PRÉFACE. XXXI
gémissant, ce qui est beau, mais inutile, et qui cherche même en souriant, ce qui, après tout, est peutêtre une vaillance plutôt qu'une légèreté, ce scepti- ' cisme curieux, informé, s'informant, allègre, éveillé, vigilant, diligent, presque avide, voilà ce que j'appelle un scepticisme vivace et fécond. En soi-même, et quand il n'aurait mené à rien, il est parfaitement digne de considération et doit échapper au dédain. Remarquez surtout une des formes, et la plus fréquente, de ce « scepticisme », c'est-à-dire de cette enquête. C'est surtout lui-même que Montaigne étudie sans cesse pour connaître l'homme, persuadé que le monde entier est fait comme notre maison, que du reste chacun de nous est encore pour luimême l'être où il pénètre le plus facilement, et que pour « connaître l'homme en général » c'est encore soi-même qu'il faut étudier le plus. Mais qu'est ceci, s'il vous plaît? Ce n'est pas autre chose que l'examen de conscience. Les Essais sont un examen de conscience perpétuel, oh! un examen de conscience indulgent, un examen de conscience souriant, un examen de conscience où la maladie du scrupule a peu de place et fait peu de ravages, mais enfin un examen de conscience, ce qui constitue une des habitudes les plus saines, avec ses périls, comme toute chose humaine, mais encore une des meilleures habitudes de l'esprit humain. Il l'avait