XXXII PRÉFACE
prise (les stoïciens, qu'il adore, et il n'en a pas fait un mauvais usage.
Il est impossible de se livrer à l'examen de conscience sans tomber quelque peu dans l'amour de soi et dans l'orgueil, l'homme ne pouvant pas se regarder au miroir sans risquer de se trouver beau, et Montaigne n'a pas évité complètement cet écueil. Il est vrai ; mais comparez-moi un homme d'action, un homme d'état, un homme de guerre, un orateur, un poète du xvi® siècle avec Montaigne; comparezlui même ce grand sage qu'on appelle Rabelais, sauf les saints comparez-lui qui vous voudrez; et voyez tout de suite quelle solidité de bon sens, quelle modération et quelle justesse dans la multitude des idées de détail, quelle appréciation saine et suffisamment rigoureuse de lui-même Montaigne a puisées dans cette coutume excellente de se regarder vivre, de s'étudier, de se surveiller, de se discuter, pour tout dire en un mot, de n'être pas étranger à soi-même?
L'examen de conscience, à peu près déplorable chez l'ignorant, qui n'y trouvera qu'une occasion de se livrer à ce penchant naturel : se trouver parfait, et c'est pour cela que l'Eglise catholique l'a complété par la confession et qu'ailleurs on l'entoure de mille précautions et avertissements sévères; l'examen de conscience chez un homme