ACTE PREMIER
SCAPIN, ajustant son chapeau sur sa tête.
Mais si.
DO RI NE, le lui enfonçant jusqu'aux yeo^.
Mais non.
SCAPIN, se redressant d* un air fâché.
! Ahî
j DORINE.
Cet habit, crois-tu donc que la basque N'en soit pas ridicule à tes mollets de Basque ?
SCAPIN, faisant de grives eajambées.
Pas du tout. Car il rend majestueux mes pas.
Tu ne peux plus courir !
DORINE
SCAPIN
Un bourgeois ne court pas.
DORINE
Tu n'es qu'un faux bourgeois.
SCAPIN
J'en suis un vrai, que diantre !
DORINE
On n'est pas un bourgeois quand on n'a pas de ventre.
SCAPIN
J'en ai ! J'en aurai plus encore ! Je le veux. Oui, Bologne la grasse exaucera mes vœux.
C'est exprès que je suis venu dans la patrie Des pâtes, sous le ciel de la charcuterie; Et tu t'arrondiras, ventre, ô ventre béni, A coups de mortadelle et de tortellini !
Prends garde ! Ton esprit se noiera dans ta graisse. Ça commence.
SCAPIN
Aurais-tu dit vrai? Quelle allégresse!
Je suis gras?
DORINE
Pas encor; mais tu deviens poupin.
Prends garde ! Scapin gras ne sera plus Scapin .
SCAPIN
Mais c'est ce que je veux, ne plus être ce drôle !
DORINE
Ah ! que je t'aimais mieux jouant ton ancien rôle, Aventureux, et pauvre, et maigre comme un clou, Mais plus fin qu'un renard et plus hardi qu'un loup. Quand tu m' apparaissais le bonnet sur l'oreille, Et drapé fièrement dans ta cape, pareille Au ciel rayé de feu par le soleil couchant !
SCAPIN
Peste! Quel souvenir!... L'argument est touchant. Et cependant, ma mie, il ne me touche guère. Bah ! Tout cela, vois-tu, c'était parfait naguère. Être vêtu d'azur et d'or comme un lézard. Vivre à la belle étoile et manger par hasard,