PREFACE. XXXIII
qui sait l'histoire, qui sait les moralistes, qui a Tesprit tout peuplé des beaux exemples d'héroïsme et de grandeur d'àme de l'antiquité, est une excellente méthode d'amendement moral.
Ainsi le pratique Montaigne. Sa manière ordinaire est de s'étudier en se comparant. Il se regarde, il s'écoute vivre. Et en même temps il songe à La Boëtie, il songe à son père, il songe à Caton, il songe à Socrate. Il écoute, venant à lui, d'un passé récent ou du fond de l'histoire antique, les grandes voix qu'ont sacrées son amitié, son respect attendri ou l'admiration commune des hommes. C'est ainsi entouré qu'il se contemple; et quelquefois, je le sais, il oublie un peu l'entourage; mais cependant^ le plus souvent, c'est en cette compagnie sévère et douce qu'il se fait comparaître lui-même à son propre tribunal. Je ne connais guère d'exercice moral qui soit ni mieux ordonné ni plus salutaire.
« Le sot projet qu'il a de se peindre », dira
Pascal. Et d'abord Pascal, bien souvent, fait-il autre
chose? Et ensuite, au point de vue littéraire, savez-
vous que, si la grande littérature de moralistes,
gloire de notre xvu® siècle, est sortie tout entière
peut-être de l'habitude de l'examen de conscience,
le grand exemple de Montaigne n'a pas dû être sans
y contribuer infiniment? Et enfin et surtout si le sot
projet fut de se peindre, le sot projet ne fut pas de