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« te connaissais pas. — Et les Mères? — Bon ! elles en ont « pour deux heures à leur tapoter les...» (Elle éclata de rire) — « Allons donc !... Q.ue faut-il faire?» Mélanie lui parla bas. — « Oh! commencer la première? — Pour une « fille d'hôpital, tu es bien scrupuleuse?»
I^osalie vint à moi, d'une manière si libre, que je ne l'ai retrouvée depuis qu'une seule fois, le 26 mai 1756, chez la Massé. . . Nous fûmes presque surpris par les deux mères, que Mélanie qui faisait le guet, retint un instant à la porte... On nous donna de l'élixir à tous trois ; et nous nous en retournâmes... Pour un petit dévot janséniste, ma morale était un peu relâchée ! Mais, on voit que je n'avais pas recherché l'occasion, et que mon premier usage, cause de ma félicité, avait été purement accidentel... 11 ne faut pas croire non plus que mes camarades fussent comme moi : c'étaient des enfants que l'on caressait, mais trop délicats pour le reste.
11 y avait, ou il y a sept à huit ecclésiastiques à Bicétre : ce sont comme les prêtres-habitués des paroisses; et pour toutes les maisons de l'Hôpital Général, un recteur, qui en est comme le curé. Les prêtres-habitués, même le doyen, ou vicaire, mangent ensemble dans un réfectoire commun. Deux élèves des enfants de chœur y allaient faire la lecture, pendant le dîner et le souper; et afin qu'elle fût profitable à tous, le tour était hebdomadaire. J'allai à mon tour lire au réfectoire des prêtres, et je ne pouvais mieux tomber ; c'était dans la grande Histoire Ecclésiastique de Fleury, celle du trop célèbre Abeillard, mal à propos écrit Abaillard, et qu'un prêtre me fit plus mal à propos encore, prononcer Abclard. Je la commençai : elle me faisait un si grand plaisir que j'étais bien peiné quand le semainier frappait des mains, pour cesser la lecture. De retour à notre dortoir, je répétais tout ce que j'avais lu. Mais je m'aperçus que l'abbé Thomas fronçait le sourcil, lorsqu'il fut question d'Héloïse, et j'eus soin, les jours suivants, de
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passer tout ce qui la concernait : ces détails ne m'en restèrent que plus profondément gravés.
Pendant l'octave de la fête de Sainte-Geneviève, nous lîmes à Sainte-Geneviève un pèlerinage. Nous étions parés, c'està-dire en soutanes des grandes fêtes, en ceintures, etc. Les sœurs nous virent défiler : nous avions l'air de véritables abbés ; ce qui le enchanta, surtout sœur Rosalie. Les six calottes rouges qui, ordinairement l'emportaient sur nous par leur propreté, leurs aubes éblouissantes, leurs révérences de jeunes filles, qui faisaient illusion même à l'abbé Thomas, avaient ici du désavantage avec leurs perruques, qui leur donnaient l'air de jeunes danseurs, dont on fait les petits vieillards à l'Opéra. Arrivés à Sainte-Geneviève, nous vîmes des gens qui faisaient toucher des linges à la châsse au bout d'une perche, moyennant six sous. L'abbé Thomas qui était en prières fut grossièrement dérangé par un de ces hommes à perche ; « Mon ami, dit-il à l'homme qui avait payé, ce n'est pas une chemise qui aura touché à la châsse au bout d'une perche qui guérira votre maladie, mais des prières ferventes, et vous ne vous êtes pas mis encore à genoux ! » A notre retour nous allâmes à la cathédrale ; puis nous passâmes à la Salpétrière pour rendre nos devoirs à sœur Julie, la supérieure que l'abbé Thomas regardait comme une sainte, et qui n'était qu'une intrigante. Elle parut nous connaître tous et savoir nos relations ; car elle nous dit à chacun un mot. 11 est certain que ces maisons sont, toutes, un abîme d'intrigues et de perversité.
L'archevêque Gigot de Bellefons était mort. Peu de temps après, M. Christophe de Beaumont fut nommé au siège de Paris. Dès qu'il fut installé, il se crut obligé de faire la guerre aux Jansénistes. A dater du jour de la visite du nouveau recteur, l'abbé Thomas sentit qu'il fallait quitter sa place ; il s'y prépara.
Comme les Jansénistes avaient alors de puissants appuis
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on était averti de toutes les démarches de l'archevêque. L'abbé Thomas, pendant les huit jours suivants, renvoya chez eux tous les élèves qui avaient des parents religieux. Mon cher Fayel partit le second. Frère Jean-Baptiste vint me consoler; nous vîmes par la croisée la voiture où était Fayel e* nous sanglotâmes. Mais nous étions encore deux amis : le surlendemain je fus seul pour le départ de Poquet.
Mon frère, le septième jour après la visite du recteur, fut averti que l'ordre d'expulsion des Jansénistes allait être expédié. Il était prudent de le prévenir.
Après une semaine de séjour à Vitry, on me fit conduire à Paris chez ma sreur Marie. Le maître et le sous-maître se séparèrent en même temps, pour ne se revoir jamais, et tout fut dissous. J'avais pris, moi, un air grave; intérieurement j'étais persuadé de ma surexcellence, depuis que j'étais persécuté pour la vérité ; je me regardais comme un petit confesseur de Jésus-Christ, et je n'entends pas qu'on en rie! car j'étais aussi entêté qu'un martyr.
Depuis que j'étais à Paris, je voyais avec le frémissement du désir les jolies personnes qui venaient chez ma sœur. On ne savait pas comme j'éiais aguerri !
Une femme mariée, nommée M""* Bossu, voluptueusement parée, m'avait mis hors de moi, et je l'avais ardemment embrassée cher elle avant qu'elle eût de la lumière. Je m'aperçus qu'elle était tentée : mais enfin, elle me repoussa en me disant: <i Si vous n'êtes pas sage, je le dirai à votre sœur. >» Elle ne dit cependant rien, malgré une longue lutinerie... Mais celle qui me causa une plus vive sensation, parce que c'était un objet nouveau, ce fut une jeune et jolie noire, femme de chambre d'une Américaine, dont l'air de douceur était le plus séduisant que j'aie vu de ma vie. Elle s'aperçut aisément qu'elle me plaisait. Un jour que j'étais seul à lire, elle entra chez ma sœur et vint lire sur mon épaule. Un divin sourire que sa noirceur rendait encore plus touchant, pénétra jiuimi'à
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mon cœur, en me rappelant une belle noire que j'avais vue dans l'ancienne estampe de la Toilette d'Esther. Je levais les yeux vers elle, en souriant, la bouche entr'ouverte ; elle crut que je lui demandais un baiser. Elle appuya légèrement ses lèvres brûlantes contre les miennes. Je me sentis tout en feu ! Sans être retenu par ma qualité de petit confesseur de Jésus- Christ, qualité qui me donnait une cçrtaine morgue depuis quelque temps, je pris une liberté. Esther, loin de se défendre se mit à rire en me disant : « Mon pitit blanc ! Mon pitit blanc ! Je aime lé blancs et pas lé noirs, pis-tu sortir ? >» Je lui dis que je ne voulais aller nulle part, mais que m'a soeur et mon beau-frère ne viendraient pas de plus dune demi-heure. Je vis les yeux d'Esther étinceler, elle vint sur moi en effrénée... j'étais à demi savant, Esther l'était beaucouff en théorie, et surtout elle était passionnée. <« Mon ^/W blanc » me disait-elle, « tu auras mon étrenne à cause de ta sœur qui est juUc femme et que j'aime bien ; et pis après, le grand noir m'ipousera s'il veut. » Je n'entrerai pas dans de lubriques détails ; je dirai seulement qu'après différentes tentatives, je parvins à ce qu'elle désirait. L'accident qui m'était toujours arrivé, et que les jolies sœurs de Bicêtre aimaient tant, m'arriva encore, et fortement ! je m'évanouis... La jolie noire, effrayée, s'enfuit. Je revins à moi avant le retour de ma sœur. Je réparai mon désordre; j'eus des remords et je demandai pardon à Dieu avec larmes...
...Nous prîmes le coche d'Auxerre le 20 ou le 21 décembre. Je le supportai mieux qu'en venant à Paris, parce que sur la Seine, où l'eau est abondante, on ne donne point de coup de perche. Nous quittâmes néanmoins l'ennuyeuse voiture à Sens, après un accident arrivé au curé de Sainte-Colombe, de cette ville, qui fut renversé dans l'eaù par la brutalité de notre timonnier. Le lendemain, nous marchâmes un peu, nous prîmes ensuite des carrioles, nous couchâmes à Bassou et, le dimanche matin, nous arrivâmes à Auxerre. L'abbé Thomas alla descendre au Petit Séminaire où il fut reçu
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comme un confesseur de Jésus-Christ. On lui donna une belle chambre ; à moi une petite. Le lendemain j'allai à Courgis avec Marguerite Paris, la gouvernante du curé qui vint me prendre.
Je vais entrer dans la troisième Epoque qui sera la première du véritable développement des passions; époque importante de laquelle, sans doute, a dépendu tout le reste de ma vie! C'est ici qu'il faut me suivre attentivement.