PREFACE. XXV
chrétiens du xvu" siècle ne s'y sont pas trompés et ne pouvaient pas s'y tromper. Montaigne n'est pas chrétien. Il croit l'être, j'en suis sûr, et n'a point tort; car si pénétrant qu'il soit, il doit, par cette impossibilité où nous sommes tous de croire les autres très différents de nous, supposer au christianisme un esprit aussi hospitalier qu'est celui de Montaigne et croire que Montaigne peut entrer dans le Christianisme aussi facilement que le Christianisme est reçu dans l'esprit de Montaigne.
Mais la vérité est que le Christianisme de Montaigne n'est presque rien; ce n'est que coutume, éducation et légère teinture. Ce qui est profond chez lui et dont il est comme imbibé, c'est la sagesse antique. De même qu'il ne voit rien au-dessus des héros de Plutarque, de même il ne voit pas très distinctement quelque chose qui dépasse Socrate, Epicure et Zenon. Et il les mêle un peu dans sa pensée, et c'est précisément parce qu'il les mêle que, les complétant l'un par l'autre, il s'en fait une philosophie qui peut se suffire et où, à la fois, il puise des forces bastantes et il est à l'aise.
Il s'en nourrit, ce qui le rend fort, et il va de
l'un à l'autre, à quoi sa liberté se plaît et sa vive
allure s'accommode. Excellemment semblable à
Horace, n'était qu'il est plus penseur et n'était