‹ Montaigne, études et fragments;Chapitre 24 sur 55 · XXXIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXIV PRÉFACE

s'étudier et de se connaître. C'est peut-être notre premier devoir que de savoir ce que nous sommes, que de savoir à qui, en nous, nous avons affaire. Rien n'est plus digne d'un esprit sérieux, rien ne lui est plus nécessaire, rien ne s'impose plus à lui comme une chose dont il ne peut pas se dispenser; et qu'on le fasse c'est précisément la marque d'un esprit sérieux, qui, du reste, pourra le faire sans mauvaise humeur et sans tristesse, si, tout en étant sérieux, il est traitable.

Notez encore, et c'est le plus important, que l'étude de soi chez Montaigne n'est pas autre chose que ce qu'on a appelé depuis la culture du moi. Montaigne s'étudie pour se traiter, comme un médecin fait un malade — nous le sommes tous — ou comme un hygiéniste fait un homme bien portant. Il veut d'abord se connaître et par là arriver à la connnaissance de « l'homme général ». Il veut, de plus, se connaître et par là arriver à tirer de lui tout ce qui y est. Il n'y a pas d'erreur plus forte que de croire que nous sommes ce qui apparaît de nous au premier regard, même de nos propres yeux. Notre être apparent en contient un autre et celui-ci un troisième, et ainsi de suite, sans que cela soit indéfini. Des forces inconnues de nous, pour le bien et pour le mal, sont en nousmêmes, que nous ne créons pas en les découvrant,

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