‹ Montaigne chrétien; réflexions tirées de "Essais."Chapitre 3 sur 90 · SI NOUS AVIONS LA FOI · texte numérisé non relu

SI NOUS AVIONS LA FOI

Si nous tenions à Dieu par l'entremise d'une foyvifve; si nous tenions à Dieu par luy, non par nous ; si nous avions un pied et un fondement divin, les occasions humaines n'auroient pas le pouvoir de nous esbransler comme elles ont ; nostre fort ne seroit pas pour se rendre à une si foible batterie; Tamour de la nouvelleté la contraincte des princes, la bonne fortune d'un party, le changement téméraire et fortuit de nos opinions, n'auroient pas la force de se-

MONTAIGNK CHRETIEN

couer et altérer nostre croyance; nous ne la lairrions pas troubler à la mercy d'un nouvel argument, et à la persuasion, non pas de toute' la rhétorique qui feut oncques; nous soutiendrons ces flots, d'une fermeté inflexible et immobile.

Si ce rayon de la Divinité nous touchoit aulcunement, il y paroistroit partout; non seulement nos paroles, mais encores nos opérations, en porteroient la lueur et le lustre; tout ce qui partiroit de nous, on le verroit illuminé de cette noble clarté. Nous debvrions avoir honte, qu'ez sectes humaines il ne feut jamais partisan, quelque difficulté et estrangeté que mainteinst sa doctrine, qui n'y conformast aulcunement ses desportements et sa vie : et une si divine et céleste institution ne marque les chrestiens que par la langue!

Si nous avions une seule goutte de foy, nous remuerions les montaignes de leur place, dit la saincte Parole :*nos actions, qui seroient.

MONTAIGNE CHBETIEM I I

guidées et accompaignees de la Divinité, ne seraient pas simplement humaines ; elles auroient quelque chose de miraculeux comme nostre croyance.

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