, nous pensions : ce sont nos maîtres et nous sommes les serviteurs. 11 y en a qui disent aujourd'hui : c^est une honte devoir des pauvres, quand il y a des riches. Moi, je pense que là où Dieu m'a fait naître, je suis heureux. Et, quand j'apercevais, sur le coteau de Lagor, Monsieur le comte d'Abidos jt ses amis qui chassaient le lièvre, je me disais : ils ont des soucis que je n'ai pas, et je suis satisfait
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avec un peu d'omeletle à l'ail et un coup de vin.
— Pierre, tu es un sa^e. Il est vrai que ce n'est pas tant la médiocrité de notre situation qui nous éprouve que la jalousie qu'on en tire vis-à-vis du prochain. Ceux qui n'ont pas le liL-" cessaire sont les seuls vraiment à plaindre. Dès que le nécessaire y est, tout va. Presque tous nos anciens parlaient comme tu parles. Us n'avaient point ce fiel dans la bouche, cette insulte serrée entre les lèvres de ceux qui, dans les usines, gagnent de grosses journées, et auxquels tout manque parce qu'ils n'ont pas Dieu dans le cœur, ni Dieu, ni une famille nombreuse comme vous l'aviez, lis ignorent jusqu'à ce sentiment si doux du père qui lient le pain de chaque jour pour une chose précieuse.
11 y a un silence. Monsieur le curé d'Ozeron parcourt des yeux le réduit obscur. Il n'y a, sur la muraille, qu'un Christ, un rosaire, un bénitier.
— A bientôt, Pierre.
— A bientôt^ Monsieur le curé.
Voici la dernière maison de la route, à droite. Et c'est la plus triste des visites que rendra aujourd'hui Monsieur le curé d'Ozeron. Ce malade
peut avoir trente-cinq ans. On sait ce que veulent dire cette lividité, ce nez trop fin, ces pommettes saillantes, ces grands yeux brûlants, ce cou incapable de soutenir la tête, ces mains pareilles à des pinces, ces bras réduits à la dimension d'étroites planchettes.
— • Eh bien ! François ?
— J'ai été bien fatî-îué ; mais, à présent, je crois que le mal va céder, que je pourrai me lever bientôt.
Monsieur le curé d'Ozeron contemple la face intellig-ente du moribond dont la phrase ne le surprend pas. Il a souvent observé, chez les tuberculeux surtout, cette illusion de santé à la veille de la mort. Et d'ailleurs, pour un chrétien de la trempe de ce prêtre, mourir n'est-ce point g-uérir ?
— Voici un an que je n'ai quitté monlît; mais j'espère bien rattraper le temps perdu. Je vais enfin pouvoir acheter une petite maison que je sais, du côté de Sauvelade...
Et, durant une quinte déchirante de l'ogonisant, Monsieur le curé songe aux paroles de Notre-Seigneur : n II y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père, »
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— Elle sera comme je la désire^ reprend François, avec un jardin où il y aura des petits pois, des fraises et des pêches. La rivière n'est pas loin. Nous allions y lever des anguilles, là où il y a des noisetiers. C'était à mon retour duTonkin. Lorsque je me rappelle toute cette douceur de vie, c'est un peu comme doit être le Ciel. J'y reviendrai. On n'est jamais fatigué. On saute du lit, de bonne heure ; on est sur la barque ; le soleil paraît ; on voudrait demeurer là toujours...
François est pris d'une nouvelle quinte. Monsieur le curé d'Ozeron lui dit :
— Il est vrai, même sur la terre, que l'on est bien dans sa maison en compagnie de Notrc- Seigneur.
— Mais sera-t-il possible, demande François, qu'après tant de souiïrances, il m'advienne un tel bonheur 1
— Certainement, François. Le bonheur s'acquiert par les épreuves. Le Ciel lui-même estunc grande propriété que Dieu nous donne.
— Mais, au Cieî, aurons-nous la jouissance qui nous a manqué ici-bas?
— Nous réaliserons tous nos purs désirs. Et,
MONSÎELT. LE CL'RE U OZLRON
s'il plaît au Tout-Puissant de nous montrer, renouvelée, cette nature si belle ; que, toi, François, tu revoies une treille, quand les petites étoiles aig-uës se lèvent, quand la soirée bourdonne, ou dans le g-rand éclat de midi : il fera ces miracles pour les élus.
— Une s'agit pas du Ciel encore, Monsieur le curé, car je me porte bien. C'était pour m'instruire que je vous interrogeais. En achetant, avec mes économies, cette maison, du côté de Sauvelade, je crois que je serai comblé. Je l'ai tant désirée ! Je tiens surtout à l'enclos: au verger, au potager, à la vigne. Monsieur le curé, il fait bien chaud. Si vous rencontrez ma mère, dites-lui de se presser un peu de revenir.
— Je l'ai justement aperçue, comme elleentrait à l'épicerie, et lui ai annoncé que je venais te voir. Je ne peux manquer de la rencontrer, et la presserai de rentrée. A bientôt, François.
Monsieur le curé d'Ozeron repasse devant la boutique tenue par l'homme qui chausse les lunettes du général Faidherbe. Il y reconnaît la mère de François. Elle cancane avec l'épicier, Marthe et quelques autres Iracassières.Sur l'observation que son fils la réclame, elle abandonne,
lîONSir.UR LE CL'RE D OZERON
à regret, le groupe impitoyable que Monsieur le curé d'Ozeron écoule un instant discourir.
— Quant à moi, dit le marchand de savon et de sardines à l'huile, rasé entièrement, et dont les veux derrière les précieux cercles d'or ressemblent à des boutons de bottine, je crois que la société devient neurasthénique.
L'auteur d'une phrase aussi belle se tait, attendant l'effet qu'elleproduira sur les commères qui en restent coites, peut-être éblouies, peutêtre pas du tout. Il semble avoir puisé son éloquence dans un bocal de cornichons au vinaigre, dont il débite quelques-uns, dans du papierchandelle, à une enfant qui lui remet trois sous.
Monsieur le curé d'Ozeron est bientôt mis au courant. Il s'agit du percepteur en retraite, auquel, affirment les bavardes, sa bonne, qui serait sorcière, aurait fait perdre la raison. On assure l'avoir aperçu, avant-hier au soir, vêtu d'un costume chinois, fumant la pipe et criant.
L'épicier, qui veut se montrer charitable en présence de Monsieur le curé d'Ozeron, prononce :
— Il doit y avoir du diabète dans son cas. Monsieur le curé d'Ozeron manque d'éclater
MONSIEUR LE CURÉ d'ozEPvON
de rire d'autant plus qu'il rapproche de ce singulier diagnostic, porté par le boutiquier, une demi-livre de cassonade qui se dandine dans la balance.
— Il faut, continue le beaudiseur, se méfier du sucre dans nos liquides trop clairs.
Les commères demeurent bouche bée. Monsieur le curé d'Ozeron demande :
— Monsieur le percepteur garde-t-il le lit?
— Ah! certes, répond Marthe, plus souvent qu'à son tour ! Un homme riche comme ça, qui n'a rien à faire! Pauvre de moi! ah 1 je n'ai pas le temps d'avoir celte maladie qui est coûteuse.
— Marthe, vous ne parlez jamais que d'argent.
— Ah ! Monsieur le curé ! pourquoi est-ce que le maïs est si cher ? Ah 1 certes I...
Monsieur le curé d'Ozeron, comprenant que sa paroissienne entre dans une de ses crises, déclare en s'en allant :
— Méfiez-vous de vos yeux, de vos oreilles, de vos langues. Je n'ajoute aucune foi aux bruits malveillants qui circulent autour d'un homme paisible, que j'estime, et d'une femme
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dévouée dont la moralité paraît au-dessus de tout soupçon.
Il n'y a, se dit Monsieur le curé d'Ozeron en s'en retournant, aucun motif pour que je ne m'arrête, avant midi, chez ce brave percepteur. Je verrai bien s'il est malade.
L'antique servante, celle que le village accuse de maléfices, ouvre la porte, et sa figure s'éclaire à la vue de son Pasteur.
— Eulrez, Monsieur le curé. Mon pauvre maître est au lit. Il sera bien content de vous toucher la main.
^ — Eh ! oui, Monsieur le curé, dit l'ancien fonctionnaire, vous me trouvez étendu. J'ai cruellement souffert d'une crise hépatique. Grâce à Dieu, et à ma dévouée Jeanneton, je suis calmé. Avec une patience admirable (ne proteste pas, Jeanneton!) elle a appliqué, sur mon côté droit, un tampon d'ouate humecté d'huile et de quelques gouttes de laudanum, et, sur ce tampon, une serviette brûlante qu'elle remplaçait, dès qu'elle tiédissait, par une autre aussi brûlante» J'ai vécu d'un régime brûlant. Mais, ah! Monsieur le curé! quelles souffrances aiguës! Je ne pouvais longtemps demeurer en place, et pas
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même dans mon lit. A ce point, qu'avant-hier au soir, la douleur était si lancinante, que j'ai endossé ma robe de chambre, passé mes pantoufles, pour faire en hurlant les cent pas dans mon jardin.
— Je commence d'avoir, pense, à part soi, Monsieur le curé d'Ozeron, l'explication très naturelle de l'absurde cancan de mes ouailles. La robe chinoise n'est que la robe de chambre que je vois là sur ce fauteuil. Et quant au calumet...
— C'était affreux, Monsieur le curé. J'eusse essayé de tout pour me calmer. Mais rien n'y a fait que la compresse et la tisane. J'ai eu l'imprudence, ne sachant plus quoi inventer, d'allumer ma pipe. Mais, à peine en tirais-je les premières boudées, qu'un vomissement de bile m'a pris sous le fig-uier. Et j'ai dû me recoucher.
Cependant que Jeanneton raccompagne Monsieur le curé, qui a promis au brave retraité qu'il reviendrait bientôt, elle l'entraîne vers la cuisine où elle est secouée par une cascade de larmes.
— Mais qu'y a-t-il, ma bonne Jeanneton, qu'y a-t-il?
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Et rexcellenle fille étend sa main, qui retient un mouclioir trempé, vers un oreiller éventré qui a perdu ses plumes dans un coin.
— Ah! de grâce! Pitié, Seig-neur! Elles sont venues faire le jug^ement ce matin.
— Je ne vous comprends pas, ma brave fille. Parlez. De quel jugement? De qui?
— Du jugement, et de Marthe. De Marthe et des autres.
— Marthe, Marthe, cette mine à potins ! il faut que je la retrouve partout. Un vrai fléau. Mais à quel jugement faites-vous allusion ?
— Monsieur le curé, elles sont venues me juger ce matin. J'étais encore au lit. Cinq heures n'avaient pas sonné. On a frappé à la porte de la rue. Alors, je suis descendue, je couche sous le toit. J'ai ouvert. J'ai vu Marthe et les autres. Elles étaient six. Marthe m'a dit : Nous allons te juger. Tu tues ton maître, tu le rends fou; avanthier il se promenait en robe chinoise, une pipe à la main, et en aboyant à la lune dans le jardin. Moi, j'ai répondu à Marthe : Ce que vous dites est affreux, je respecte mon maître qui est malade. Non, non, a répliqué Marthe, tu le consumes à petit feu. Tu as jeté un sort dans sou
MONSIEUR LE CURE D'oZEi'.ON 2l5
coussin. Il est fou et il va mourir parce que tu
as g-lissé dans ce coussin une plume fatale.
— Les idiotes ! murmura Monsieur le curé d'Ozeron.
— Tu as glissé, m^a dit Marthe, tu as glissé, dans son oreiller, une plume fatale. Va tout de suite le chercher, cet oreiller, si tu ne veux pas que nous te dénoncions à la Police secrète. Alors moi, j'ai eu peur. Et, sans rien expliquer au pauvre Monsieur qui dormait, j'ai été lui tirer son oreiller de sous la têle, et je l'ai remplacé par un autre. 11 m'a demandé, à moitié réveillé : Que fais-tu, Jeanneton? Je lui ai répondu, pour expliquer : Vous suez de la tète. Et je suis redescendue. Ah! Monsieur le curé! elles m'ont humiliée. Elles m'ont fait mettre à genoux devant l'oreiller que Marthe a fendu avec de gros ciseaux. Elle a cherché longtemps dans le duvet, à genoux elle-même. Elle répétait : Retire-toi, Satan 1 Enfin elle a dit : Voici la plume fatale de la criminelle. Et elle tenait une plume de poulet que la chaleur de la tête du pauvre Monsieur avait enroulée comme un ressort de montre. Nous allons brûler, a ajouté Marthe, l'objet de ton sacrilège. Tu es une maudite sorcière. Tu
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mourras dans les g-riffes du démon. Et voilà. Et je pleure depuis ce matin. Mais vous, iMonsieur le curé, vous me consolerez, vous me connaissez, vous !
— Ma bonne Jeanneton, calmez-vous. Ces bécasses m'entendront, je vous prie de le croire. Je connais votre dévouement, votre piété. Ah 1 les vieilles pies ! Elles ont bien fait une allusion imbécile à la maladie de votre maître, mais elles se sont bien gardées de me conter leur inqualifiable action. Ne craignez rien, Jeanneton, le bon Dieu est avec vous.
Et Monsieur le curé d'Ozeron, laissant la pauvre femme un peu consolée, regagne le presbytère en pestant contre Marthe et sa bande qui ont, encore une fois, malgré sa défense formelle, procédé avec un toupet plein de malice et de superstition à cette recherche de la plume fa- .tale.
Comme il arrive au coin de la place, il est distrait de son agacement par la vue d'un groupe d'enfants qui entourent son épagneul. Ces enfants poussent des espèces décris de triomphe. Et le chien tout mouillé, qui se roule dans la
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poussière au grand soleil, reconnaît son maître et gambade et les marmots font :
— Ha! Ha! Ha!
La bête n'a pas Tair de savoir ce qu'on lui veut. Mais Véronique, apparaissant sur le seuil du presbytère, explique à son fils que, tout à l'heure, le petit du facteur étant tombé dans l'eau courante et assez profonde dulavoir,{andis que sa mère ne savait que pousser des exclamations en le voyant dériver vers le gave, Pâturin, se jetante la nage, Ta empoigné par le fond de sa culotte et ramené sain et sauf sur la berge.
Monsieur le curé d'Ozeron est tout joyeux de ce qu'on lui raconte de son chien, qui le caresse en le couvrant de boue, et auquel ks camarades du petit du facteur continuent de faire escorte en s'écriant par intervalles :
— Ha! Ha! Ha!
Le soir même, Monsieur le curé d'Ozeron rit beaucoup en voyant qu'un admirateur a attaché au cou de Pàturin une croix d'honneur, détachée d'une image d'Epinal et collée sur du carton.