PREMIÈRE DES DEUX LETTRES INCLUSES
« Ma chère amie : Vous save^ comme sont les hommes, et le vôtre vous en fait asse^j;, pour que vous les connais- 5iVf . Aide:{-moi donc de vos bons offices, et permettezmoi de recevoir che^ vous tm Monsieur que je suis obligée d'écouter, de peur qu'il ne se défasse. C'est un Anglais. Voici l'histoire. Vis-à-vis mes fenêtres, au second, dans un hôtel garni, à côté de la fontaine St.-Séverin, est, avec son mari, une jeune femme, qui me parait riche et bien élevée. L'Anglais était tous les jours che:{ elle; ils me regardaient beaucoup, et souriaient. Or, vous savej que la petite vérole, qui me gâte de près, de loin ne m'ôte rien : je me doutai que je leur paraissais jolie; et comme il y avait une femme aimable et jeune avec eux, j'en fus flattée. Je prenais un air gracieux. Enfin la jeune dame me salua. C était ce que je demandais. Je lui rendis son salut, par une révérence profonde; elle m'en fit une autre, elle m? sourit, je lui souris de même. Un instant après, on frappe. Je cours ouvrir. C'était un inconnu; ou plutôt c'était M. Chéreau de Villefranche, mari de la jeune dame. — « Ma voi- » sine, » me dit-il, « vous mè pardonnerez ma visite, » quand vous saure^ que je viens de la part de ma * femme, qui désire de faire votre connaissance; » et il jeta un coup d'œil sur l'ameublement. Je répondis qu'on m'honorait beaucoup! — « Quoique nous soyons en » chambre garnie, » reprit-il, « nous ne sommes pas des » étrangers, ma femme ni moi : nous sommes des mar- » chands de cette rue. Ma femme est fille unique de » M. Charpentier votre voisin ; notts sommes en difficulté » avec son père. Un procès m'a fait lui tout abandonner, » et me montrer ainsi, avec sa fille unique, aux yeux de » tout le quartier. Il en a été furieux, et un pistolet a » été tiré. Quant à ce jeune homme, que vous voye^
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» souvent avec nous, c'est un Anglais, très instruit, et » dont la société est agréable. Par un raffinement de » vengeance, et pour mortifier davantage le père de ma » femme, nous le laissons passer pour son galant. » M. Villefranche m'a ensuite raconté qu'il avait été secrétaire d'une Ambassade à Turin; il m'a parlé de ses connaissances parmi les gens de qualité; en tm mot, il s*est beaucoup vanté. J'ai entrevu, ou cru entrevoir, à travers tout cela, que c'était un intrigant de beaucoup d'esprit, au dessus des préjugés, qui, pour rendre ses plaisirs plus libres, voulait y mettre sa femme; que j'avais plu, tant à lui qu'à son Anglais, et qu'on venait sonder le terrain, pour savoir s'il était possible défaire société avec nous.
» J'avais d'abord pensé, qu'en voyant notre logement et notre ameublement, il se dégoûterait d'ime liaison désavantageuse; mais tout au contraire, il n'en est devenu que plus pressant. Il m'a seulement garantie de la visite de sa femme, sous prétexte qu'il fallait passer par la boutique du marchand de vin. Mais l'Anglais est venu à son insu. C'est lui qui m'a révélé que Villefranche et lui étaient amoureux de moi; il m'a demandé asse:( ingénuement, lequel je préférais? J'ai répondu qu'à marier, ce serait celui des deux qui était libre; que, mariée, je ne pouvais préférer personne que mon mari. — « En l'indemnisant? » a dit l'Anglais. Il parait que, dans son pays, oii tout est objet de commerce, il n'est pas de difficulté que l'argent n'aplanisse. L'Anglais, qui se nomme M. Janson, m'a instamment priée de venir che:( Af"* de Villefranche, qui me désirait vivement, et qui serait flattée de ne pas devoir ma connaissance à son mari. Ce motif, et l'honnêteté de la dame, me déterminèrent à la satisfaire sur-le-champ. Je fis une toilette, et vous save:( que ce n'est pas ce que je fais le moins bien.
» M"* de Villefranche me parut une petite maîtresse
îrès usagée, fort au dessus des préjugés! Elle me proposa, dès que nous eûmes causé une demi-heure, de nous arranger pour mener une heureuse vie, tandis qu'elle n'avait plus aucun soin, aucun embarras. Comme elle me voyait fort complaisante à son égard, elle ajouta que /aurais son mari, qu'elle voulait raviver, et qu'elle s'arrangerait avec Sir Janson. Je rougis. Elle se récria : — « Elle rougit! Depuis quand donc étes-vous arrivée
* de votre province?... » // me parait que son mari est un philosophe très conséquent, qui ne trouve d'obstacle à rien. Je lui répondis : — * Et mon mari. Madame? —
* Ha! vous ave;( raison!... Nous lui donnerons Lamber- % tine, ma fille de boutique. * Je me mis à rire. Ce fut alors que la petite dame me dit les choses les plus singulières!... Elle fit la partie de diner ensemble le dimanche. Nous y avons été, mon mari et moi. Elle l'a trouvé fort aimable! Elle disait à Sir Janson, de ce ton négligé des petites maîtresses : — « Mais, voye;( donc » comme il a les lèvres appétissantes! » Mon mari rougissait, car depuis qu'il est à l'Imprimerie, il perd Vusage, et devient timide, La dame l'a gardé après dîner. Nous nous sommes enfermés quatre, Lambertine, Villefranche, Janson et moi. Villefranche a donné Lambertine à l'Anglais, et ils ont passé dans une autre pièce.
» Cependant M"* Villefranche, restée avec mon mari, nous demandait. — *J'ai un cavalier! y> criait-elle; « si » vous ne revene:^, je vais faire l'amour! » Et nous entendions le bruit des baisers... Enfin, nous n'avons plus rien entendu... Nous nous sommes quittés à huit heures du soir. »
» A notre sortie, mon mari a voulu savoir s'il y avait un complot formé? Je me suis amusée à ses dépens. Il est fâché. Faites-moi le plaisir, mon amie, de lui persuader, par votre mari, que j'ai passé l'après-dinée avec vous, après avoir quitté ma compagnie. C'est une bonne œuvre que vous fere^ : cela remédie à tout. Quant à
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Désirée, si elle a une intrigue avec votre mari, je voiis en rendrai bon compte. Ce lundi ijf)2.
» Toute à vous.