‹ Montaigne chrétien; réflexions tirées de "Essais."Chapitre 6 sur 90 · LA FOI DES SIMPLES · texte numérisé non relu

LA FOI DES SIMPLES

Gents qui jugent et contreroollent leurs juges, ne s'y soubmettent jamais deuement.

Combien, aux loix de la religion se treuvent plus dociles, et aysez à mener les esprits simples et incurieux, que ces esprits surveillants et paidagogues des causes divines et humaines ! L'homme nud et vuide, recognoissant sa foiblesse naturelle, propre à recevoir d'en hault quelque force estrangiere, desgarni d'humaine science, est d'autant plus apte à loger en soyla divine ; anéantissant son jugement pour faire plus de place à la foy ; ny mescreant, ny esta-

blissant aulcun dogme contre les observances communes ; humble, obéissant, disciplinable, studieux, ennemy juré d'heresie, et s'exemptant, par conséquent, des vaines et irreligieuses opinions introduictes par les faulses sectes, c'est une charte blanche, préparée à prendre du doigt de Dieu telles formes qu'il luy plaira d'y graver. Plus nous nous renvoyons et commettons à Dieu, et renonceons à nous, mieulx nous en valons.

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