‹ MontaigneChapitre 20 sur 100 · Essais, II, 33, d. ED. et B., t. II. p · texte numérisé non relu

Essais, II, 33, d. ED. et B., t. II. p

On a des passions, on veut avoir de l'argent, ma l'argent manque. Rudes et sévères, les pères gardent tout pour eux. Ils sont « vieux, cassés, radotes, demimorts ». Leurs iils sont dans la force de l'âge; n'importe! Les enfants n'ont rien, pas môme l'affectueuse confiance de leurs parents; et cela les « jette au déset « poir de chercher par quelque voie, pour injuste « qu'elle soit, à pourvoir à leur besoin ». Les jeunes hommes de bonne maison deviennent des brigands, ou de simples larrons. Le vol tourne en habitude, et, quand la nécessité a passé, l'habitude demeure. « Un « jeune homme très bien apparenté me confessa tout « rondement, écrit Montaigne, qu'il avait été acheminé « à. cette ordure par la rigueur et avarice de son père, <( mais qu'à présent il y était si accoutumé, qu'il ne « s'en pouvait garder; et lors il venait d'être surpris « au larcin des bagues d'une dame, au lever de la- « quelle il s'était trouvé avec beaucoup... Ce quartier <( de Gascogne est un peu plus décrié de ce vice que 1 « autres de notre nation'. ».

Et (juant au déchaînement des instincts féroces, qu'en dire, (pie la réalité même ne surpasse? Gaston de Foix, marquis de Trans i'nl un des amis de Montaigne. Kn 1566, quand h1 roi Charles IX vint à Bordeaux avec le grand chancelier L'Hôpital, Gaston de Foix, marquis de Trans, dut subir publiquement les reproches indignés du chancelier, trop heureux d'échapper à des poursuites au bout desquelles était certainement la peine

i. Essais, II, s, Éd. D. <>t r... t. I, |». 321.

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de mort, tan! sa vie était p

de cruauté. En effet, à la brutalib orale «lu tom] était ajout e celle qu enseigne I ■■ joie, «lit Montaigne, de i de

brigandage.

Tel esl ce milieu, il y faut ajouter >m Irai! : L'amoui immodéré de La science, de I érudition <\ .!<•* l.rll.-slettres. Tous les personnages de marque, pi onseillers au parlement, ou professeurs du collège de Guyenne, aiment L'antiquité, i ne imprimerie m-

verte â Bordeaux, celle de Simon ItQlange. Il n'es! personne qui n'y veuille (aire imprimer un li di-

tion savante, traduction du latin, du - tu-

ais, vers ou proa . Les femm< - même - Le conseiller de Lestonnai reçoit on jour la visite d'un de ses collègues qui L'invite à quelque • débauche d mourette ». Et comme .M de Lestonnai esl Là, le < onseiller, le mauvais conseiller, formule en gn \ son invitation. Mais apparemment il n'était pas bordelais, il n'aurait pas ignoré que M"K' de Lestonnai savait Le g et il n'aurait pas été mis ù la porte d'une façon on peu vive par l'épouse indignée. Mmo de Lestonnat était la sœur de Michel de Montaigne.

Or dans ce milieu, Montaigne n'a point commencé par être un isolé, ou par s'isoler lui-même, comme il le fit plus tard : il a vécu de la vie de son temps, amplement et fortement. De taille moyenne, ou plutôt de petite taille, avec un front large, des yeux pleins de douceur, un visage régulier, une barbe brune k à écorce de châtaigne », un corps souple et vigoureux.

Montaigne a autant qu'un autre un sang- chaud et un tempérament impétueux. L'immobilité lui est impossible ; quand il est assis, ses jambes remuent malgré lui. Sans argent, car son père ne lui en donnait point, encore moins sa mère, et apparemment les « épices et après dinées » de sa charge de conseiller — cette charge qu'il remplissait si peu et de si mauvais gré — ne lui îapportaient guère, sans argent donc, mais non sans de grands besoins d'argent, il vécut d'emprunts, comme les autres. Le voilà dans les meilleures conditions pour se lancer dans le monde en condottiere. L'âge de l'ambition et de l'amour, l'âge des passions est venu. C'est la folie avant la sagesse l. Que sera la folie de Montaigne?

Une folie douce? Non pas. Mais une folie sans bassesse et sans cruauté. C'est une justice que Montaigne se rend, ou plutôt comme on vient de le voir, qu'il rend à son père, à sa famille, au sang qui coule dans ses veines : jamais sa conscience n'a été obscurcie; jamais quand il agissait mal il n'a essayé de se persuader qu'il faisait bien. Aussi n'a-l-il jamais commis de certaines fautes : ni celles qui louchent à l'honneur, ni celles qui touchent à L'humanité. Il n'a jamais manqué à sa parole ni en matière d'argent ni en matière d'amour : ci pourtant il avait quelquefois bien singulièrement hasardé sa parole! Il n'a jamais fait de mal ni d'injustice' à personne. Il n'en faisait qu'à Lui-même.

C'est du côté de L'amour d'abord qu'il a penché. « c'est pour moi on doux commerce, écrit-il, que celui

1. Voir le litre .si personnel de II. i;dme Champion, introduction aux Essais i/c Montaigne, Paris, 1900.

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<• des bonnêU feinnu l»i« n

• ommercc où il faul • un peu

Je m \ échaudai en mon i • les i |ii< les poèt< d enf adi en qui

- \ laissent aller sans ordi i ent. Il

\ pai que ce coup de fouet m'a di n i d'i

« lion. C'est folie «I \ attacher toutes ses | <• engager d'une affection furieuse ci indiscrète. Et il ajoute sur Le sujet de 1 1 - erreurs d « J'ai voulu aiguiser ce plaisir par la difficulté, par le « désir, et par quelque gloire. Certes le velours et le « brocadel y confèrent quelque chose, et Les « Le train. Au demeurant je faisais grand < mpte de « L'esprit '. »

Cet aveu, Montaigne L'écrit, «'tant déjà vieux, mais aucune exagération n'\ entre. Un témoignage contemporain, une longue «''pitre de La Boétie, confirme aggrave tout ce que dit Montaigne.

La Boétie voit dans Le cœur de son ami. le> semen de tous les nobles vices et de toutes les vertus. L1 de Montaigne lui parait une àme riche et puissante, semblable à celle d'Alcibiade jeune, et il dit de Montaigne ce que Socrate disait d'Alcibiade :

« Puer hic aut perdet Athenas.

« Aut ornabit. »

Athènes, ce n'est pas Bordeaux seulement, c'est la France. Faites la part de l'hyperbole nécessaire au vers latin, et de l'exagération gasconne, il n'en reste pas

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