Platon. Menon. ch. 38 et suivant
sées riaient « naturalisées » en lui; comment l'éducation, les circonstances et la réflexion l'avaient préparé à la sagesse. Puis nous le suivrons dans la conquête de la sagesse : nous verrons comment la vie morale, et la vie intellectuelle se sont entresuivics et mêlées chez lui et comment elles ont réagi l'une sur l'autre. La sagesse conquise nous verrons le sage vivre avec les hommes, élargir son horizon, vieillir et mourir. Ce sera moins une analyse qu'une histoire.
Cette histoire nous est racontée dans un livre qui est tout Montaigne, un seul livre, car Montaigne est l'homme d'un seul livre : les Essais.
Écoutons d'abord Montaigne lui-même. Dans l'année môme où il commençait à écrire les Essais, il notait ceci : « Dernièrement que je nie retirai chez moi, — délibéré autant que je pourrai de ne me mêler d'autre chose que de passer en repos et à part ce peu qui me reste de vie, — il nie semblait ne pouvoir l'aire plus grande faveur à mon esprit, que de le laisser en pleine oisiveté, s'entretenir soi-même, el s'arrêter et rasseoir en soi; ce que j'espérais qu'il put meshui faire aisément, devenu avec le temps plus poisantet plus mur. Mais je trouve ({lie, au rebours, taisant le cheval échappé, il se donne cent fois plus d'affaire à soi-même, qu'il n'en prenait pour autrui; et m'enfante tant de chimères et monstres fantasques les uns sur les autres, sans ordre
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En écrivant son livre au jour 1»- jour, aperçu qu'il devenait, v< ûrementou Don, Le peintre, et l'historien Lui-même. A mesure qu'il avance dans travail à bâtons rompus, il discerne de mieux en mieux la vraie nature de son œuvre. A chaque Essai, il dégage plus fortement son intention ; il L'affirme avec une netteté parfaite dans la page qu'on n'écrit qu ;j La fin, clans la préface. On se rappelle cet Avis au Lecteur : « C'est ici un livre de bonne foi, lec je veux qu'on
m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire. étude et sans artilice, car moi que je ;
défauts s'y liront au vif, mes imperfections et ma forme naïve, autant que la révérence publique me l'a permis. Que si j'eusse été parmi ces nations qu'on dit vivre la douce liberté des premières lois de nature, je t'assure que je m'y fusse très volontier peint tout entier et tout nud. Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre. » Écoutez encore comme il s'excuse de s'être pris pour « sujet à écrire », et comme, en s'excusant, c'est le cas de le dire, il s'accuse. C'est après un chapitre où il a parlé de ses défauts et qualités. « Voire, mais on me dira que ce dessein de se servir de soimême pour sujet à écrire serait excusable à des hommes rares et fameux ; de telles gens, on aime et estudie les
6 gures en cuivre même et en pierre. Cette remontrance esl très vraie, niais elle ne nie touche pas. Je ne dr< pas ici .une statue à planter au carrefour d'une ville, ou dans une église ou place publique, c'est pour la cach< c au coin dune librairie et pour en amuser quelqu'un qui ait particulier intérêt à ma connaissance : un voisin, un parent, un ami, qui prendra plaisir à me recointer cl repratiquer en cette image. »
Voilà qui est acquis, Montaigne a eu le projet de se peindre, le projet de peindre un homme qui avait le projet d'être un sage.
Ce n'est pas toujours un sot projet que de se peindre. I ,i sottise réside en la manière, le lecteur mal informé des Essais, prête trop souvent à Montaigne une sotte madère de peindre; il cherche en eflet, ce lecteur qui aime à se documenter, tout ce que Montaigne nous dit de Lui-même : quand il naquit, et où, et de quel prie, cl de quelle mère; comment il tut élevé, et le reste. une de choses saugrenues on apprend ainsi, et quelle caricature ou obtient! Ça, le portrait de Montaigne? Ouvrez les Essais, le premier trait de cette peinture, le premier aveu de Montaigne sur lui-mêm « qu'il
se cache pour tomber de l'eau », et l'un des derniers c'est <f qu'il mange gouluement, <it qu'il se mord souvent la langue et les doigts de hâtiveté ». Et encore, ce qui est singulier, ce u'esl pas tant ce qu'il nous dit que ce qu'il ne nous dit pas. Que de choses capitales il a omis il a dédaignées, il a oubliées! Sans doute, car i! ne faut rien exagérer, il nous apporte encore assez de rensei-
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Mais 1" Lecteur doil Bavoir que, L'édition prin< eps des celle <>ù Montaigne annonce qu'il est lui-mém< sujet de son livre, toutes les citations que nom apportées ici pour expliquer son dessein, Boni ; cette première édition — ne contient gîte tn tu de détails sur sa personne', et > tout ce qu't
dit de lui, Une le fait qu'à titre d' < ■ V argu-
ment, pour nourrir quelque développement (To tu'- rai.
D'ailleurs rappelons-nous ces profond autres forment l'homme, je le récite et en rep un particulier. Je ne peins pas l'être, je peins le p non un passaged'àge en autre, ou, comme dit le peuple, de sept en sept ans, mais de jour en jour, de minute en minute. Si mon àme pouvait prendre pied et forme, je ne m'essayerais pas, je me résoudrais. Elle est toujours en apprentissage et en épreuve. Eh bien, i; it-ce
pas une mauvaise manière, si l'on veut repi s< nter cette fuite, ce changement, ce passage de minute en minute, que de s'immobiliser devant un miroir et de noter ses traits, et de se couler en bronze? Ce serait « se luire n et non « s'essayer » .
Qu'est-ce donc qu'un Essai et comment Montaigne peut-il s'y peindre?
Montaigne vient de se retirer chez lui, dans son château avec sa femme et sa vieille mère. Le paya est peu sur; des bandes ennemies de protestants ou de catholiques ou simplement des bandes de brigands le parcourent. Le château est mal gardé, n'est point gardé du tout. Montaigne est insouciant du danger. Ce jour-là, il a reçu la visite d'un ami ou d'un parent qui l'a grondé d'une telle imprudence. On cause des manières d'arrêter un ennemi victorieux. Rentré dans sa tour, dans sa bibliothèque, Montaigne réfléchit, son imagination s'échauffe, sa mémoire lui rapporte des exemples, il les met en ordre, et il écrit : « La plus commune façon d'amollir les cœurs de ceux qu'on a offensés, lorsqu'ayant la vengeance en main, ils nous tiennent à leur merci, c'est de les émouvoir à commisération et à pitié. Toutefois la braverie, la constance et la résolution, moyens tous contraires, ont quelquefois servi à ce même ellet ». Voilà le sujet posé. Là-dessus les exemples : Edouard prince de Galles, ayant été bien fort offensé par les Limosins » prend leur ville et la met impitoyablement à sic: sans être « arrêté par les cris du peuple, des femmes et enfants abandonnés à la boucherie, lui criant mercy et se jcttanl à ses pieds » : mais il aperçoit « trois gentilshommes français qui (Tune hardiesse incroyable soutenaient seuls l'effort de son armée victorieuse. La considération et le respect d'une si notable vertu reboucha premièrement la pointe de sa colère et commença par ces trois à faire miséricorde à tous les autres habitants de la ville ». Puis c'est Scanderberch,
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L'effet de la facilité, déboni molles
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mâle el obstinée. » Bon! nous voilà & une tion d'ordre général, à une explication, près une loi. Patience! Montaigne ouvre Bon bri la tra-
duction des œuvres morales de Plutarque par A il y retrouve un trait de la vie de cel Ép idas
qu'il admire. Épaminondas el V> - -ont « mis
en justice d'accusation capital/ pour a\ leur charge outre le temps qui leur avait été prescrit ». Pélopidas n'emploie à se garantir que requê-
et supplications, et eut beaucoup de p faire absoudre. « Et au contraire Épaminondas, qui vint à raconter magnifiquement les choses par lui faites, et à les reprocher au peuple d'une façon fière et assurée, il n'eut pas le cœur de prendre seulement les balotes en main: et se départit rassemblée, louant grandement la hautesse du courage de ce person-