L'AME EN PEINE
A Monsieur CLAUDE DE L...,
Au Séminaire de P...~sur~C,., {Haute- Sa oné).
C'est pour mon âme une jouissance singulière que de venir converser avec toi, mon cher Claude. Te le dirais-je? je ne peux songer sans une pieuse émotion à cette vie qu'hier encore nous menions ensemble au collège des Jésuites. Je pense à nos longues causeries sous les grands arbres, aux pieux pèlerinages que nous faisions chaque jour au Calvaire du Père supérieur, à nos chères lectures, à ces élans de nos deux âmes vers la source éternelle de toute grandeur et de toute bonté. Je vois encore la petite chapelle que tu organisas un jour dans ton pupitre, les jolis cierges que nous avions fabriqués pour elle, et que nous allumâmes un jour au milieu de la classe de cosmographie. Délicieux souvenirs, que
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vous m^êtes chers ! charmants détails d'une vie pure et calme, que je vous retrouve avec bonheur! Le temps, en m'éloignant de vous, semble n'avoir fait que vous rendre plus présents à mon souvenir. J'ai vécu, hélas! durant ces six longs mois; mais, en acquérant la science du monde, j'ai appris à aimer davantage la sainte ignorance de ma vie passée. Plus sage que moi, tu es resté dans la voie du Seigneur; ami, tu as compris la divine mission qui t'était réservée; tu n'as point voulu franchir le seuil profane et entrer dans ce monde, dans cette caverne, devraisje dire, où je suis maintenant assailli, ballotté comme un frêle esquif durant la tempête. Et encore, la colère des flots de la mer n'est-elle pas un jeu d'enfant, si on la compare à celle des passions ? Heureux ami, qui ignores encore ce que je sais déjà ! Heureux ami, dont les yeux n'ont point encore mesuré l'abîme où mon regard s'est déjà perdu.
Mais que pouvais-je faire? N'étais- je pas obligé, . en dépit de ma vocation et de mon amitié tendre qui m'appelaient à tes côtés, n'étais-je pas obligé d'obéir aux exigences du nom que je porte, et aussi à la volonté de mon père, qui me destinait au métier des armes pour la défense d'une noble cause que tu défendras aussi. Bref, j'obéis et je quittai le collège des Pères pour n'y plus revenir.
J'entrai dans le monde le cœur plein des craintes salutaires que notre pieuse éducation y avait fait naître. Je m'avançai craintif, mais au bout d'un instant, je me reculai d'horreur. J'ai dix-huit ans, je suis encore jeune, mais j'ai déjà réfléchi beaucoup,
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et rexpérience de mes pieux directeurs. a jeté dans mon âme une maturité précoce qui me permet de juger bien des choses; d^ailleurs, ma foi est tellement inébranlable et a pénétré si profondément en mon être, que je puis regarder sans danger autour de moi. — Je ne crains pas pour mon salut, mais je suis navré en songeant à Tavenir de notre société moderne, et je prie le Seigneur dans toute la ferveur d'un cœur préservé du mal de ne point détourner son regard de notre malheureux pays. Ici même, chez la marquise K. de C, ma cousine, où je suis en ce moment, je ne découvre que frivolité chez les hommes et dangereuse coquetterie chez les femmes. *Le souffle pernicieux de l'époque semble pénétrer même dans ces hautes régions de l'aristocratie française. On y discute parfois sur des sujets de science, de morale qui portent une sorte d'atteinte indirecte à la religion elle-même, et sur lesquelles notre saint-père le pape devrait seul être appelé à prononcer. Ainsi : Dieu permet qu'en ce moment, certains petits savants, les pieds plats de la science, tu m'entends, expliquent d'une façon nouvelle l'origine des êtres, et malgré l'excommunication qui va sûrement les atteindre, lancent un défi farouche et impie aux plus respectables traditions.
Je n'ai pas voulu m'éclairer sur de pareilles turpitudes, riiais j'ai entendu avec une véritable douleur des esprits de poids, des noms illustres, y attacher quelque importance.
Quant aux mœurs et aux habitudes, sans être immorales, ce qui ne saurait être dans notre monde,
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elles sont cependant d'une frivolité, d'une facilité d'allures horriblement choquantes. Je ne veux t'en citer qu'un exemple ; aussi bien, c'est celui qui m'a le plus frappé.
Il y a, à dix minutes du château, une délicieuse petite rivière ombragée par de grands saules ; le courant est peu rapide, l'eau transparente comme le cristal, et le lit recouvert d'un sable si fin qu'on y enfonce comme dans un tapis. Or, croirais-tu, cher ami, que, par ces grandes* chaleurs, tous les habitants du château y viennent à la même heure, ensemble et sans aucune distinction de sexe^ y prendre des bains? Un simple vêtement peu épais et fort étroit voile assez imparfaitement la pudeur singulièrement osée de ces dames. — Pardon, mon pieux ami, d'entrer dans tous ces détails et de troubler le calme de ton âme par la peinture de ces scènes mondaines ; mais je t'ai promis de te faire part de mes impressions, de mes pensées les plus intimes. C'est un engagement sacré auquel j'obéis.
Je t'avouerai donc que ces scènes de bains me révoltèrent au dernier point la première fois que j'en entendis parler. J'en ressentais une sorte de dégoût facile à comprendre, et je refusai absolument d'y jouer un rôle. On me plaisanta bien un peu, mais ces railleries mondaines ne surent m'atteindre et ne changèrent rien à ma détermination.
Cependant hier, vers cinq heures du soir, la marquise me fît appeler, et s'arrangea si spirituellement qu'il me fut impossible de ne pas lui servir de cavalier.
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Nous partîmes. — La femme de chambre portait nos costumes de bain, celui de la marquise et celui de ma sœur, qui devait nous rejoindre.
« Je sais, me dit ma. cousine, en s'appuyant sur mon bras, un peu trop pour la bienséance, je sais que vous nagez fort bien ; le bruit de vos talents est venu du collège jusqu^ici, et vous allez m'apprendre à faire la planche, n^est-ce pas, Robert ?
— Je fais peu de cas, lui répondis-je, chère cousine, de ces petits avantages physiques. — Je nage passablement, rien de plus. »
Et je détournai la tête pour éviter une odeur extrêmement pénétrante dont ses cheveux étaient empreints. — Tu sais bien que je suis sujet aux névralgies.
« Mais, mon cher enfant^ les avantages physiques ne sont pas non plus tant à dédaigner. »
Ce cher enfant me déplut fort. Ma cousine a vingtsix ans, c'est vrai, mais je ne suis plus, à proprement parler, un cher enfant^ et, d'ailleurs, il dénotait une familiarité que je n'avais point souhaitée. C'était de la part de la marquise une conséquence de cette frivolité d'esprit, de ce laisser-aller dans les paroles, que j'avais remarqués, et rien de plus ; mais j'en fus choqué. Elle poursuivit :
a Une modestie exagérée n'est point de mise dans notre monde — et elle se tourna vers moi en souriant. — Vous ferez un très-joli cavalier, mon petit Robert, et ce qui vous manque est facile à acquérir. Par exemple... faites- vous donc coiffer par le valet
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de chambre du marquis... Il vous accommodera à ravir, vous en serez satisfait. »
Tu dois comprendre, mon cher Claude, que je répondis à ces avances avec une froideur qui ne laissait aucun doute sur mes intentions.
a Je vous le répète, ma cousine, lui dis-je, j'attache à tout cela peu d'importance, » et j'appuyai mes paroles par un regard ferme... glacial. Alors seulement, car je n'avais point avant jeté les • yeux sur elle , j'aperçus les élégances profanes de sa toilette; élégances auxquelles, malheureusement, la beauté périssable de sa personne sert de prétexte et d'encouragement.
Elle avait les bras nus et ses poignets étaient perdus parmi les bracelets, le haut de son corsage était voilé d'une façon insuffisante par la trame trop légère d'une gaze transparente; en un mot, le désir de plaire se traduisait en elle par tous les détails de son ajustement. Je fus ému à l'aspect de tant de frivolité, et je me- sentis rougir de pitié... presque de honte.
Enfin, nous arrivâmes au bord de la rivière. Elle quitta mon bras, et sans façon, elle s'affaissa — je ne saurais dire qu'elle s'assit — sur l'herbe en rejetant en arrière les longues boucles de cheveux qui pendaient de son chignon. — Le mot chignon , dans le langage mondain , exprime cette proéminence du crâne que l'on remarque au sommet postérieur de la tête des femmes. Elle est produite par la réunion- de leurs longs cheveux tordus ou nattés. J'ai cru deviner, à certaines allusions, que plusieurs de ces chignons n'étaient point naturels. Il est des femmes,
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trop dignes filles d'Eve, qui achètent à prix d'or les chevelures que leur livre — horresco referens — ou la misère ou la mort. Cela soulève le cœur.
« Il fait une chaleur excessive, mon petit cousin, dit-elle en s'éventant. Je tremble à tous moments, par cette température, que le nez de M. de Beaurenard n'éclate et ne prenne feu ! Ah I ah ! ah ! Ma parole d'honneur. »
Elle partit d'un grand éclat de rire à propos de cette plaisanterie assez inconvenante et sans grand sel. M. de Beaurenard est un ami du marquis, qui a, en effet, le visage coloré.
J'exécutai un sourire de politesse qu'elle prit sans doute pour une approbation, car elle se lança alors dans une conversation , un bavardage sans nom ; alliant aux sentiments les plus profanes les idées religieuses les plus étranges, le calme des champs au tourbillon du monde, et cela avec une liberté ce geste*, un charme d'expressions mondaines , une finesse de regard et une sorte de poésie terrestre par lesquels tout autre esprit que le mien eût été séduit.
« C'est un adorable endroit, avouez-le, que ce petit coin ?
— A coup sûr, ma cousine.
— Et ces vieux saules avec leurs grosses têtes penchées vers le courant, voyez comme les fleurettes des
champs entourent gaiement leur tronc meurtri
Est-ce étrange, ce feuillage jeune, élégant, argenté, ces branches souples et fines! Tant d'élégance, de fraîcheur et de Jeunesse s'élançant de ce vieux corps qui semble maudit.
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— Dieu ne saurait maudire un végétal, ma cousine.
— C'est possible; mais je ne puis m'empêcher'de trouver dans les saules quelque chose qui sent l'humanité. La vieillesse éternelle a l'air d'un châtiment. Il expie et il souffre, ce vieux réprouvé des rivages, ce vieux Quasimodo des champs ! Que voulez-vous que j'y fasse, mon petit cousin, voilà l'impression que j'éprouve... Qui me dit que le saule n'est pas la dernière incarnation du pêcheur à la ligne mort dans l'impénitence? » Et elle éclata de rire.
a Ce sont là des idées païennes et tellement contraires aux dogmes , que je suis forcé, pour les expliquer dans votre bouche, de supposer que vous vous moquez de moi.
-— Mais pas le moins du monde, je ne me moque pas de vous , mon petit Robert. Vous n'êtes pas de la première jeunesse, savez-vous? Tenez, allez vous habiller pour le bain. Je vais entrer dans la tente et en faire autant. A bientôt, mon petit cousin. » Elle me salua de la main en soulevant l'un des côtés de la tente avec une coquetterie visible.
Quel étrange mystère que le cœur des femmes !
Je cherchai un endroit touffu tout en songeant à ces choses, et en un instant j'eus revêtu mon costume montant... Je pensais à toi, mon pieux ami, en boutonnant le corsage et les manches. — Combien de fois ne m'as-tu pas aidé à exécuter ce petit travail, auquel j'étais si maladroit! Bref, j'entrai dans l'eau et j'allais ^me mettre à la nage, lorsque le timbre de la voix de la marquise arriva jusqu'à moi. Elle eau-
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sait avec sa femme de chambre dans Pintérieur de la tente, -r Je m'arrêtai et j'écoutai ; non par curiosité coupable, je t'avouerai cette faiblesse, mais par désir sincère de connaître mieux cette âme, bonne à coup sûr, mais égarée.
a Mais non, Julie, — disait la marquise, — mais non, je ne veux plus entendre parler de votre affreux bonnet imperméable. L'eau entre dedans et n'en sort plus. Tordez mes cheveux dans le petit filet, et voilà tout.
— Les cheveux de madame la marquise seront mouillés.
— Vous les poudrerez ensuite. Rien ne sèche comme la poudre... Justement je mets ce soir ma robe bleu clair... Vous mettrez de la poudre blonde... Mon enfant, vous devenez folle! Je vous ai dit de raccourcir mon vêtement de bain, mais en le pinçant aux genoux. Voyez de quoi cela a l'air.
— J'avais craint que madame la marquise ne fût gênée pour nager?
— Gênée! Eh bien, alors, pourquoi l'avez-vous rétréci de trois bons doigts à cet endroit-ci? Tenez, voyez comme cela bride; ça n'a pas le sens commun; le voyez-vous, ma fille, le voyez- vous? »
La paroi de la tente s'agita, et je compris que ma cousine revêtait avec quelque impatience le costume en question pour en faire mieux comprendre les défauts à sa fille de chambre.
a Je ne veux pas avoir l'air d'être entortillée dans un drapeau; mais d'un autre côté, je veux pouvoir me remuer. — Vous ne voulez pas vous mettre dans
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la tête, Julie, que cette étoffe ne prête pas... Vous voyez maintenant que si je me baisse un peu... Ah ! V0U5 en convenez, c'est heureux. »
Pauvres esprits! n'est-il pas vrai, mon pieux ami, que ceux oîi peuvent entrer de semblables préoccupations ? Je les trouvais tellement vaines, ces préoccupations, que je souffrais d'en être le confident involontaire, et j'agitai l'eau avec bruit pour annoncer ma présence et faire cesser un langage qui me révoltait.
a Je suis à vous, Robert, mettez- vous toujours à l'eau ; est-ce que votre sœur n'arrive pas ?» me dit ma cousine en élevant la voix; puis, d'une voix contenue et s'adressant à sa femme de chambre :
a Oui, sans doute, serrez pas mal, il faut être maintenue. »
La tente se souleva et ma parente apparut.
Je ne sais pourquoi je frissonnai comme à l'approche d'un danger. Elle fît deux ou trois pas sur le sable fin tout en enlevant de ses doigts les bagues d'or qu'elle a coutume d'y accumuler; puis elle s'arrêta, remit à Julie les bijoux, et, avec un mouvement que je vois encore, mais qu'il me serait impossible de te décrire, elle lança dans l'herbe les sandales à bouffettes rouges qui protégeaient ses pieds.
Elle n'avait fait que trois pas, mais c'en était assez pour me faire remarquer l'étrangeté de sa démarche. Elle marchait à petits pas craintifs, ses bras nus rapprochés du corps et les parties saillantes de son corsage, comme abandonnées au gré de ce costume immodeste, tremblaient de honte au moindre mouvement.
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Je détournai les yeux, c'en était trop ! Je me sentis rougir jusqu'aux oreilles en songeant qu'une marquise de K... de C..., qu'une propre cousine à moi, pût oublier assez les lois de la pudeur pour se montrer au jour dans un pareil état. Elle n'avait plus de la femme que les nattes de ses cheveux enroulées dans une résille; quant au reste, c'était un jeune homme étrange, à la fois svelte et affligé d'un embonpoint précoce, un de ces êtres comme il en apparaît dans les rêves et dans les insomnies de la fièvre, un de ces êtres vers lesquels une puissance inconnue vous attire, et qui ressemblent trop à des anges pour ne point être des démons.
a Eh bien, Robert, à quoi pensez- vous donc? Donnez-moi la main pour entrer dans l'eau. »
Et elle trempa" dans l'onde transparente les doigts de son pied cambré.
a Cela surprend toujours un peu , mais l'eau doit être excellente, fit-elle; qu'est-ce que vous avez donc, votre main tremble ?. . . Petit cousin vous êtes frileux ! »
Le fait est que je ne tremblais ni de crainte ni de froid; mais, en m'approchant de la marquise, le parfum pénétrant qu'exhalaient ses cheveux m'était monté à la tête, et, avec la susceptibilité de mes nerfs, tu comprendras aisément que je fusse prêt à m'évanouir. Je domptai ce malaise. Elle saisit ma main, franchement, solidement, comme on saisit la pomme d'une canne ou la rampe d'un escalier et nous remontâmes le courant. Sous la pression de l'eau, je voyais l'étoffe de ses vêtements se tendre, et dessiner brutalement, sans scrupules, des réalités dont le
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soupçon seul eût excité mon indignation. JMtais confus du rôle que je jouais là. Ah ! mon cher Claude^ de combien de douleurs et de craintes ta belle âme n'eut-elle point été assiégée, si tu m'avais aperçu dans Tétat où j'étais ! Si fort que je sois, grâce aux bases inébranlables de mon éducation, je craignais que ces attouchements charnels et réitérés ne fissent naître en moi quelqu'un de ces désirs des sens dont on nous a si sagement effrayés; et, dans le fond de mon cœur encore pur, je priais Dieu de me préserver du mal et de ne point permettre que le monstre se réveillât, comme dit le Père supérieur. Mais permetsmoi d'achever ce récit, si répugnants que puissent te paraître les détails.
Tout en marchant, la rivière devenait plus profonde; la marquise, à mesure que l'eau montait davantage et envahissait son corsage, poussait des petits cris d'effroi qui ressemblaient au sifflement d'un serpent, puis elle lançait des éclats de rire vibrants et se rapprochait de moi de plus en plus. Enfin elle s'arrêta, et, se retoyrnant, plongea son regard dans mes yeux. — Je sentais que ce moment était solennel. Je devinais un précipice caché sous mes pas, mon cœur battait à tout rompre, et ma tête était en feu.
a Eh bien, maintenant, enseignez-moi à faire la planche, Robert ; les jambes droites et allongées, les bras rapprochés du corps, n'est-ce pas?
— Oui, ma cousine, et on agite un peu les mains.
— Allons, c'est très-bien, je me lance : une, deux, trois... Suis-je enfant! j'ai peur. Soutenez-moi seulement un peu, petit cousin. »
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C'est à ce moment que j'aurais dû lui dire :
a Non, ma cousine, non Madame, je ne suis point homme à soutenir les coquettes, je ne veux pas... » mais je n'osai pas dire tout cela, ma langue resta muette et j'enlaçai de mon bras la taille de la marquise pour la soutenir plus aisément.
Hélas! j'avais fait une faute, peut-être irréparable !
Lorsque je sentis ce corsage pétri de beautés mondaines et qui pliait sous ma pression, lorsque j'aperçus là, sous mes yeux, à deux pieds de mon visage, cette femme étendue sur l'eau , que je vis son cou se renverser, attirant les trop abondantes richesses d'une poitrine adorable — pardon, oh ! pardon , mon pieux ami, pour cet adjectif, pardon! mais en ce moment suprême, il n'est que trop vrai, j'adorais ces chairs séductrices... J'abrège : — Lorsque je vis tout cela, il me sembla que tout le sang de mon être refluait à mon cœur, un frisson mortel courut dans tous mes membres — l'indignation et la honte , sans doute ! — mes yeux s'obscurcirent, il me sembla que mon âme s'envolait et je tombai sur elle évanoui, l'entraînant au fond de l'eau dans une étreinte mortelle.
' J'entendis un grand cri, je sentis ses bras enlacer mon cou, ses mains crispées s'enfoncer dans ma chair, puis rien, — j'avais perdu connaissance.
Je me retrouvai sur l'herbe, Julie me frappait dans les mains et la marquise, dans son costume de bain, ruisselant l'eau de toutes parts, approchait un flacon de mon visage. Elle me regarda d'un œil sévère,
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quoique dans son regard il y eût une nuance de
satisfaction contenue dont le sens m'échappa, a Enfant! » disait-elle, « grand enfant! »
Tu connais les faits , mon pieux ami, fais-moi la
charité d'un conseil , et bénis le ciel de vivre loin de
ces tempêtes.
De cœur et d'âme , Ton bien sincère ami,
• Robert de K. de C.
Tout le reste de madame de K, 23