‹ Monstres parisiensChapitre 6 sur 11 · LA MARQUISE FAUSTINE · texte numérisé non relu

LA MARQUISE FAUSTINE

parmi les baisers des amants de ce soir, le râle des amants d’hier, là, tout près, dans la cour pavée de- pierreries, buvant, certes, comme Cléopâtre, des perles dans le vin, mais buvant aussi des larmes dans le sang? Est-ce seulement que, d’Espagne où les courses de taureaux l’affolèrent, et de Londres où les cervelles jaillissent sous le poing des boxeurs, et d’Italie où, dans les cirques naguère couverts de cendres et d’oubli, les antiques cages à bêtes fauves ont des aménagements étranges, elle a rapporté d’effrayants désirs de barbarie dans la joie et d’horreur dans l’ivresse ? On chuchote qu’elle est abominablement perverse, et terrible; avide de tout l’impossible, affamée de tout le défendu. Or, dans la vie actuelle, ceci, en même temps qu’abject, est absurde. Il s’y mêle, à l’ignominie, de la puérilité. Cauchemars de pensionnaire endiablée, que disperse un franc baiser de fiançailles. Fi ! marquise, il ne faut pas ajouter aux mauvaises mœurs le mauvais goût. Pour ma part, si vous m’aviez demandé de souper avez vous dans la cage des lions, je n’eusse point manqué de vous accompagner jusqu’à la porte étroite, aux barreaux de fer ; là, courtoisement, je vous aurais cédé le pas* puis, fermant la porte derrière vous, je serais allé fumer un cigare au grand air, en rêvant à la

petite provinciale que ma grand’tante veut me faire épouser. Mais M. de Nérici, qui, pour baiser vos ongles roses, s’exposerait à toutes les griffes, voulut bien pousser les choses jusqu’au bout; jugeant peut-être que l’entreprise n’était pas sans grandeur, puisqu’elle n’était pas sans péril.

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