POUR SA GLOIRE
Afin que son poème Vertige lui donne la gloire, la légitime gloire, il s'ingénie.
Dans le silence de la nuit, douce au sommeil, douce à l'éveil, il songe : il fera l'envoi du poème
annoncé, attendu, aux soixante bibliothèques municipales, — aux vingt bibliothèques populaires, — aux bibliothèques des hôpitaux civils (en exceptant les Enfants assistés, Charenton et les Quinze- Vingts"), — aux bibliothèques des hôpitaux militaires.
— Par elles je tiens l'armée !
Doué d'arrogance, sa lettre d'envoi à M. Brunetière commence ainsi :
« Maîtrisant l'horreur que votre nom m'inspire... »
Il dit aux femmes :
— Ce poème est écrit pour que des femmes me viennent, me restent, me regrettent. La première partie de mon poème Vertige est dédiée : A la femme qui ma le plus aimé] la deuxième partie : A la femme qui m aime ; la troisième partie : A la femme inconnue qui, par ce livre, m aimera.
Je veux que la pâte du papier soit faite de ma chair, et ainsi, en lisant, les femmes me caresseront; que la marque du papier exprime par attribut : le désir et le pouvoir!...
Il compose un cx-libris : la tête d'Orphée, — un sphynx, — une coupe (poison), — un
masque (séduction), — un poignard (criminel amour).
Il cherche une devise :
Debout.
Sans masque.
Sans maître.
A genoux.
Choisir !
Se contenterait-il de marquer dans les lettres comme M. Bornibus s'est distingué dans la moutarde? Non.
D'où dater sonpoème Vertige ? Sainte -Hélène et Saint-Malo sont pris. Très plaisamment, pour sa gloire, il joue la désolation :
— Il n'y a pas de rocher vacant !
Après avoir parlé, il écoute, manifestant par de petits cris d'intérêt, des gestes... une histoire empruntée à lui-même et dont il attend — anxieux — le dénouement...
Il reçoit des lettres : Mallarmé lui répond de haut, Verlaine lui répondait de loin.