‹ MontaigneChapitre 21 sur 100 · Essais, III, 3. Éd. M. et J.. V. 222 et · texte numérisé non relu

Essais, III, 3. Éd. M. et J.. V. 222 et

moins que pour un bon juge, Montaigne est de ceux qui contribueront à la perte ou à la gloire de la France : « Mirus artifex pravique bonique ».

Or qu'est-ce qui arrête Montaigne? C'est La volupté. Et La Boétie le raisonne : il dessine d'un crayon spirituel, quelquefois trop appuyé, toutes les peines d'amour, toutes : tourments du cœur, inquiétudes, trahisons, et le retour imprévu d'un mari et la fuite éperdue de l'amant, et d'autres. Gela est convaincant. Montaigne acquiesce : mais pour reprendre.

« Postquam me prohibes matronam tangere, saltem, « Quo-d superest unum, scortabor, te duce, « — Mené? Quaere alium. »

Si La Boétie est le guide de Montaigne, ce n'est pas dans les mauvais lieux, c'est vers la demeure de Sénèque et d'Épictète qu'ils iront. C'est là que La Boétie, pour terminer son épitre, convie Montaigne à le suivre

Cette prédication morale n'eut pas un succès durable. Quand La Boétie mourut, savez-vous comment Montaigne combattit sa peine? Par une nouvelle passion. Le mariage seul le guérit des amours. Mais comme il se maria cinq ou six ans avant de se retirer dans son château, et de se livrer à la sagesse, ce ue sont pas les peines d'amour qui l'on! conduit à La sagesse.

Une autre passion, une autre folie qui risquai! d'atteindre Montaigne était La folie ou La passion religieuse. L<-s haines mutuelles du protestantisme et du catholicisme développent les instincts fanatiques. VA même les mots de religion ou de piété n'ont que taire eu ces

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« irconstan* enient c ttli«»Jj«j«i«-

<-f très constamment : 11 a été plus fortement «•/• plus constamment hostile ■« la R< passions cet attachement i ntipatfa

perdre â Mont ûg ne son froid '

<.<si un problème, ô li vérité, obscur Vieux, Montaigne disait que dans sa jcuin •->•-. u\hn<' la |»lu> téméraire », il avait été tenu en bridi Tmi en

son ii- cette bî vulgaire considération , que

celui qui Be mêle de choisir et de changer, orpe L'autorité de juger, et Be doit faire fort devoir ! de cv qu'il chasse et l<i bien de ce qu'il introduit ,

il dirait aussi, qu' « il y a grand amour de soi el o présomption, d'estimer » - i pinions jusque-là que « pour Les établir il faille rei Berunepaix publique, - et introduire tant de maux inévitables et une si bor* « rible corruption do mœurs que Les guerres civiles « apportent, et les mutations d'état en chose « poids, <'t les introduire en son |>a\> pron S :

détesta la Réforme pour ces raisons, sa haine ne dut jamais aller jusqu'à la lièvre. S'il aima le catholicisme pour ces mêmes raisons, sa ferveur ne dut jamais aller jusqu'à l'exaltation. D'ailleurs, à cette période de la vie de Montaigne la violence des guerres civiles et la fureur religieuse ne s'est pas encore déchaînée sur la France. Il y a des accidents et des accès : le massacre de Vassy, la conjuration d'Amboise, l'assassinat du grand duc de Guise; mais l'irrésistible et universelle

tais, II, 33, Ed. M., p. 15 t.

épidémie ne commence dans la Guyenne qu'avec la dévastation du Périgord par Coligny en 1569, dans La

France entière qu'avec la Saint-Barthélémy, alors que Montaigne était déjà à L'abri, dans le temple de la Sagesse. Certes, il accomplit dès sa jeunesse des actes significatifs, il marqua très nettement qu'il s'associait aux mesures destinées à arrêter les « nouvelletez », et qu'il n'entendait pas leur laisser prendre légalement pied en France '. El certainement aussi ce serait oublier ce qu'est la nature humaine, que d'affirmer que Mondaigne n'a jamais connu d'emportement. Mais qu'il ait entièrement perdu son sang-froid, c'est ce que rien ne prouve, c'est ce que tout contredit. En matière de religion Montaigne a pris de bonne heure son parti : les exigences du sentiment religieux ne tenaient pas une grande part dans sa décision, non plus que l'orgueilleux et secret désir de changer la face du monde et de restaurer la vérité ignorée. Il a donc été un modéré.

11 reste une troisième passion, — puisque la passion de l'amour el la passion de la réforme religieuse ont été ou expulsées de son cœur, ou ignorées de lui, — qui aurait pu le troubler cl s'emparer de toute son .une. C'est l'ambition. I*t en effet, je crois qu'elle l'a troublé, je sais qu'elle l'a déçu; et je suppose qu'elle l'a mis sur le chemin de la sagesse, mais qu'elle n'a pas fait plus.

Il es! ambitieux.

ba prophétie de son ami Etienne de la Boétie : Purr

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/w aut perdet .!///'//</ aut ornabit^ dcvail répond i Bon plus profond d pins i ber dé -

Quand il trotte sur I»*, p>ui

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robe, comme lui, parvenir aui plus bautei dignil

l'un es1 chancelier, L'autre amJb iir ; il d i

à quoi un I ii i Vair, un La Boétie, un

pire. Des honneurs bordelais, li donc I I nd rôle

dans les provinces, dans Ba province, c'esl un tout ;

rôle. - La Boétie, «lit Montaigne, s Loui du long d(

« vie, crouppy, mesprû tendres de Bon fouyer do-

<< mestique >-. Cependant pour un homme qui esl mort

à trente-deux ans. il a eu, ce nous semble, une b

carrière. Mais pour Montaigne, cela ne compt

« Je sai^ bien, continue-t-il. qu'il était • aux di-

« gnités de sou quartier qu'on estime grandes. — I

« ce n'est pas raison de laisser en L'étal de soldai un

« digne capitaine, ni d'employer aux charges m<

« ceux qui feraient bien encore les premières J .

C'est en 1570 que Montaigne écrit ces mots. Il y a sept ans que La Boétie est mort, et quand il se lamente sur le sort de son ami, il se lamente sur le sien. Il a un ton acrimonieux qui étonne, et qui révèle des eurs

toutes personnelles. Il n'y a pas à s'y tromper. Montaigne a espéré les plus grandes destinées, et les a manqu

Mais encore ici, il ne faut pas s'imaginer chez Mon-

l. BoïfNEroif, Œuvres complètes de la Boétie, p. 204

AVANT LA SAGESSE. (il

taignc une passion « de feu », comme dit Pascal, ni des déceptions violentes, ni des retours brusques et excessifs.

L'ambition lui l'ut suggérée par ses parents, l'exemple de ses amis, l'idée qu'on lui donna de son mérite, et la lecture des anciens. Elle ne tenait pas à son tempérament : il ne lavait pas dans le sang. Il n'était pas comme cet évoque de Luçon qu'on chasse par la porte, qui rentre par la fenêtre, et qui finira par être Richelieu. Montaigne n'a pas cette âpre et infatigable volonté des grands ambitieux.

D'ailleurs, quelque vif que soit son désir d'arriver, il n'y sacrifie rien, ni son insouciance, ni son indiscipline, ni la liberté de son jugement, ni sa franchise, ni sa vertu. Il plait, parce qu'il est aimable, gai, plein de sens; les gens des partis les plus opposés tiennent à lui, parce qu'il n'a ni antipathies, ni haines violentes, ni préjugés, et qu'il est très bien élevé : il pourrai! tenir école de courtoisie1. Voilà ce qu'il offre. Ne lui en demandez pas davantage : il ne veut pas donner davantage. Il se sent capable de jouer les premiers rôles, mais il souhaiterait qu'on vint le chercher. On ne vient pas; il reste en route. « Puisqu'il a été si nonchalant « de se pousser soi-même en lumière, connue de mal- « heur la vertu et L'ambition ne logent guère ensem- « blés, et qu'il a été d'un siècle grossier ou si plein m d'envie qu'il n'y a pu être aidé par le témoignai: e << d'autrui -. » C'est encore à propos de La Boétie que

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