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Essais, II, 6, Éd. D. et B., t. I, p

aux manifestations spontanées de son activité intellectuelle leur caractère de spontanéité et de vie, il leur a trouvé même la forme adéquate, un stylo spontané et vivant- comme elles.

Tel est Montaigne, certainement. Mais certainement aussi ce n'est pas tout Montaigne. Nous ne sommes pis arrivés au mot qui le caractérise, au mot qui nous éclairera sur notre méthode. Nous en approchons cependant.

Écoutez-le : « J'ai mis tous mes efforts à former ma vie, voilà mon métier et mon ouvrage l ». « C'est mon étude, c'est ma leçon... » « Je ne cherche que la science qui traite de la connaissance de moi-même, et qui m'instruise à bien mourir et à bien vivre 2. » Et dans un autre ordre d'idées : a Le bonheur de la vie dépend de la tranquillité et contentement d'un esprit bien né, ei de la résolution et assurance d'une Ame réglée et bien assénée5. » Pour conclure enfin : i La philosophie ne pense pas avoir mal employé son temps, quand elle a rendu à la raison la souveraine maîtrise de notre ame. » Toutes ces formules-là ne sont pas des boutades. Elles constituent au contraire un des leit-motiv principaux des Essais, Montaigne a donc dans la vie « son métier et son ouvrage . Toutes ses qualités de penseur et d'artiste, sont au service d'un dessein arrêté, d'une volonté

1. / isais, il. 57, il. I). el 1'».. I. Il, i». 361. "s, II, io, Ed. i). el B., t. 1. p. 341. 3. Essais, I. 19, Éd. M., t. I. |>.

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persistante, sont A I ■ tâche. I qui domine

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tranquillité de l'âme : c'< si de la sa-

L'antiquité a laissé dans I i tes de la Renaissance — rapp I ig ne

était un \ humaniste — le culte moitié mythique,

moitié historique, de la !

très ancienne et antérieure à toute spéculation m physique. Elle remontr à La jeun.— do monde, el elle est d'autant plus pure qu'elle est plus ancienne. !.■ quelque chose d'auguste, de mystérieux et de <\ i vin. C'est un homme cependant, un homme de bonne humeur et de bon conseil. Sans subtilil nances Logiciennes et aristotéliques, car il ne préi point avoir la science des choses, il conduit sa vi conduit celle des autres, il enseigne La vertu, il sauve Les peuples, il donne des lois aux cités. Athènes d fait venir le sage Épiménide. C'est le sage Solon qui est Fauteur de la première constitution d'Ath. ! s. Et puis ensuite Épiménide retourne dans sa Crète avec un rameau d'olivier, et Solon s'assied à un banquet avec ses amis, il se couronne de fleurs, et il fait des vers. L'humaniste de la Renaissance, s'il est ambitieux, prend César pour modèle; s'il aime la science ou la littérature, rêve de ressusciter en lui Pline l'Ancien, ou Cicéron, ou Tite-Live ; s'il aspire aune vie tranquille et noble, met devant ses yeux la ligure légendaire de Thaïes ou de Socrate.

Montaigne n'ose pas trop se donner le nom de sage

MONTAIGNE BT son LIVRE. 1!)

maison discerne aisément que son ambition est là — si du

moins le mot d'ambition convient en pareille matière. Il n'est pas besoin de lire entre les lignes : Montaigne n'a

pas voulu être un écrivain, ni un philosophe ni même un penseur. Ces trois qualités, il les a eues de nadir»'. Il a voulu être nu sage. Et .Juste Lipse, qui s'y connaissait à coup sur, lui reconnaît ce titre et ce rôle. 11 l'appelle le Thaïes Ira ncais '.

Écartez en eil'et L'image vulgaire et fausse du pauvre cadel de Gascogne épicurien et sceptique, narquois, et vaniteux par un coin, tel que depuis Balzac on imagine Montaigne. Interrogez l'histoire, c'est un vrai sage qui vous apparaîtra. Homme riche, homme important, conseiller écouté des rois, conseiller de Henri IV. maire d'une très grande ville, en <\<>s heures tragiques, à un moment capital, ami des plus -raves personnages, d'un L'Hôpital, d'un olivier, d'un Guise, d'un Amyot, d'un La Boêtie; savant avec cela, et ayant vu comme Ulysse, beaucoup de peuples; humain cependant, et gai, capable de rire et d'amuser; ayant des jugements sur tout, mais sur rien autant que sur l'art de bien vivre et de bien mourir : oui, tel esl le Thaïes français.

Sagesse bien curieuse que celle de Montaigne! Elle n est pas pauvrement empirique, puisqu'elle est gouverpar une pensée ultérieure : elle n'est jamais scientifique ou impersonnelle, puisque l'entendement pur ne la il jamais, qu'elle n >rmule, ne B'arréte, ne se

Thalele ilK> Gallico», et a Interseptem iUos te réfèrent, aat si <raid sapientius illis septem », écrit J, Lipse

20 mow \k.m .

communique jamais. I i ù\ pas la leçon '1 autrui.

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ces sortes c'est l'opinion juste, el il loue l'opinion juste qui rend .'i l'action les mén [ue la

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yzr/j.y. v.y.l icavxa -z-yjihv. lpva(ovTâR. L'« ui' î ne de l'opinion juste se trouve soit dans les leçons pratiques qu'un jeune

homme bien né peut recevoir d'un - un

don divin, dans une sorte d'inspiration Hic conde sorte de la sagesse est la science, ï-.'.z-r j.r. L gesse-science n'est pas plus utile que L'opinion j limais elle est plus certaine. Elle est aussi plus durabL elle ne s'enfuit point de l'esprit où elle est entrée. Elle se démontre; elle s'enseigne '.

Montaigne qui admirait tant Socrate. ne l'aurait pas suivi jusque-là. Pour lui la sagesse n'est point ui science, elle n'a pas ses lois ; chaque homme se fait la sienne selon ses « conditions et humeurs ». Lui, il a travaillé à la sienne. Il y a consacré sa vie : c'est le spectacle auquel il nous invite.

L'objet de notre étude sera donc le suivant : nous prendrons Montaigne au moment où il se met délibérément en marche vers la sagesse. Nous dirons quelles étaient alors sa sensibilité et sa mentalité, quelles pen-

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