‹ Monsieur, madame et bébé Gustave DrozChapitre 13 sur 40 · IMPRESSIONS DE MADAME · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS DE MADAME

Il est bien certain que le mariage à la mairie a une importance assez grande, mais est-il possible vraiment, pour une personne délicate, de prendre cette importance au sérieux? J’ai passé par là, i’ai subi, comme tout le monde, cette formalité pénible, et je n’y peux penser sans une sorte d’humiliation. A peine descendue de voiture, j’aperçus à droite un escalier boueux ; les murs étaient tapissés d’affiches de toutes couleurs, et devant l’une d’elles, un homme en paletot marron, sans chapeau, une plume derrière l’oreille, dès papiers sous le bras, roulait une cigarette entre ses doigts

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tachés d’encre. A ga'uche, une porte s’ouvrit et j’aperçus une salle basse et sombre dans laquelle une douzaine de tambours de la garde nationale fumaient dans des pipes noires. Ma première pensée, en entrant dans cette caserne, fut que j’avais bien fait de ne point mettre ma robe à fond gris. Nous montâmes l’escalier, et je vis alors un long corridor peu éclairé, malpropre, garni d’un grand nombre de portes vitrées, sur lesquelles je lus : Pompes funèbres, tourne $ le bouton — Expropriations — Décès , frappe\ fort — Réclamations — Naissances — Salubrité — etc, et enfin : Mariages, tourne % s’il vous plaît. — Ce fut là que nous entrâmes en compagnie d’un jeune enfant qui portait une bouteille d’encre ; il y avait là un air épais, lourd, trop chaud, qui soulevait le cœur. — Fort heureusement, un garçon à livrée bleue, qui ressemblait comme aspect aux tambours que j’avais entrevus en bas, vint s’excuser de ne pas nous avoir introduits de suite dans le salon de M. le maire (c’est la salle d’attente de la première classe). Je m’y précipitai comme on se précipite dans un coupé de louage, lorsque la pluie commence à tomber. Ce salon de M. le maire avait je ne sais quoi de provincial et de bourgeoisement officiel qui me mit en gaieté; la pendule était de celles qu’on gagne aux loteries de la Société de Saint-Vincent-de-Paul; un baromètre à ca-

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dran, une bibliothèque qui me parut avoir été mise là pour cacher une porte, et au-dessus de la bibliothèque, l’image du souverain en plâtre. — Au milieu de cette pièce, une grande table de cabinet de lecture recouverte d’un drap vert taché d’encre en plusieurs endroits. Imaginez-vous le salon d’un dentiste qui a été notaire. Presque immédiatement deux individus, dont l’un ressemblait comme deux gouttes d’eau au caissier du Petit-Saint-Thomas, apportèrent deux registres, et, après les avoir ouverts, y écrivirent pendant quelque temps; ils s’interrompaient pour demander le nom, l’âge, les prénoms de chacun de nous, puis continuaient à écrire, en se disant à voix basse: «point et virgule... Entre les conjoints... A la ligne, etc., etc. » Quand il eut fini d’écrire, le caissier du Petit-Saint-Thomas lut à haute voix, quoiqu’il parlât du nez, ce qu’il venait de composer, et je n’y compris absolument rien, si ce n’est qu’on répétait mon nom souvent, ainsi que celui de mon conjoint. On nous présenta une plume, et nous signâmes. Voilà. — Deux heures sonnaient à la pendule de M. le maire, et j ’avais donné rendez-vous à ma couturière pour retoucher le corsage.

— C’est fini ? fis-je à Georges, qu’à mon grand étonnement je trouvai fort pâle.

— Pus encore, me dit-il, chère amie ; nous al-

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Ions aller maintenant dans la salle des mariages.

Le corsage à retoucher me poursuivait. Nous entrâmes dans une grande salle vide, aux grands murs nus; un buste de l’Empereur au fond, audessus d’une estrade en chêne ; des banquettes, derrière quelques fauteuils, et de la poussière sur le tout. J’étais mal disposée à ce qu’il paraît, car il me sembla que j’entrais dans un embarcadère, et je ne pus m’empêcher de regarder maman et mes tantes, qui étaient d’une gaieté folle, en passant en revue ces banquettes vides. Ces messieurs, au contraire, qui affectaient sans doute de ne point penser comme nous, étaient tous graves, et je vis très-bien que Georges tremblait pour tout de bon. Enfin le maire entra par une petite porte, et nous apparut, gauche, petit, dans son habit noir trop large que son écharpe faisait remonter. C’est pourtant un homme fort respectable, qui a amassé une fortune honorable dans la vente des lits en fer, mais comment m’imaginer que ce petit monsieur embarrassé, mal habillé, timide, pût, d’un mot prononcé avec hésitation, m’unir par des liens éternels !... Et puis, ce maire avait une ressemblance fatale avec mon accordeur de piano. Ces choses-lâ n’arrivent qu’à moi. ..Tout à l’heure c’était le caissier du Petit-Saint-Thomas !... Je mordis mes lèvres pour ne point éclater. M. le maire, après nous avoir salués comme salue un

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homme qui a une cravate blanche et. pas de chapeau, c’est-à-dire assez niaisement, se moucha, au grand contentement de ses deux bras qui ne savaient oti se fourrer, et entama lestement la petite cérémonie; il récitaavec précipitation plusieurs passages du code en indiquant les numéros des paragraphes, et je compris confusément quel’on me menaçait des gendarmes si je n’obéissais pas aveuglément aux ordres et aux fantaisies de mon époux, si je ne le suivais partout où il voudrait bien me conduire, serait-ce rue Saint-Victor, au sixième étage; vingt fois je fus sur le point d’injerrompre le maire, et de lui dire :

— Permettez, monsieur, voilà des paroles qui ne sont guère polies pour moi, et vous devez savoir par vous-même qu’elles n’ont pas le sens commun...

Mais je me retins, dans la crainte d’intimider le magistrat qui me parut'avoir hâte de finir. Il ajouta cependant quelques mots surlesdevoirsdesépoux.. la société... la paternité, etc., etc.; mais toutes ces belles choses, qui m’auraient peut-être fait pleurer ailleurs, me semblaient grotesques, et je ne pouvais oublier cette douzaine de tambours jouant au piquet autour du poêle, et cette enfilade de portes où j’avais lu : Salubrité — Pompes funèbres — Décès — Expropriations, etc. J’aurais souffert vraiment que ce marchand de lits en fer touchât

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à mes rêves chéris, si le côté comique de ma situation n’eût attiré mon attention tout entière, et si le fou rire ne m’eût gagnée.

— Monsieur Georges ’**, vous jurez de prendre pour épouse Mlle ’**, etc., dit le maire .en se penchant.

Mon mari s’inclina et répondit oui fort bas. Il m’a avoué depuis qu’il n’avait jamais éprouvé de plus vive émotion qu’en prononçant ce oui.

— Mademoiselle Berthe ajouta le magistrat

en se tournant vers moi, vous jurez de prendre pour époux... etc.

Je m’inclinai en souriant, et je disais à part moi :

— Mais oui, parbleu ! c’est évident, puisque je suis venue pour cela, tout exprès !

Ce fut tout. J’étais mariée, à ce qu’il paraît.

Mon père et mon mari se serrèrent les mains comme des gens qui ne sé sont pas vus depuis vingt ans, leurs yeux étaient humides. Quant à moi, impossible de partager leur émotion. J’avais très-faim, et nous fîmes arrêter la t voiture, nous deux maman, devant le pâtissier, avant de monter chez la couturière.

Ce fut ma dernière tarte de jeune fille.

Le lendemain matin, c’était le grand jour, et quand je m’éveillai on y voyait à peine. J’ouvris la porte qui donnait dans le salon, ma robe était

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étalée sur le canapé, le voile plié était à côté; mes bottines, ma coiffure dans une boîte blanche moirée... rien ne manquait. J’avalai un grand verre d’eau. J’étais émue, inquiète, heureuse, tremblante. — Le matin d’une bataille où l’on est sûr d’étre décoré ! — Je ne pensais ni à mon passé ni à mon avenir; j’étais envahie tout entière par l’idée de cette cérémonie, de ce sacrement, le plus solennel de tous, de ce serment que j’allais faire devant Dieu, et aussi par l’idée de cette foule en toilette venue là tout exprès pour me voir passer.

Nous déjeunâmes de fort bonne heure. Mon père avait ses bottes, son pantalon, sa cravate blanche et sa robe de chambre. Ma mère était aussi à moitié habillée. Il me sembla que les domestiques mettaient un plus grand soin à me servir et m’entouraient de plus de respect; je me souviens même que Marie me dit: « Madame sait que le coiffeur est là. » Madame 1 l’excellente fille ! Je ne l’ai point oubliée.

Il me fut impossible de manger : j’avais le gosier sec et me sentais dans tout le corps des frissons d’impatience assez semblables à cette sensation que l’on éprouve lorsque l’on a très-soif et que l’on attend que le sucre, soit fondu. Le son de l’orgue me poursuivait, et le mariage d’Emma et de Louis me traversait l’esprit. Je m’habillai : le

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coiffeur, lui aussi, m’appelait madame , et m’exécuta une coiffure si heureuse que je me dis, je m’en souviens : « Voilà qui commence bien; cette coiffure est d’un bon augure. » J’empéchai Marie, qui voulait serrer mon corset plus qu’à l’ordinaire... Je sais bien que le blanc grossit et que Marie n’avait pas tort, mais je craignais que cela ne me fit monter le sang à la tête : j’ai toujours eu en horreur les mariées qui ont l’air de sortir de table. Les émotions religieuses doivent être trop profondes pour se traduire autrement que par la pâleur. Il est niais de rougir en certaines circonstances.

Quand je fus habillée, je passai dans le salon pour avoir plus d’espace et promener un peu ma jupe. Mon père et Georges y; étaient déjà, parlant avec animation :

— Les voitures sont arrivées ? — Oui , sans doute... — Et pour le Salutaris? — Allons, trèsbien...; vous vous chargez de tout. — Et la pièce de mariage? — Sans doute, j’ai l’anneau. — Ah ! mon Dieu ! où est mon billet de confession?... Ah! très-bien, je i’ai laissé dans la voiture, etc.

Ils disaient cela rapidement, en gesticulant comme les gens les plus affairés du monde. Quand Georges m’aperçut, il m’embrassa la main, et tandis que les femmes de chambre, accroupies autour de moi, travaillaient la jupe, que le coiffeur

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rognait le tulle du voile, il me dit d’une voix enrouée :

— Vous êtes charmante, chère amie. Il ne pensait pas du tout à ce qu’il disait, et je répondis machinalement :

— Vous trouvez?... Pas trop court, le voile, monsieur Silvani... Vous n’oublierez pas le nœud . du corsage, Marie.

Quand il faut avoir l’œil à tout, on n’a pas trop de toute sa pi^sence d’esprit. Cependant la voix enrouée de Georges me revint en mémoire, et je me dis : Je suis sûre qu’il est enrhumé; il est visible qu’il s’est fait couper les cheveux trop court. J’en eus bientôt la conviction.

— Mais vous êtes enrhumé, mon bon ami? lui dit mon père.

— Ne m’en parlez pas, répondit-il tout bas. Et plus bas encore , avec un sourire un peu embarrassé : Soyez donc assez bon pour me faire donner un second mouchoir de poche; j’en ai déjà un, mais....

— Comment donc, cher ami.

— Merci, mille fois.

C’était une niaiserie, à coup sûr, eh bien! j’en fus contrariée, et je me rappelle qu’en descendant l’escalier, tandis qu’on portait la queue de ma j upe derrière moi, je me disais : Pourvu qu’il ft 'aille pas éternuer sous le poêle !

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Je n’y pensai bientôt plus. Nous montâmes en voiture; je sentais que tout le monde me regardait et j’apercevais dans la rue, au delà de la- porte cochère, des groupes de curieux. Ce que j’éprouvais est impossible à dire, mais c’était délicieux.

Le coup de canne des suisses retentira éternelment dans mon cœur. Nous nous arrêtâmes un instant sur le tapis rouge. Le grand orgue lançait à toute volée une marche triomphale, des milliers de visages souriants se tournaient vers moi , et tout au fond, dans un milieu idéal de soleil, d’encens, d’or et de velours, deux fauteuils dorés pour nous asseoir devant le bon Dieu. Je ne sais pourquoi une vieille gravure, qui est dans le cabinet de mon père, traversa mon esprit. Cette gravure représente l’entrée d’Alexandre à Babylone; il est sur un éléphant ruisselant de pierreries. Vous devez connaître cela ? Seulement, Alexandre était un païen qui avait bien des crimes à se reprocher, tandis que moi, j’étais pure. Oh ! je le sentais bien ! je n’aurais pas joui aussi délicieusement, sans cela , et d’ailleurs , j’avais fait mes dévotions la veille, j’étais pure ! Le bon Dieu me souriait, et de sa main paternelle m’invitait à m’asseoir en sa maison, sur son tapis rouge, dans son fauteuil doré. Le ciel tout entier, ému d’allégresse, me jouait des airs, et là-haut, à travers les vitraux étincelants, les archanges, pleins de bienveillance,

Conférence d’introduction

— Eh! sans doute] mais je sens que je ne la rendrais pas heureuse; je ne suis pas mûr, en vérité, je ne le suis pas.

■ Mais aussi, quand il sera mûr, le jeune homme, comme elle sera heureuse , la chère petite ! un mari mûr, tout prêt à tomber de l’arbre, bon à mettre au fruitier; quelle joie! un bon mari, qui le lendemain de ses noces déposera pieusement sa femme dans une niche, allumera un cierge devant, puis prendra son chapeau et ira dépenser au dehors une miette de jeunesse restée par hasard au fond de son gousset.

Ah ! mes bonnes petites soeurs qui vous effarouchez si fort et criez au scandale, voyez un peu le fond de notre pensée. Qu’on vous traite en saintes, mais qu’on n’oublie pas que vous êtes femmes aussi , et , croyez-moi , ne l’oubliez pas vous-mêmes.

Un mari majestueux et un peu chauve, c’est bien ; un mari jeune, qni vous aime et boit sans façon dans votre verre... c’est mieux. Laissez-le, s’il chiffonne un peu votre robe et vous loge en passant un petit baiser dans le cou. Laissez-le lorsque, en rentrant du bal, il arrache les épingles, embrouille les lacets, et rit comme un fou si vous êtes chatouilleuse. Ne criez pas au feu si sa moustache vous pique, et songez qu’au fond c’est qu’il vous aime bien. Il adore vos vertus; est-il donc

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chuchotaient en me regardant. A mesure que je passais, les têtes s’inclinaient, ainsi qu’un champ j de blé que fai t plier le vent. Mes amis, mes parents, , mes ennemis, mes connaissances, nous saluaient de la tête, et je voyais, — car on voit tout malgré ( soi dans ces jours solennels, — que l’on ne me trouvait pas mal. Arrivée au fauteuil doré, je m’inclinai avec une précipitation contenue sur le prie- Dieu; — mon chignon était haut, dégageant le cou, que j’ai passable, et je remerciai le Seigneur. L’orgue cessa ses chants de triomphe, et j’entendis à mes côtés ma pauvre mère qui fondait en larmes. Oh ! que je comprends ce que doit éprouver le cœur d’une mère dans une semblable cérémonie ! Tout en regardant avec recueillement le clergé qui s’avançait en pompe , j’aperçus Georges : il semblait irrité; il était droit, roide, les narines grandes ouvertes et les lèvres pincées. Je lui en ai toujours un peu voulu de n’avoir pas été plus sensible à ce qui m’arrivait ce jour-là; mais les hommes ne comprennent pas cette poésie.

Le discours de monseigneur, qui nous maria, fut un chef-d’œuvre, et, de plus , il fut prononcé avec cette onction , cette dignité, ce charme persuasif que vous lui connaissez. Il parla de nos deux familles , où les pieuses croyances sont héréditaires comme l’honneur. On eût entendu une mouche voler, tant on écoutait avec recueil-

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lementla voix du prélat. Puis, à un moment, il se retourna vers moi et sut me faire comprendre, avec mille délicatesses, que j’épousais un des plus nobles officiers de l’armée. « Le ciel sourit, dit-il, au guerrier qui met au service de la patrie une épée bénie par Dieu, et qui, alors qu’il s’élance à travers la mêlée, peut mettre la main sur son cœur et jeter à l’ennemi ce noble cri de guerre : Je crois! » Comme tout cela est dit, pensé! Que de grandeur dans cette éloquence sacrée! Un léger frisson parcourut l’assemblée. Mais ce ne fut pas tout: Monseigneur s’adressa ensuite à Georges, et d’une voix aussi douce et onctueuse qu’elle était tout à l’heure vibrante et enthousiaste :

« Monsieur, vous allez prendre pour compagne une jeune fille... » J’ose à peine me rappeler toutes les choses gracieuses et délicates que monseigneur dit à mon sujet. «Élevée saintement par une mère chrétienne qui a su partager avec elle, si je puis dire, toutes les vertus de son cœur, tous les charmes de son esprit...» — Maman sanglotait. — «Elle saura aimer son époux comme elle a aimé son père , ce père plein de tendresse qui, dès le berceau, fit germer en elle les sentiments de noblesse et de désintéressement qui... » — Papa souriait malgré lui. — < Ce père dont les pauvres savent le nom , et qui, dans la maison de Dieu, a sa place marquée au banc des élus.» — Papa est marguillier depuis

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sa retraite. — « Et vous, monsieur, vous respecterez, oh ! j’en ai l’assurance, tant de pureté, d’ineffable candeur... » — Je sentais mes yeux s’humecter. — <t Et sans oublier les charmes périssables et physiques de l’ange que Dieu vous donne, vous remercierez le ciel des qualités cent fois plus précieuses et plus durables que renferment-son cœur et son esprit.» Je fondis en larmes; jamais notre sainte religion ne m’était apparue plus noble, plus grande, plus persuasive. Tandis que monseigneur prononçait ces derniers mots, un rayon de soleil tomba sur son front vénérable; je le vis ainsi à travers mes larmes : ce n’était plus un homme, c’était un ange, et il me sembla que c’était Dieu lui-même qui parlait par sa bouche.

Que ceux-là sont fous, qui s’éloignent des autels et ne comprennent pas la délicieuse ivresse d’un cœur qui se contemple en Dieu.

On nous fit lever, et nous restâmes ainsi l'un devant l’autre comme sont les divins époux dans le tableau de Raphaël. Nous échangeâmes l’anneau d’or, et monseigneur dit d’une voix lente et grave des paroles latines dont je ne compris pas le sens, mais qui m’émurent infiniment, caria main du prélat, blanche, fine, transparente, semblait me bénir. Cependant l’encensoir à la fumée bleuâtre, balancé par la main des enfants, répandait dans l’air un pieux parfum. Quel jour, grand

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Dieu! Tout ce qui se passa ensuite est confus dans ma mémoire. J’étais éblouie, j’étais transportée. Je me rappelle cependant le chapeau à roses blanches dont Louise était affublée... Est-ce singulier, comme il y a des gens qui manquent de goûtl

En allant à la sacristie, je donnai le bras au général, et c’est alors que je vis en face les visages des Assistants. Tous paraissaient émus.

Bientôt on arriva en foule me saluer. — La sacristie était pleine, on se poussait, on se pressait autour de moi, et je répondais à tous ces sourires, à tous ces compliments, par un petit salut où l’émotion religieuse perçait malgré moi. Oh ! j’avais la conscience que quelque chose de solennel venait de s’accomplir devant Dieu et devant les hommes, j’avais conscience d’avoir serré des liens éternels... J’étais mariée.

Par un retour singulier de l’esprit, je songeai alors au piteux petit mariage de la veille; je comparai (j’en demande pardon à Dieu) l’ancien marchand de lits en fer embarrassé dans son habit noir avec monseigneur, les paroles communes et banales de M. le maire avec les élans pleins d’élo quence du prélat vénéré... Quel enseignement! Ici le monde — là le ciel; ici la prose grossière de l’homme d’affaires — là la poésie céleste.

Georges, à qui j’en parlais dernièrement, me dit:

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— Mais, chère amie, vous ne savez peut-être pas que le mariage à la mairie se fait gratis, tandis que... Je lui mis la main sur la bouche pourl’einpêcher d’achever, il me sembla qu’il allait dire quelque impiété.

Gratis... gratis! Voilà précisément ce que je trouve inconvenant.

Une nuit de noce.

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