DESIR DE LA MORT
Sainct Hilaire, evesque de Poitiers, ce fameux ennemy de l'heresie arienne, estant en Syrie, feut adverty qu'Abra, sa fille unique, qu'il avoit par deçà avecques sa mère, estoit poursuyvie en mariage par les plus apparents seigneurs du païs, comme fille tresbien nourrie, belle, riche, et en la fleur de son aage : il luy escrivit (comme nous veoyons) qu'elle ostast son affection de touts ces plaisirs et advantages qu'on luy presentoit; qu'il luy avoit trouvé en son voyage un party bien plus grand et plus digne, d'un mary de bien aultre pouvoir et magnificence, qui luy feroit présent de rob-
bes, et de joyaux de prix inestimable. Son desseing estoit de luy faire perdre Tappetit et l'usage des plaisirs mondains, pour la joindre toute à Dieu; mais à cela le plus court et le plus certain moyen luy semblant estre la mort de sa fille, il ne cessa par vœux, prières et oraisons, de faire requeste à Dieu, de l'oster de ce monde, et de l'appeler à soy, comme iladveint ; car bientost aprez son retour elle luy mourut. de quoy il montra , une singulière joye. La femme de sainct Hilaire, ayant entendu par luy comme la mort de leur fille s'estoit conduicte par son desseing et volonté, et combien elle avoit plus d'heur d'estre deslogee de ce monde que d'y estre, print une si vifve appréhension de la béatitude éternelle et céleste, qu'elle solicita son mary avecques extrême instance d'en faire autant pour elle. Et Dieu, à leurs prières communes, l'ayant retirée à soy bientost aprez, ce feut une mort embrassée avecques singulier contentement commun.