‹ Montaigne, études et fragments;Chapitre 10 sur 55 · PRÉFACE. XVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XVII

qu'elle contient beaucoup de vrai, comme vous vous en êtes aperçus et que cette goutte d'essence amère versée dans les Essais par un homme qui les a très bien compris ne peut être que très utile à ceux qui se laisseraient trop aller au charme de ce livre et leur donner comme un peu de ton. Il n'est point douteux que les Essais ne soient un peu amollissants. Nous avertir, nous dire : « Oui, oui; mais songez bien que toute la sagesse n'est pas là et qu'il y a une sagesse plus virile qui n'y est point du tout »; rien de mieux, rien de plus généreux, de plus courageux aussi, et je vois très bien les Essais encadrés entre le livre de Guillaume Guizot comme introduction et Y Entretien de Pascal avec M. de Saci comme épilogue. Les choses ainsi seraient fort bien mises au point; et du reste les trois ouvrages sont dignes les uns des autres.

Maintenant il faut bien que je proteste, et, moi aussi, parce que ceci paraîtra en tête du livre de Guillaume Guizot, que je redresse ce qu'il paraît avoir d'un peu excessif et ce que, du reste, l'auteur aurait très probablement redressé lui-même. Guillaume Guizot a vraiment un peu trop exclusivement pris Montaigne pour un pur sceptique. Dieu me garde de présenter Montaigne comme un dogmatique intempérant; mais le mot de sceptique m'a toujours paru un peu décisif appliqué à lui;

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