‹ Mont-Revêche (volume 2)Chapitre 2 sur 14 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Des gens ont dit: Voyez quelle insolence! l'auteur prête que tous les maris trompés doivent se laisser mourir chagrin! — J'ai fait, selon ma fantaisie du moment, moins vingt dénoûments divers, et qui, pour ceux qui entendaient malice, prouvaient au moins vingt solutio contradictoires. Toutes prouvaient trop selon les uns, a cune ne prouvait assez selon les autres. J'avoue que ce m'a persuadé de plus en plus que le but, le fait et le pipre du roman sont de raconter une histoire dont chacu doit tirer une conclusion à son gré, conforme ou coi traire aux sentiments que l'auteur manifeste par son sen timent. L'auteur ne prouvera jamais rien par un exempt matériel du danger ou des avantages manifestes au ma ou du bien*. Une œuvre d'art est une création du ' senti ment. Le sentiment s'éprouve et ne se prouve pas. Ce qu inspire l'écrivain, c'est quelque chose d'abstrait. L'abstrait ne se prouve pas par le concret, le fait ne justifie ni ne détruit la théorie, le réel ne conclut rien pour ou contre l'idéal.

Or le roman étant forcé de tourner dans la peinture'1 des faits réels, il ne faut pas lui demander ce qui n'est pas de son ressort, ce qui, en bien des cas, tuerait l'art et l'intérêt dans te roman.

— Tu as mille fois raison, mon cher ami, disait Fla- **en*, mais la raison est une sotte : elle n'a jamais. guéri lue les gens bien portants, et moi, je suis, malade* trèsmalade, ne le vois-tu pas? J'ai une fièvre nerveuse qui me rend insupportable aux autres et à moi-même.

— Ta fièvre est une sotte, répondait Thierray. Elle n'a* jamais tué que les êtres faibles au moral et au physique, les niais. Tu es un des êtres les mieux organisés que je connaisse : donc une crise d'irritation nerveuse, causée par le plus vulgaire des chagrins, n'est pas un mal dent tune puisses triompher, s'il te plaît, en deux heures.

— Oui, je sais que d'ici à deux heures je peux m'entendre avec une femme plus belle et peut-être tout aussi aimable que Léonice. Mais il me faudra peut-être deux mois pour trouver supportables, auprès de celle-là, les heures que j'avais fini par trouver assez douces auprès de celle-ci.

— Sais-tu une idée qui me vient? reprit Thierray. C'est que tu es né pour le mariage.

— D'où te vient cette idée lumineuse?

— De ta manière d'aimer qui me paraît fondée sur l'habitude, sur les besoins de l'intimité bourgeoise.

— Tu te trompes. J'ai des besoins et des habitudes de domination patriciennes : c'est bien différent. Voilà pourquoi jusqu'ici je n'ai eu de goût que pour les femmes qu'on achète.

— Oh! mon cher ami, dit Thierray, j'ai toujours remarqué que les hommes, même les mieux trempés, choi-

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