‹ MontaigneChapitre 19 sur 100 · Essais, I, 21, Éd. M\. p · texte numérisé non relu

Essais, I, 21, Éd. M\. p

« plexion plus déréglée, je crains qu'il lut allé piteuse- « ment de mon fait. » « Je dois plus à ma fortune qu'à ma <( raison. Elle m'a fait naître d'une race fameuse en pru- « dhomie, et d'un très bon père. Je ne sais s'il a écoulé « eh moi partie de ses humeurs, ou bien si les exemples « domestiques et la bonne institution de mon enfance y <( ont insensiblement aidé, ou si je suis autrement ainsi « né, tant y a que, la plupart des vices, je les ai en hor- « rcur, d'une opinion si naturelle et si mienne que ce « même instinct et impression que j'ai apporté de la « nourrice, je l'ai conservé sans que nulles occasions me « l'aient su faire altérer, voire non pas mes discours < propres, qui, pour s'être débandés en aucune chose de « la route commune, me licencieraient aisément à des <( actions que cette naturelle inclination me fait haïr1.» Et ceci : « Élevé en mon enfance d'une façon molle « et libre, et n'ayant lors même souffert nulle sujétion « forcée, je suis devenu par là incapable de sollicitude « et de discipline... J'ai une Ame libre et toute sienne, m accoutumée à se conduire à sa poste. »

Michel de Montaigne prit de très bonne heure une charge. 11 fut conseiller à la cour des aides de Périgueux; mais pendant un ou deux ans tout au plus : la cour «les aides fut (Ui elfet rattachée au parlement de

1. Esta v II, 11, Ed. D.el I?., t. Il, p. s. cf. c,(|. M.el J., VI, 210 et 305.

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Bordeaux et, dès l'ann< i 155*3 K< evien!

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qu'il avait Boit par l'autorité de son p prestige personnel, une grande place an parlement; la troisième, c'est que, Bans a voyage et i I i i our,

il vivait moins en magistrat qu'es gentilhomme courtisan, en homme politique ou mém< Idai.

Ce titre de conseiller au parlement laisse entendre une certaine gravité de mœurs et de tenue; un< larité en quelque sorte romaine. Mais l'app trompeuse. Dans un milieu violent et déchaîné, nous allons voir un Montaigne jeune et ardent, à qui bii valu d'avoir la vertu naturelle, et toute aussi naturelle l'horreur des vices, «lu mensonge et «le La cruauté.

Que ce fût au parlement ou parmi les gentilshomm les mœurs étaient fort dissolues. De la même plume dont il vient de tracer la condamnation d'un adultère, le magistrat écrit un poulet à la femme de son collègue1. Montaigne nous raconte l'histoire d'un prince qui. en la cour de François Ier, un jour de « fête solemne . se « vêtit de la haire » , pour échapper à l'irrésistible contagion du .plaisir. Cette atmosphère de volupté est p sée de la cour dans toute la France. Et ces tempéraments fougueux ont des « chaleurs si âpres », que les haires même ne les peuvent amortir. « Les haires ne rendent pas toujours hères ceux qui les portent. »

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