LA FOI DES SIMPLES
Gents qui jugent et contreroollent leurs juges, ne s'y soubmettent jamais deuement.
Combien, aux loix de la religion se treuvent plus dociles, et aysez à mener les esprits simples et incurieux, que ces esprits surveillants et paidagogues des causes divines et humaines ! L'homme nud et vuide, recognoissant sa foiblesse naturelle, propre à recevoir d'en hault quelque force estrangiere, desgarni d'humaine science, est d'autant plus apte à loger en soyla divine ; anéantissant son jugement pour faire plus de place à la foy ; ny mescreant, ny esta-
blissant aulcun dogme contre les observances communes ; humble, obéissant, disciplinable, studieux, ennemy juré d'heresie, et s'exemptant, par conséquent, des vaines et irreligieuses opinions introduictes par les faulses sectes, c'est une charte blanche, préparée à prendre du doigt de Dieu telles formes qu'il luy plaira d'y graver. Plus nous nous renvoyons et commettons à Dieu, et renonceons à nous, mieulx nous en valons.