Pourquoi ce mystère, encore une fois
— Cela, je ne vous le dirai pas, mon oncle, répondit Amédée avec sa fermeté accoutumée. U s'agit pour moi de vous faire connaître le mal et non d'en rechercher la cause. Je pourrais me tromper !
— Eh bien! ce mal! dit Dutertre en proie à une vive anxiétp.
— Il est quelquefois très-grave. Les cris échappés durant le sommeil ne sont qu'un résultat de la contrariété terrible que la malade s'impose durant le jour pour les retenir et cacher un indicible malaise, des tressaillements subits, des besoins poignants de pleurer et de sangloter. Ma tante est douée d'uue volonté supérieure...
— Oui, je le sais. La volonté de tout souffrir sans se plaindre. Eh bien! elle voudrait crier, pleurer, n'est-ce pas? Elle se contient?
— Oui, mais elle se brise, et j'ai vu des crises qui m'ont brisé moi-même. Des étouffernents soudains, des suffocations effrayantes, les lèvres bleues, les yeux sans regard, i les mains glacées, roidies comme par la mort. J'ai cru dix fois qu'elle allait expirer sous mes yeux.
— Et le remède, le secours, le salut? quels sont-ils? dit Dutertre s'armant d'une attention de sang-froid au-dessus
1 MONT-REVÊGHE H7
k ses forces et ne sentant pas les larmes qui baignaient fcjoaés.
— Le tertiède est sûr, mais terrible. Ce sont ces antipsmodkiues dont je vous ai parlé, l'opium sous plusieurs urmes. fls font cesser les crises et même ils en retardent
* retour. Mais ils n'en détruisent pas la cause, et même kteur préparent la victoire, en affaiblissant d'autant plus HiHuVîau. Vous avez remarqué des langueurs, des distraeions que vous preniez pour des rêveries dmees ou pour te préoccupations sans gravité : ce sont des accablements, fe lacunes, pour ainsi dire, dans l'existence pbysique et œoralei
« Ma (ânte se plaint et s'effraye de ces remèdes funestes. Elle s'en abstient le plus possible quand elle espère cacher le mal qu'ils combattent; mais, depuis que vous êtes de retour, malgré mes supplications, elle prend de l'opium ' tous les jours, tant elle craint de vous enrayer par un de ces accidents imprévus, et je vois qu'une de mes prévisions se réalise. Elle a crié cette huit. L'opium arrive à perdre sa vertu. Vous savez que les remèdes les plus énergiques se neutralisent en ^'assimilant à notre économie. Si elle continue, elle va être forcée d'augmenter les doses, et c'est la mort lente qu'elle fait passer ainsi dans ses veines, vous ne l'ignorez pas.
— Elle est donc perdue, mon Dieu ! s'écria Dutertre en
* levant et en retombant comme foudroyé sur son siège.
— Non, mon cber oncle. Elle est jeune et forte ; elle a la volonté de vivre, car elle vous aime comme on ainie Dieu. Elle ne mourra pas : Dieu ne le permettra pas !...
Et Amédée, «à bout de ses propres forces, fondit en larmes à son tour.
Tfeïerray, après avoir bien rêvé à Éveline et à madame Myette, un peu à madame Dutertre et pas du tout à Nathalie ni à Caroline, s'éveilla assez tard dans la matinée. Gefmrs fcntra, alluma le feu que le temps pluvieux ren-
liS MONT-REVÈCHE
dait agréable, sinon nécessaire, et reput en sttence une
lettre à Tbaerray. Elle était de Flavien de Saulges .$t,£»ja$i
conçue:
« Adieu, mon cher Tljierray, pardonne-moi d& le. quitter brusquement. Je reviendrai peut-être dans quelques jours. Je ne reviendrai peut-être pas du tout, ûfcposç du manoir de Mont-Revêche>.où, Dieu merci, tu te plais, et bit il m'est impossible de passer une nuit* de plus. Suppose, toot ce que tu voudras, que je suis fou, que je suis, niais, que j'ai peur des revenants, que j'ai vu madame. Hélyette. Quand je serai à Paris, quand j'aurai passl trois jottrs dans le monde de la réalité, les chimères qui m'assiègent seront dissipées, je n'en doute pas, et je t'écrirai» sans mauvaise honte, le secret de ma fuite. Je viens d'écrire àPuy-Verdon pour expliquer ce départ précipité :. je donne pour prétexte une lettré d'affaires que j'ai trouvée ici hier soir en rentrant. Dis comme moi, cela suffit. Présente mes «regrets, mes excuses, mes amitiés, mes respects, et n'oublie pas ce que je t'ai dit en dernier lieu : épouse Êveline. ~ Ton ami, Flavien, »
. Thurray relut deux fois cette lettre, se leva, s'informa. Flfcvicn était parti avant le jour avec le nouveau dôme»* tique qu'il avait retenu la veille, et qui était arrive de grand matin avec un beau cheval et un tilbury achetés de la veille aussi. Le domestique rentra avec l'équipage au moment où Thierray prenait ces renseignements, et lui remit un second billet de Flavien :
«Je monte en diligence. Je renvoie à Mant-Revêche l'homme, la bête et la voiture dont j'ai fait acquisition bien Je suis content de ces trois choses; je te prie de les héberger chez mus, en mon absence, et de t'en servir Le plus possible, pour que tout ce fa ne soit pas rouillé quand je retournerai près de toi. Les arrangements sont faits, tu n'as rien à débourser, car tout cela m'appartient avec ta permission. Tu sais que le cheval est bon à monter. A toi de cœur 1 »
— Cest une manière honnête de me fournir un équi<-
i*e sans qu'a m'en coûte rien, pensa Thierray, car il ne
pas I On ne part pas ainsi sans une cause grave !
ooos n'étions en plein midi, heure à laquelle je ne crois
du lotit aux revenants, je me persuaderais qu'en effet
Bélyette lui a montré son plus affreux visage..
penserai la nuit prochaîne, et peut-être réussirai-je à
voir aussi. En attendant, je pense que Flavien a lancé
austère Nathalie une déclaration qui a été prise en
Taise part ; ou qu'il pense encore à Léonice plus qu'il
IToulaH l'avouer; cnûn que la vie d'ermite ne saurait $ convenir plus de huit jours.
*hçà! je vais m'ennuyer ici, moi ! pensa encore Thierry en faisant d'un œil inquiet le tour de sa résidence. Je
wmençais à aimer Flavien... oui, je l'aimais réellement
fcpms hier soir. L'excellent cœur, le généreux caractère !
- aurais parlé avec lui de ma nouvelle passion... Mais cette
|j*ssion est-elle assez forte pour que je m'en entretienne
\'M seul, lé soir, en rentrant dans mon château? Allons,
^«st ce 4jn*il faut voir!
Et Thierray ayant déjeuné à la hâte, monta le beau et ton cheval que Flavien lui laissait, et reprit le chemin de toy-Verdon, oit l'on devait, ce jour-là, voir une surprise énoncée la veille par Dutertre.
Sur une des collines qui protégeaient à l'est et au nord te parc et les magnifiques jardins de Puy-Verdon, bouillonnait une source abondante, laquelle prenait son cours for le versant opposé et allait rejoindre une petite rivière à one demi-lieue de d stance, sans sortir des propriétés de ftulertre. Du côté du jardin, la colline était assez escarpée <* avait pour base des rochers d'un bel effet qui formaient en cet endroit la limite naturelle de l'enclos privilégié. fa coté par où s'épanchait la source, la pente l'entraînait en un sens contraire à eet enclos, qui ne manquait pas 'Veaux vives; mais Olympe avait souvent exprimé le regret qu'une de ces belles chutes d'eau qu'elle rencontrait dans les bois d'alentour ne réjouit pas la vue et l'ouïe plus près de sa demeure; elle avait dit cela sans songer
180 MONT-RKVÊCHE
que ce regret serait tôt eu tard un ordre pour son. mari.
Du tertre avait donc résolu de mettre une cascade soua les
yeux de son idole, et il avait communiqué son projet
à Amédée, qui s'était fait fort de l'exécuter durant son
absence.
En conséquence, un nouveau lit avait été ermmé à la source, sur le versant opposé à celui qu'elle s'était naturellement choisi ; les darnes de Pu y-Verdon avaient va ces travaux préparatoires sans en savoir le but; on avait parlé d'un chemin creux, puis d'une saignée pour arroser des prairies altérées sur un autre point ; enfin, un bassin, avec ses issues nécessaires, avait été établi au bas des rochers sous prétexte de citerne pour l'arrosage, et depuis huit jours qu'on était en promenades lointaines on en chasse, Amédée avait pu faire déblayer les dentiers obstacles et laisser les eaux de la source s'amasser en réservoir provisoire, sans éveiller l'attention de sa tante et de ses cousines.
L'espèce de torpeur où madame Dutertre paraissait souvent plongée, les distractions que Thierray et Fiavien causaient à Nathalie et à Ëyeline avaient favorisé le secret des derniers travaux, masqués d'ailleurs par la végétation de la colline. Benjamine seule, attentive et pénétrante dans les choses de fait, avait tout observé, tout découvert ; mais eue se gardait bien de vouloir ôter à sa petite mère le plaisir d'être surprise, et à son père le plaisir de la surprendre. Elle fut donc muette comme une tombe, et ne songea même pas, plus tard, à : Vn vanter, tant ce caractère d'enfant avait de solidité et dt» sûreté relative sous ses dehors irréfléchis et enjoués.
On partait pour le point de vue choisi par Dutertre pour son 'effet, lorsque Thierray arriva. Le point de vue était une éminence sur la pelouse, et, par une malice toute paternelle, Dutertre ût asseoir sa famille et ses hôtes le dos tourné à la colline. 11 leur montrait l'horizon opposé et les exhortait à attendre de ce côté le phénomène extraordinaire qu'il leur avait promis.
Si cette surprise eût abouti vingt-quatre heures phis tôt, te fauve ©«tertre, dont le naturel, à la fois sérieux:et enjoué, avait beaucoup de rapport avec celui de sa Benjamine, eût pris un triple plaisir, on plaisir d'enfant, un plaisir d'amant et un plaisir de père à cette petite fête. Mais son âme était brisée, et il faisait des efforts puissants pour caeher à sa femme et à ses filles l'inquiétude' Çui le rongeait. Il aTait promis à son neveu qu'il ne paraîtrait lias s'apercevoir de l'état d'Olympe; il avait vite compris qu'A l'aggraverait en lui ôtant la consolation qu'elle goûtait à le lui cacher. 11 était résolu à la soigner à son insu, à feindre 4e découvrir peu à peu qu'elle était souffrante, et à ne jamais lui montrer qu'il s'en effrayait sérieusement. Mais il était pâle, et sa voix, toujours si pleine et si fraîche, étaît Sensiblement altérée. Thierray s'en aperçut, ©atertre parla légèrement d'un rhume et d'une migraine. Il affectait une gaieté expansive; mais ses yeux ne pouvaient se détacher d'Olympe, et à chaque mouvement qu'elle faisait, il tressaillait malgré lui, comme s'il se fût attendu à la voir tomber morte dans tout YédtùVde sa beaaté, dans tout le calme de sa force.
Là temps s'était élevé, et un rayon de soleil se montra enfin, comme pour récompenser Dutertre de ses efforts. 0n entendait bien la pioche et la bêche résonner sur la colline, mais on y était habitué et on n'y faisait plus attention. Tout à coup, Amédée, qui avait disparu et qui se tenait auprès des ouvriers, fit entendre le signal convenu : un coup de sifflet. Dutertre répondit par un signal semblable, qui signifiait que tout le monde était à son poste, et il permit que Ton se retournât, mais en prenant le bras de sa femme,. qu'il pressa contre sa poitrine, prêt à la rassurer, si l'inattendu de la scène lui causait quelque légère angoisse de surprise ou d'inquiétude. On entendait alors un mugissement sourd comme celui du vent qui l'élève, puis ce fut comme un tonnerre lointain, et enfin la masse d'eau contenue dans le réservoir, dont on venait d'enlever précipitamment la dernière digue, s'élança h
travers les arbres et fit sa première chute, bruyante, fangeuse et quelque peu terrible, dans la cannelure naturelle du rocher, où Ton avait dirigé sa course. Au premier moment, cette cataracte eut assez d'impétuosité pour entraîner quelques roches et quelques jeunes arbres qui se trouvaient trop près de ses rives, subitement élargies, et l'espèce de hourra triomphant et joyeux que poussèrent les cinquante ouvriers, ajouta au fracas de l'irruption. Mais bientôt le& eaux s'éclaircirent, se rangèrent dans leur nouveau lit et tombèrent en nappe d'argent sur les flancs lavés du rocher, pour s'enfuir en ruisseau joyeux et rapide à travers les arbres du parc et aller rejoindre leur ancien cour3.
Tous les habitants du voisinage étaient accourus à l'entrée du parc pour voir cette chose merveilleuse; tous les bergers épars dans la campagne s'étaient massés sur les hauteurs environnantes, et cette scène pittoresque eut ses spectateurs et ses applaudissements.
Dutertoe avait observé attentivement sa femme; il tenait sa main, il interrogeait son pouls sans paraître y songer. Si la surprise, la peur ou le plaisir lui font du mal, pensait-il, c'est une maladie toute physique. Et il s'effrayait moins de cette pensée que de la crainte d'une cause morale. Olympe ne tressaillit ni ne trembla. Elle n'était pas plus poltronne, pas plus petite-maîtresse^que par le passé. Loin de là ; elle aimait le bruit et l'émotion d'un mouvement imprévu. Ses joues s'animèrent un peu, ses yeux brillèrent, et elle se sentit agile pour courir admirer de près la cascade, dès qu'il fut possible de le faire sans danger d'être atteinte par 1er chute de quelque pierre ou de quelque branche.
— Que cela est charmant, quelle heureuse idée! disaitelle à son mari, qui ne la quittait point.
— C'est une idée à toi, répondit-il : ne disais-tu pas, l'année dernière, qu'il ne manquait que cela ici?
— Comment! c'est parce que j'ai dit cela? c'est pour moi?
MONT-REYÊCHE 1».
— Ei{»m* quLdonc, je te prie?
-r- Àh! tais^toi, ami ! dit rarement Olympe, ou dis-moi :e&'piu8iba&!
i L'émotioa d'Olympe, le mouvement brusque avec lequel elle se {retourna pour voir si les paroles de son mari nV raient 'été e» tendues que d'elle seule, et l'espèce d'étouffemeal^lssînittlé par une toux affectée, furent si sensibles pour Dpiertre, qu'une partie de la vérité lui fut révélée. €ent fois sa femme lui avait dit en souriant: — Prends garda é& me trop aimer devant tes filles; tout le monde t'adore ici, et c'est trop juste, l'affection est jalouse. 11 ne fout pas que nos chers enfants croient que tu préfères Tune de nous à aucune des autres. — Dutertre s'était habitué à l'idée dé cette innocente et tendre jalousie; il s'était habitué auasiàla respecter,àla ménager; il croyait y être parvenu. 11 s'imaginait adorer sa femme en cachette, et ce chaste mystère avait été jusqu'alors un charme de plus dans son amour. Confiant de sa nature, incapable de supposer le mal, optimiste par instinct, parce qu'il portait constamment en lui le désir et la volonté du bonheur des autres, il ne .s'était jamais alarmé sérieusement des conséquences domestiques de son second mariage. Il avait cru longtemps à la boité de se& trois filles. Peu à peu il avait vu se développer le caractère hautain et dur de l'aînée, l'indépendance -fougueuse de la seconde; il avait deviné que son bonheur, à lui, deviendrait facilement un motif d'aigreur ou un prétexte de révolte. Depuis huit jours surtout, il croyait voir et toucher du doigt ces plaies secrètes dont il n'appréciait pourtant pas encore la profondeur. Mais Olympe l'avait toujours rassuré. Niant toutes ses souffrances, toutes ses humiliations, tous ses déboires, palliant les torta tfautrui, réparant ou cachant le mal avee une persévérance et une délicatesse inouïes, elle avait réussi à rendormir son. mari dans la douce quiétude dont il éprouvait le besoin. Elle espérait lui cacher toujours les sourdes angoisses-dé cet intérieur troublé. Depuis deux ans qu'il avait accepté la députation, il faisait d'assez longues ab-
sences pour que cette difficile entreprise n'eût pas encore échoué, et quoique Olympe n'aimât pas le monde, elle accueillait volontiers l'entourage nombreux qui , aci retour de son mari, empêchait celui-ci de voir l'abîme creusé sous la pierre même de son foyer.
Cette fuis, enfin, il le pressentit, et, se retournant par le même mouvement instinctif que sa femme, iï vit les yeux noirs et profonds de Nathalie attachés sur elle avec une singulière expression d'il onie et de dédain. Nathalie haïssait Olympe désormais de toute la force de. l'orgueil blessé. Elle avait essayé de plaire à Flavien à sa manière. Flavjen ne s'en était pas aperçu; il n'avait vu qu'Olympe, et Nathalie avait juré de se venger, fallût-il traverser le eceur de son père pour arriver à celui de sa .rivale.
Quelques instants après, pendant que la famille se mêlait aux ouvriers, et qu'on arrosait de vin et d'argent la pioche et la bêche enrubannées présentées par eux aux dames du château, Duteitre prit le bras d'Amédée et l'emmena à quelque distance, comme pour voir le nouveau cours du ruisseau.
— La cause ! la cause I s'écria cet homme généreux et passionné, qui ne pouvait étouffer sa douleur. Tu ne m'as pas dit la cause ! Il me la faut, tu la sais ! Et moi aussi je la sais, je crois la savoir, mais il serait affreux, il serait terrible de se tromper ! Parle, enfant, parle, toi dont la bouche n'a jamais menti. C'est une cause morale. Le chagrin seul peut produire ce mal étrange, ce combat entre le corps et l'âme, entre la mort et la vie. Ma femme est malheureuse, ma femme est rongée par un affreux- chagrin! Son âme, droite et ardente comme la mienne, comme la nôtre, Arnédée, ne peut soutenir une lutte incessante contre l'amertume et l'injustice. Ma femme a besoin d'aimer et d'être aimée. Ma femme est méconnue et haïe.
Malgré le trouble d'Amédée, maigre' son propre besoin d'épanchement, malgré . l'ascendant que son oncle exerçait sur lui, il refusa de répondre, et se sentant incapable de mentir, il se renferma dans un silence impénétrable.
MONT-HEVÊCHE . iï5
butertre fut forcé d'admirer cette réserve etde la respecter. — r 0ïu, tu as raison, dit-il, je ne suis pas tin homme, je ue suis pas un père de famille : je suis un malheureux bans courage et sans patience. Je tente la vertu, j'essaye de te faire manquer à tes devoirs. Oui, tais-toi ï je verrai par mes propres yeux, je sonderai la plaie, je la guérirai... ou je briserai les mains impies qui l'ont faite!
— Mon oncle! mon onde! s'écria Amédée, effrayé de la passion qui se révélait chez Dutertre, si vous soupçonnez Yt»s;fflles... souvenez-vous que vous leur devez plus qu'à vous-même !
— Oui, plus qu'à moi-même, dit Dutertre, mais non pas plus qu'à cet ange de douceur et de bonté.
— Pardonuez-moi , mon oncle, reprit Amédée avec énergie, vous leur devez davantage. C'est l'âme plus que le corps qu'il faut sauver en ce monde. Olympe est en paix avec Dieu. Sa conscience ne faillira pas à ses devoirs. Si elle meurt, c'est nous qui serons à plaindre, et non pas cette intelligence divine qui retournera vers les deux; mais il nous restera des devoirs à remplir sur la terre, et >i votre tendresse se retire de vos filles, elles seront perdues pour le monde d'ici-bas comme pour le monde de là- Imut.
Dutertre serra convulsivement la main de son neveu.
— Oui, dit-il, tu as raison, je suis un homme faible, et je reçois d'un enfant une leçon profonde et terrible. Eh bien! je l'accepte. Dieu est dans l'âme des enfants purs et |>arle par leur bouche. Oui, je me sacrifierai, et le devoir gouvernera la passion, même la plus sainte et la plus sacrée qu'il y ait au monde. Si on tue dans mes bras l'objet de mon culte, je l'ei.sevelirai dans mon cœur sous mes propres ruines, mais je cacherai le crime et ne le punirai pas.
En proie à une violente exaltation , Dutertre s'éloigna, erra seul quelques instants au fond du parc et revint calme et maître de lui-même.
Cependant Thierray poursuivait son expérience fiévreuse
m ' kONT-REVÉCHE
auprès d*É véline. On sait qu'il s'agissait pour lui,' ce jourlà, de savoir si elle le charmait assez pour qu'il pût vivre Iè soir avec sa pensée dans la solitude de Mont-Revêche. Thierray vivait encore par l'imagination àiu jour le jour; Certes il n'avait, pu braver impunément, depuis une semaine, le feu des coquetteries d'une fille charmante, bizarre, audacieuse, spirituelle et chaste, en dépit de la liberté parfois choquante de ses allures d'esprit et de conduite. MaisThierray avait toujours eu l'ambition d'aimer, et la fantasque Éveline n'éprouvant pas encore ce besoin, ne cherchait qu'à l'éblouir. 11 lui savait gré, à coup 'sûr, de toute la peine qu'elle se donnait pour cela, car fl était trop expérimenté pour se piquer ou s'alarmer dé ces brusqueries affectées et des transitions impertinentes au moyen desquelles elle soufflait le froid et le chaud sur ses espérances. La pauvre enfant était une coquette bien naïve auprès de celles que Thierrây avait connues dans un certain monde, et l'impuissance de ses efforts pour ressembler à une âme dépravée était, à son insu, le plus grand, le seul véritable attrait qu'elle eût aux yeux de sa prétendue victime.
Mais tout cela, après avoir été charmant pendant une heure ou deux, devenait une fatigue pour un homme trèsfin, blasé sur bien des choses, et avide seulement d'amour vrai et rassurant. Thierray avait probablement rencontré cet amour vrai, et peut-être plus d'une fois dans sa vie : mais fl n'avait pas su l'apprécier, ou plutôt il ne s'était pas soucié alors d'un bonheur sérieux et tranquille. Son imagination, son ambition, l'inquiétude et la curiosité de sa jeunesse, avaient eu d'autres besoins, de faux besoins à satisfaire; mais il se faisait tard dans cette existence isolée et difficile, thierray sentait son cœur s'impatienter d'être négligé trop longtemps par son propre esprit. L'esprit, c'était toujours la même chose. Le cœur promettait et demandait à la fois quelque chose d'inconnu et de réconfortant.
Si bien qu'Éveline l'ennuya tout à coup, et que pour se
# MOKT-REVÉCHË M
soustraire à ces incessantes taquineries, il lui lit deux ou trois réponses assez mordantes, quasi brutales.
Dùtertre les entendit, lui qui, peut-être trop préoccupé par son amour pour Olympe, ou trop porté à l'extrême indulgence dans ses relations domestiques, n'avait pas coutume de surveiller l'attitude de ses filles avec rigidité. Use sentit disposé, ce jour-là, à tout voir, à tout peser, à tout juger, non plus à travers le prisme de ses douces illusions paternelles, mais à travers la notion plus lucide et moins riante de ses devoirs.
11 écouta sans paraître écouter; il regarda sans paraître regarder. 11 entendit Éveline redoubler de hardiesse dans ses attaques insensées; il la vit suivre et guetter Thierray comme une proie qui lui résistait du bec et de l'ongle. 11 en fut affligé et humilié, et au moment où Éveline montait à sa chambre pour faire l'éblouissante toilette quotidienne du dîner, il lui prit le bras et la suivit, résolu • d'avoir avec elle une sérieuse explication pour la première fois de sa vie.
11 est des situations fatales où, longtemps arrêté, sans méfiance au bord d'un précipice, on met entin le pied sur un sable fin qui semblait n'attendre que l'occasion de s'écrouler et de vous entraîner dans^sa chute; des jours malheureux où, en croyant tout réparer, tout étayer autour de soi, on fait tout écrouler sur sa tête. Dùtertre était dans un de ces jours néfastes et sur une de ces pentes irrésistibles; au premier effort qu'il allait tenter pour tout sauver, il allait tout voir se dissoudre autour de lui.
Éveline, étonnée de l'air solennel de son père, et préoccupée des impertinences froides de Thierray (elle n'avait pas eu le dernier, comme on dit aux petits jeux), se sentit saisie de méfiance et d'humeur dès la première parole.
— Ce que me disait M. Thierray ? répondit-elle : a quoi cela avait rapport? Vraiment, je n'en sais plus rien déjà, cher père, et je ne conçois pas que cela vous occupe*
Ii8 MONT-KEVÊCHE
— Pardbmie-inoi, ma fille, reprit Dufèrtre, il est foi naturel que je m'occupe du soin de ta dignité, et iljtrrV semblé que M. Thierray n'enjenait pas assez de compte
— C'est possible, père, Ce bel esprit a trop d'esprili, e il en. abuse. Mais je ne m'en inquiète guère, et Je sap lt remettre a sa place. r j
— ÉVeline, mon enfant, ces paroles que lu dis blesfeen un peu mon oreille.
— Ah! fit Éveline avec une légère teinte d'imper tinenct et en commençant à détacher ses magnifiques cheveux blonds devant son miroir ; car, dans .son dépit, elle n'ou-j bliàit pas qu'elle n'avait qu'une heur*e pour les recherche^ accoutumées dé sa parure. .
— Oui, ma (111e, écoutez-moi, dit Dutertre un peu scvère, relevez vos cheveux et asseyez-vous près de moi. C'est votre ami le plus sérieux, c'est votre père qui voiks parle. ,
— Ah! mon fiieu! c'est un sermon! dit Èveline avecune humeur marquée. Mon cher petit père va me gronder comme une morveuse! Qu'ai-je donc fait pour changer ainsi son charmant caractère, et que se passe-t-il aujourd'hui entre nous?
Et passant de l'impatience à la câlinerie avec sa mobilité et sa souplesse accoutumées, É véline embrassa et caressa son père, autant pour le désarmer que pour se débarrasser d'une explication embarrassante.
Dutertre accueillit ses chatteries avec sa bonté ordinaire, mais sans enjouement.
— Ma bonne Éveline, dit-il, je n'aime pas plus à faire des remontrances que tu n'aimes à les entendre. Je ne feu ai pas accablée jusqu'à cette heure.
— C'est à cause de cela que je ne comprends rien à celle-ci, reprit Éveline, croyant avoir repris le dessus. Ayant été fort gâtée peut-être, jamais blâmée et pas du tout surveillée, je m'étais arrogé le droit de me croire parfaite, et voilà que vous voulez me déranger dans mes illusions sur moi-même! Voyons, papa, c'est cruel. Je suis
à vos éfrigntmmes, car tous êtes fort taquin,
! Mais je les prends en bonne part, au lieu que
mtrances... Vraiment, je ne sais pas de quelle
ur elles peuvent être, et j'ai peur de n'y rien com-
r rendre du tout.
— Éveline, voilà bien des paroles pour ne pas m'écou- ,ter. Écouter serait pourtant le seul moyen de comprendre, et je ne parlerai pas de choses bien mystérieuses. Ju es trop libre et trop irréfléchie, ma fille, je te l'ai dit mille fois en riant, je te le dis pour la première fois avec tristesse.
— Comment! mon père, vous voilà triste parce que je mis gaie? Je crois rêver! Quel malheur va donc m'atteindre? quelle menace pèse donc sur moi? Je croyais que mon bonheur vous rendait heureux; j'étais habituée à voulûtes mes folies vous plaire, tous mes enfantillages vous réjouir, et vous voilà avec un front rembruni et un œil presque dur! Est-ce ma faute, à moi, si M. Thierray est un fat, et puis-je l'empêcher de me dire des impertinences te mauvais goût?
— Ma chère Éveline, si Thierray était un fat et un im- Vertinent de mauvais goût, je serais fort coupable de ravoir introduit dans ma famille, je ne me le pardonnerais pas, eroyez-le bien : mais comme je le connais, au contraire, pour un homme d'esprit, de jugement et de très-bonne compagnie, je dois croire que vous le faites manquer à «s instincts et à ses habitudes par des provocations très- «mocentes, je le sais, mais parfois hors de sens et de mesure. J'ai entendu tout à l'heure, sans le vouloir, sans y songer, des fragments de dialogue entre vous, qui m'ont feit monter le rouge au visage, non pas qu'ils manquassent ta décence dans les idées ou dans les expressions, mais parce qu'ils accusaient en vous une volonté insensée de tous emparer du cœur de ce jeune homme, tandis qu'il affectait de vous montrer que son cœur était fort capable de vous résister. C'est là une situation humiliante pour nue femme, et j'aurais cru que vous aviez plus de fierté.
— Ainsi, je manque de fierté! dit Éveline, pourpre de
130 ^ntttBj^V'Ecsha;
cplpr^et dehont^ Je xiVabai^*à foire 1* e*ui> ^un.htfmme qui ne veut pas de moi ! Je rampe à ses pfedf, je .rimph»* je ]g proyoq^Ql.yoilà pe que je fai^ ou du woiQAte fue
mon père neuse de.ixrç conduite i -.».'■ s. .
Et la jeune tille orgueilleuse et violente fondit miIiummhi, rétira brusqi^ent^jnarôa dç,ciril£ de*ssnvp«re,,*t -.nav»
chadansïa cWnfcre.avec ,agtta#o«< . * i
\ -—.Je suis fâché 4e vous trouve? plus irritée <aue»recsii«* naissante euxers eboî^ dit Dutartrej .croyez pourtant qu'il m'en coûte beaucoup de vous blesser ainrij et que le cala**' où vous me voyez me fait plus de mai que Fefcaltatkmàti vous êtes. ; , •
— Hou père, Récria Évp\ine m accourant à lui e4 en l'embrassant, ne me traitez .pps de la sorte l Si vwus wug mettiez à me gronder, j'en deviendrais folle;, si *ou&wn* mettiez K me haïr,. j'en mourrais. Je vous te 4is eomret je ne suis pas habituée à. votre courroux, à votre froûtour envers, moi. Je suis un enfant gâté,, un enfant qui ue sait pas souffrir, ne me tuez pas!
Et. l'étrange, fille, en proie à une véritable douleur, mais sans repentir aucun, pleurait avec véhémence et se regardait comme une victime, .
Dutertre,. touché de. tant de sensibilité, mais surpris et effrayé de découvrir si peu de conscience dans ce carae~ tère, incomplet, tacha de s'y prendre par un raisoiraem&tl des plus, simples et pour ainsi dire terre-à-terre.
— Écoute, folle enfant, lui dit-il, je ne te gronde pas, je ne veux pas t'humilier, je veux t'éclaircr et te préserver justement de rhumiliation dont ridée t'est si pénible* Parle-moi franchement : aimes-tu ce jeune homme?
— Moi? pas du tout, Dieu merci I s'écria Ê véline,. foi~ rieuse contre Thierray pour lui avoir attiré cette çcona.
— Eh bien,, tant pis l répondit Dutertre.; car il a du ju*n rite, un nom honorable dans les arts, du talent, une grande. délicatesse de sentiments et une véritable élévation d'idées et ùt caractère.
— Vous cru \ez? dit ii véline, à qui cet éloge de Thierray
* <tëpk#1pft#. '** isb sais pas tout cfela^ moi, je ne V ai pas
— M^*m^fJH!t ©uterfrë, je devais l'examiner; et je à tait, le devais prendre sut lui des informations minu- »a»fett»Aw,»'6rifi^>avàfit dfcftnu^uiré chez moi, je '(mfe'taZSSlktrÇ? <!«£ optait un homme u'honueur, que I^Ronne an monde n'a*aifc le* droit de faire rougir. C est S île pte«Jie^p^îht,ië poi flt essentiel dans la société. Quant «i détail^ jà ne me croîs point infaillible dans l'observamy et!}Q**e> crtffs pas îWm 'plus que Thierray soit sans tifeate;*dai» èofitae Je n'fti Jamais pensé qu'il existât sur
* terre un seul homme à l'abri de tout travers et de toute «pwCBcfioiiyj'al jugé que, dans le eas où le spectacle de »tïe fceoreuse famille le^raft peuser au mariage, et i Jiw te^as'où une de ■mes fflles apprécierait ses qualités,
Bterwey -serait «m des homihes'avec tesquels on a d'aussi aunes tftfimcesfque possible pour un avenir à deux. | -* Àiittfl, i«oh père, dftY Éveîine, c'est un prétendant ' fue vous nous avez amené là?
— "Naii*/fflflf Me; c'est 'vous qui en avez fait un préteni tout pendre, pftr Fattfentftm que vous lui avez accordée ; moi, je l'ignore. Je ne choisis pas pour vous; je n'ai jamais formé, je ne formerai jamais de projet qui pourrait blesser iw inclinations et vous enlever votre initiative. bai» dette» société, très-diffiefle a traverser, parce qu'elle est à la fois très-exigeante et très-corrompuc, j'ai cherché à Tous#fcv*!r 'une voie aussi douce et aussi sûre que pos- | >ible, ett ▼&»' laissant, à toutes trois, sur le point capital du roatfiage, ûtte grande liberté de choix. Mais ce respect de vos BroitS'lés plus délicats, cette confiance dans votre jngemeift, né devaient pas me rendre' aveugle et téméraire* & né -devais' pas tous lancer sans réflexion dans un nwnfej^éhi cfe hasards et de dangers, parce qu'il est plein de vices f àratk et 'd'apparences menteuses. Je devais faire ce que- j'ai fait : vous tenir dans une retraite agréable* où je ne laisserais pénétrer que des hommes sûrs, incapables de voua tromper; de vous rechercher lâchement pour vos
13* MONT-UEVÊCHE
qcbfj$ç$, Çtt.^M *o\& série* libres de choisir, npn pas 4fi^!uipç, (ouïe, dépliants, niais pairmf Un petit nombre au^tyeappuré qu?U jetait possïfele delçTairé.' ta s'est borné mon rôle; et je ne sais | p^s cp que, flaïis higu iifùar fy^vis^rvis de vous, l'eusse ^ufairê de 'pfuç jpoiff &>ng^^^tçndrfs.se ,aye£ Ift pnf£encie^ mort besoin Ijfe vous ypjr heureuses ayec *non pqvoirj de ,yous [fàify resDecfêf,1 ' ^ ^^e,,p?njpr^s {out cela, mon j^èrej, ^t^ydin^^iii ay^t ^pijif a[y^ ^i^'aiteption^ et je sùi§ tàeÉ^ljue vous né m iy£&, pas jugée plusHot assez faisbnn^içnpirr rfini^4i*jeT Je voi^ confesse que nous avons eu paç^ dû (j^pU, JHathaJie et moi, de nous voir ainsi' relegu|psji la îî^^giç^de. n'ajjêr à !Pariis qp'k aVrârçsf e't courtes jQ£CiifM^r co^nin^ (Je. petites fitfé| de province ''«M^wiil jeun^rasse!" Jeur papa, acheter des robes neuves ev voir, là girafe ^u janjin des, Plantes. Mais'rious avions tort. J&fc j^^nfu\,puis^e^pus n'étions pas les victimes ouljpess ^i^Mff^ industrielles et politiques, ,inais £jerç(]<^, victimes privilégiées çfe. votre sollicitude et .de votre prudence paternelles. V
,{1.-rXu se, t'en crois pas moins une victime, ma clieré cufenL, car tu maintiens, le mot.
— Passons, mon papa. L'année est longue, il y 'à des jours de pluie où Ton s'ennuie à la campagne malgré qu'on en ait) e{ puis, ou ne croit pas toujours, pour se résigner, ÏH cqs. dangers du monde qu'on ne connaît pas! Mais revenons à votre M. Thierray.. Nous sommes libres de faire attention à lui si bon nous semble; voilà vôtre conclusion^
jfaire, ainiei> çt là manière dont je ni'y pren^ïL ionft^, ou uiauvaisc^ hardie ou timide, savante 6ù maïâb^oïte, né^ regarde que moi. !\' V / *• ! * l
-~*— Et je serai indiscret et déplacé, mouton ^re, si j<J tevdi$jque tu, prends la mauvaise voie et que tu dom^froinc^s j^n 1m ni] leur futur par un système faux ^facficïjx
MOKT-K#\nÈCtflÊ m
ky papa, dit Èvdfhe réd^v'cfïirié %\tôfè et j^S/âfis/àvéz tous les droits possibles* comme' e&ët Igt*1^ |è puis, vous êtes compétent comme hbmiirfe ^dàns/'ie i monde, mais;.'. ' ' ' ' « "ï <*
^è&ycç que cela, Kveline* dît Dutèrtre étonnê: et iitVquepe est la portée de semblables ex^ressîWré j^jtotyûto/et quand, c^st à votre pèrë'cjii'èflèi "^if Ûue savez-vous de ma vie dans lfc mondé? et a appris ce que'peqt être l%nimai ridicule dësfc |4 vous sous le titre <f Homme à tiuecëè f ! * # ^ JtfrftKeu! papàj, si vous vous fâchez pour un motî îî jie^yf plus que je vous réponde, Voyons! c'est* dont upJHfâM|tiîifihce que ?A\ jjans l'esprit, tjuarid je me répt^ se&"m(&apére tel qu'il, est, c'est-à-dire un httnmè de tuiarratt^eux ans^ qui n*a pas un cheveu blanc, p&Tutfè ridt^Tîj^t* pas une iîent de moins; la santé, la toftfe déJja^nifëfe jeunesse, une beauté idéale, une ârhéènthd^i|jtè^ des. manières charmantes^ etifm irti tyf>e si parfait, «i'atteiyant, qu'il fait tort à tous les adoVatëufs de èës
fifl$?., .... ' vv<<" "■' " V'
—^Je^roîs, Dieu me pardonne, dit Dutertrë avec un squiâre triste, que tu es coquette, c'est-à-dire flagorneuse «' moquâise, même avec ton père !
" .—P-fflfeïtôî allons, papa, ne le prenez pas ainsi. Quand mi'SSanë Grondette parle de vous, elle dit que, lors éé ?o^e oremier mariage, vous étiez le plus charmant, te plu aunâbïe enfant qu'elle eût rencontré, et qu'à présent, îçris êtes encore le plus beau et le plus brave homme •jojçtje . ait jamais connu; et Tïrohdëtte a raison : notoe jeune Jnère, la plus belle et la plus jolie femme de' France MqT^t^^est-elle pas d'ailleurs là poùj attester à tous §ép^ ^H¥ vous ^tes Plus capable d'inspirer l'amour que pas" un <ïes freluquets sur lesquels vous nous permettez de faire main basse? Donc, je maintiens que vous êtes un hw^^^ccès,';
— Encore? dit Dutèrtre, haussant les épaules. H se sentait presque ofifflsé de ces adulations hypocrites, où per-
184 MONÏ-ITB'VÊCHE
çait j8*nè $aft qiiel^e&prttute érîtiqtre, ^t partafrt;jâe *6>
VOlte. '• ■•: »i. M -ciJL 0 -if
. ^fOiri^it'Évefinôloujoors a«éâéfease, vott^éerafcâis-
que -vfettB 'êtes jèttrte et beau; et 'vtius- îparàfcsséi' aussi ëènfcj | pétattt'^ue ^&iWe ^urhous (k)rt^riitte thféôriè5«f Fart dei sô> faite aimer î Mté$> quelque versé quevejifr'stfyez' dan* cet art, laissez-moi vous dire qu'il n'y a pas dé?#jf&tett*ê | afftëfcftblé* a- fout te mondé^ et'*piè chacun doit Mlrofoter | cehii qui' hâ est propre, La&sea-moi chercher '-êti exfceW j mériter të mien- sur ThleiTayy irt : etitiitié MÈif que» "totn* | importe? -': "•• ' - • J> •'' --"'' ' *■■ '-• = -V11'"'.'* i
— /n anM vili? C'est Nathalie qui-'fkpprétld'iié'la- | tin^à? Voilà'bièrt ira mépris /^,ëè^uVt'e ThrféiVayjet j il ne^é^- eétte^ jias d^trë t^^ i
qui 'ot* -essarte Feffét dé etèrtàntf poisons. S'il en esUâttyfJ j ma Hfiè/ comme -j e ne 'cuis pafc chargé de vous fowÉrrift1 *ûe | pareils adjets', éf^ue-Thieîf fty, péri habitué à rém^ltf terf ( paiiéH'/oIQce, péutfâit bien fcuMie* son* savoir-vivre^ et . s^édiftppfer wafgré lui jusqu'à vous détoner quelque diihè j Ieiott4onï je ne pourrais être le téirioin impartial; je vaîé | le congédier doucement sous quelque prétexte, ou jfàtët \ vous: envoyer faire un pètft voyage de santé chez unenie vos tantes, jusqu'à ce Çue votre victime se soit étoigttéfe j d'elle-même. -^
Et Dutertre se leva, craignant sa faiblesse, et towftteil j lafeser Ëvehrie istfr cette petite' anxiété; '-*"
Mais È véline le retint, et recommençant ses pleUrs^èfiè se plaignit, saris mrite et' sans tfàîsttn, d'être humffièlé* traitée comme une enf&rit, menacée d'une pénitence et déshéritée de la douce indulgence; par conséquent dé *lA tendresse de son père. L'heure s'écoûlaît;, 'Éveline n'étitit pas habillée, ses beaux cheveux tombaient en désordre sAir ses épaules, ses yeut étaicnt'gohilés,sés joues enflammées par les larmes; elle sentait que la cloche du dîner allait sonner, et Fhumiliatioii^d&^vaitrti abattue' et comme vaincue devant TfcicîVày; Vt tralnte qtPl ne deviriftt1^
§* t'ffottjMp? ftwepfcti* Wmp*, qi^eJte eut pr****
attaque de nerfs. ..i!..
4^^|i^,4e .^#*gl®t6, «atbriie, qui* dt, Ja, chambre
«Ua Q^imi^cv âi|i^i|pjpe: ^^e^ayée» et, aljfeçta.4e,piwiigi»r '«ffl^ri^ii8^ i«rt( n'ébat. pasiwU^eflp«l)te>, 10| i ^jcasi^.^itfwqS f të jpôms «Hnpresj^/en foute aitfrsrifr
^.èr^PCftijift^atJïalie, ^an*. qui,$Ue tyaftdpifNfe
^^pA^Xm^:^^^^^^^ t<nt\e& fierté
(fewn^t-I^ijG,, D^^.^a^^i^wïw^r W* **W-
vflnable, Èveline chercha un appui dans cet in^v^a^)
l^iq^M^nte^fantine.: . , ». ; „ . ,
! "r.ft^ir^PfW^-^^i^? ^yppcri^es questions tyffa
'^AgJEW'^l^'.SWB ï^rç WijWbi mon. p$re;mq
^kÉ J4*» ffl^:ap^W^WW ayec; 1$ sangnfrojd
i%fii«Wrt^^ i»4iff4f«»cer ,Tn ravais rajs^n^ Jttajfciljjfe
I ^^Jf^i06 SflWiflHpjiï plue* H ne nous aime plu*! T
^,ï^i^yj^,r^a%^euse jErnfiantr^écm,;I)ut^lre4
| ^pqtty%fa)TÇ$t^t tàtii te tord 4e ra^ÎK^dans le sou?
htq ana^^^j^a^aUe,; que.foeu vqus. pardonne un tel
*^é^,< ,sl vous, n'êtes pas JpUe I . . ,\ •
Ka&aMg' Ç^t&W envenimer lp mal, des aire à'y$Q
I ^ÇGifç te^Wte ,§t; des à-propos â'une mon elle concilia-
lion". — Eh non! mon père, dit-elle, ce n'est pas vous que
û(^ ^çuson^i){tÉv^lkie-l accepterait tout de vous seul!
I mais si elle a été mal élevée, &L elle n'a pas été élevée du
^ '&JP\e&Sfà J53" fau^ M Pauvre enfant est suseep-
tù^*^fn^!,^e en gouffre beaucoup, et elle croit que
tourne yo^Je^j plus rien Caire pour la calmer et la conso-
b^m^iiJtette^se trompe, n'est-ce pas, mon père? vous
Q0Q9(ai^f toujours, t et- jpçcsonne ne nous enlèvera votre
^jjj^diè^dit Duteiftre, pâle et le cœur serré, je ne
te«Mn8kw4ftJ^! .' . .. ■ , .*-•■■
-r». Pardon^ mon père, vous, me comprenez. Nous ne
Miimu^pa* aimées de tout le monde ici! C'est bfen na-
t36 MONT-RE VÉCHrE
tuftt, «fliis neisa^rifltts noafe en plaindre; . non* ne spasmes pas bien coupables d'avcé» Jestdôfoufef <te ûotrelgeè^de notre isolement. Nwiri mmiflurtwi du fciin habituiely et.a ealant.peu^êtrft.nQ àk^u«dse;iina«il -krfetttdé^time, rtoipeteUèHnèmfn'ast poin* natetfii'aiie étr&agèredoat raoua n'avotas'iJ^va^ Nous n'avons pas eu soufrent S^iwiuieiirtd&^ritf srakws ye«x, efi^faelqueinenëtevées^mélque «conmenahle q«e$oit madame Otjwpe àndte'ega*dy«eh.âgeme c*i*pbi?èaipte l*aufopité . Pasadwious . donc i nos • travers^ ayez patience avec fious^ puisque noué av*»Sia*peu>dô!tepipsda«8 4Caiinée pour jouir» de^votI»l|^tél8^oeviJet ^soiJçezjiitfO'iiows tout quelle oourfeige, à nous ausaiyîpewr; accepter» nétre «tteftlton;:"'. ^ i» ■■«) i ->'i '•-'!'-- ' .- -i \? . • ^ u
. -*- D# tpioi dono tous. piaigne?«vt>us> iaes flllesfrtdit fittjértreiiàvec un» Joroe éouloupease. Où sont les bœ$~ frarieesî tes malheur* de, votre destinée? Ètes-vous a^pt^ mée^ poi^(mtées par n^a femnie^ Dites, dites! Siiteus avaries sujets èe piaule, je les écouterai, ici» tout de saitfl;jek9 vérifieraiy et je vous ferai justice dans leso- Orét d'un tribwnal de famille. Mais je ne veux plus à\itrirnuattens, phas( de rétioenfces; elles me tuent! Parler m*fe parte sans détour^ vite, et avec le courage de la francktee.
Nathalie ne s'attendait pas à voir son père aborder ^ question avec cette netteté d'intention.* Ne comprenant pas la grandeur et la pureté de son àtnaur pour Olympe, elle croyait, à le voir étrâier délicatement jusqu'à ce jour tout inotiC- de- rivalité domestigue* au'il rougissait de cet amour comme d'une faiblesse, «t qu'il lui serait facik.de le placer ainsi vis*ft~vis. d'elle sur un pied d'infériorités En le trouvant ferme et résolu, elle battit «n retraite, obstrua que la cloche du dîner sonnait, que ce n'était pas le feaoment d'une explication, et que, d'aiïleùrs, elle reculerait toujours devant la crainte de blesser, et d'affliger son père.
— Vous pouvez m'affiiger, dit Dutertre, sit votre eœur est injuste; me blesser, je vous en défie. Je ne ams^çmàk pas ce .trae Tjamoinvpropre aurait à faire ici. uYou& was
e& snfr; toute» les dem, quand nous serons
i&Jténerircmx' pas f»'eiuk»inirun* nuit der plu* sur k twÊedkaàKuqmnéfQÊerevtote nous. Relevé* vite vfre che- | Toa^iÊfeëne^' «t jdescendex; Vous, Nathalie, f suifceMBoi . ■ fo^haèky pour BCipas obélir et pour De pias résister, • jiattikpwtniÔDe^desceBditë'wii !psa< JeriK^eiflJlas'aslsHr.àtaibfeaziieGflmvÎHi^ » < (..,;•../,
^uriiBfilaeiTéamffip s'àMnassibuliéde^i^teerd^ MÉBjfcfct danaJettaeubte.où etteise trouvait.
^.^\bîonlrréjrandhi.niitelAr^.iiBsln> Je <Hmû que rafc4n&4u*fieii>ide' nMgrainej Mais sous'vous. calmerez HT©tta4esoe»dre2 dana.uaeifcenre/ Jet l'exige;
A desteaiifc à^xiiitour^maiB il ku fallut toute* tes forées te sa volonté et de son organisation pour cacher sa seuffcuK»tfntéri«ur£;r<01yi^ pa& trompée^ EUere-
?^Àinééée»ave^*rçuAéittde «online pou» ^interroger. %4srea«»toteift ;ato*rje*a!iempflra d'elle m, voyaH^que «n i*Hreu évtitait^ea re|ardfi«tîqiie «on mai» souriait ftvec «ffort. Elle <eft»ï«; «feyflnfagej«pialad «Aie apprit qu'JSvebeétaît sWf&ant^iïimais» habitude àrOHK^Htrér toutes <* pensées, tonte* ses «motions^ elle, par** nepaa se do*fegne.W looBBfflttt texri&fe était *enû et <pe ik giatâ* si. «o encore roraptteyYenaii du aroiro de craquer sous ses
ÉwtoK» restée seule, rtiminsnt sa ôôlère, s'apprêtait à 4écMrâr qnekpie robe eu eu casser qu«l^iep«roelainfl pow «soulag^^râ(|ueiGaroline Tint latrouter.
-^•YoyonB! qu'est-ce: qu'il y a, petite soeur ? dit l!enfo*, tèezi/pi les doux et patients; instincts de. la materné sauifelaieiii iêire une prédominance de l'âme; nous *W ffouéyj «Mis boudons, parce que nous avons gâté ** yeuxibleus l Allons 2 de l'eau fraîche» et celapassera vite. • ^iLûsaMfioiy Benjamine^ dit l'autre en lanepousaant, JEiesuis^pftflien'tEakiderJre.
*• Cleet bon ! c'est bon! répondit la petite sans se troufe^jaous connaissons ça : tu f es mise en coièi^ parce <pe ton cniçnont ne tenait pasy ou parce que le fichu que *
m ~ MONTEE* ÉGH&
H.jffPiVta m$m4e c&tiwm, te s^fjaftiieémfefin pro(UiYpyo^ guel cWf^«st-e0><qu<U te* fau^ij* tatofeî re^ass^, s'il ne.ïsst pas, J'ai toujpui» das &m éawjHit ctoo^r^, et cetera eut en un- to»u?id**nftînif9^jisanrt Gr^ndette^'en doutei , ,'. ♦ •-, vi^- • ^-A'^-^iuz^i
,▼- Sotte/ <jpje tu ,e$:I reprjt Éveline*;H &$it bu» 4ç< durons î,^ftpayici^den^vfaiiîeFUBÇ!i8eène< *-., m, •ï!.«!miî
,— (jOi ! 4e te épais bien-! dit ia Beiy&nujneieq rianhfih est si niécbant, ce papa que;Tiou^îav<wa&! G'e^t vu* tenante terrible! Je parie. qujil abattu* !• Pauvre ;$<EUï^^«i(t-tt'i pleurer avec toi, ou aller battre ce méchant père qflHalfeta pleurer swpetttlioa «repu?. ... ( . j • }o -
— Tu mlinpajieiitesy, t^ni'ennui^sîi s'^ria Évdéeeji Va-t'erç, grande niaisa !.. Que viens-tu faire icl^? On âme, sans toi, et je parie qu'on te fait chercher partout ! r :^uh
— QhSrque non pas,« dit Carotta^ J'ai Wea te tetftpg-ée dîner 1 J'ai demandée notre; mère la permission dBvenirn t'hâbilter, et me, voilà. . , , ,.•• ,?/
— Notremère! dit Éveline ayec amertume. • • ..:^,.o ;.; C^olinef;4pi en; comprenait peut-être pU*aqti'dte-fte
voulait le laisser croire, et qui avait ra4mirabtëÎK*n'9etas{ de repousser tqutes les explications dangereuses- oapéaibles, ne par. ut pas entendre cette exclamation^ et, sans > rien dire, commença à relever d,'uaemain adrtrite^t lé- . gère les beaux cheveux d'É véline, après avoir renvoyé la . femme de chambre curieuse, qui se présentait pour rea*. , plir cet office, et Grondette, qui venait s'inqine^ dela,[ migraine de ,sa diablesse ; .c'est ainsi que la vieille yûlageoiseappelait familièrement Éveline, qu'elle avajtqoume* < Eveline, nonchalante et préoccupée, se laissa ^ifter, at? habiller par sa jeune sœur, qui, toujours, babillant^ se jr^n, pondant à elle-même quand Éveline ne daignait pas itt> répondra, et disant des riens comme un. ciseau, qui gazouille, réussit à endormir son dépit et à la ramener à, l'admiration d'elle-même. jt • • '.....
a . ■— A présent, lui dit-eHe àpr£s l'avoir menée devajxt. 'son, miroir, où Éveline .^nn^.maçhinateraentlèpoint.lu