‹ Montaigne, études et fragments;Chapitre 3 sur 55 · PRÉFACE. IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. IX

C'est qu'en vérité ce qui suit est, sinon plus, du moins mieux que ce qu'on entend d'ordinaire par « un livre ». C'est une vie intellectuelle. Comme Montaigne vivait en s'observant lui-même ainsi qu'un insecte très curieux, Guillaume Guizota bien vécu quelques heures par jour, pendant vingt ans, à causer avec Montaigne et à discuter continuellement avec lui. Le titre « Entretiens avec Montaigne » serait le vrai qu'on dût mettre à la première page de ce volume.

Guizot cause avec Montaigne, l'interroge, le réfute, sent admirablement et vraiment entend ce que Montaigne lui répond, sans jamais se tromper tant il le connaît à fond ; réplique encore, écoute la contre-réplique et continue; et s'il se donne le dernier mot, c'est, comme on en conviendra, parce qu'il ne peut pas faire autrement; et ces entretiens sont pleins de substance, comme du reste ils sont pleins d'esprit.

Ils n'ont rien des conversations d'un Gœthe et d'un Eckermann ; car vous vous apercevrez que le respect n'a point précisément fermé la bouche à M. Guizot. Il dit quelque part : « Montaigne est celui de nos écrivains qui a le moins de juges sévères. » Montaigne en a bien quelques-uns et qui sont d'autorité, comme Pascal, Bossuet et Malebranche; mais il faut convenir qu'à partir de la

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