LE ROI, ÉGLANTINE
LE ROI
Malheureuse enfant! vous voulez donc me réduire au désespoir? Voyez dans quel affreux embarras vous me mettez. S'il faut avouer au prince de Danemark que ma fille est devenue immobile comme une statue, j'en serai malade de honte. Vous mériteriez d'être enfermée dans un cachot noir, au fond de la citadelle, avec les araignées et les cloportes. Mais auparavant, je veux que votre mariage se fasse, et je vais ordonner qu'on vous prenne par les mains pour vous conduire à l'église. Si vous ne voulez pas prononcer le Oui, je le dirai moi-même, et vous serez mariée de force.
ÉGLANTINE, se jetant aux pieds du roi.
Ah! sire, ayez pitié de votre fille. Ne me forcez pas d'épouser ce prince que je déteste, ou bien vous allez me voir mourir sous vos yeux. ^
LE ROI
Voilà donc la cause de ce silence obstiné? Pourquoi détestezvous ce jeune prince? il n'est pas très-laid. Il dit lui-même qu'il a du courage et de l'esprit.
ÉGLAIITINE.
Sire, je le trouve affreux, et s'il avait de l'esprit et du courage, il ne le dirait pas lui-même. 'N'avez-vous pas remarqué sa fatuité et ses pirouettes?
LE ROI
Les pirouettes n'ont rien de blâmable, puisqu'on les applaudit àrOpéra. C'est le signe de l'aisance, de la grâce et d'une bonne éducation.
ÉGLANTINE
Enfin, mon cher père, si je vous prouve clairement que le jeune prince n'est qu'un sot et un fanfaron, dispensez-moi de l'épouser. Sachez d'ailleurs que les fées s'opposent à ce mariage.
LE ROI
ciel I il y a un mystère là-dessous Qu*allons-nous devenir si les fées s'en mêlent ! Mais comment prouverez-vous que le prince est un sot et un fanfaron?
ÉGLANTINE
Gela me regarde ; faites-le vlnir.
LE ROI, appelant.
Seigneur Christian, approchez. Ma tille désire vous parler. Sa langue est heureusement déliée.