‹ Monstres choisisChapitre 4 sur 18 · POIL D'ACIER · texte numérisé non relu

POIL D'ACIER

Il faûsait un froid vif et inquant, ce matin-'la ; un bon petit froid sec, ainsi que disent les bonnes gens» qui rendait à la jolie servante de la laitière les belles couleurs paysannes que lui avaient fait perdre six semaines de Paris.

M. Frédéric Crassmussen, ayant fort mal dormi, se smtit remis d aplomb par la bise glacée mieux que par la douche tiède dont il avait cinglé ses muscles.

11 huma, satisfait, lair pur qu on respire rue des Belles-Feuilles, et alluma une cigarette turque, amère friandise qui lui sembla d autant plus savoureuse que les nouvelles apportées par les gazettes autorisaient à redouter 1 accaparement

MONSTRES CHOISIS de la régie ottomane par d'ignorants Bulgares. M. Frédéric Crassmussen fit tournoyer son jonc à pomme d*or, se le glissa sous Faisselle droite, et, son journal largement déplié, obliqua résolu" ment dans la direction de Neuilly.

Le ciel souriait, tout bleu, d*un bleu de romance ; lautomne devait, au Bois, resplendir dans toute la beauté de son orgueilleuse détresse, les chro^ niqueurs savaient encore amuser ; ah ! oui, malgré tout, la vie méritait d*être vécue^ Qui donc pouvait ne pas être heureux ce matin-^là ?

Le vieux chiffonnier guenilleux chifFonnait en chantant, et les soldats du bastion se rendaient à lexercice d*un pas allègre.

Comme M. Frédéric Crassmussen, le nez dans son journal, s amusait d'une nouvelle à la main, un personnage volumineux lui barra le chemin, résolument, mais sans brutalité, et dit :

— Sacrédié, on a eu raison de me conseiller de venir matin. Enfin, je vous rencontre, c'est l'essentiel. C'est heureux pour moi et ça vaut mieux pour vous. Des fois, n'est-ce pas, que je vous aurais manqué, ça aurait fait des histoires

POIL D^ACIER à n'en plus finir. J aurais passé pour une gourde, pis que ça I je risquais une mise à pied de huit jours et on aurait pu croire, sans raison, que vous vous cachiez. Vaut bien mieux que ça se passe régulièrement, pas vrai? Plus tôt quon s*explique mieux ça vaut ; voilà ma façon de penser, je ne vous la cache pas.

...Comment, vous ne me remettez pas ? Allons donc I cherchez bien ! Mais oui, Aldde, le sous^ brigadier Alcide ; c'est moi qui suis venu Tautre, niatin, mais pas de si bonne heure, avec l'inspecteur principal Thirésias et le secrétaire du patron. Me revoilà. Oh ! c'est pas grand'chose. Le patron veut vous recauser. Ça n'a pas de quoi vous tourmenter. C'est assez sa manière, au patron ; il ne peut pas se décider à lâcher ime affaire.

••.Quoi donc ? Il vous avait peut-^être dit que c était fini I Ça ne m'étonne pas ; je reconnais bien son genre. Il ne peut pas se décider à lâcher une a^ire, je vous dis. On croit, et nous-mêmes on le croit aussi, des fois, que tout est arrangé et puis pas du tout. Il a toujours quelque chose à feaenuuider au monde.

...Mais faut pas vous inquiéter pour ça. C'est sans doute à cause cl*un renseignement que tous avez ouUié de lui donner, que le patron veirt vous mr<Mr.

...Oui» je sais bien» ça n*est jamais une sixrprise très agréable. Un inspecteur, n'est'<:e pas, rien que ce nom-^là ça donne un petit frisson, c*est bien na" tvacd. Pourtant, il ne faudrait rien exagér». Une supposition que dans vos affaires vous auriez bescHU de causer avec un client ou un associé, c'est une supposition, pas vrai ? Vous sonnez \m de vos employés pour l'envoyer chercher. Ben, le patron, ses employés c'est les inspecteurs, pas vrai ? C'est pour ça que je dis qu'il faut se faire une raison et ne pas croire tout de suite k des choses ennuyeuses.

...Comment que vous dites ? Vous voulez remonter chez vous pour prendre une valise ?

Pensez^vous I C'est vraiment pas la peine. Une supposition que ça ne toitfnerait ptas à votre conve^ nanoe — c'est qu'une supposition, ne vous Servez donc pas — le patron n'est pas assez muHe pour vous priver de notre nécessaire. D'aboitl, » ça

POIL D'ACIER tournait comme je vîois de dire — cW toujours des sui^ositions — on reviendrait tous, vous compris, rue des BelIes^FeuilIes pour la perqui** sition et alors vous auriez bien le temps de prendre votre iinge et toutes les dioses dont vous avez besoin. Vous ne pouvez pas savoir, parce que vous n aviez jamais eu d'ennuis avec la justice — on sût bien à qui on a affaire — mais moi qui ne suis pas d'hier dsuis l'administration je peux vous le dire, et je vous le dis parce que, rien qu'à vous regarder, je comprends que ça vous intéresse : jamais on n'a empêché un monsieur comme vous de gardtf son laux-'Col pour venir à l'instruction. C'est pour dire I

- Mon iKHn c'est Alcide, maïs on m'appelle plutôt Poil d*Aci«r. C'est à cause de ma mam scJide et des poils qui sont dessus ; dessus, remarquez l^ien, j*ai pas dit dedans, car j'ai pas peur de l ouvrage. Poil d'Acier ! A un monsieur comme vous ça ne dit rien, ben entendu, mais vous d^nan^ deriez k des gars de la pègre, vous les verriez sauter I ^^ d'Ader I pour sûr que pour beaucoup c'est un nom connu. C'est pas si connu qu'un nom de

MONSTRES CHOISIS grand financier, le vôtre» par exemple» mais, que voulez'Vous, on est célèbre comme on peut. Pas vrai ?

... Ah ! à la vérité je ne boude pas à la besogne et j*aime bien mon métier, quoique la retraite au bout ça soit une idée que personne ne peut renier sous peine d'être un menteur ; mais, tout de même, des arrestations à la dure n*en faudrait pas tous les jours. C'est vannant. Cependant, on a sa vanité, et ça flatte quand on lit sur le journal que le Boa des Ternes a été arrêté par Tinspecteur Alcide — sur le journal on ne met pas Poil d*Acier — au péril de sa vie. J aime mieux, de temps en temps, avoir affaire à des personnes comme il faut ; ça change, pas vrai ? Ainsi c est moi, avec le brigadier Thirésias, c'est moi qui ai arrêté M. de Tomasseray ; vous vous rappelez, celui qui avait tué sa mère pour des raisons de famille ?

... Avec vous c'est pas du travail ; c'est plutôt une petite commission pour le patron. Vous bilez donc pas, monsieur Crassmussen, c'est arrivé à d'autres que vous, aux plus gros de la finance, pour ainsi dire.

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... Vous avez presque eu tort de vouloir prendre un taxi^'auto. Le patron ne sera pas chez lui avant neuf heures et les bureaux ne sont même pas ouverts. Avec ça, il fait friot I

... Dîtes donc, c est pas tout à fait im endroit pour vous, mais, de l'autre côté du pont, je connais un petit établissement très convenable, le café n*y est pas mauvais. Ça nous réchaufferait toujours. Je suis content que mon idée ne vous déplaise pas. Et puis, ime supposition que le patron imaginerait de vous garder un peu avec lui, faites donc venir votre repas de cette boîte-'là. On n y fait pas de déjeuner, mais il y a un plat du jour épatant et des huîtres très fraîches.

... Vous m'excusez? Edouard est un ancien collègue à moi, je ne pouvais pas lui refuser un café. Il est sans place. On la révoqué parce qu'il n'était pas assez costaud. A cause de sa faiblesse, l'assassin de la petite Cécile G)lombet a pu se défiler si bien qu'on ne l'a jamais rattrapé.

... Pour sûr que c'est malheureux. D'autant plus que sa maladie il l'a gagnée comme soldat, aux colonies, et qu'il a une femme et quatre gosses !

MONSTRES CHOISIS ... Oh 1 vous voulez bien lui donner un mot pour votre ami ? Probable que ça ferait son atfaire d'être garçon au Crédit Perpétuel. Vous avez du cœur» monsieur Crassmussen 1 Pour la confiance vous pouvez être tranquille ; un ancien inspecteur, on ne peut pas mieux I Dis bien merci à monsieur, Edouard.

... Voilà qu'il est l'heure. C'est le moment d'aller retrouver le patron.

. ... Non, non, pas de ça I Payez votre tasse si vous y tenez, mais laissez-^moi les miennes. Je voudrais accepter que je ne pourrais pas. Le règlement me le défend. C'est pour vous dire ! »

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