ETUDES SUR RESTIF
t^estif devant la posténité.
Importance eonsidénable de son œuvre.
Univensalité de sa pensée.
LES seuls livres durables, ceux que la postérité recJierchera toujours, ce sont les documents historiques, biographiques ou autres. Tout livre qui n'a pas des qualités littéraires cxtraordinai renient supérieures ou qui 71'apprend rien sur une époque, une famille, un
homme, disparaîtra à juste titre Il ne reste, au bout d'un siècle,
et il ne restera éternellement de livres que ceux dans lesquels la préoccupation de bien dire aura cédé devant celle de dire quelque chose de neuf et d'original. »
« Or Restif a dit quelques-unes de ces choses. »
Ainsi s'exprimait, en 187s, M. Jules Assézat dans l'intéressante étude sur Restif et son œuvre, destinée à servir d'introduction à une réimpression partielle des Contemporaines.
Ce quelque chose de neuf et d'original c'est la vérité, et, en même temps, le passionnant, l'extraordinaire attirance de la plus sincère autobiographie, de la phts complète confession publique qui ait été jamais faite par un homme.
Le cœur humain dévoilé ! oui, c'est bien cela, si par le mot * cœur » il faut entendre l'être Innnain tout entier disséqué, anatomisé. scientifiquement passé au crible de l'observation philosophique et médico-mentale; — l'âme, le cœur, le corps de l'homme.
A la fausse, jésuitique et pédantesque doctrine du : on ne se connaît jamais bien soi-même. Restif, bien plus encore que Jean- Jacques, parce qu'il n'y a chez lui aucun arrangement, aucun préparatif, oppose avec raison la doctrine du moi, non pas le moi qui voudrait s'analyser à la façon de certain fumiste moderne, mais le moi qui s'expose dans toute sa crudité, parce ^u'ou ne connaît personne aussi bien que soi-même.
VI RESTIP DFVANT LA rOSTERITE
Ce moi, cet étalage public de la corruption des mœurs dans les classes inférieures , étonnèrent, surprirent lorsqu'on se mit à reprendre Restif. Ce fut un cynique, un impudent, un fanfaron de vice. Et on le cria bien Jutut, sur tous les tons. Les épithètes plurent dru sur lui. Oti ne pouvait l'admettre en lui-même : il fallait, à tout prix, le comparer, le ruttacJier, ù quelqu'un ou à quelque chose. Pour certains qui voyaient juste; pour Lavater qui l'appelait le Richardson français, pour le comte de Tilly qui, dans ses Mémoires, le nommait le Téniers des Romans, çue de qualificatifs injustes et volontairement injurieux/ Jean-Jacques des Halles ! Rousseau du Ruisseau ! Voltaire des femmes de chambre ! Pétrone ou Apulée des temps modernes ! Egoutier de la littérature ! On sourit quand on voit des pédants de 1830 l'appeler, le plus sérieusement du monde : le précurseur de Paul de Kock. Vaine phraséologie/ Qualificatifs ronflants de romantiques aux abois/
Il semble que Restif ait prévu tout cela; et les métaphoristes ronflants du romantisme et les esprits pointus, petits, oh combien/ delà réaction clérico-classique,àlafin du wx^ siècle : — les Faguei et autres Jules Lemattre. A ceux qui, un jour, devaient l'accuser de t cynisme éhonté >, il avait, pour ainsi dire, répondu par avance :
€ Maudit celui qui n'ose parler de lui-même parce qu'il n'a que des vices et des platitudes recouvertes d'orgueil /... Maudit soit celui qui redoute le sourire niais des sots.'... Maudit soit celui qui n'ose avouer ses défauts et qui veut, pédant esquement, passer pour un être parfait /n t J'en ai avoué plus d'un », déclare-t-il dans les Nuits de Paris, « etfen confesserai de bien plus graves dans un autre ouvrage. »
Or, cet autre ouvrage, c'est celui que nous donnons ici, c'est Monsieur Nicolas qu'ur. génie, qu'on ne saurait accuser de pornographie, Goethe, appelait 1 un livre inappréciable malgré les platitudes et les choses révoltantes qu'il contient », qu'un savant de grande envergure, Humboldt, qualifiait « le livre le plus vrai, le plus vivant qui ait jamais existé »;que Lavater, le créateur.de la physiognomonie, considérait comme « la plus vivante physiologie du caractère français qui se puisse rencontrer ».
n y a mieux.
Déjà, en plein romantisme, ceux qui pour rien au monde ne lui eussent reconnu une place supérieure, s'inclinaient devant le labeur infatigable d'une besogne ininter rompue.
La grandiloquence des chefs voulut bien s'abaisser jusqu'à l'excessive et si hummne semibilité sensuelle de Restif.
EDMO.NU AU Jllt>AS
— Edmond l'oit, d'une oiii'crhtre pratiquée dans le plancher. Madame Parangon caressant Ursule et Ticnnette : cette dernière baise sa belle maîtresse sur le front, tandis que les lèt>res de Madame Parangon pressent celles d'L'rstde.
21" Estampe de Dinct pour Le Pu.ysuii et Ja Pay^alllle perverlis.
VIII RffîTIF nrVANT LA POSTFRIT^
Victor Huffo, — car c'est lui ijne j'invoque ici, — n'a-t-il pas écrit dans Notre-Dame-dc-Paris : « Chaque homtne est un maçon, ResiiJ de la Bretonne apporte sa hottée de plâtras ! »
Hottée de plâtras ! sous la plume du roi du romantisme le mot me plaît et je le retiens ; car cette hottée de plâtras, c^est la pierre qui doit servir d'assises au monument de l'école naturaliste préparé par Rousseau dans ses Confessions, et, triomphalement achevé par Zola; à cette différence près que Rousseau et Restif exposent leur moi, se dissèquent eux-mêmes avec plus on moins de sincérité suivant leur méthode, suivant l'exubérance de leur individu, — documents vivants et personnels pour l'histoire de l'homme considéré comme espèce et comme produit de la civilisation à un moment donné — alors que Zola crée et fait mouvoir toute une série de personnages figurant autant de moi/ ayant chacun, leur raison d'être et leur utilité.
Cette hottée de plâtras, ce n'est rien moins que 200 volumes, ;ontenant, tous, quelque chose d'intéressant, de piquant, de curieux, méritant, tous, les honneurs de la lecture, malgré leurs longueurs, malgré leurs répétitions, malgré leur fatras, inalgré leur écriture souvent illisible. Mais, allez lire 200 volumes ,• allez lire, seulement, les 14 volumes de Monsieur Nicolas, soit dans l'édition originale, soit dans la réimpression faite en 188 j par ce maître éditeur qui sera éternellement regretté des bibliophiles, fai nommé Isidore Liseux.
D'autres pourront éplucher par le menu la vie intime de Resiif; d'autres pourront étudier ses maladies, tirer des diagnostics, disséquer, scalper l'homme, affirmer qu'il fut atteint d'érotomanie aiguë — ce dont je ne disconviens nullement — et trouver merveilleux qu'il n'ait point fini ses jours dans quelque maison de fous. Pour cette besogne insignifiante et sans intérêt, il ne manquera jamais de Jules Lemdîire : après la vessie de Rousseau , la vessie de Restif, précieux sujet de conférence à l'usage des « éplucheurs de célébrités » dont tout le talent consiste à essayer de déboulonner les grands hommes.
Mais à quoi bon s'arrêter à ces bagatelles / Que pourront faire les déboulonneurs brevetés du génie, de la passion, de la vie, de tout ce qui est réellement humain, contre cette vérité si éloqueinment exprimée par Jtiles Assézat :
« L'hom.me était né avec des passions vives. Il a pu, pendant une assez longue jeunesse — longue, parce qu'elle avait été précoce — se laisser entraîner à des excès de libertinage, condamnables. Mais son plus gruhd tort a été, surtout, de n'avoir rien oublié de cette
R ES TIF nrVANT I. A lOSTl'KITf IX
pxuhh-nnte forcrison de ses passions. Bien différent en cela de Jcan- Jucijiies JRotisseau, il n'a pas paré sa marchandise. Il l'a étalée sur le marché avec la plus naïve bonne foi. C'a été une raison pour les critiques tnajestuen.v et prud'hommes, de se voiler la face et de se frapper la poitrine. Mais dussions-nous passer pour trop faible et trop complaisant, nous croyons qu'on aurait mauvaise grâce à se ■jjlaindre de l'occasion que Restif nous a fournie de voir, comme il le dit, un « homme tout entier », jt» « cœur mis à nu ». A côté des gentillesses souvent scélérates des Mémoires de Casanova, à côté des amplifications rhétoriciennes de Desforges dans le Poète et, tout en abordant les mêmes sujets délicats, il doit être mis à part, en ce qu'il ne nous donne pas l'idée d'un homme vicieux. C'est, comme Schiller l'a bien compris, une nature violemment sensuelle, mais ses peintures ne sont pas licencieuses. Il ne s'y complaît pas, ne les e.vcuse pas et, le plus souvent, il se borne à relater les faits en latin ou en style de procès-verbal. Il est le seul de ceux qui se sont offerts à la curiosité du physiologiste, chez lequel on soit assuré de trouver l'homme intitne, peint sans apprêt comme sans déguisement. »
« Il lui faut pardonner beaucoup, parce qu'il a beaucoup aimé, s Voilà, ce me semble, les appréciations les meilleures, les plus humainement justes, qui aient été jamais portées sur Restif. Et c'est la raison qui m'engage à donner, aujourd'hui, non une réimpression textuelle de Monsieur Nicolas — il faut dégager l'œuvre, pour ne pas dire le monument, de sa hottée de plâtras, — mais bien une édition soigneusement revue, émondée, abrégée, de ce livre vraiment extraordinaire qui doit être considéré comme le chef-d'œuvre de l'autobiographie Iiumaine et passionnelle, pitre de toute fiction, de tout esprit romanesque.
Comme la plupart des écrivains du xviii» sO-cle, comme le marquis de Sade, notamment, Restif qui a en d s hauts et des bas, semble être, à nouveau, très à la mode. On l'étudié, on l'annote, on le réimprime. Qu'on ne croie point, toutefois, que je veuille établir une comparaison quelconque entre lui et de Sade, car autant ce dernier s'est complu dans la débauche sanglante et ordurière, poussant l'érotisme jusqu'à des limites inconnues, véritable théoricien des rapprochiments criminels et delà volupté dans le crime, autant Restif de la Bretonne est humain, amant passionné du beau se.xe, ayant subi comme pas un lu puiy.<ance de l'amour sexuel, séduisant les flics, engrossant les
X RPSTIF DEVANT LA POSTERITP.
femmes, notant jour par jour celles dont il a fait la connaissance ci nous racontant ses exploits et ses travaux... d'Hercule. Si le marquis est, tout naturellement, venu sous mu plutne, c'est donc ^iniquement à cause de lavogue dont il jouit, lui aussi, en ce montent, et point pour autre chose.
J'ai dit que Restif avait euses hauts et ses bas. Onpeut niêmeuffirmer que comme Dorai et tant d'autres, il fut très apprécié, très recherché des bibliophiles, non pour lui-même, mais pour ses images, pour les estampes qui adornent, complètent et parachèvent son œuvre.
Un moment, il intéressa quelques écrivains curieux du passé; il attela à son œuvre tout un groupe d'iconophiles. Il eut même son iconographe attitré, Paul Lacroix, qui lui consacra un volume, œuvre de haute portée, pour ne pas dire l'œuvre maîtresse dans ce domaine (l).
Mais malgré sa renommée, et quoique à la mode, il restait peu connu. Combien différente sa renommée actuelle.
Monselet, aujourd'hui, ne le ferait plus figurer parmi les Oublies et les Dédaignés (2) ,• /)/ms aucun écrivain ne le prendrait comme héros d'un récit romanesque — il fallait pour cela le Ion Dumas (3),' et les scientijiques n'auraient point l'idée de le ranger, comme le fit Gérard de Nerval, parmi les illumines (4). L'illuminisme est bien peu de chose à côté de l'érotisme et de l'exhibitionnisme.
Quel chemin parcouru depuis les quelques pages que lui consacrait Arsine Houssaye dans sa Galerie de Portraits (5) ; depuis les notes biographiques de Firmin Boissin (6).
Depuis, ce furent les magistrales études de Jules Assézat, pour les extraits des Contemporaines (7), les pages de Jules Soury dans les
(1) BiMiographie et Iconographie des œuvres de Reslif de la Bretoane par P.-L. Jacob. Paris, librairie Fontaine. 1 vol. iu-8, tSlô.
(2) On sait que Monselet lui avait consacré antérieurement tout un volume : Restif de la Bretonne, sa vie et ses amours (Paris, Alvarés, 1852).
(3) H s'agit, ici, de Ingénue, récit fort innocent dont Restif et sa fille, Agnes, étaient les héros et qui, publié dans /e Siècle, en 1851, valut à Alexandre Dumas des poursuites [et une condamnation] provoquées par les descendants de Restif.
(4) L'étude de Gérard de Nerval, Les coii.'iiluucus de Nicolas, parut d'abord dans la Revue des Deux Mondes de 1850- Elle fui réimprimée dans le volume Lis Illumines ou les Précurseurs du socialisme' (1(Sû2J dont il remplit les pages 21 à 167.
(5i Paris, /S45.
(6) Restif de la Bretonne. Paris, 1C15.
i7) Les (Contemporaines ou Ave.itiires des plus jolies femmes de l'âge prc'Sent. Choix des plus caractéristiques de ces nouvelles pour l'étude des mœurs à la fin du xviii» siècle. — Par.'s, f.emerre (De la collection Picard} 3 volumes, 1815-1816.
RESTIF DEVANT LA POSTIKITF Xi
Portraits du xviii» siècle (i) et surtout, l'introduction si fortement documentée de Paul Cottin pour la publication de Mes Inscriptions (2)^ ce si curieux journal intime qui nous montre le Restif exhibitionniste sous une de ses formes les plus amusantes.
Comme tous les adeptes dit xviii« siècle, philosophique et révolutionnaire, Restif éprouve, en effet, le besoin constant de communiquer aux autres ce qti'il éprouve, ce qu'il ressent. Il faut qu'il le crie bien haut; il faut qu'il prenne à témoin, sans cesse, la nature, l'humanité; il faut qu'il puisse se confier au papier ou à la pierre. Il a ses noies écrites au jour le jour, souvent heure par heure, nous dit Paul Cottin; il a ses inscriptions, ses dates coinnicmoratives, tracées sur la pierre des parapets, dans cette Ile Saint-Louis dont il avait fait en quelque sorte son domaine. Vieille habitude, du reste, car s'il faut en croire la tradition,àAuxerre déjà, dans sa primj jeunesse, il aimait à écrire, à tracer partout, le nom magique de sa Jeannette Rousseau.
Manuscrits inédits; lettres inédites — ces dernières publiées à Nantes, en l88s, — ainsi se complète encore, chaque jour, l'œuvre littéraire de Restif, déjà si considérable (3).
Et tandis que les amateurs, en France, en Allemagne surtout, — dans cette Allemagne curieuse et savante si friande de tout ce qui touche aux mœurs intimes et à la vie sociale du xviii^ iiccle, — recJierchent éditions, portraits, estampes de Restif, un mouvement de vulgarisation de l'œuvre elle-même, s'accenttte et se propage toujours plus.
En j88i, m. Octave Uzanne avait donné le branle en publiant dans la collection des Petits Conteurs du xvili* siècle, Le pied de Fanchette ; puis vint : en l88s, la réimpression, déjà signalée ici, de Monsieur Nicolas, par l'éditeur Liseux; en 1885 l'Histoire de Sara sous le titre de Sara ou l'Amour à quarante-cinq ans,- en 1884, la Vie de mon père,- en 1883 et en 1886 Le paysan et la paysanne pei-vertis, deux éditions différentes, l'une en 4, l'autre en 2 volumes, également publiées à Bruxelles. Tout récemment, enfin, c'est-à-dire en iços, la librairie du Mercure de France donnait dans sa Collection des plus belles pages des grands écrivains un Restif de la Bretonne
(1) Paris, 1810. — L'étude parut, d'abord, dans le journal Le Temps.
(2) Mes Inscriptions. Journal iulime de Ileslif do la Bretonne (l7S6-t787) publié d'après le manuscrit autographe de la Bibliothèque de l'Arsenal. Avec préfaie, notes et Index, par Paul Cottin. — Paris, Pion iSS9.
(3) Mon confrère et ami, le D' Cabanc.t, toujours si bien renseigné, me dit que le D' Lacassagne, de Lyon, devait faire faire une tUcsc sur ttes;if, mais il ne croit pas que cette thèse ail jamais vu le jour
XII KESTIF DEVANT LA POSTÉKITÉ
composé d'extraiis de Monsieur Nicolas, du Paysan et la Paysanne pervertis, de la Jolie Mercière (nouvelle des Contemporaines^, du Palais-Royal et de l'Année des Dames Nationales.
L'Allemagne qui, jadis, lisait avec avidité les Contemporaines, qui s^arrachait Le Paysan et la Paysanne pervertis, qui allait jusqu'à contrefaire les éditions françaises, — tant l'engouement y était grand pour l'homme « qui, en se livrant tout nu a donné ce que personne avant lui n'avait donné : du document humain » ; — r Allemagne, disje, a suivi le mouvement, et, l'année dernière, le docteur Eugène Diihren, déjà signalé à l'attention du monde savant par un Marquis de Sade très puissamment documenté, publiait un Rétif de la Bretonne (i) qui sera à consulter et dont la traduction française est à désirer. Et c'est ainsi que cent ans après sa mort, Restif commence à prendre sa pince, une place qui va devenir de plus en plus grande, et qui, bientôt, le mettra au premier plan. Quand on a fait vibrer des sentiments hutnains, quand on a aimé, vécu et souffert; quand l'amour de la femme a fait jaillir en vous l'étincelle sacrée, quand on a, en des pages admirables, glorijié le travail ; quand on a posé les bases de la psychologie et du naturalisme en se prom.ettant de ne jamais prostituer sa plume au mensonge, on peut considérer pour quantité négligeable les ûneries des critiques.
Contre Restif, ce fut la même campagne de basses calomnies que contre Rousseau. Mais déjà « l'écrivain cynique, dénué de toute espèce de talent » est bien vengé. Et la postérité commetice à donner raison à celui qui savait bien ce qu'il valait quand, avant la publication de Monsieur Nicolas, il s'écriait • « Je prépare un ouvrage immortel ! »
Oui certes, ouvrage immortel ; de même que l'on peut ajouter, aujourd'hui, en parlant de l'auteur : homme prodigieux.
Car il a touché à tout; car il a eu, de tout et sur tout, des aperçus nouveaux, des conceptions hardies ; car il a eu, sur l'organisation sociale, sur la réforme des homms et des choses, sur les progrès et les inventions futures des idées, point banales, qui seront reprises plus d'une fois dans le cours des années. Réforme générale des mœurs, cesi /'Andrographe ; — réforme de la prostitution, — s'il est permis, toutefois, d'allier ces deux mots — ce fut le Pornographe (2) ; — réforme du théâtre, — ce fut le Mimographe , — réforme de la langue —
(1) Rétif de la Bretoane, Der Mensch, dcr S" hriftstcller, der Reformater. Berlin, 1906. 1 volume iii-S,de 544 pages.
Ci) Le Pornographe a été réim^jrinid en 1319 précédé d'une iiitèrcssanu élude du ic ilirciir.
RESTIF DliVANT LA rOSTERlTé Xil'
ce fut le Glossographe ; — réforme générale des lois, ce fui le Thesmographe.
Son Homme volant, inspiré de Cyrano de Bergerac, n'en devance pas moins Montgolfier, et sera une tnine précieuse pour tous les argonautes de Vaérostation. Et que d'idées, que de projets, que de systèmes contenus en ce roman uiopique de La Découverte australe qui devaient être repris et présentés plus tard par Fourier, par Saint-Simon, par Proudhon, comme des nouveautés. La banque d'échange, le communisme, l'attraction passionnelle y sont en germe. La fameuse papillonne de Fourier vient en droite ligne du Poriiographe (i) ; le plan et les statuts de son phalanstère sont empruntés A l'Andrographe, et le non moins fameux axiome de Proudhon .• la propriété c'est le vol, n'est que la répétition ou plutôt la condensation de cette pensée de Restif :
« La propriété est la source de tout vice, de tout crime, de toute corruption. »
Dans les Contemporaines il a développé tout au long les théories soi-disant modernes, du droit au travail (2), et l'on ne peut lire attentivement le titre d'une do ses histoires : La femme dans les trois états de fille, d'épouse et de mère, sans songer à Ale.xandre Dtitnas fils. Ici, quoiqu'il s'élève quelquefois contre lui, il rappelle Rousseau ; là, on sent qu'il prépare Nietzche.
Vues cosmologiques, formes organiques, philosophie de la vie, idées religieuses, les choses les plus graves se trouvent mélangées aux histoires passionnelles , si bien que M. Paul Cottin a pu dire, avec raison, dans sa très remarquable étude :
« Presque toutes les questions intéressantes pour l'humanité ont été abordées par Restif. Sciences naturelles et sociales, philosophie, législation, politique, religion, art, philologie, il a touché à tout ; sur tout, il a formulé son opinion, proposé des réformes. »
Et, ajouterai-je, ce qui n'est pas sans intérêt, nombre de ses idées sont, depuis, entrées dans la pratique,- nombre de ses projets de réforme sont devenus des réalités.
(1) Ceci avait été déjà constaté par Pierre Leroux et par Emile de Girardiii , Iç premier dans la Hoviio Sociale, de IS50 ; le .•iccoiid dam In Presse du 'JS septembre ISô'J-
("2) Voir la nouvelle : Los vingt épouses dos viugl associes. Xavier de .Voiitépiiifdans un article du journal i'Assi-mblôo Niilinnale ('20 avril iS5t), renvoyé à Uestif à prupos dus aisocialions de travailleurs, du LujKcmbourff.
Hestif hototoe de sofi sièele.
L'MiDOUP et la Katupe. — Ses exploits atnoupeux.
On polygatoe mofiogame.
Les teœups à fluxeppe au XVIIP sièele.
Qai était la « belle IVIadame PafangoQ ».
POUR juger un homme, pour l'apprécier sainement, il faut tout d'abord bien connaître le milieu dans lequel il a vécu, afin que Von puisse, avant tout, savoir s'il fut une exception, ou s'il a, au contraire, représenté les idées, la façon d'être et de penser de son ambiance.
Or, pour peu qu'on ait pénétré dans cette société de la seconde moitié du xviii« siècle qui, à force d'études et de reconstitutions, est parvenue à nous devenir familière, on n'aura nulle difficulté à voir en JRestif un adepte des principes du moment, passant avec une égale maestria des jeux de l'amour aux conceptions sociales, de l'exposé des mauvaises mœurs aux tliéories réfortnistes.
Comme Rousseau, comme Bernardin de Saint-Pierre, comme Dussaulx et tant d'autres, Restif est un naturiste, un forgeur d'idées et un faiseur de projets, ce qui ne l'empêche pas d'être, en même temps, un homme qui se laisse vivre, qui prend les événements comme ils viennent, et les femmes comme elles sont. .
Comme tous ceux qui l'entourent, il est tourmenté par des besoins d'expansion et, facilement, il a le geste théâtral.
Penseurs, savants, amoureux ; tous sont atteints de la même maladie. Qu'ils découvrent les « montagnes », ces terres inconnues qui s'élancent, hardies, vers le ciel, ou qu'ils se contentetit de conter fleurette aux jolies filles, de les fiire tomber, seulettcs, sur une
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XVI RtSTIF HOMME DE SON SIECLE
hcrbette alors créée tout exprés, ce semble, pour servir de tapis vert à l'amour, ils ont lamente façon de concevoir les choses.
Quelle qu'en soit l'espèce, il leur faut crier à l'univers leurs conquêtes et leurs exploits. Quel que soit leur état d'âme, il leur faut apostropher, gémir, soupirer; sans cesse invoquer quelque chose ou quelqu'un.
D'où l'emphase caractéristique aux œuvres littéraires du montent, qtt'il s'agisse de lettres amoureuses, ou de confessions, même de confessions comme celles données ici.
On ne sait rien faire simplement. Plus on parle du retour à la nature, plus on s'affiche théâtral et déclamatoire. Et l'on va de la femme à la nature avec un égal entraînement, comme si le 'sentimentalisme de la campagne devait donner plus de piquant au sensualisme de l'amour. Il semble même que cette opposition des deux sentiments doive être plus vive encore chez les ultra sensuels, car on sera frappe de voir avec quel entlwusiasme, avec quelle poésie, Restif parle des plaisirs champêtres. Ce sensuel est un tendre, faisant de l'églogue aussi facilement qu'il trousse les filles. Et ce grand pourfendeur de vertus qui, dans sa course vertigineuse à l'amour, procréa presque autant d'enfants qu'il conçut de livres, s'il faut en croire Paul Lacroix, aura des naïvetés, des sentimentalités qui paraîtront quelque peu enfantines au scepticisme moderne.
Ses exploits amoureux ne se comptent plus, et cependant il en tiendra registre, voulant constituera son usage les fiches de l'Amour, afin de pouvoir, ainsi, honorer « tous les êtres qui lui ont fait connaître ou donné du plaisir », afin de pouvoir commémorer — le mot est de lui — « toutes ses concoucheuses, toutes les mères de ses cnfatits ». — A voir de jolis pieds , bien chaussés, à talons hauts, — ce n'est pas lui qui. Jamais, eût laissé revenir la mode des talons bas, — à presser des tailles fines et élégantes, il tombera en pâmoison, comme si tout son corps venait d'être secoué par les tressaillements d'une jouissance complète; — et c'est le même homme qui, jouant, le soir, à la main chaude, stir le giron des jolies filles, saura prendre toutes les libertés non permises ; et c'est le même homme qui considérera comme un petit jeu de société de renverser les tendrons sur des rognures ou, sur des gazons fraiseux. Et allez-y/ Ça no se perd jamais deux fois. Enfant, jeune garçon, à Auxerre il aura, selon sa pittoresque expression, toutes les plus jolies filles du pays à la joue, et il brûlera de désirs pour une Marguerite Paris, pour tme gouvernante de curé affligée de quarante ans d'âge. H est vrai que, pour lui être agréable, pour lui montrer comment ça se fait, une jeune
RCSTIF HOMME DE SON Sliri. E XVII
mariée lui donnera, dès le lendemain, une répétition de la nuit de noce.
Quelle nature/ Avec lui, dès l'enfance, on suit toute la gamme des sensations voluptueuses. Il n'a pas quatre ans et, déjà, éprouve un vif plaisir à la vue d'un joli pied ;et déjà, les chignons blonds ont toutes ses préférences. Longtemps il se souviendra de sa porteuse à vêpres, c parce qu'elle lui passait la main à nu sous sa jaquette, et la promenait partout pour le chatouiller » (sic). Plus tard, — il a alors treize ans — il éprouvera un singulier plaisir à se cacher le visage entre les cuisses de sœur Pinonei il restera interdit devant la superbe gorge naissante d'une jeune Jille de quinze ans; — « ce genre de beauté », dit-il, « me frappa pour la première fois. Je ne touchai pas, je baisai ce beau sein ». Les dévotes de vingt-sept ans, au pied chaussé en soie ou en castor ; les grosses mamans qui l'appelaient auprès d'elles, et lui faisaient mille amitiés; les grosses Jilles de service, Nannon Prévost, Nannette, Tiennette, toutes les conquêtes peu flatteuses dont il ne se souviendra, par la suite, que pour mieux s'humilier ; les jolies files du catéchisme auprès desquelles il papillonnait allant de l'une à l'autre, se composant ainsi en imagination tout un sérail, agréable façon de passer les longues heures de l'office, — toute une féminité — diverse et multiple, passera comme en rêve autour du jeune apprenti-imprimeur, jusqu'au jour où apparaîtra Jeannette Rousseau, celle qu'il ne possédera jamais et qu'il ne cessera jamais d'aimer ; celle qui sera son attachement immortel. Ecoutezle : « Jeannette seule est la Vénus, la véritable beauté, le seul objet désirable pour moi/ Et cependant, jamais une passion sensuelle n'accompagna cet amour / Non, jamais je n'alliai l'image de Jeannette avec une idée obscène/ »
Si bien qu'il est permis de dire que, éminemment polyg-anic par les sens, Restif paraît avoir été un monoçamc de cœur et d'imaytnaiion.
Le 4 juin 1788 il apprend que Jeannette Rousseau ne s'est jamais mariée. Devenu libre par son divorce, en 17Ç4, il manifeste le désir de l'épouser, mais ses sœurs à lui, deux bigotes imbéciles auxquelles il a fait part de sa résolution, ne lui répondent que des choses évasives. En 1797 il n'a pas encore renoncé A l'espoir d'épouser sa Jeannette âgée de soixante-six a)is/
Cet amour avait donc résisté au temps, et cependant, il ne fut point le seul et unique de Restij puisque- — o« le verra par ses confessions — il aima, ce qui peut s'appeler aimer, et Marie-Jeanne, et a/yinon Prudliot, et Madilon Baron, « la plus aimable des Jiiles, ht
XVIII RESTIP HOMMb DE SON SIECLE
phis tendre, la plus voluptueuse, véritable épouse-mère >, — pvisqu'il avoue avoir eu certaines faiblesses de cœur pour Edtnée Servi gné, « la vivante image de Jeannette Rousseau », Ursule Meslot, Marianne Tangis ou Colombe; — puisque, bien mieux encore, il adora Madame Parangon, la belle, l'unique Madame Parangon, celle dont il garda soigneusement les souliers vert-rose, celle qui lui servira de cotnparaison éternelle; celle qu'il appellera * la Grâce des Grâces i', la « Céleste Colette »,• celle dont il cherchera sans cesse, à immortaliser les traits dans nombre d'estampes du Paysan et la Paysanne et dans la belle Imprimeuse, des Contemporaines (i).
n avait rêvé l'épouse-mére ; l'épouse-servante, dévouée ; Jeannette Rousseau restera toujours, pour lui, l'épouse marquée par la Nature.
Eh quoi donc ! tant de femmes pour un seul homme, allez-vous dire, tant déjeunes Jilles se laissant prendre au mâle qu'on sait être un bon coq, heureuses et Jières d'être engrossées par lui, et cela en une bonne vieille cité de province où les mœurs devaient être douces et simples, à Auxerre. Calomnie / vantardise / Récits lubriques d'une imagination erotique/ Pour un peu Restif va nous apparaître comme le satyre d' Auxerre.
Détrompez-vous .' D'abord, il n'y a dans Monsieur Nicolas aucune description lubrique. Ensuite, les mœurs des Auxerrois de lyso ne sont pas meilleures que celles de noire auteur. Il est le produit d'un milieu, d'un état d'âme et de mœurs qui sont ceux de la plupart des campagnes dans l'ancienne France. L'innocence des campagnes, un vieux cliché que Restif, sans cesse, se charge de détruire. « H n'y a des M.œurs que chez les gens instruits de la ville et des champs », affirme-i-il, ei peut-être n'a-t-il po,,A tort.
Pénétrons dans Auxerre.
A l'époque oii Restif y est apprenti typographe, — modeste emploi que devaient illustrer Franklin, Gessner, Richardson, Ballanche, et, plus près de nous, Béranger, Proud'hon, Balzac, Rougebief, Pierre Leroux, — Auxerre est encore la vieille cité du xui® siècle avec sa ceinture de remparts, avec ses fossés profonds, avec ses cinq portes voûtées garnies de herses et de ponts-levis. Ce ne sont que boutiques à fenêtres étroites garnies de forts volets de chêne, ou pauvres
(1) La belle ImprHneuse ou la Femme longtemps désirée, 247» nouvelle des ClUilciiiporaines Uo/ne XXXlXj.
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huttes de vignerons couvertes en chaume. Pour gagner Paris, il faut compter quatre à cinq jours par la voiture d'eau, le fameux coche qui partagera, longtemps, la célébrité de la gaiiote de Saint-Cloud Les réverbères y sont chose inconnue — on ne les verra apparaitra qu'en iy88 — si bien que, le soir, sur le pas des portes, sur les promenades , tracées en 1732, et dans les champs, la jeunesse des deux sexes peut prendre librement ses ébats. Sur une population de dix mille âmes — noblesse, magistrature, bourgeoisie, — où plus de trois cents personnes sont attachées au service des autels ou à la vie religieuse, où ce sont constantes disputes de privilèges entre le bailliage et l'hôtel de ville, et banales chicanes entre les diverses communautés d'arts et ntétiers, la seule vraie ressource du pays se trouve être dans la culture de la vigne. Et le vigncronnage a, depuis plusieurs siècles, contribué à donner aux habitants une réputation de beuverie, d'emportement, de violence, voire même de mœurs faciles. Li buveor d'Aucerre étaient aussi réputés que les grandz aîesures de Flavigny. Femmes g-entes et jolies sont d'Aucerre. lit-on dans un Dict des pays et le Fidèle voyageur en France, de J7JO, célèbre les qualités et V abord facile des belles Auxerroises.
Longtemps, il est vrai, Auxerre avait été préservé de la contagion des mauvaises mœurs par le Jansénisme, par les doctrines de Port- Royal qui y avaient trouvé un appui précieux en la personne de l'évêque Caylus (I704-I7S4)- Mais aux approches de I7S0 un certain relâchement avait continence à se manifester ; des sociétés joyeuses s'étaient créées pour protester contre un esprit de discipline et de rigorisme étroit qui ne cadrait pas toujours avec le besoin d'expansion et de ribottage d'un pays de vignerons. Les licences, plus ou moins permises, du Carnaval se perpétuèrent ou, du moins, se donnirenl libre cours à d'autres époques, en d'autres circonstances, et tin esprit frondeîir se manifesta partout.
« Le parti des amis du plaisir se forma dans Auxerre, enrôlant bientôt dans ses rangs », dit M. Challe en son intéressante étude : Auxerre il y a cent ans (i) « les deux armées, c'est-à-dire les partisans de la liberté mondaine et les partisans du rigorisme janséniste qui venaient s'y dérider et s'y ébattre. Il y eut dans les mœurs un détraquement général. La plus brillante société se portait en foule à un café-billard^ le premier qui se fût encore vu. Et c'est de là que partirent pamphlets et chansons. Ensuite, vinrent les parties de
(1) Etude piih'iée dans le Bulletin Hp la Société des Sciences de l'Yonne i.lnnce i855).
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ma^(jiies auxquelles la satire se mêla allait! jusqu'à charivariser les choses de la vie privée. »
Les parties de masque / prétexte à débauches de toutes sortes, sans cesse interdites et poursuivies par le rigorisme janséniste aussi bien cjue par le rigorisme calviniste. Les parties de masques « qui sont le plus terrible trébuchet tendu à la vertu des Jîl les i>, a écrit un auteur lillois, M. Quarré-Reybourbon, dans une plaquette sur les mœurs du bon vieux temps.
«■Cent cinquante et une pièces dramatiques », continue M. Challe, € furent dédiées à autant d'habitants pour flageller les vices, aventures, travers ou ridicules, vrais ou supposés, d'autant d'habitants. >
La plupart de ces pamphlets sortaient d'une imprimerie connue qui a fourni plusieurs maîtres à l'art typographique, les Fournier ; — les Fournier qui éditent le Journal et l'Almanach d'Auxerre, tous deux ayant en tête ou comme frontispice une petite vignette figurée par un perroquet. Si bien que, à la suite de plaintes et de poursuites qui n'aboutirent pas, — Fournier, prévenu, s'exila volontairement quelques semaines, à une demi-lieue d'Auxerre — on entendit dire et répéter dans la ville à tout propos et, souvent, hors de propos : « Fournier ton perroquet a trop jasé. »
Sous l'influence du relâchement des mœurs et des idées du moment, plusieurs fugues de jeunes personnes vinrent émouvoir la vieille cité janséniste. Une famille, de rang assez élevé, eut même sa Nouvelle Heloïse qui, plus avancée que celle de Jean-Jacques, s'était fait enlever au grand complet par Saint-Preux. En réalité, la jeune personne, W^' Catherine Boyard de Forterre, était partie avec le fils d'un menuisier, commis de son père.
Or Jf'* Forterre, belle et spirituelle, tout comme la non moins belle M'"^ Parangon, devait tenir une place assez considérable dans l'œuvre de notre Restif, cette œuvre tout imprégnée de souvenirs, de détails de mœurs et de descriptions de la contrée.
« Les souvenirs d'Auxerre », dit M. Challe, « reviennent fréquemment dans les ouvrages de Restif : il y plaçait soui'ent la scène de ses compositions, il en décrivait avec amour les sites et les mœurs, et l'on petit y trouver encore, avec la peinture fort vive de ces mœurs si peu édifiantes, la pltipart des incidents et des aventures qui égayèrent ou affligèrent la société auxerroise de ce temps. L'histoire de la pauvre Catherine ne potivait échapper à cet impitoyable chroniqueur des scandales de notre pays. Il écrit ium'diatcmcnt quatre